p. 374
Faute de réduire la violation par des mécanismes juridiques préventifs ou répressifs, ou par la dénonciation, le constitutionnaliste doit compter avec elle, sans pouvoir faire à l’anti-droit une place dans le droit positif.
Aussi, comme un alchimiste, il cherche la formule permettant la transmutation du vil métal en or pur, de la violation en règle de droit.
La manipulation est expérimentée en période de crise, puis adaptée aux circonstances ordinaires par la ratification du souverain ou la « coutume contra constitutionem ».
Mais l’expérimentateur est souvent le seul à croire au succès de son entreprise et se heurte au scepticisme ambiant.
Et la violation continue à être dénoncée là où pourtant elle aurait dû disparaître.
En réalité son influence juridique est plus souterraine.
Tout se passe comme si elle participait à un processus dialectique hégélien d'une progression dans laquelle les contraires naissent l’un de l’autre pour finir par s’absorber dans l’unité supérieure. La violation s’oppose au droit, mais le droit ultérieur tient compte, positivement ou négativement de la violation. Il se définit par rapport à elle.
C’est dans ce sens que l’on peut dire que le droit naît de la violation.