La jeunesse du quartier
- Avant la construction de l’immeuble le patronage était situé là où se trouvent les services de la ville de Paris. Nous avions là une petite salle de sport. On nous avait mis dans la cour des panneaux de basket, ceci en attendant la construction de la salle de la maison des jeunes.
- Le patro je l’ai vécu j’avais neuf ou dix ans, je faisais les colonies de vacances avec le Père Diffiné. L’âge en principe c’était onze ans mais j’étais dégourdi et nous étions cinq à la maison. La première colonie c’était à Langeais, les Allemands étaient encore là…
Moi j’étais enfant de chœur et je vendais l’Humanité à la sortie de la messe.
- Mon mari était au patronage des Otages, il y avait d’un côté le patronage des garçons et de l’autre côté du passage celui des filles. On ne se mélangeait pas. Pour le théâtre, comme j’avais une voix grave, je faisais les rôles d’hommes.
- Moi j’y suis allée dès l’âge de cinq ans et jusqu’à ce que, mariée, j’ai eu les enfants.
- Aux Otages, j’ai fait partie des Jeannettes, c’était une sorte de patronage laïc sans catéchisme. Le local était rue Haxo au-delà du terrain des sœurs.
- C’était incroyable, nous étions enfants de chœur et communistes. Moi j’étais enfant de chœur et je vendais L’Humanité à la sortie de la messe. On était des voyous et des enfants de chœur car mère avait été prise en charge et par le Parti et par le Patro.
- Jusqu’il y a trois ans, tous les copains des Otages se réunissaient. Je faisais un déjeuner dans la salle de l’immeuble. On était de moins en moins nombreux. Ils étaient heureux de revenir ici, on a toujours des nouvelles.
- J’ai connu le Bidule, on allait y danser, c’était des lieux d’animation bien avant la maison des jeunes.
- Les jeunes de la porte des Lilas venaient au Bidule avec des chaînes et des couteaux. Il fallait des videurs mais le Père Thouvenin aimait beaucoup cette population là.
- C’était entre 1956 et 1958. Il y avait au coin de la rue le O’Bidul club - altitude 48 marches. Il n’y avait jamais eu 48 marches. Mes sœurs y allaient, mais à 16 ans j’étais encore gamine, et je n’avais pas encore l’autorisation. Les Jésuites avaient donné cet espace aux jeunes qui sont venus avec un ballon. Ils ont créé l’équipe de basket de l’A.S.V.O.
Mes sœurs m’en parlaient, et je mourais d’envie d’y aller. Les jeunes se retrouvaient là le dimanche ou le samedi soir.
Sa grande intelligence c’était de nous avoir donné un lieu où les gens faisaient ce qu’ils aimaient
Les jeunes n’ont pas de lieu et ne savent pas où aller, encore aujourd’hui, c’est pour cela qu’il y a tant de délinquants. Ils prenaient un petit Teppaz quelques 45 tours, on achetait une petite caisse de Fanta ou d’Orangina, pas d’alcool. Ce lieu est devenu un club de jeunes où les filles et les garçons venaient, dansaient un peu, jouaient au billard, aux cartes ou au baby foot, se rencontraient. C’est là que j’ai rencontré le Père. Sa grande intelligence c’était de nous avoir donné un lieu où les jeunes faisaient ce qu’ils aimaient faire. Je donnais des coups de main, j’allais essuyer les verres. J’étais chargée de faire barrage à la porte, et j’avais l’autorité qu’il fallait, j’avais le même langage. Pendant la semaine j’avais un travail rémunéré.
Peu à peu on a essayé de faire d’autres activités que j’organisais pour le samedi et le dimanche. Je louais un autocar on allait se baigner à la Marne. Les jeunes payaient une petite cotisation. On apportait nos boîtes de sardines et nos patates cuites à l’eau et on pique niquait même par temps de pluie. On était contents. Pour les prévenir, le Père nous donnait son fichier, on écrivait pour inviter les jeunes.
- Un jour, nous devions faire une sortie. On mettait des jupes avec des jupons tout amidonnés. Ma mère a dit « Y’en a marre avec votre amidon. C’est pas facile à faire et ça coûte cher». Alors, avec une copine, on a eu une idée, on a trempé nos jupons dans le sucre. Et on a eu plein de guêpes sur nous !
- Mes grands-parents avaient mis de l’argent sur un compte pour moi. Quand j’ai eu mon BEPC, j’avais 16 ans, j’ai fait la polka à ma mère pour avoir mon Teppaz.
La maison des jeunes et de la culture
- La maison des jeunes a été construite pour les jeunes et les problèmes de la porte des Lilas.
Le souci du Père était que toutes les formes de jeunesse puissent accéder.
- Un jour le Père m’a annoncé qu’il allait faire construire une maison de jeunes et y faire une salle de sport. Je n’en pensais que du bien. En fait il avait une idée derrière la tête, il voulait aussi en faire une salle de spectacles. C’est pour cela que la salle de sport s’ouvre sur la cour par une grande porte en bois. Là il pouvait y monter une scène et faire des spectacles. C’était sa passion.
- La maison de jeunes devait être un endroit où on n’avait pas que des soucis matériels à résoudre. Il faut aussi penser à l’esprit, au plaisir. Le souci du Père était que toutes les formes de jeunesse puissent accéder : les jeunes en difficultés, les handicapés comme les autres. Il fallait mélanger, ne pas ghettoïser.
- Mon mari avait 19 ans, il habitait déjà dans l’immeuble avec ses parents qui sont d’origine : ils sont arrivés en 58. Ma belle-mère connaissait le Père Thouvenin par son travail. Mon mari faisait partie de l’équipe de jeunes qui ont voulu cette maison avec le Père Thouvenin. Il est né en 39 et revenait d’avoir fait l’Algérie, il était un peu secoué, je crois qu’il a fait plus de trois ans. Il a été tout de suite actif, faisant partie de l’équipe de Nabas[1], même avant la construction de la maison des jeunes.
- En 1960 on a mis le drapeau sur la première cheminée de la maison des jeunes.
- C’était en 1961 le démarrage de la maison des jeunes, avec le Père Thouvenin en soutane. Mon père l’a rencontré. C’était un peu dur au début. On avait une équipe de videurs et ce sont eux qui venaient me chercher à la maison et me ramenaient. Je n’avais le droit de sortir qu’avec eux. A cette époque là, on ne sortait pas aussi facilement que maintenant. Mes parents avaient une confiance totale dans le Père, son projet et tout ce qu’il faisait.
- A cette époque les filles n’avaient pas le droit de sortir et le seul endroit où mon père me laissait aller, c’était la maison des jeunes.
- Je voyais le Père tous les jours, et il me disait ce que je devais faire : aller voir telle famille qui ne laissait pas sortir leur fils ou leur fille. J’y allais, bien élevée, en disant : « On fait une sortie ». Comme il y avait des prêtres avec nous les gens étaient d’accord. C’est vrai que c’était super et que cette jeunesse du quartier a été sauvée. Franchement il y en avait qui étaient limites.
Tout était laïc.
Son grand souci était de réunir et de faire se respecter ces différentes jeunesses. Les gens se fréquentaient, ne se regardaient plus en chiens de faïence, même au niveau des idéaux, les jeunes communistes discutaient ferme avec les jeunes de droite… Il y a eu des ateliers discussion, des week-ends de réflexion sur des sujets où beaucoup de jeunes venaient. C’était vraiment comme une petite université populaire. Cela a donné à beaucoup de jeunes le sens des responsabilités, l’assurance d’être respecté comme ils étaient.
- Tout était laïc. 90 % des jeunes ne savaient pas que c’était monté par un religieux. Il n’y avait aucune connotation religieuse dans sa démarche, bien au contraire.
- Nous étions quatre filles autour du Père Thouvenin deux d’entre elles sont les marraines de mes enfants. On était très liés, il s’est passé beaucoup de choses, mais c’est très loin. Il nous a donné des locaux merveilleux et nous a demandé de les animer. Permanente salariée de la maison des jeunes, j’étais chargée de l’animation et de l’entretien (On était polyvalents). J’étais responsable de la cafétéria qu’on appelait alors le bar. Dans la journée j’étais la secrétaire du responsable des activités culturelles, le soir et le week-end je m’occupais du bar. Je mettais en place des équipes de jeunes du foyer qui s’occupaient bénévolement du bar par roulement. Ça fonctionnait très bien. S’ils n’étaient pas là c’était moi qui en étais responsable. Le Père avait énormément d’autorité, en fait, il avait beaucoup de conviction ce qui permet une autorité.
Mon rôle était d’animer ce lieu, de recevoir les gens qui venaient de l’extérieur et qu’on ne connaissait pas, les intégrer dans la maison des jeunes, et d’organiser des soirées à thème, des soirées cabaret et d’autres. Madame E. s’en occupait aussi, elle était très impliquée dans ce travail.
- On avait fait une soirée carnaval où nous étions tous déguisés. Le Père, on l’avait déguisé en roi africain. Il y avait quelques adultes de l’immeuble. Il y a eu une multitude de choses sous l’impulsion du Père, il nous poussait, c’était toujours d’excellente qualité.
- J’ai connu la maison des jeunes par une collègue qui habitait juste en face. Je suis venue à la M.J.C. comme adhérente et bénévole très longtemps, on tenait le bar avec G. et on s’occupait des activités. Mon mari s’occupait de la Gestetner, il faisait les tirages. Il s’occupait aussi du journal de la maison de jeunes. Il embauchait toutes celles qui pouvaient l’aider. C’est comme ça que tout le monde croyait que j’étais secrétaire alors que je ne savais même pas taper à la machine.
- En 1975 j’ai commencé comme salariée à la maison des jeunes. Le Père Thouvenin savait où il pouvait mettre les gens, il était assez fin pour cela. En repérant que j’avais un peu de sens de l’organisation, ce qui manque dans les maisons de jeunes, il m’a mise à la comptabilité qui était faite par Monsieur C. alors près de la retraite.
- Quand la maison de jeunes a été construite, le Père Thouvenin a fait venir M. F. comme employée et sa sœur qui s’est occupée du secrétariat. Il a fait former M. pour devenir responsable de la maison des jeunes. Elle y est restée directrice jusqu’à sa retraite il y a quelques années.
Nous guider et nous donner la passion et le respect des enga-
gements qu’on avait pris.
- Le Père Thouvenin avait mis M. au convivial, aux relations publiques, où elle a fait un travail formidable.
- Le Père Thouvenin savait nous guider nous donner la passion et le respect des engagements qu’on avait pris. Un jour on avait organisé ce qu’on appellerait aujourd’hui des portes ouvertes. Toutes les filles étaient habillées en noir et rouge avec un petit bonnet sur la tête comme les grooms. On recevait les gens pour présenter les activités. Cela a donné naissance à toutes sortes d’autres manifestations. On avait le sens de la fête à cette époque, de la fête organisée.
- Dans l’idée du Père la salle de sport avait des fonctions multiples dont celle de salle de spectacles. Les très belles portes coulissantes donnaient sur une scène de plein air, le jardin, et de chaque côté en dessous il y avait les loges pour les artistes.
- On y a fait du théâtre, il y a eu des chanteurs : Claude Bolling, Jacques Douai et sa troupe, Graeme Allwright et d’autres.
- Le Père Thouvenin organisait des spectacles. Il a fait venir les Compagnons de la Chanson, Brassens, Catherine Sauvage… Une fois il a fait venir un cirque. Il a fait des spectacles formidables, il aimait cela.
- A la maison de jeunes au début avec le Père Thouvenin tous les responsables d’activités se réunissaient un week-end par mois à la campagne. Les relations étaient très bonnes, on apprenait à se connaître.
- Je m’occupais du sport tous les jours. A partir de là je suis devenu administrateur puis vice-président. A partir de 1960, j’avais à peu près 50 gosses. Tous les enfants de l’immeuble venaient à la salle de sports. Pour les camps on a pris des assurances. Mais le conseil d’administration a trouvé qu’il y avait trop de risques. J’ai donc continué en demandant aux parents de prendre eux-mêmes une assurance pour leurs enfants. Les jeunes sont revenus plusieurs années. Ca s’est toujours bien passé.
D. a été président de l’A.S.V.O. ; j’avais un peu de mal à fonctionner avec lui, il était lent à prendre des décisions, moi je les prends très rapidement. Au début je ne voulais pas m’occuper des filles, j’étais misogyne. M.T., qui avait deux filles, s’en occupait. Plus tard il a aussi été président. Ensuite j’ai monté une très grande équipe de basket. J’ai dû prendre des gens pour m’aider un peu. Je mettais tout l’argent dans l’équipe première, j’indemnisais certains joueurs. Cela ne plaisait pas. J’ai donc arrêté pendant quatre ans. Après, tout doucement je suis revenu ici où on manquait de bénévoles pour s’occuper des équipes de sport. J’étais toujours vice-président. J’ai fait de bonnes équipes et j’y suis resté jusqu’à 68 ans où j’ai pris un emploi jeune pour me remplacer. Puis le club a fusionné avec M.P.S. (Ménilmontant Patro Sport).
Dans les années 1980
Je suis allée une fois à une des dernières grandes expositions annuelles organisées à la M.J.C., après le Père Thouvenin, sous la houlette d’un critique d’art. C’était tout un rituel très important : le vernissage, la conférence puis le dîner. Il y avait un sacré double décalage entre les propos tenus par le critique, un peu prétentieux, les artistes exposés et les gens du coin. Ca faisait bizarre, j’en garde un sentiment étrange. C’était le 7e arrondissement qui montaient ici, les beaux quartiers très contents de venir dans le Ménilmontant populaire. Ma surprise avait été qu’on avait présenté sur un même pied d’égalité un grand artiste reconnu et une artiste locale handicapée qui s’était représentée en grand. Cela ne détonnait pas du tout mais je pense qu’à chaque fois, c’était comme un coup d’épée dans l’eau vu la population locale.
Aujourd’hui
Quand on pense à tous les grands artistes qui sont maintenant à Beaubourg et ont exposé ici !
- On a coupé le lien avec la M.J.C. qui actuellement ne représenterait plus d’intérêt puisque c’est devenu un lieu de consommation et non de création. Si j’y reste encore un petit peu, c’est pour savoir si je pourrais redonner à cette maison un esprit de création. C’est dommage, parce que c’est un lieu magique par sa surface, sa situation géographique et historique dans le quartier et les moyens qu’elle a. Peu de structures ont une telle solidité. On pourrait y faire des choses extraordinaires.
- Quand on pense à tous les grands artistes qui sont maintenant à Beaubourg et ont exposé ici. Maintenant c’est bien triste !
Le foyer de jeunes travailleurs
- On a éclaté foyer et maison de jeunes après parce que les organismes de tutelle nous y ont obligés. Au début c’était la même association, parce que le Père Thouvenin a toujours voulu qu’il y ait un mélange des personnes, des genres et des âges. Son leitmotiv c’était qu’on fasse un brassage. Le premier adhérent avait quatre ans et le plus vieux 97, il venait jouer aux échecs. Le Père Thouvenin a toujours voulu accueillir des jeunes en difficulté à condition que ce soit un petit nombre qui se noie dans les autres, que ce ne soit pas des ghettos. Il était très vigilant : filles, garçons, handicapés, cas difficiles, et faciles. On a été précurseur au niveau du C.A. en admettant des jeunes de 16 ans.
Beaucoup de ces jeunes ne pouvaient pas repartir chez eux à Noël
- Il y avait dans ce foyer trois étages de chambres pour des jeunes travailleurs et quelques étudiants toujours dans l’idée de la mixité et non la parité.
- Beaucoup de ces jeunes ne pouvaient pas repartir chez eux à Noël, par manque d’argent, certains étaient aussi sans famille. Nous les quatre filles permanentes dans la maison, on était comme leurs sœurs. La nuit de Noël le Père organisait une soirée avec un repas amélioré. On mettait sur leurs lits un petit paquet de truffes, que nous avions faites. Nous les filles on servait les jeunes garçons restés là. On chantait, le cuisinier, un grand noir haut en couleurs jouait de la trompette, le Père racontait des choses. C’était une nuit de Noël qui n’était pas une soirée d’abandon.
- Les permanents, du directeur à la femme de ménage, se réunissaient le vendredi. On y faisait le point sur les problèmes. Parfois on entendait parler de jeunes en détresse ou ayant des petits soucis. Si les problèmes étaient gérés par le Père ou l’assistante sociale, notre travail était d’en tenir compte et de veiller à avoir des attentions particulières.
- Je me rappelle d’un jeune qui travaillait chez Citroën. Il a fait toutes les étapes depuis le conseil du foyer, jusqu’au C.A. Il venait des Landes. On est allé chez lui, ses parents avaient une maison dans les pins à cinq ou six km de toute habitation, avec de la terre battue par terre. Sa maman n’a pas mangé avec nous, je n’avais jamais vu cela. Il est arrivé coincé comme tout, il venait manger à la maison. Si ce jeune n’était pas passé par la maison des jeunes il n’aurait pas eu l’idée de passer des concours et n’aurait pas évolué comme il l’a fait. Aujourd’hui il est expert en automobiles avec trois cabinets.
- Aujourd’hui les jeunes de cet âge là n’ont pas de chance, ils arrivent dans des trucs tout faits, structurés.
Prenez votre place, refaites le monde
- Ces maisons ne sont pas leur enfant, ils arrivent, ils consomment, ils ne sont pas impliqués. Tout est fait et cadré, on ne peut se passionner dans un truc comme cela. L’idéal serait de casser ces maisons et de recommencer.
- Les jeunes ont le droit de reconstruire le monde. Je leur dis : « Prenez votre place, refaites le monde, c’est à vous de le refaire, il ne faut pas se contenter d’un truc tout fait ».
- C’est plus compliqué pour eux que pour nous. On ne leur laisse pas autant d’autonomie ni de responsabilité. Il n’y avait rien, on a tout monté, c’était notre idée, nos envies. Ils n’ont pas cet espace de création propre que nous avions.
- Ce n’était pas anodin, personne n’était laissé dans son coin. Il y avait avec une grande discrétion et un souci de la vie de chacun.
La participation de l’immeuble aux activités de la M.J.C.
Les débuts
- Je suis allée une fois aux sports d’hiver avec eux et j’ai aussi été camper.
Cela a duré des années comme cela
- Mes filles avaient 14 et 17 ans quand on est arrivé, elles n’ont pas joué avec les enfants de l’immeuble. Elles allaient au patronage et faisaient de la danse folklorique. Au début il n’y avait pas la M.J.C. Après quand elle a été construite, les activités étaient bien et les filles ont pu y aller. Mon mari s’occupait du basket, puis il a été entraîneur. Cela a duré des années comme cela.
- A la maison des jeunes j’ai fait du basket-ball.
- J‘ai fait de l’art dramatique. Il y avait aussi des bals, c’est là que j’ai connu mon ex-mari. C’est toute ma jeunesse. La maison de jeunes m’a beaucoup aidée.
- Les jeunes y apprenaient des danses.
- Deux de mes filles ont beaucoup fréquenté la maison des jeunes. Il y avait des fêtes c’était vraiment très chouette.
- On a fait des choses formidables entre la maison de jeunes et l’immeuble : feux de camp de la Saint-Jean c’était quelque chose, ça durait toute la nuit. A trois heures du matin tous les adultes se retrouvaient à la maison de jeunes pour boire un verre.
Plus tard
- On a été inscrit à la M.J.C. Pendant plusieurs années on faisait de la gym deux ou trois fois par semaine le soir, maintenant on est à la retraite et on fait de la gym dans la journée. Je faisais aussi de la chorale.
Mon fils faisait du basket et de l’informatique. Il y avait des cours le samedi matin. Je crois que sa vocation est venue de là. Quand il rentrait à midi il en parlait sans arrêt. Un jour je lui ai fait manger quelque chose qu’il n’aimait pas, il ne s’en est pas aperçu !
- Mon fils faisait du basket, il faisait des tournois de tennis, du judo, ma fille faisait de la danse.
- Tous les ans la maison de jeunes faisait un bal masqué avec un thème qui avait un succès fou.
- La relation immeuble maison des jeunes était liée au Père Thouvenin. Je me souviens quand il y avait des expositions, il mettait un carton d’invitation avec un mot personnalisé à tous les gens de l’immeuble qui avaient un petit côté sensibilisé. Les gens n’osaient pas ne pas y aller.
Il y a eu des gens grincheux qui critiquaient toujours
- Il y avait beaucoup de rapports entre la maison de jeunes et l’immeuble, ce qui a beaucoup disparu. Tant qu’il y a eu les vacances à Nabas, il y avait des rapports entre les deux, c’était quand même le Père Thouvenin qui dirigeait le tout.
Et puis il y a eu des gens grincheux qui critiquaient toujours la maison des jeunes, disant qu’on y faisait du bruit….
- On a cassé la relation maison des jeunes et immeuble, les jeunes ne sont plus au centre, il faut trouver une dynamique en interne à l’immeuble.
Aujourd’hui
- La maison des jeunes c’est un beau lieu de vie, ça a l’air de marcher.
Pour un célibataire, c’est vraiment trop onéreux
- Quand je passe vers 16 ou 17 heures, il y a des enfants et des gens partout autour de l’immeuble. Les gamins ont l’air ravi d’y aller. On m’a demandé : « Le gymnase cela ne fait pas trop de bruit ? » Franchement je ne les entends pas.
- Pour moi c’est très calme, les jeunes du foyer aussi, on se dit aussi bonjour en passant puisqu’ils ont la même entrée.
- Moi, je vais faire de la chorale à la rentrée.
- Je m’étais inscrite aux cours d’espagnol de la ville de Paris. Puis quand j’ai vu qu’il y en avait aussi à la M.J.C., j’ai voulu y aller mais les prix n’étaient pas du tout compétitifs. Pour un célibataire, c’est vraiment trop onéreux. J’étais très déçue, habitant l’immeuble, de ne pouvoir m’intégrer. Ce n’est pas ça une maison pour tous.
Le jardin d’enfants, la méthode Montessori
- Les jardinières qui s’occupaient de nos enfants étaient triées sur le volet par le Père Thouvenin. Mademoiselle E. était la petite fille du président René Coty. Lorsque notre fille a été invitée comme demoiselle d’honneur pour le mariage, il fallait remplir certaines conditions. On était bien embêtés car nous n’avions pas la timbale en métal argentée demandée pour faire la quête. On a finit par en trouvé une. Cela me semblait drôle.
- Ma fille est allée deux ou trois ans au jardin d’enfants. Une petite fille du président de la République y travaillait.
- Moi, j’y ai appris quelque chose au jardin d’enfants : Ma petite fille un jour est revenue en chantant Le chameau à deux bosses sur le dos… Cela m’est resté.
L’école a fonctionné trois ou cinq ans
- On se souvient de maman qui était femme de ménage à l’école Montessori et Madame H. se souvient que ma mère qui avait la clef de l’école est allée un soir rechercher le nounours de sa fille qu’elle avait oublié. Maman s’est liée d’amitié avec la directrice de l’école. Elles ont toujours gardé des liens très chaleureux.
- L’école a fonctionné trois ou cinq ans.
- En 63 le jardin d’enfants était déjà fermé. Je ne l’ai pas connu.
- Le bâtiment est ensuite devenu foyer de jeunes travailleurs. Les jeunes ne comprenaient pas pourquoi c’était aussi haut de plafond, pourquoi il y avait des cercles de couleur au sol… Il fallait expliquer que c’était une ancienne école Montessori. C’est resté ainsi jusqu’à la réhabilitation.
L’Habitat communautaire a essaimé à l’extérieur
L’immeuble Haxo 2
- En 71 on a emménagé dans l’immeuble Haxo 2.
- Plusieurs fois avec mon mari nous avons pensé partir, mais je n’ai jamais pu.
Ici, c’est mon village
- Ici c’est mon village.
- Quand j’ai passé mon brevet d’Etat d’éducateur sportif, j’ai fait un mémoire intitulé : « La personne âgée dans mon village urbain ». Des personnes restent proches de moi comme dans un village où on voit les enfants des autres grandir. Sous notre immeuble il y avait les cellules des prêtres, en 70 les Jésuites ont quitté. Ils étaient venus évangéliser le quartier pendant 100 ans, et les choses ont changé.
- A Haxo 2, on a fait de grandes fêtes d’immeuble, séparément de l’immeuble Haxo 1. Les portes étaient toujours ouvertes, les enfants allaient les uns chez les autres. On faisait des fêtes de Noël. On n’avait pas de local mais le hall nous suffisait. Le Père Noël descendait par l’ascenseur avec sa hotte pleine de cadeaux. J’ai dû faire le costume car je couds un peu. Un papa de l’immeuble faisait le Père Noël. Plusieurs mois à l’avance on décidait du thème de la décoration des paliers.
- Pendant 15 ans on a eu un super immeuble. On avait aussi nos commissions, sociale et autres. Nous avions un petit budget et il nous est arrivé d’aider une famille à payer son loyer. On avait un budget fêtes. On a fait un rallye, on était par équipes, cela liait beaucoup. On chantait beaucoup dans l’immeuble, mon mari jouait de la guitare. Il y avait de bonnes cuisinières, l’une faisait le tourin, une autre la choucroute, la soupe à l’oignon à quatre heures du matin quand on avait beaucoup chanté et qu’on était fatigué.
- Il y a encore beaucoup de gens qui sont là depuis l’origine. Les habitants de Haxo 2 avaient le même esprit qu’ici. On savait ce qui se passait à Haxo 1 ; il y avait des enfants qui y avaient été élevés. Les enfants ont grandi et aujourd’hui on ne fait plus rien. Maintenant l’esprit a changé, c’est chacun chez soi.
Ailleurs
- Quand je suis arrivée en 78 aux Lilas j’ai demandé à voir les locaux communs. J’ai dû créer une association pour en récupérer une partie. J’étais en disponibilité à ce moment là et j’ai organisé des fêtes et des activités pour les enfants d’âge école maternelle. On faisait des fêtes d’anniversaire. Tout cela est nécessaire pour que les gens arrivent à se connaître. C’est grâce à ce que j’avais vécu ici que je l’ai fait aux Lilas.
C’est grâce à ce que j’avais vécu ici que je l’ai fait aux Lilas.
- Je gardais aussi des liens avec la rue du Borrego et mon fils faisait du judo à la maison de jeunes.
[1] Voir infra.