Le quartier dans les années 1950 et 1960
- Face à l’immeuble il y avait une petite blanchisserie ancienne avec les fers à repasser en fonte posés sur un poêle spécial, même au mois d’août. Elle était située entre le passage Gambetta et la villa Amélie. Au-dessus de la boutique il y avait un petit immeuble de deux étages où habitait la première nourrice de mon fils, elle nous avait dit : « Ne faites pas attention à l’escalier. » Chez elle c’était tout petit mais nickel, ça brillait de partout. Après ils sont partis en banlieue et l’immeuble a été démoli. Ils ont été bien indemnisés, puisqu’ils avaient refait l’appartement.
Son mari travaillait à l’imprimerie juste à côté, il n’avait que le passage Gambetta à traverser. Il reste de cette imprimerie un seul bâtiment hangar où il y a la salle de gym. Vue la proximité.
- Je me souviens de la boutique de Madame M. juste à côté de la poste, aujourd’hui c’est un petit atelier de travail du cuir. Elle vendait du sous-linge, des bas. Elle faisait des corsets sur mesure. Elle était toujours sur le pas de sa porte, pimpante. Elle a gardé sa boutique jusque vers 75 ans.
- Elle a vécu dans notre immeuble jusqu’à 99 ans et s’est éteinte l’année dernière.
- Dans cette rue du Borrego il y a eu beaucoup de maisons démolies.
- Il y avait une petite librairie rue des Tourelles : elle était là où est le restaurant couscous. Quand on sortait du patro on allait tous acheter nos Carambars. On allait chercher nos cahiers, les gens y achetaient les journaux.
- On allait au cinéma Les Tourelles. C’était en haut de l’avenue Gambetta, là ou il y a maintenant le Franprix.
Le terrain où est notre immeuble c’était de l’herbe
- Le terrain où est notre immeuble c’était de l’herbe, il était réservé au tir à l’arc. On voit la briqueterie sur les photos des années 30, puis ensuite elle a disparu. Le terrain en haut du parking était un terrain de boules, il y avait là le pavillon de l’horloge. Tout autour, il n’y avait que des ateliers. Entre la poste et la rue Saint-Fargeau et dans cette rue jusqu’aux pompiers, il n’y avait que des usines. On les a vues se démolir. Une fois une grue s’est cassée et il y a eu un accident grave, heureusement c’était un samedi il n’y avait personne. Plus bas que l’imprimerie, il y avait une cartonnerie. Il n’y avait que des petits immeubles d’un étage, c’était un autre monde.
- Le dimanche il y avait le rémouleur qui passait et le vitrier et l’orgue de barbarie. Pour jeter une pièce il fallait l’envelopper dans du papier, un gosse les ramassait. Du jour où on a mis une grille cela s’est arrêté, mais ils ne passent plus non plus dans les rues.
- Une fois le Père Thouvenin m’avait emmené sur la Zone, là où est le périphérique, c’était des bidonvilles, des cabanes en tôle, il y avait des Romanichels qui avaient leurs chèvres. Le Père avait des amis là-bas, quelqu’un d’autre que lui n’aurait pas pu entrer sans montrer patte blanche. Quand on arrivait on était accueillis avec une chaleur humaine formidable, on buvait un coup, un café, un coup de rouge, on l’invitait à manger.
- Pour nous, les gars qui habitaient les grands ensembles de la porte des Lilas (c’était des militaires), c’était les riches.
[1] Sainte-Marie-Médiadrice, boulevard Serrurier, à Paris, dans le 19e arrondissement, à deux pas de la porte des Lilas.