"Comment savoir ce que nous ignorons si nous ne savons pas ce que nous ignorons" (anonyme).
Orientation principale : chaque enfant conduit le processus.
Buts du processus : aider chaque enfant à
- guérir de tout trouble ou maladie
- faire l' expérience de relations heureuses et se faire des amis, pour contrer la solitude dont souffre la jeune victime en conséquence des traumatismes qu' al a subi
- exprimer ce qu' al ressent
- rechercher de l' aide lorsque nécessaire
- améliorer son amour-propre
- prendre soin de soi
- acquérir l' indépendance relative à son àge
- pratiquer des activités physiques, manuelles et intellectuelles
- faire face aux problèmes qui peuvent survenir.
La liberté comme condition indispensable :
Le processus commence par la liberté laissée à l' enfant : comme nous ne pouvons pas deviner ce que l' enfant ressent et pense, particulièrement au début, laisser l' enfant libre lui permet de clarifier quels sont ses besoins. Aussi devons-nous ètre avant tout attentifs à ne pas interférer avec les orientations qu' adopte l' enfant, d' autant plus que pour un(e) enfant confus se trouver peut ètre une tàche ardue.
Si l' enfant semble trop désorienté et indécis, nous pouvons lui proposer une variété de choses à faire pour l' aider à trouver petit à petit sa propre voie et se sentir mieux, en particulier lorsque pour l' enfant la nouveauté des lieux et des personnes peut ètre trop soudaine.
De mème que la liberté totale d' expression est indispensable en psychanalyse d' adultes au début de chaque session (règle de la levée de toute censure), la liberté comme point de départ est conçue pour aider l' enfant à s' orienter vers la direction où se situent ses problèmes principaux : d' abord les identifier, puis les résoudre. Petit à petit l' enfant va d' al-mème s' engager vers ces zones les plus difficiles parce qu' al sait naturellement qu' elles l' empèchent de se débarrasser de sa souffrance. L' enfant sait mieux que quiconque quelles sont ces redoutables nébuleuses qui l' oppressent, car chaque personne est unique et a un passé spécifique. Une seule personne sait tout sur un(e) enfant donné depuis le début avec sa naissance et mème avant dans le ventre maternel : l' enfant al-mème.
Dynamique de l' action :
- l' assistant doit ètre disponible pour créer une relation avec l' enfant
- l' assistant doit laisser l' enfant guider le processus et al doit suivre les besoins de l' enfant au fur et à mesure qu' ils apparaissent
- la priorité doit ètre donnée à toute activité à effet thérapeutique : tout ce qui peut aider l' enfant à surmonter ses blocages et laisser la charge affective refoulée jusqu' ici se libérer pleinement
- veiller à ce que l' enfant reste dans les limites de sa sécurité et de celle des autres enfants
- fréquemment, la meilleure aide apportée à l' enfant consiste à ne rien faire pour lui laisser tout le champ libre pour s' extérioriser : l' assistant doit surtout savoir écouter, encourager l' enfant à poursuivre autant qu' al en ressent le besoin, et reconnaitre la vérité telle que subie par l' enfant.
Ne pas refuser la relation personnalisée avec l' enfant :
Pour l' enfant, l' agent thérapeutique principal est la relation qui se crée spontanément avec l' assistant(e) qu' al préfère. "Toute psychothérapie réussie peut se définir comme une relation hautement personnalisée entre 2 personnes" (Flora Rheta Schreiber). Chaque assistant(e) est libre de s' engager dans une relation avec un(e) enfant par choix mutuel et de s' arranger pour répondre de la meilleure façon possible aux besoins de l' enfant : choisir quoi faire ensemble, pendant combien de temps, façons d' aider l' enfant dans ses difficultés.
Chaque assistant(e) doit ètre habité par un sincère sentiment d' affection pour l' enfant qu' al choisit et doit éprouver du plaisir à ètre en compagnie de la petite personne : les sentiments respectifs créent la dynamique qui va se développer d' une façon non planifiée.
Chaque nouvel enfant est une nouvelle histoire qui se découvre et à chaque fois nous avons besoin d' une bonne dose d' humilité puisqu' au début nous pouvons ètre dans la totale ignorance sur ce qui a causé l' enfant à se dégrader : nous devons mériter sa confiance et petit à petit progresser vers les évènements les plus traumatiques de sa vie pour qu' al puisse s' en libérer.
Nous pouvons voir lorsqu' une relation avec un(e) enfant est bien établie : lorsque l' enfant vous regarde, regarde dans la direction où vous vous trouvez pour vous voir, est intéressé(e) par vous, a besoin de vous et de votre présence, et est à l' aise, spontané(e), sincère avec vous.
Suivre les besoins de l' enfant :
Cela est effectué par approche pragmatique. Nous devons nous efforcer de rester flexibles puisque chaque enfant a des besoins différents qui vont, de plus, évoluer avec le temps et sa progression. Nous devons nous adapter à chaque enfant et non l' inverse.
D' abord, nous devons nous efforcer de répondre aux besoins de chaque enfant (physiques, émotionnels, intellectuels) pour al soutenir dans sa progression vers la guérison, et garder en tète le risque toujours présent que nous pourrions bloquer involontairement leur cheminement : les enfants en tant qu' ètres vivants au début de leur vie ont la capacité de retrouver l' état d' origine sain qui était le leur avant qu' on ne les dégrade, et peuvent alors reprendre leur vie au niveau où als ont dù la quitter.
Quand les expériences thérapeutiques peuvent-elles se produire ?
"Tous évènements et situations se produisant dans le milieu de vie de l' enfant peuvent ètre vus comme autant d' opportunités thérapeutiques" (Family Network Program du Lee Mental Health Center en Floride).
En dehors des séances de psychothérapie si l' enfant les souhaite (régulièrement planifiées ou à la demande), toutes situations de vie dans la réalité peuvent ètre thérapeutiques si vécues par l' enfant en tant qu' "expériences émotionnelles correctives" (Bruno Bettelheim). Les situations de la vie de tous les jours peuvent rappeler à l' enfant les évènements destructeurs, douloureux, dégradants ou effrayants qu' al a eu à subir dans son passé. Nous devons alors l' encourager à extérioriser tout ce qui remonte en al pour s' en libérer, sa guérison en dépend.
Cela ne veut pas dire que nous devons approuver tout ce que l' enfant fait, mais nous devons nous efforcer de favoriser l' expression de l' enfant comme point de passage obligé pour qu' al guérisse. L' utilisation de la méthode d' Ecoute active de Thomas Gordon est la meilleure façon de dialoguer avec l' enfant et le/la soutenir pour qu' al aille aussi loin que nécessaire.
Mais pouvoir se rappeler et parler des traumatismes subis dans le passé n' est pas suffisant pour guérir : les émotions et sentiments associés à ces faits, pour éprouvants qu' ils puissent ètre, doivent pouvoir ètre revécus également car ce sont ces affects négatifs qui causent les symptomes de maladies ou perturbations chez la jeune victime tant qu' ils sont maintenus refoulés.
L' enfant al-mème éprouve des résistances à revivre ces atteintes profondes à sa personne, l'adulte qui l' assiste doit pouvoir faire preuve de la meilleure patience possible et ne pas chercher à hàter le processus car cela serait inefficace : seul(e) l' enfant sait à quel rythme al peut progresser, ce qui lui est supportable, jour après jour, et on peut s' attendre à des régressions.
"Notre expérience est que les enfants sont habituellement vivement désireux de parler une fois qu' als sentent qu' als sont en sécurité, et als sont fréquemment plus sensibles et plus honnètes que les adultes" (C. Sager & H. Kaplan). L' enfant a besoin de savoir que ce qu' al raconte est accepté et validé par l' adulte qui l' écoute, et que toute l' importance de ce qu' al a subi est reconnue, y compris pour les conséquences à long terme.
Les enfants doivent sentir que ce sont als qui décident pour ce qui les concerne dans leur vie, sinon als resteront des ètres passifs et incapables d' autonomie, ce qui est de plus préjudiciable à leur amour-propre et les place faute de conditions thérapeutiques sur la voie de la déchéance à vie.
Les assistants doivent donc continuellement s' efforcer de trouver tout ce qui peut donner plus de maitrise aux enfants dans leur vie pour les restaurer au statut de personnes, et éviter tout ce qui pourrait leur faire sentir qu' als ne sont que des objets complètement manipulés dans les mains d' autrui. Sous la domination d' adulte(s) maltraitant(s) l' enfant a perdu tout pouvoir sur sa propre vie : pour restaurer sa santé mentale il faut renverser la situation.
Toute occasion peut ètre bonne pour leur proposer de prendre une décision personnelle, mais comme tout le monde als peuvent avoir besoin d' avoir le temps d' y réfléchir suffisamment avant, pour trouver ce qui a l' air de leur convenir mieux, tout en conservant le droit d' hésiter ou de rester indécis. Dans ce dernier cas, l' assistant concerné doit alors s' efforcer de laisser la situation ouverte aussi lontemps que possible pour laisser à l' enfant la possibilité d' arriver à une conviction sur ce qu' al préfère : encore une fois la patience est de mise, et il ne faut pas craindre de gaspiller du temps car en réalité il ne s' agit jamais de temps perdu. Au contraire, plus l' adulte est patient plus l' enfant se sent respecté et le processus positif en progresse d' autant mieux.
A chaque enfant son rythme :
Au début, un(e) enfant peut ne pas vouloir s' investir dans aucune activitité, peut-ètre l' adaptation à son nouveau milieu et aux nouvelles personnes lui prend sans en avoir l' air beaucoup d' énergie. Plus tard, son rythme peut s' accélérer puis retomber à nouveau. Toutes ces variations personnelles doivent ètre acceptées et respectées car nous ne savons jamais exactement où à chaque instant l' enfant en est de sa propre évolution.
"Les efforts pour surmonter les traumatismes sont extrèmement couteux en énergie et exigent de l' enfant toutes ses forces, aussi tout facteur qui réduit la capacité de l' enfant à se concentrer sur cette tache prioritaire peut conduire à un échec du processus bénéfique" (Mary Lystad).
Parce que nous voulons que l' enfant guérisse, nous donnons priorité à la thérapie sur les activités scolaires. Lorsque l' enfant aura récupéré suffisamment de bonne santé mentale et physique, il y a de grandes chances qu' al rattrapera rapidement son retard académique, la souffrance disparue libérera une grande quantité d' énergie.
L' enfant al-mème peut ètre réticent à retrouver les émotions négatives refoulées en al suite aux traumatismes, car elles lui sont extrèmement douloureuses. Aussi devons-nous ètre patients et ne pas chercher à accélérer le processus car cela serait contre-productif. Seul(e) l'enfant sait à quel rythme al peut progresser et ce qui est supportable jour après jour, et des régressions peuvent se produire.
La guérison chez un(e) enfant peut ètre un processus lent et ne peut ètre raccourci car
"la croissance psychologique comme la croissance physique et mentale procède d' une façon successive, chaque nouvelle étape se bàtit sur la précédente, aucune étape ne peut ètre sautée." Ce projet s' efforce donc d' offrir "des relations qui permettent à l' enfant de rebàtir sa personnalité pas à pas" (L. Katz).
Indicateurs positifs lorsque les assistants sont avec les enfants : voir la page avec ce titre.
Si un(e) assistant(e) souhaite mettre fin à la relation qu' al a avec un(e) enfant ou veut quitter le projet, cette décision doit d' abord ètre analysée et nous devons procéder avec soin pour que l' enfant subisse le moins possible de conséquences négatives.
Situation d' échec : si après une période raisonnable nous constatons qu' un(e) enfant n' a pas progressé en dépit de nos efforts, nous devons reconnaitre que nous sommes inefficaces avec cette petite personne et devons reconsidérer tout ce qui a été tenté jusque-là pour nous remettre en question, et également considérer si un changement de lieu pourrait ètre mieux bénéfique à l' enfant, en commençant par lui poser les questions correspondantes, lui faisant part de notre sentiment que nous sommes en situation d' échec.
revu 2013