Le corps dimension du sacré

 

On pourrait assimiler le corps à une impressionnante mécanique au regard du nombre de cellules qui le composent : "Une récente étude de l’Institut Max Planck et de l’Université Mc Gill offre de nouvelles connaissances fascinantes sur la composition cellulaire du corps humain, ouvrant la porte à de nouvelles perspectives en biologie cellulaire…. Les recherches déjà existantes ont estimé le nombre total de nos cellules entre 30 et 100 000 milliards, mais ces chiffres étaient vraiment approximatifs. Pour donner une réponse plus précise, les auteurs ont examiné les données de 1 500 sources, couvrant 400 types de cellules et 60 tissus différents. Ils ont estimé que l'homme moyen a 36 000 milliards de cellules, la femme 28 000 milliards de cellules et l'enfant 17 000 milliards de cellules. Bien que ces chiffres soient basés sur des modèles et comportent des incertitudes, ils offrent un aperçu assez précis de la composition cellulaire du corps humain. En plus de satisfaire notre curiosité, ces nouvelles données ouvrent de nouvelles perspectives en biologie cellulaire"(1).

On pourrait aussi considérer le corps comme un champ de communications multiples et complexes, si l'on considère le nombre et la variété des échanges entre les cellules au service de l'homéostasie («Tous les mécanismes vitaux, quelques variés qu’ils soient, n’ont toujours qu’un but, celui de maintenir l’unité des conditions de la vie dans le milieu intérieur» (Claude Bernard) : "L’organisme remplit sans relâche des tâches complexes. Que ce soit pour maintenir la température corporelle ou éloigner nos mains d’une surface brûlante, des milliards de cellules établissent entre elles la communication nécessaire à notre fonctionnement. Cette forme de communication très efficace et optimale s’appelle la signalisation cellulaire. L’envoi et la réception de ces messages exigent un réseau complexe. Il est constitué d’une armée de molécules messagères (ou molécules signalisatrices) qui transmettent un signal à l’ensemble des cellules et entre elles. Repérant les cibles qui recevront le message initial –les récepteurs– ces messagères interagissent ensuite avec ces derniers et amènent ainsi la conséquence finale : la réponse de la cellule au message initial. Les molécules de signalisation cellulaire se présentent sous des formes diverses. La signalisation survient parfois à l’intérieur même des cellules. Il arrive aussi que les cellules envoient des messages à des cellules voisines ou même très éloignées. Ces signaux peuvent être : -des composés chimiques (par ex. : nutriments et toxines); -des impulsions électriques (par ex. : neurotransmetteurs induisant des signaux électriques le long des nerfs); -des stimuli mécaniques (par ex. : dilatation de l’estomac marquant l’état de satiété). Il y a quatre modes généraux de signalisation chimique catégorisés en fonction de la distance parcourue par un signal entre les cellules émettrices et réceptrices. La signalisation chimique n’est pas la seule forme de communication de l’organisme. De nombreuses cellules répondent à des signaux électriques ou mécaniques. Deux exemples simples : la régulation des battements cardiaques (électrique) et le signal d’une croissance musculaire à la suite de l’exercice (mécanique). Le cœur comporte quatre cavités : deux d’entre elles approvisionnent le poumon en sang, tandis que les deux autres propulsent le sang dans le reste de l’organisme. La tâche étant ainsi partagée, le cœur ne bat pas en un seul temps. Rien de comparable à la flexion d’un biceps. Le cœur bat plutôt comme une vague qui déferle dans l’océan. Ce sont des signaux électriques qui amorcent et synchronisent ce battement bien défini. Les signaux mécaniques dans les cellules des muscles (pensons à la modification physique de leur forme) peuvent entraîner une hausse de la croissance et de la force musculaires. Lorsque les cellules des muscles sont étirées – en quelque sorte déformées ou abîmées – elles sont envahies par un flot d’ions de calcium. Ce flot est l’intermédiaire qui transforme d’un état mécanique à chimique la nature du signal. La présence de ces ions de calcium signale un certain nombre de voies de signalisation cellulaire dans le muscle, y compris les hormones responsables de la croissance musculaire.

Que ces processus soient de nature chimique, électrique ou mécanique, ils servent aux mêmes fins.  L’organisme humain a développé un certain nombre de mécanismes afin de percevoir l’environnement –extérieur comme intérieur– d’y répondre et de s’y adapter. Des protéines volumineuses appelées récepteurs aident les cellules à reconnaître les signaux qui leur sont transmis.  Ces récepteurs peuvent loger à l’intérieur comme à l’extérieur des cellules ou se fixer à la membrane cellulaire. La signalisation survient quand des molécules précises se lient à ces récepteurs particuliers. C’est un processus très particulier, fonctionnant un peu comme une serrure et une clé. Ces récepteurs sont de deux types : intracellulaires et de surface. Comme leur emplacement est important, on devine aisément d’où viennent leurs noms respectifs. Un récepteur intracellulaire loge à l’intérieur de la cellule. Pour l’atteindre et susciter une réponse, une molécule signalisatrice doit traverser les pores de la membrane cellulaire.

Peu importe que la réception du signal soit interne ou externe. Dès qu’une molécule signalisatrice est adéquatement liée à la protéine réceptrice appropriée, la signalisation s’amorce à l’intérieur de la cellule. Ces voies de signalisation intracellulaire amplifient le message, produisant de multiples signaux dans la cellule pour chacun des récepteurs liés. Un signal amplifié se propage dans la cellule et suscite une réponse, mais jamais un seul à la fois. Les cellules en reçoivent une multitude d’un seul coup et y répondent"(2).

Dans l'un de ses ouvrages, Deepak Chopra émet l'hypothèse d'un corps quantique. Il écrit :"Bien que le concept corps-esprit soit devenu très confus, une chose reste indiscutable : les cellules humaines sont parvenues d'une manière ou d'une autre à un stade d'intelligence remarquable. A tout instant, les activités qui sont coordonnées dans l'organisme atteignent un nombre infini. Comme les écosystèmes de la Terre, la physiologie semble fonctionner dans des sphères séparées qui sont en fait reliées par un fil invisible : nous mangeons, respirons, parlons, pensons, digérons, combattons les infections, purifions le sang de toutes ses toxines, renouvelons les cellules, rejetons les déchets, votons — la liste n'est pas exhaustive. Chacune de ces activités tisse sa voie dans le processus de fabrication de l'ensemble… L'un des chercheurs les plus doués et tournés vers l'avenir dans le domaine de la chimie cérébrale, le Dr Candace Pert, directrice du département de biochimie cérébrale à l'Institut national américain d'hygiène mentale, a fait remarquer qu'il était tout à fait arbitraire d'affirmer qu'une substance biochimique comme l'ADN ou un neurotransmetteur appartienne au corps plutôt qu'à l'esprit. L'ADN est presque autant pur savoir que matière. Le Dr Pert définit l'ensemble du système corps-esprit comme un «réseau d'informations», rejetant ainsi l'opposition traditionnelle entre le niveau élémentaire de la matière et le niveau beaucoup plus subtil de l'esprit. Existe-t-il vraiment une raison valable de maintenir l'esprit et le corps séparés? Dans ses articles, Pert préfère utiliser un terme commun: corps-esprit. Si ce mot est adopté, cela voudra dire qu'une barrière vient de s'écrouler. Pert n'est pas encore suivie par la société scientifique mais la situation pourrait changer rapidement. Il devient chaque jour plus évident que le corps et l'esprit sont étonnamment semblables. On reconnaît maintenant que l'insuline, hormone que l'on a toujours associée au pancréas, est également produite par le cerveau, de même que des substances chimiques cérébrales comme le transféron ou le CCK sont produites par l'estomac. C'est bien la preuve que la division si nette de l'organisme en divers systèmes, nerveux, endocrinien, digestif, n'est que partiellement vraie et qu'elle pourrait bien être totalement dépassée dans un futur proche. Il est aujourd'hui absolument certain que les mêmes éléments neurochimiques influencent le corps-esprit dans sa totalité… Un corps capable de «penser» est bien différent de celui que la médecine traite actuellement. D'une part, il sait ce qui lui arrive, non pas seulement par le biais du cerveau mais partout où se trouve un récepteur susceptible d'accueillir des molécules messagères, en fait dans toutes les cellules"(3).

Dans les lignes suivantes Deepak Chopra parle d'un réseau d'information dans lequel rien n'est perdu. Il développe ce point de vue à partir de la réaction du corps au virus de la grippe : "En fait, nous sommes ce réseau [réseau d'informations qui assure notre équilibre], qui se projette dans le monde en prenant la forme de notre organisme, de nos pensées, de nos émotions et de nos actions. Le réseau ne s'arrête pas non plus à nous. L'idée simpliste que les microbes sont nos ennemis mortels n'est qu'à moitié vraie, car les microbes font également partie de ce réseau. L'Univers vivant tout entier est fait d'ADN qui a évolué, selon une première voie sous forme de bactéries, selon une autre sous forme de plantes et d'animaux, et selon une autre encore sous forme d'êtres humains. L'environnement «extérieur» coopère avec celui de l'«intérieur» comme deux polarités qui sont dans un sens complètement opposées mais, dans un autre, totalement complémentaires. Si nous considérons la réalité du point de vue de l'ADN dans son ensemble et non pas seulement du nôtre, il existe alors un réseau d'information universel qui doit être maintenu vivant et sain. Les virus, par exemple, sont capables de muter très rapidement c'est pourquoi un vaccin qui nous immunise contre la grippe une année n'est en général pas efficace l'année suivante. Le virus de la grippe aura muté, quelque part dans le monde, sous la forme d'une souche complètement différente. (On trouve, parmi les nombreux talents propres au virus du SIDA, la capacité de muter cent fois plus vite qu'un virus de la grippe). Des chercheurs ont récemment émis l'hypothèse que la raison pour laquelle les virus changent si vite est qu'ils marchent de pair avec de nouvelles variantes de bactéries. Ils informeraient ainsi toutes les parties du globe que la vie se transforme. Attraper la grippe, par conséquent, est comparable au fait de recevoir une nouvelle du jour. Notre ADN prend connaissance des changements dans l'ADN de l'Univers, ce qui constitue pour lui un défi. Notre ADN relève alors ce défi, non pas passivement mais activement. Il doit prouver qu'il sait survivre au virus. Le système immunitaire accourt pour affronter l'envahisseur et ils engagent la bataille, molécule contre molécule. Toute l'opération est chronométrée à la seconde près et ne laisse aucune place à l'erreur. Les macrophages se précipitent pour découvrir l'identité de cette nouvelle forme de vie, découvrir ses faiblesses et mobiliser alors le matériel génétique dans leur ADN, pour neutraliser les molécules du virus en les rendant inoffensives.

Dans le même temps, les cellules immunitaires détruisent également toutes les cellules qui ont accueilli l'envahisseur. Ces cellules hôtes infectées n'ont pas encore été détruites par la grippe. Elles regorgent de virus vivants qui représentent la prochaine menace, après que les cellules immunitaires ont débarrassé le sang du virus. Pour détruire une cellule hôte infectée, certaines cellules immunitaires (les cellules-T tueuses) s'accrochent à la paroi cellulaire et la perforent. Tel un pneu qui se dégonfle, la cellule hôte se vide de son contenu et meurt. Mais la cellule hôte n'est pas simplement éliminée ; son ADN est décomposé par d'autres signaux provenant des cellules immunitaires fixées à sa paroi. Cela constitue un aspect absolument passionnant du processus général: une partie de notre ADN (la cellule immunitaire) en découpe une autre (la cellule hôte), qui en fait, n'est qu'une copie de la première ! La seule différence est que la seconde partie d'ADN, dans la cellule hôte, a commis l'erreur de coopérer avec le virus de la grippe. Personne ne sait l'expliquer. Comme nous l'avons vu au chapitre précédent, nos cellules se laissent mystérieusement tuer de l'intérieur, lorsque les virus les attaquent. Physiquement, le virus qui est des milliers de fois plus petit et moins complexe que la cellule, n'est pas de taille à rivaliser avec elle. Un auteur scientifique a comparé cela à un ballon de basket qui, faisant irruption dans un gratte-ciel par une fenêtre, le ferait s'effondrer. On pourrait penser que de telles erreurs démontrent l'imperfection de l'intelligence de l'organisme, mais ce serait une approche superficielle. Ce que l'on observe n'est qu'un exemple subtil de la guérison quantique en action ; en fait, l'idée qu'une guerre est en cours n'est une fois encore qu'à moitié vraie, car lorsqu'une partie d'ADN en décompose une autre, nous assistons à un processus totalement autonome. Chaque étape de la réponse immunitaire, des cellules nécrophages qui rencontrent en premier l'envahisseur aux cellules hôtes qui l'accueillent, en passant par les macrophages, les cellules-T tueuses, les cellules-T auxiliaires, les cellules-B, etc., fait intervenir le même ADN aux mille visages. En d'autres termes, l'ADN a décidé de mettre en scène, pour son seul profit, une pièce dans laquelle il tient tous les rôles. Pourquoi l'ADN mettrait-il un masque pour succomber au virus de la grippe, et en mettrait-il un autre pour accourir et le détruire ? Personne n'a pu répondre à cette question fondamentale, mais elle doit avoir sa logique dans le schéma global de la vie, pièce de théâtre qui se joue sur la scène de l'Univers. Je serais tenté de dire que nous voyons l'ADN enrichir la vie en ajoutant autant de variétés qu'il peut en exister sur une planète. Rien de ce qui arrive à l'ADN n'est perdu ; tout se conserve à l'intérieur de ce système clos. Une fois que le virus de la grippe est vaincu, l'ADN enregistre l'événement en produisant de nouveaux anticorps et des «cellules mémoire» spécialisées. Ceux-ci se maintiennent des années dans le système lymphatique et le sang, et viennent s'ajouter à l'immense quantité d'informations que l'ADN accumule depuis le début de la vie. C'est ainsi que l'ADN nous inscrit dans un processus universel"(3).

Pour examiner le rapport que notre titre "le corps dimension du sacré"  veut introduire entre le corps et le sacré, nous citerons un extrait de F.Lenoir sur Jung : "De cette double observation, celle de la présence d'une empreinte religieuse universelle à travers l'inconscient collectif et celle d'une possibilité —tout aussi universelle— de faire cette expérience du numineux, Jung tire la conclusion suivante: qu'il en ait conscience ou non, l'être humain est un animal religieux, un homo religiosus. Comme le disait l'oracle de Delphes, «qu'on le veuille ou non, la question du divin s'impose». Et le médecin zurichois ne cesse de rappeler que cette constatation provient des faits et non d'une quelconque théorie : «Ce n'est pas moi qui ai attribué une fonction religieuse à l'âme ; j'ai simplement produit les faits qui prouvent que l'âme est naturaliter religiosa (naturellement religieuse), c'est-à-dire qu'elle possède une fonction religieuse. Cette fonction, je ne l'ai pas inventée, ni introduite dans l'âme par un artifice d'interprétation: elle se produit d'elle-même sans y être poussée par quelque opinion ou suggestion que ce soit»… Jung ne porte donc aucun jugement métaphysique sur les religions, il refuse de se prononcer sur leur caractère illusoire ou non : il constate simplement, à côté de leurs effets négatifs et pathogènes, leurs effets thérapeutiques bénéfiques, ne serait-ce que parce qu'elles donnent aux individus un sens à leur existence. «Il y a pourtant un argument empirique de poids qui nous pousse à nourrir des idées qui ne peuvent être prouvées. C'est qu'elles sont reconnues comme utiles, écrit-il à la fin de sa vie dans L'Homme et ses symboles. L'homme a un besoin réel d'idées générales et de convictions qui donnent un sens à sa vie, et lui permettent de trouver une place dans l'univers. Il peut supporter des épreuves à peine croyables, s'il pense qu'elles ont un sens. Mais il s'effondre lorsqu'à ses malheurs il lui faut ajouter celui de participer à «une histoire contée par un idiot». Le rôle des symboles religieux est de donner un sens à la vie de l'homme [...]. C'est ce sentiment que la vie a un sens plus vaste que la simple existence individuelle qui permet à l'homme de s'élever au-dessus du mécanisme qui le réduit à gagner et à dépenser»"(4).

A ce point, nous voulons rapporter ce témoignage anonyme. Il attire notre attention sur le corps respecté, sanctuarisé : "Et puis un jour...tu te respectes vraiment. Il me semble plus qu'important d'avoir posé un acte symbolique en ce premier jour de ce nouveau cycle, comme un petit test envoyé par l'Univers. Tout paraissait tellement magique...une rivière gelée, des gouilles d'eau froide comme j'aime, mon mental avait imaginé un bain du jour de l'an, une purification par ma rivière préférée avec une amie ultra motivée et on rajoute la warrior qui sais que j'en suis plus que capable...bref manquait juste le soleil. Mais, mon corps lui, n'avait pas envie ni besoin d'un bain glacée, il a besoin de chaudoudou, de chaleur car mes reins et mon corps sont fatigués. Alors j'ai pris le temps de demander à mon corps, d'être à l'écoute et j'ai pris la décision de ne pas m'immerger...et de me respecter...enfin. D'ailleurs, ma fille qui d'habitude m'encourage à entrer dans l'eau me glisse...«je crois que ton corps a pas envie maman». Mais qu'est ce que je kiffe ma fille !!  Je peux vous dire que cela prend des années avant de réussir à réellement s'écouter, se choisir, s'honorer, s'aimer chaque jour, dans chaque situation "test" que la vie t'envoie que ce soit professionnel, amoureux, familiale. Mais on ne réussit pas juste grâce à un mantra récité, pas juste en se regardant dans le miroir à J+ 15 de notre cycle où on se trouve super belle, ou lorsqu'on nous fait des compliments... Cela demande de l'attention chaque jour, du temps pour écouter ce qui est vraiment juste au delà de ce que notre cher mental nous raconte. Alors voilà, en toute humilité et avec tout mon amour, c'est tout ce que je vous souhaite chère communauté. Honore toi, soit fier de toi, ai confiance en toi, donne toi cet amour et cette attention que tu attends et la vie sera bien plus belle".

Selon Mircea Eliade, "quel que soit le contexte historique dans lequel il est plongé, l'homo religiosus  croit toujours qu'il existe une réalité absolue, le sacré, qui transcende ce monde-ci, mais qui s'y manifeste et, de ce fait, le sanctifie et le rend réel. Il croit que la vie a une origine sacrée et que l'existence humaine actualise toutes ses potentialités dans la mesure où elle est religieuse, c'est-à-dire : participe à la réalité... En manifestant le sacré, un objet quelconque devient autre chose, sans cesser d'être lui-même, car il continue de participer à son milieu cosmique environnant.Une pierre sacrée reste une pierre ; apparemment (plus exactement : d'un point de vue profane) rien ne la distingue de toutes les autres pierres. Pour ceux auxquels une pierre se révèle sacrée, sa réalité immédiate se transmue au contraire en réalité surnaturelle. En d'autres termes, pour ceux qui ont une expérience religieuse, la Nature tout entière est susceptible de se révéler en tant que sacralité cosmique. Le Cosmos dans sa totalité peut devenir hiérophanie"(5).

G.Lemarié explique simplement ainsi le sacré : "Une feuille de papier est profane si vous ne lui accordez aucune valeur. Vous pouvez en faire une boule, la déchirer, et jeter ce papier dans la poubelle. Absolument personne ne vous le reprochera. Cette feuille devient sacrée à partir du moment où vous lui accordez de l'importance. Si votre idole signe cette feuille de papier, aussitôt ce papier devient sacré"(6).

Nous avons souhaité revenir au texte de F.Lenoir lorsqu'il évoque la rencontre de Jung avec Rudolph Otto : "S'il conserve l'idée que toute religion repose d'abord et avant tout sur un sentiment, il donne à celui-ci un objet qui n'est pas Dieu, mais le mystère. Confronté au mystère du monde et à l'énigme de la vie et de la mort, l'être humain fait l'expérience du numinosum, le «numineux», qu'Otto définit à la fois comme une énergie et comme un sentiment. Cette rencontre avec le mystère, qui constitue pour lui une forme de transcendance ou d'altérité, a une incidence sur l'âme de deux manières : l'être humain ressent de l'émerveillement et de l'amour face au mysterium augustum, la beauté et la grandeur ineffables du monde, et de la terreur face au mysterium tremendum, «le mystère qui fait trembler». C'est cette expérience universelle du numineux qu'Otto qualifie de «sacré». L'expérience intime et universelle du sacré est donc au fondement de toutes les religions du monde, lesquelles vont chercher à la domestiquer et la rationaliser par le rite et le dogme. La lecture des thèses d'Otto a un impact profond sur Jung, car elles rejoignent ses propres expériences et découvertes sur l'existence d'une fonction religieuse au sein de l'inconscient. Il s'appuie donc sur les travaux d'Otto pour définir le religieux comme «une attitude de la conscience qui a été transformée par l'expérience du numineux [...]. La religion est le fait de prendre en considération, avec conscience et attention, ce que Rudolf Otto a fort heureusement appelé le numinosum, c'est-à-dire une existence ou un effet dynamique, qui ne trouve pas sa cause dans un acte arbitraire de la volonté [...] et doit être attribué à une cause extérieure à l'individu. Le numinosum est ou bien la qualité d'un objet visible, ou bien l'influence d'une présence invisible qui détermine une modification caractéristique de la conscience». L'adoption de la thèse de Rudolf Otto sur le numineux et le sacré conduit Jung à préférer l'ancienne étymologie romaine du mot « religion » —religere— qui signifie «observer, scruter avec soin», plutôt que celle plus couramment adoptée depuis saint Augustin —religare— qui signifie «relier». Car si la religion a en effet une fonction de reliance, si elle favorise le vivre-ensemble et maintient une cohésion au sein d'un groupe humain (que ce soit une tribu, un royaume ou une civilisation), elle repose d'abord et avant tout sur une expérience du numineux. C'est dans un second temps que la religion devient une tradition, qui tente de faire durer et de codifier cette expérience numineuse par des rites, des croyances et des dogmes, et qu'elle devient créatrice de lien social. «Je tiens à préciser que par le mot religion je n'entends pas une profession de foi déterminée, précise Jung. Néanmoins il est exact que chaque confession se base, d'une part, à son origine, sur une expérience directe du numinosum, puis d'autre part sur de la pistis, c'est-à-dire de la fidélité (loyauté), sur de la foi et de la confiance à l'égard d'une expérience précise des faits "numineux" et de la modification de conscience qui en a résulté : la conversion de Paul en est un exemple frappant. On pourrait donc dire que l'expression "religion" désigne l'attitude particulière d'une conscience qui a été modifiée par l'expérience du numinosum. Les diverses confessions sont les formes codifiées et dogmatisées d'expériences d'origine religieuse. Les contenus de l'expérience initiale y ont été sanctifiés et, en règle générale, figés en un édifice mental fort rigide et souvent compliqué. La pratique et la répétition de l'expérience primordiale se sont métamorphosées en rituels et en une institution immuable»".


1-https://www.cite-sciences.fr/fr/au-programme/lieux-ressources/cite-de-la-sante/une-question-en-sante/questions-sante/toutes-les-questions/2024/05/nombre-de-cellules

2-https://askthescientists.com/fr/qa/what-is-cell-signaling/

3-Le Corps quantique. Deepak Chopra

4-Jung-Un voyage vers soi.F.Lenoir

5-Le profane et le sacré. Mircea Eliade

6- https://www.youtube.com/watch?v=IZLkzC8D6aA