Mushotoku


Jack… mais était-ce encore Jack ? Dans la brume

diaphane, impersonnelle, qui donnait à toutes choses un

caractère d’irréalité, Jack savait qu’il s’agissait d’un chemin

sans retour mais il n'éprouvait aucune peur, aucun regret.

Et puis cette lumière éclatante dans l’obscurité de sa nuit,

la nuit du doute et de l’ignorance, celle qui avait habité

Jack et qui se résumait à ces mots sur la croix : pourquoi

m’as-tu abandonné ?

Les formes de la vie retournaient-elles au magma

initial ? Mais c’était là une question inutile, elle appartenait

à un monde auquel Jack n’appartenait peut-être déjà plus.

Il n’y avait aucune tristesse en lui, il se sentait gagné par un

infini de bienveillance qui dissolvait peu à peu son identité,

comme la brume effaçait peu à peu toute forme.

Il n’y avait plus rien, et il y avait tout, mais cette

formulation ne contenait pas d’information transmissible,

communicable, au sens où Jack l’avait connu. Jack en avait

eu jadis l’intuition vague, au cours d’états méditatifs, ou

durant des instants extatiques. Etre cela et ne pas être cela,

insaisissable, sans esprit de profit, matériel ou spirituel,

sans esprit de gain. Mushotoku, quand l’esprit plane

immobile sans avoir de but, sans attache.