À Villeconin, l’histoire des morts n’est pas séparée de celle des vivants. Elle accompagne le village depuis des siècles, autour de l’église Saint-Aubin, dans les pierres gravées, dans les croix déplacées, dans les caveaux, dans les dalles devenues marches, dans les noms encore lisibles et dans ceux que le temps a presque effacés.
Un cimetière, ce n’est pas seulement un lieu où l’on enterre. C’est un livre ouvert sur une communauté. On y retrouve les familles, les seigneurs, les prêtres, les enfants morts trop tôt, les anciens combattants, les cultivateurs, les artisans, les notables, les oubliés. À Villeconin, ce livre a été déplacé, retourné, parfois dispersé. Certaines pages sont encore visibles. D’autres sont peut-être sous les pierres de Saint-Aubin.
Comme dans beaucoup de villages anciens, le premier cimetière de Villeconin se trouvait autour de l’église. Saint-Aubin n’était pas seulement un lieu de messe : c’était le centre spirituel, social et funéraire du village. On venait y prier, y baptiser, y marier, y sonner les cloches, y accompagner les morts.
Pendant des siècles, les habitants furent donc inhumés près de l’église, dans l’ancien enclos paroissial. Être enterré près du sanctuaire, c’était rester au cœur de la communauté, au plus près des prières, des cloches et de la mémoire collective.
Mais où étaient exactement les limites de ce premier cimetière ? Recouvrait-il tout l’espace autour de l’église actuelle ? Allait-il jusqu’aux chemins voisins ? Des sépultures dorment-elles encore sous les abords de Saint-Aubin, là où l’on marche aujourd’hui sans imaginer ce que le sol conserve ?
Dans les églises anciennes, tous les morts n’étaient pas enterrés dehors. Les plus importants, les plus riches, les seigneurs, les bienfaiteurs, parfois les prêtres ou les familles fondatrices, pouvaient obtenir une sépulture à l’intérieur même de l’église.
À Saint-Aubin, les sources évoquent jusqu’à 95 sépultures à l’intérieur de l’église entre 1668 et 1776. Ce chiffre donne le vertige. Il signifie que l’église n’était pas seulement un lieu de culte, mais aussi un espace funéraire dense, chargé de tombes, de dalles, de caveaux et de mémoires familiales.
Qui étaient ces 95 personnes ? Des seigneurs de Saudreville, de Fourchainville, du Fresne, de Villeconin ? Des familles nobles comme les Rotrou, les Barville, d’autres lignées aujourd’hui moins connues ? Des prêtres ? Des enfants ? Des femmes dont le nom s’est effacé derrière celui de leur mari ?
Et surtout : peut-on retrouver la liste complète de ces inhumés dans les registres paroissiaux, les actes de sépulture, les archives de fabrique ou les inscriptions encore visibles dans l’église ?
Au fil du temps, les anciens cimetières autour des églises furent considérés comme dangereux pour la salubrité. Trop proches des habitations, trop étroits, trop anciens, ils posaient des problèmes d’hygiène. À Villeconin, comme ailleurs, le cimetière finit donc par être déplacé.
Le cimetière actuel, situé vers la rue du Paradis, devient alors le nouveau lieu de repos des habitants. Mais un déplacement de cimetière ne déplace jamais toute la mémoire. Certaines croix suivent. Certaines pierres restent. Certaines dalles sont réemployées. Certains ossements demeurent dans le sol ancien. Certaines familles conservent leur souvenir d’un lieu à l’autre.
Que s’est-il passé exactement lors de ce transfert ? Les tombes ont-elles été déplacées une à une ? Certaines familles ont-elles récupéré des pierres ? La croix ancienne de 1543 a-t-elle été transportée depuis l’ancien cimetière autour de l’église jusqu’au cimetière actuel ?
Et si une partie de l’ancien cimetière était toujours là, invisible, sous les abords de Saint-Aubin ?
Dans le cimetière actuel se trouve une croix ancienne datée de 1543, au temps de François Ier. Elle est l’un des témoins les plus précieux de la mémoire funéraire de Villeconin.
Cette croix ne parle pas seulement de religion. Elle parle des paroissiens. Elle dit qu’à une époque lointaine, la communauté de Villeconin a voulu dresser une croix pour marquer son espace sacré, son cimetière, sa foi et sa présence collective.
Pourquoi cette croix a-t-elle été faite en 1543 ? Remplaçait-elle une croix plus ancienne ? A-t-elle été financée par les habitants, par la fabrique, par un seigneur, par une famille ? Était-elle au centre de l’ancien cimetière, près du portail de l’église, ou sur un chemin de procession ?
Cette croix est peut-être une clef. Elle permet de relier l’ancien cimetière disparu au cimetière actuel.
L’église Saint-Aubin conserve plusieurs pierres qui posent question. Certaines sont des dalles funéraires. D’autres ont été déplacées, retournées, réemployées. Une pierre gravée, aujourd’hui utilisée comme marche ou comme dalle de seuil, intrigue particulièrement.
Marcher sur une ancienne pierre tombale est une chose étrange. Le geste est banal, quotidien, presque invisible. Pourtant, sous les pas, il y a peut-être un nom, une famille, une prière, un visage sculpté, une inscription effacée.
Cette pierre servait-elle autrefois de dalle funéraire dans l’église ? Provenait-elle de l’ancien cimetière ? A-t-elle été déplacée lors de travaux ? A-t-on volontairement réemployé une pierre ancienne parce qu’elle était solide, disponible, oubliée ?
Et surtout : les lettres encore gravées sur ses bords peuvent-elles révéler le nom du défunt ?
Sous l’autel, des dalles gravées ont révélé des fragments liés à Michel Chrétien de Rotrou / Retrou et à son épouse Geneviève Marguerite Chaban de La Fosse. Ces pierres sont essentielles, car elles relient l’église Saint-Aubin à la mémoire seigneuriale de Saudreville, Fourchainville et Villeneuve.
Mais le dossier n’est pas simple. Une inscription indique que Michel Chrétien de Rotrou fut inhumé dans le cimetière de la paroisse, faute de caveau disponible dans la chapelle familiale. Pourtant, des dalles dans l’église portent sa mémoire.
Alors que faut-il comprendre ? Michel Chrétien repose-t-il dans l’ancien cimetière ? Les dalles de l’église sont-elles un monument commémoratif ? Ont-elles été déplacées ? S’agit-il d’un cénotaphe, d’une dalle de famille ou d’un morceau d’un ensemble funéraire plus vaste ?
Qui dort réellement sous Saint-Aubin, et qui n’y est seulement rappelé par la pierre ?
Le cimetière actuel conserve aussi la mémoire de la famille de Barville, liée au Fresne. Une tombe seigneuriale, redécouverte après avoir été ensevelie, rappelle que les cimetières ne sont pas figés : certaines sépultures disparaissent sous le sable, l’herbe, l’oubli, puis reviennent à la lumière.
La tombe des Barville pose une question très forte : combien d’autres sépultures importantes sont encore méconnues dans le cimetière ? Combien de noms sont devenus illisibles ? Combien de familles anciennes de Villeconin reposent là, sans que les passants sachent encore leur rôle dans l’histoire du village ?
Le cimetière actuel n’est donc pas seulement un lieu contemporain. Il contient des strates anciennes, des fragments de l’Ancien Régime, des mémoires seigneuriales, des familles du XIXe siècle, des habitants du XXe siècle, et peut-être encore des surprises.
Autrefois, de nombreuses tombes étaient surmontées de croix en fonte, en pierre ou en métal. Beaucoup ont disparu. Volées, cassées, enlevées, abandonnées, rouillées, remplacées. Ce petit patrimoine funéraire est fragile.
Chaque croix disparue portait pourtant une histoire : une famille, un deuil, une époque, un style, parfois un symbole religieux ou professionnel. Quand une croix disparaît, ce n’est pas seulement un objet qui s’en va. C’est une page du cimetière qui devient plus difficile à lire.
Existe-t-il des photographies anciennes du cimetière ? Des cartes postales ? Des souvenirs de familles ? Des plans de concessions ? Peut-on retrouver les noms associés aux croix aujourd’hui disparues ?
Et si une partie du vieux cimetière pouvait être reconstituée grâce aux albums privés des habitants ?
La liste complète des personnes enterrées dans le cimetière de Villeconin reste à établir méthodiquement. Il faudrait croiser le registre communal des concessions, les actes de décès, les inscriptions encore lisibles, les tombes anciennes, les relevés photographiques et les souvenirs familiaux.
On y trouve des familles anciennes du village, des lignées rurales, des notables, des habitants plus récents, des personnages liés à la mémoire locale. Certains noms sont connus, d’autres attendent encore d’être relevés.
Cette liste pourrait devenir un grand chantier AHCVV : non pas pour troubler le repos des morts, mais pour redonner une place aux noms, aux familles, aux parcours de vie.
Qui étaient les plus anciens enterrés dans le cimetière actuel ? Quelles tombes ont été transférées depuis l’ancien cimetière ? Quelles concessions appartiennent à des familles présentes à Villeconin depuis plusieurs siècles ? Quelles tombes racontent les guerres, les métiers, les migrations, les alliances entre hameaux ?
Le cimetière caché du chemin de Saint-Chéron
Un autre mystère entoure Villeconin : celui des ossements signalés sur les coteaux du chemin de Saint-Chéron. Des habitants auraient trouvé des os humains, parfois même des restes évoquant des cavaliers et des chevaux.
Il faut ici être très prudent. Il ne faut pas affirmer trop vite l’existence d’un second cimetière. Il peut s’agir d’inhumations anciennes, de fosses liées à une épidémie, d’un épisode de guerre, d’un ancien chemin, d’un site oublié, ou d’observations dispersées.
Mais la question mérite d’être posée. Pourquoi ces ossements se trouvent-ils là ? S’agit-il d’un espace funéraire oublié ? D’un lieu de bataille ? D’une fosse commune ? D’un ancien cimetière provisoire ? D’un site antérieur au village actuel ?
Le sol de Villeconin garde peut-être des archives que le papier n’a pas conservées.
Étudier les cimetières de Villeconin, ce n’est pas seulement faire une liste de tombes. C’est retrouver la géographie intime du village : l’ancien cimetière autour de Saint-Aubin, les sépultures dans l’église, les pierres déplacées, les caveaux oubliés, la croix de 1543, le cimetière actuel, les familles anciennes, les croix funéraires disparues et les ossements mystérieux des coteaux.
Chaque pierre pose une question.
Chaque nom ouvre une piste.
Chaque dalle déplacée raconte un changement.
Chaque absence devient une énigme.
Et si l’histoire de Villeconin ne se trouvait pas seulement dans les archives, mais aussi sous nos pas ? Dans une marche d’église, une dalle retournée, une croix ancienne, une tombe ensevelie, un caveau discret ou un nom presque effacé ?
À Saint-Aubin et dans le cimetière de Villeconin, les morts ne parlent plus. Mais les pierres, elles, murmurent encore.
Au Moyen Age, les inhumations s'effectuaient près du tombeau des Saints dans un espace sacré; L' Eglise et ses dépendances (ou l' enclos). On enterrait donc les défunts à l'intérieur (pour les notables) et autour de l' église. Avec le développement du christianisme, les cimetières étaient gérés par la paroisse. Cet espace sacré était situé dans le bourg, près des habitations.
Le 18ème siècle amène une évolution dans les mentalités et on commence à s' inquiéter du problème des corps décomposés, des épidémies de choléra, du cimetière et de son voisinage vis-à-vis des habitations.
Aussi, l'édit royal du 10 mars 1776 interdit toutes inhumations dans les églises pour des raisons de salubrité; mais cette interdiction n'est pas totalement respectée. Il faudra attendre l' ordonnance du 6 décembre 1843 pour que s' amorce la translation du cimetière extra-communal.
La loi du député Aristide Briand, sur la séparation des Eglises et de l' Etat en 1905, retire donc la gestion du cimetière à l'église au profit des municipalités.
Entre 1668 et 1776 il y eut jusqu'à quatre vingt quinze sépultures à l'intérieur de l'église, Jusqu'en 1849, le cimetière se trouvait autour de l'église.
Une habitante de la rue de Saint Chéron découvrit lors de la construction de sa maison un squelette reposant sur un lit de briques.
Le cimetière de Villeconin se trouve dans son emplacement actuel depuis 1847, la décision est prise par la Mairie le 3 juillet 1847 et son extension date de 1893. Il possède une superficie de 3993 m2. En 1861, le cimetière est évalué pour 200 Francs et se découpe en sections (A, B, C, D, E), puis en rangées et concessions numérotées. On dénombre en mai 2014, 380 concessions perpétuelles ou temporaires. On constate un certain nombre de sépultures à l'abandon ou non identifiées. Les dernières modifications apportées sont un columbarium et un jardin du souvenir.
L'un des murs extérieur celui coté rue menace de s'effondrer.
Au centre du cimetière de Villeconin se trouve une croix ancienne datant du règne de François 1er (1543). Cette croix se trouvait dans le cimetière entourant jadis l'église, en 1970 le Maire de l'époque monsieur François Favier eut l'heureuse initiative d'en faire brosser les inscriptions jusqu’alors illisibles et de les faire peindre en noir : L.M.V.C.XL.III.FVT.P LESPROCHES CESTE + (L'an 1543 fut faite pour les paroissiens cette croix).
Une seconde restauration des lettres a été faite par la commune en 2014 à la demande de l'association.
Vendredi 3 Janvier 2020
Travail effectué vendredi 3 janvier dans la zone du cimetière de Villeconin dite "vieux cimetière" par Jérémy Kopacz.
'' Elle rassemble des tombes datant du 19ème siècle pour la plupart les plus anciennes.
Autrefois cette partie comportait beaucoup de tombes surmontées comme on a tous vu, de croix en fonte d'art représentantes différents personnages ou accessoires liturgiques. Elles étaient le plus souvent choisies par les familles n'ayant bien souvent pas les moyens de s’offrir une sépulture en pierre. Dans le cas du cimetière de Villeconin, elles ont toutes été volées, cassées et disparues au 20ème siècle. Il ne reste aujourd'hui que cinq en bon états sur environs une trentaine voir un peu plus.
Leur disparition a entrainé une perte au niveau patrimoine funéraire mais aussi de la présence visible des personnes défuntes.
A l'aide d'un ancien plan d'implantation des sépultures du cimetière et par un sondage par piquetage, j'ai pu retrouver une bonne partie des pierres où étaient scellées ces croix, enfouies sous la terre.
Pour restaurer leur présence, j'ai déposé sur chaque emplacement une grosse pierre de grès et dressé à la verticale. En même temps cela donne à cette partie une apparence encore plus ancienne !
Des tombes plus imposantes en pierres ont été en même temps redressées et replacées à leur emplacement d’origine. Le gèle, et le mouvement de terrain ne fais pas du bien à la vieille pierre.
Février 2020
Redécouverte de la tombe de la famille seigneuriale de Barville dans le cimetière de Villeconin. Elle était complètement ensevelie sous le sable !
Le cimetière caché du village.
Villeconin regorge aussi de mystères non résolus. En effet mise à par le cimetière de la rue du Paradis que tout le monde peux accéder, il en existe un autre méconnu sur les coteaux de la rue nommée Chemin de Saint Chéron.
Bon nombres d'habitants ont découvert sur leur terrain bien pentu une multitude d'os humains en tout genre, des crânes et même des cavaliers avec leur chevaux. D'après tous ceux qui habite dans cette zone depuis la Rue des Rieux jusqu’à la Rue du Buisson sur 500 mètres environs, le sol en est chargé. Alors que c'est-il passé ? Une bataille ? La peste ? De quel époque ? Pour le moment c'est tout ce que nous savons.
Jean Michel Chambon et Jérémy Kopacz