L’origine du nom Villeconin repose sur une forme ancienne capitale : “Ecclesiam de Villa Conani” (1185) “l’église du domaine de Conan”. Cette mention, issue d’une charte de Renaud de Bar, constitue une preuve essentielle pour comprendre l’étymologie du village.
Au XIXe siècle, l’érudit Hippolyte Cocheris mentionne la forme Villa Conai, qu’il attribue au XIIIe siècle.
Mais cette graphie provient en réalité de l’index du cartulaire de Saint-Père de Chartres publié par Benjamin Guérard en 1840Il s’agit très probablement d’une mauvaise lecture :
le “i” final correspond à un tilde médiéval
ce tilde représente une lettre
La forme correcte est donc :
Villa Conani
En latin médiéval :
villa = domaine rural
Conani = “de Conan”
Villeconin signifie donc : “le domaine de Conan”
Cette interprétation respecte parfaitement les règles de formation des toponymes médiévaux, contrairement à l’hypothèse populaire du “village des lapins”.
Le nom Conan (latinisé en Conanus) est d’origine bretonne. Mais il n’est pas étranger à la région de Chartres. Les sources médiévales attestent plusieurs occurrences :
un comte de Bretagne, Conan Ier de Bretagne, est présent à Chartres en 979
la lignée bretonne se poursuit avec :
Alain III de Bretagne
puis Conan II de Bretagne
Cette présence confirme : des liens anciens entre la Bretagne et le pays chartrain
Un élément déterminant renforce cette hypothèse :
Berthe de Chartres-Blois, fille d’Eudes II de Blois :
épouse Alain III, duc de Bretagne
devient mère de Conan II de Bretagne
revient vivre à Chartres après ses mariages
Elle termine sa vie dans un environnement profondément religieux, entre 1051 et 1085.
Au début du XIIe siècle, un homme nommé Conanus apparaît dans les archives de l’abbaye Saint-Père de Chartres :
d’abord moine
puis chambrier
puis cellérier
Ce personnage occupe des fonctions importantes dans l’abbaye.
Son origine reste inconnue, mais son nom — rare et breton — interroge.
Il pourrait être :
un descendant de la lignée bretonne
un parent éloigné
ou un individu placé dans l’Église par un réseau familial
Plusieurs indices permettent de formuler une hypothèse structurée :
Des liens existent entre la Bretagne et Chartres
Une lignée noble bretonne est présente dans la région
Le nom Conan est attesté localement
Le toponyme Villa Conani correspond à un domaine privé
Dès lors, une possibilité émerge :
le domaine de Villeconin pourrait avoir été :
intégré à la dot de Berthe de Chartres-Blois
transmis à son fils Conan II de Bretagne
ou confié à un descendant ou proche nommé Conain
Ce dernier aurait donné son nom au domaine.
Le nom a ensuite évolué selon les transformations classiques du latin vers le français :
Conanus → Conain
puis Conin
et enfin Villeconin
Cette évolution est comparable à :
Silvanus → Silvain
Germanus → Germain
On pourrait donc logiquement écrire Villeconain, mais l’usage historique a fixé la forme actuelle.
L’église de Villeconin est dédiée à Saint Aubin, évêque de Vannes en Bretagne.
Ce choix pourrait refléter : une mémoire ancienne des liens entre le village et le monde breton
En 1185, Villeconin est attribué aux Hospitaliers, en présence de Roger de Moulins.
Cela confirme que le domaine :
existait déjà depuis longtemps
possédait une valeur reconnue
s’inscrivait dans les réseaux religieux et économiques du Moyen Âge
L’ensemble des éléments converge vers une interprétation solide : Villeconin signifie très probablement, “le domaine d’un homme nommé Conan”
Cet homme pourrait être :
un descendant d’une lignée bretonne
un proche des réseaux de Chartres
ou un personnage aujourd’hui oublié
Aucune preuve définitive ne permet encore d’identifier ce Conan avec certitude.
Mais une chose est sûre : derrière ce nom se cache une histoire bien plus riche , que celle d’un simple “village de lapins”.
Une hypothèse sur l’étymologie du toponyme Villeconin
Par Bernard Gineste, juin 2008
Les érudits locaux depuis longtemps ont pensé que le nom de Villeconin lui venait de l’ancien français conin, qui signifie «lapin», sans hésiter à mettre en rapport avec le nom de la rivière qui passe dans les environs, la Renarde. Mais cette hypothèse est profondément contraire à l’esprit et aux règles de la formation des toponymes à l’époque qui nous occupe.
Ecclesiam de Villa Conani
Hippolyte Cocheris (1) rapporte une seule ancienne graphie pour ce toponyme, datée sans autre référence du XIIIe siècle: Villa Conai. Il a en fait tiré cette graphie de l’index du Cartulaire de Saint-Père de Chartres, publié en 1840 par Benjamin Guérard, où il s’agit sans aucun doute d’une mauvaise lecture, où aura été omis un tilde sur le A, représentant un N, et il faut évidemment donc lire Villa Conani, c’est-à-dire «domaine» (villa) d’un certain personnage dont le nom est rendu en latin par Conanus.
La chose est confirmée par la charte de Rainaud de Mousson, évêque de Chartres, en date de 1185.
Cet anthroponyme est clairement d’origine bretonne, mais il est aussi bien représenté dans le secteur de Villeconin à l’époque considérée, c’est-à-dire dans le diocèse de Chartres . Il est clair que cet anthroponyme était prononcé dans notre secteur Conain, sur le modèle Silvanus-Silvain,Germanus-Germain, etc. C’est ce qu’atteste l’évolution de notre toponyme que nous devrions donc écrire Villeconain, si l’usage ne faisait pas loi, et comme aussi l’atteste le patronyme moderne qui en dérive, orthographié indifféremment selon les temps et les lieux, Conain, Conin, Connain, ou Connin.
Ceci dit, qui était le Conain qui a donné son nom à notre Villeconin ? Il n’est peut-être pas impossible de le déterminer, vu la relative rareté de cet anthroponyme et son caractère nettement breton.
Le Cartulaire de Saint-Père de Chartres nous parle effectivement d’un comte de Bretagne appelé Conamus (sic) et présent à Chartres le 16 août 979 (2). Il s’agit de Conan Ier. Ce prince est mort le 27 juin 992. Il a eu pour fils et successeur Geoffroi Ier Bérenger, mort le 20 novembre 1008. Geoffroy lui-même a eu pour fils et successeur Alain III, décédé le 1er octobre 1040. Alain III a épousé lui-même Berthe de Chartres-Blois, fille d’Eudes II de Blois et sœur de Thibaud III, dont il a eu pour fils et successeur Conan II.
Le Nécrologe de Notre-Dame de Chartres mentionne précisément, aux ides de décembre, la mort de Conan II de Bretagne, le 11 décembre 1067: pour le salut de l’âme de son fils, Berthe, qui est revenue à Chartres après le décès de son second époux Hugues du Maine, a offert un ciboire (3).
En effet Berthe, sœur de Thibaud III de Blois, après la mort de son mari Alain, duc de Bretagne, se remaria avec Hugues II, comte du Maine, mort lui même le 26 mars 1051, avant de revenir finir ses jours pieusement à Chartres entre 1051 et 1085, date de sa mort (4)
Nous trouvons aussi, par ailleurs, tout au long du premier tiers du XIIe siècle, un moine de Saint-Père de Chartres appelé Conanus, mentionné tantôt comme un simple moine (5). Vers 1101 cependant, il est titré chambrier (6). A une date indéterminée entre 1116 et 1149, il est titré chevécier, cité après le cellérier Hubert (7), et de même entre 1101 et 1129 (8). C’est sans doute le même qui est enfin titré cellérier de Saint-Père et témoin à Chartres le 27 novembre 1126 (9) et qui mentionné aussi en temps que tel à une date comprise entre entre 1101 et 1129 (10).
Ce porteur isolé du nom Conan à Chartres confirme les liens du pays chartrain avec la Bretagne, mais d’une manière qui reste énigmatique. Il pourrait s’agir d’un bâtard, ou d’un petit-fils de Conan II qui aurait été placé par la pieuse comtesse au monastère Saint-Père de Chartres.
On peut donc se demander quoi qu’il en soit si le domaine Villeconin n’avait fait partie de la dote de Berthe de Chartres-Blois en 1018, et si, à ce titre, il n’était pas échu à son fils Conan II, duc de Bretagne de 1040 à 1067; cependant il se présente ici une légère difficulté, vu qu’elle lui a survécu et n’est morte elle-même qu’en 1085.
Je propose donc de supposer que Villeconin tire son nom, sinon de Conan II, d’un Conain bâtard ou petit-fils de Conan II, à qui l’aurait légué sa grand-mère ou arrière grand-mère la comtesse Berthe, fille d’Eudes de Blois, et qui peut-être se fit moine à Saint-Père de Chartres à la fin du XIe siècle.
On remarquera d’ailleurs que l’église de Saint-Aubin est curieusement sous la titulature de saint Aubin, saint d’origine bretonne, originaire précisément de Vannes, dont on trouvera à cette adresse la Vita, d’après un manuscrit enluminé du XIe siècle. Cette vita le fait ordonner évêque par saint Melaine, évêque de Rennes, soulignant donc cette origine bretonne.
Précisément Conan II est inhumé dans l’abbatiale Abbaye Saint-Melaine de Rennes où sa tombe a été retrouvée sous la tour lors de la restauration qu’ont nécessitée les dégâts de la seconde guerre mondiale.
J’ai bien conscience que cette hypothèse est un peu audacieuse, mais elle prête moins à sourire que la garenne qu’on supposait jusqu’alors.
B.G., 19 juin 2008
(1) Dictionnaire des anciens noms des communes de Seine-et-Oise, Versailles, Cerf & fils, 1874, p.55.
(2) Éd. Guérard, t. I, 1840, p. 66: Conamus comes Brittaniæ.
(3) Éd. Lépinois et Merlet, Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, tome III, 1865, p. 220: Obiit Conanus, Britannorum comes, pro cujus anima Berta, comitissa, mater ejus, altare hujus ęcclesię decoro exornavit cyborio).
(4) Lépinois, Histoire de Chartres, 1854, t. I, p. 332; Lépinois et Merlet,Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, tome I, 1862, p. 95, note 2.
(5) Dans une charte de date indéterminée (Éd. Guérard, t. II, 1840, p. 330:Conanus monachus), dans une autre (p.354: quibusdam ex nobis… Conano scilicet, etc.) et dans une autre encore datée du 18 janvier 1132 (p. 376:Conanus monachus).
(6) Ibid., p. 338: domno Conano, sancti Petri camerario… domni Conani.
(7) Ibid., p. 402: domnus Connanus capicerius.
(8) Ibid., p. 500: domnus Conanus capicerie hujus ecclesie officio serviebat… domnum Conanum… domno Conano.
(9) Ibid., pp. 264 et 267: Conanus cellerarius.
(10) Ibid., p.274: capicerie hujus nostre ecclesie quam tunc Conanus administrabat.
Bernard GINESTE, «Une hypothèse sur le toponyme Villeconin (2008)», in ID. [éd.], «Rainaud de Mousson, évêque de Chartres: Don de la paroisse de Villeconin aux Hiospitaliers (1185)», in Corpus Étampois, http://www.corpusetampois.com/cls-12-rainauddechartres1185villeconin#anseaume, 2008.