A tire d’ailes
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De petites boursouflures s’étaient formées à la surface
de son âme. Maladie, brûlure, allergie ? Ce qu’il y avait de
sûr c’était qu’il éprouvait au fond de lui un tourment
inhabituel, une sorte de démangeaison atypique qui se
renforçait à chaque fois qu’il y prêtait attention. Son sang
frissonnait dans ses artères, semblable à un vin de
l’automne qui fermente de nouveau aux premiers jours de
printemps, bouillonnait de l’élan qui faisait se gonfler les
bourgeons de la vigne.
L’absence d’elle avivait plus encore son impatience de
tout, portait à son comble un état de manque qui le forçait
à bousculer ses hésitations et ses doutes, comme de jeunes
pousses se frayent un passage vers la lumière et triomphent
des obstacles du monde souterrain.
Elle l’invitait à venir à sa rencontre, puis lui donnait le
sentiment qu’elle s’efforçait de contenir ses élans et
affichait tout à coup une retenue qui le contraignait à son
tour à modérer la fougue de la passion subite qu’elle avait
suscitée en lui.
Telle une prêtresse antique, elle révélait Jack à lui
même, l’introduisait au sein de la complexité qui fait luire
les étoiles et pousser les brins d’herbe, l’initiait à l’indicible
de la vie, lui enseignait la valeur de la durée, la force de la
fragilité. Prisonnier de son labyrinthe, Jack existait en
suivant le fil salvateur de ses Ariane, fuyant le minotaure
qui hurlait en lui sa solitude, son désespoir, l’incomplétude
de son être.
Leur présence se superposait puis se différenciait dans
un troublant ballet, le laissait en proie aux affres d’un choix
dont il se sentait bien incapable, tant il les vivait identiques,
tant il décelait entre elles de monstrueuses similitudes.
Son coeur allait à tire d’ailes de l’une à l’autre, éperdu,
ne cherchant même plus à lutter contre d’aussi enivrantes
hallucinations, auprès desquelles toutes les tentations de
Saint Antoine auraient fait pâle figure.