Kop khun
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A l’intérieur, l’attention de Jack fut d’abord attirée par
le murmure de la petite fontaine surmontée d’une
magnifique statuette de Bouddha. Il découvrit ensuite
progressivement les éléments du décor, les yeux encore
éblouis par la luminosité extérieure. Les lueurs douces des
bougies d’ambiance faisaient ondoyer les parois blanches
des vieux murs de leurs éclats changeants et leur donnaient
de belles teintes pastel, du rose à l’orangé, étonnamment
douces et chaudes…
La porte s’entrouvrit discrètement et la masseuse se glissa
furtivement à l’intérieur tel un serpent ondulant autour d’une
proie qu’on lui aurait offerte… Il sentit sur sa peau l’ineffable
contact des petites mains musclées enduites d’une huile
délicieusement parfumée, celles-ci s’enroulaient autour de ses
épaules, prenaient possession de son cou, envahissaient par
vagues chaudes toute la surface de son dos, descendaient par
pressions successives le long de son flanc droit pour remonter
le long de son flanc gauche, embrasaient savamment chaque
partie de son corps. Les mains de la masseuse réagissaient au
plus infime des ressentis de Jack, elles s’allégeaient à chacune
de ses ébauches de contraction pour lui éviter tout soupçon
d’inconfort, ou bien se montraient plus insistantes en réaction
à chacun de ses soupirs pour accentuer le plaisir qu’elles
avaient fait naître en lui. Elles allaient et venaient avec
expertise, dissolvant les tensions, réduisant les contractures,
jusqu’à annihiler en lui toute défense, jusqu’à ce que tout son
corps s’abandonnât complètement sans résistance, jusqu’à ce
qu’il s’offrît en toute confiance à une forme de gueule
voluptueuse qui l’aurait englouti peu à peu. La masseuse
faisait naître en Jack des ondes de plaisir si intenses qu’il lui
semblait comme dans un feu d’artifice que l’effet suivant
dépassait sans cesse en jouissance l’effet précédent.
Accompagnant la métamorphose de son enveloppe physique
elle déliait les noeuds des fibres de ses muscles, libérait les
tissus distendus, et sous la pression insistante de ses doigts lui
conférait la conscience aigüe de chacune des régions de son
corps qu’elle explorait ainsi. Ce massage, d’une sensualité
intense, prenait tout à fait possession de ses désirs, de ses
souvenirs, de ses pensées, et muait son corps en un magma
sensible qui exsudait une euphorie béate. Jack cherchait à
traduire l’interminable jouissance qui le submergeait, mais à
mesure que les images naissaient dans sa tête d’autres
venaient leur succéder comme des vagues étincelantes roulant
sur la grève de ses pensées. Il se sentait devenir une chair
docile abandonnée à la caresse, confiant, dépendant comme
aux premières heures de sa vie, un corps plaisir dont la
représentation et la sensation étaient dans sa conscience
devenues un peu indifférenciées et confuses, un chaos
rocheux perdu en mer que l’océan inondait de ses flots avides.
La masseuse le conviait à un voyage initiatique au coeur de
son monde à lui, elle le guidait à la découverte de collines et
de vallées intimes, l’entraînait toujours plus loin dans le
paysage que dessinaient sous ses mains les courbes de son
corps, elle en suivait les contours, en explorait les reliefs,
mêlant son souffle au sien, elle l’accompagnait jusqu’à
l’anéantissement, puis le faisait peu à peu renaître, à demi conscient…