L'école était autrefois la mairie du village.
L’histoire de l’école de Villeconin constitue un témoignage précieux de l’évolution de l’instruction publique dans les campagnes françaises entre la Révolution et le début du XXᵉ siècle. À travers les registres communaux, les plans d’architecte, les courriers administratifs et les rapports d’instituteurs conservés dans les archives locales, on découvre non seulement l’évolution d’un bâtiment scolaire, mais aussi celle d’un village tout entier confronté à la modernisation républicaine.
Dès 1790, Villeconin possède déjà une structure scolaire rudimentaire. L’enseignement reste alors très précaire et dépend fortement des ressources locales et de la stabilité politique du pays. Plusieurs instituteurs vont se succéder au fil du XIXᵉ siècle, chacun laissant son empreinte dans la mémoire scolaire du village : Bertran de 1790 au 15 Brumaire an X, Jean-Baptiste Granger à partir du 15 Brumaire an X, puis Rouvray agréé le 6 septembre 1817, Fougeret Henri en octobre 1817, Pierre Augustin Auby de 1833 à 1842, Martin Louis François de 1856 à 1862, Paulin Louis François Auguste de 1862 à 1868, Boulinier François Maximilien de 1868 à 1876, Chambellan Louis Adrien de 1876 à 1886, Chevallier Eugène de 1886 au 1er janvier 1893, avant l’arrivée d’Orélie Éléonore Dufour le 1er janvier 1893. Cette longue succession d’enseignants montre à quel point l’école devient progressivement un pilier central de la vie communale.
Les premiers locaux scolaires étaient extrêmement modestes. Les plans anciens de 1833 montrent une école composée d’une unique salle de classe accompagnée d’une petite chambre pour l’instituteur. Le mobilier est rudimentaire et l’espace insuffisant pour accueillir correctement les enfants du village. Les élèves de différents âges sont réunis dans une même pièce, où se mélangent apprentissage de la lecture, écriture, calcul, morale religieuse et parfois travaux pratiques liés à la vie rurale. À cette époque, les enfants fréquentent souvent l’école de manière irrégulière car beaucoup participent déjà aux travaux agricoles ou gardent les troupeaux dans les hameaux environnants.
Les archives montrent également que l’enseignement à Villeconin remonte encore plus loin. Dès 1780, un maître d’école est mentionné. Les documents révèlent plusieurs informations précieuses sur la vie scolaire sous l’Ancien Régime et au début du XIXᵉ siècle : fixation des vacances pendant les moissons, rémunération des instituteurs, fréquentation scolaire variable selon les saisons ou encore distribution de prix aux meilleurs élèves. Une liste conservée indique même les noms et âges d’élèves récompensés lors de la distribution des prix du 31 mars 1845. On y retrouve notamment Hadry Irène, 11 ans ; Landreau Léon, 10 ans et demi ; Rivière François, 7 ans ; Berault Alfred, 5 ans et demi ; ainsi que plusieurs jeunes filles comme Maîtreau Joséphine ou Fleury Virginie. Ces fragments d’archives redonnent un visage humain à l’histoire scolaire du village.
Au milieu du XIXᵉ siècle, l’école devient rapidement insuffisante face à l’augmentation du nombre d’enfants et aux nouvelles exigences de l’État. Avec le développement de la IIIᵉ République et les lois de Jules Ferry sur l’école obligatoire, gratuite et laïque, la commune est poussée à moderniser ses infrastructures. Les plans conservés montrent alors plusieurs projets ambitieux de mairie-école : agrandissement des salles, création de préaux couverts, séparation des espaces filles/garçons, logements pour les instituteurs, cours de récréation distinctes et amélioration générale des conditions sanitaires. Les documents révèlent même les débats parfois tendus entre habitants, municipalité et préfecture autour du coût de ces travaux. Certains villageois jugent les projets trop coûteux pour une petite commune rurale d’environ 450 habitants répartis dans plusieurs hameaux éloignés.
Les montants engagés sont effectivement importants pour l’époque. En 1868, un crédit de 6 900 francs est accordé pour la construction et l’aménagement de l’école. Plus tard, de nouveaux travaux sont entrepris : maçonnerie, charpente, couverture, serrurerie, plomberie, restauration des murs et agrandissement des bâtiments. Un rapport général de 1900 mentionne des dépenses dépassant les 7 000 francs, financées en partie par le département et l’État. Les habitants adressent même des protestations au préfet, estimant que certains projets dépassent les besoins réels du village. Malgré cela, les autorités considèrent les travaux comme urgents et indispensables pour mettre l’école aux normes républicaines.
Lorsque Orélie Éléonore Dufour prend ses fonctions le 1er janvier 1893, elle découvre une école encore imparfaite mais en pleine transformation. Son rapport du 25 septembre 1899 constitue un témoignage exceptionnel sur la réalité quotidienne de l’enseignement rural à la fin du XIXᵉ siècle. Elle y explique que « l’installation scolaire laissait beaucoup à désirer », même si plusieurs améliorations sont enfin en cours d’exécution, notamment l’ouverture de nouvelles fenêtres dans la salle de classe et la construction d’un préau couvert apportant satisfaction aux maîtres comme aux élèves. Elle souligne cependant que le mobilier scolaire reste très insuffisant et nécessiterait un renouvellement complet.
Le logement de fonction de l’institutrice apparaît relativement convenable pour un village rural de cette époque. Orélie Dufour décrit deux pièces au rez-de-chaussée — une cuisine et une salle à manger avec cheminée — ainsi que trois pièces à l’étage dont une seule chauffée. Les plans conservés montrent précisément l’organisation intérieure de cette mairie-école, permettant aujourd’hui de reconstituer presque entièrement les lieux où vivaient et enseignaient les instituteurs de Villeconin.
Le rapport d’Orélie révèle également l’existence de cours d’adultes organisés chaque hiver pour les jeunes gens du village. Ces cours du soir étaient assez suivis malgré les difficultés de déplacement entre les différents hameaux de la commune. L’institutrice regrette cependant le manque d’outils pédagogiques modernes et souhaiterait que la municipalité fasse l’acquisition d’un appareil de projection lumineuse afin d’attirer davantage les adultes et de rendre les leçons plus vivantes. Cette remarque est particulièrement remarquable car elle montre qu’à la veille du XXᵉ siècle, certains instituteurs ruraux réfléchissent déjà à des méthodes pédagogiques modernes et visuelles.
À travers l’histoire de cette école apparaissent finalement toutes les transformations du village : la progression de la République, la diffusion du français dans les campagnes, la lutte contre l’analphabétisme, mais aussi les tensions entre tradition rurale et modernité. Les enfants assis sur les bancs de l’école dans les années 1890 deviendront les adultes des grandes tragédies du XXᵉ siècle. Certains partiront à la Première Guerre mondiale, d’autres connaîtront l’Occupation ou la Résistance. Derrière les murs de cette petite école de campagne se dessine ainsi toute l’histoire humaine de Villeconin, entre mémoire locale, progrès républicain et destin des générations successives.