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Pour qu'il y ait "violation" de la constitution, il est nécessaire qu'il y ait une constitution à violer.On écartera donc de notre historique les périodes pré ou post constitutionnelles, les régimes de fait, pour n'évoquer que la pratique des constitutions qui ont été effectivement appliquées.
Les "violations" que nous retiendrons sont celles qui ont été considérées ou dénoncées comme telles, soit par les contemporains, soit ultérieurement par la doctrine, même si cette qualification ne fait pas l'unanimité. Il suffit qu'elle ait donné lieu à controverse.
Les faits ne sont rapportés que pour mémoire. On trouvera au long de ces développements des éléments de bibliographie sur les régimes étudiés et sur les violations dont leur constitution aurait été l'objet.
Les violations retenues sont exclusivement celles qui concernent les règles relatives aux pouvoirs publics, à leur organisation, à leur fonctionnement.
La succession linéaire des régimes constitutionnels ne rend pas exactement compte des différentes caractéristiques attachées à leurs controverses constitutionnelles respectives. Certaines ont mobilisé l'opinion des contemporains et ont pris place dans la mémoire collective. D'autres sont des querelles de spécialistes qui ne sont pas nécessairement contemporaines de l'objet de leur étude.
Sans doute arrive-t-il que l'on retrouve, à une époque, les échos mêlés d'exercices scolastiques et de secousses révolutionnaires. Mais il semble que, dans une première période, le thème de la violation de la constitution ne soit qu'embryonnaire. Reconstitué "a posteriori" par de savants constitutionnalistes pour la période révolutionnaire, banalisé jusqu'à l'insignifiance durant les deux empires, il se cristallise vers le milieu du XIX ème siècle sur deux violations exemplaires: 1830 et 1851.
Là se termine la "préhistoire" des violations.
Le thème s'épanouit alors progressivement au gré des Républiques. Surmontant le caractère succinct du texte de 1875, la tolérance constitutionnelle de la IVème République, il trouve réunis, avec la Vème République, tous les éléments favorables : un texte équivoque, des pouvoirs publics résolus et une opposition en alerte.