Refuge


L’antichambre de la bienveillance par laquelle il fallait

bien passer pour que se préparât le retour à la lumière,

devenue avec le temps si confuse, oubliée, affaiblie par tant

d’obscurité qu’il avait fallu traverser. Le corps fatigué après

sa course en ce monde de matière, devenu obstacle,

presque fardeau tant il était gourd, carapace inutile en ces

périodes de métamorphose où prévalaient la mémoire et

l’imaginaire, seuls compagnons de solitude au long des

jours, au long des nuits…

Néanmoins pour affronter la douleur, tant de

douceur, néanmoins tant d’amitié, néanmoins tant de

soins et de secours, dans une confusion des esprits et des

chairs. Dans un devenir impossible à prévoir, tantôt lueur

d’espoir, tantôt vision de désespoir…

Et puis la passerelle, tendue entre un monde et un

autre, traversant au dessus de la béance de l’ignorance,

menant à ces deux mains offertes en signe d’accueil. Là il

n’y avait aucune issue autre sinon la confiance dans cet

amour infiniment bienveillant, sinon l’intensité de la

lumière accessible aux seuls yeux du coeur. Jack empruntait

ce passage dans le désir d’accéder pour quelques instants à

ces visions d’un au-delà de l’ailleurs, où s’abolissait son

identité.

Jack s’y réfugiait, éprouvant pour un temps le vide

subtilement délicieux de la non-existence, la plénitude du

vide qu’il côtoyait dans le silence et l’obscurité de la

chapelle. Il n’était plus rien qu’un regard dans la nuit, plus

rien qu’une méditation, plus rien qu’une prière… peut-être?