« Aimez votre prochain comme vous-mêmes » : il s’agit d’un amour semblable, mais non égal ; veillez d’abord à votre propre salut.
« Avant tout, ayez entre vous une charité intense, car la charité couvre une multitude de péchés » (Première épître de saint Pierre 4, 8).
C’est un devoir de justice envers Dieu, puisque l’homme est son ouvrage, créé à son image et ayant Dieu pour destinée.
Le saint Fondateur accorde une importance capitale à la charité fraternelle. Les Frères auront une affection cordiale les uns pour les autres (RC 13, 1). Ils se feront un singulier plaisir de se rendre service. Ils préféreront toujours leurs Frères à eux-mêmes. Il insistait, dans plusieurs Méditations, sur ce point.
Pénétrez-vous de cette vérité : c’est surtout dans la communauté qu’il faut revivre les sentiments des premiers chrétiens, qui n’avaient qu’un seul cœur et qu’une seule âme (Méditation 143).
La charité est une vertu royale. Elle est la vertu même de Dieu, le principe de toute son action. Dieu aime : Il est l’Amour. Notre Dieu est un feu consumant (Isaïe). « Je t’ai aimé d’un amour éternel » (Jérémie). « Dieu a tellement aimé le monde qu’il lui a donné son Fils unique » (Jean). « Il m’a aimé et s’est livré pour moi » (saint Paul). « Comme il aimait les siens… » (Jean).
Le Sacré-Cœur a dit à sainte Marguerite-Marie Alacoque : « Voici ce Cœur qui a tant aimé le monde. »
La charité est le précepte du Seigneur : « Aimez-vous les uns les autres. » C’est la marque distinctive des disciples de Jésus : « C’est à ceci que tous vous reconnaîtront » (Jean 13, 34-35).
La charité est prêchée avec force par les Apôtres :
« Ayez une charité persévérante. »
« Mes bien-aimés, aimez-vous les uns les autres. »
Elle est la vertu vitale, car elle est le lien de toutes les vertus : « Par-dessus tout, ayez la charité. » Elle infuse sa force aux autres vertus ; tout ce qui les blesse la blesse elle-même. Elle est comme l’âme, le fondement et le ciment des autres vertus : sans elle, elles ne pourraient subsister.
La charité se sert de toutes les autres vertus pour écarter les obstacles qui pourraient la blesser ou l’amoindrir, et pour exercer ses devoirs envers Dieu et envers le prochain avec douceur et justice.
Plus elle donne, plus elle croît. Elle est une vertu éternelle : la charité seule ne passera jamais.
La charité remédie à de nombreux défauts — susceptibilité, jalousie, emportement, égoïsme — qui gênent autant celui qui les entretient que ceux qui les subissent.
« La charité est patiente, elle est serviable ; elle n’est pas envieuse ; elle ne se vante pas, ne s’enfle pas d’orgueil ; elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal ; elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle trouve sa joie dans la vérité ; elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout » (Première épître aux Corinthiens 13, 4-7).
La charité gagne les cœurs. Elle déracine la volonté propre, car elle nous porte à nous donner. Elle n’est pas ambitieuse : elle combat l’égoïsme et établit la paix.
C’est vouloir le bien et jamais le mal. Elle doit être :
— intérieure, afin de s’épanouir extérieurement ;
— vraie, sans faux-semblant ni comédie.
« Que votre charité soit sans déguisement » (saint Paul).
« Mes petits enfants, n’aimons pas seulement en paroles, mais par des actes et en vérité » (saint Jean).
Les Frères auront une affection cordiale. Cette affection peut provenir :
— de la foi surnaturelle : elle seule est véritable et peut subsister ;
— d’une inclination purement naturelle : philanthropie, altruisme, solidarité, charité mondaine ;
— de la chair : affection charnelle et sensuelle, fondée sur les instincts, indigne même d’un homme honnête.
Il faut savoir corriger avec charité les défauts de ses Confrères pour leur bien, et éviter les amitiés particulières exclusives.
L’amour fraternel doit être irréprochable : amour noble, surnaturel, chaste, plein de bonté. Qu’il s’accompagne d’honneur au-dehors et de respect au-dedans.
« Que chacun estime les autres supérieurs à soi-même. »
Ne croyez pas avoir fait le moindre progrès si vous ne vous voyez pas comme le dernier des hommes (Imitation de Jésus-Christ).
En tout homme, on peut considérer le côté humain et le côté divin.
Si je considère en lui le côté humain, comme en moi-même, je pourrais être tenté de me croire supérieur, faute de le connaître.
Si je considère en lui le côté divin, image de Dieu, je dois l’estimer grand et digne de respect.
Et si je me souviens que je suis mon premier prochain, selon saint Thomas, je dois veiller d’abord à mon salut.
Ainsi, ce qu’il faut, c’est voir en autrui le côté divin, et en moi ma faiblesse et ma pauvreté.
La charité doit être accompagnée de réciprocité : non seulement recevoir, mais aussi donner (RC 13, 2).
À qui rendre service ? À tous, mais spécialement aux faibles et à ceux qui nous sont antipathiques. C’est la marque distinctive des novices missionnaires : rendre service même lorsqu’on abuse de leur bonté.
Aimer ceux qui nous font souffrir. Le saint Fondateur l’enseigne en termes très clairs dans les Méditations 73 et 74.
Combien il est douloureux de voir, dans une communauté, des heurts et des divisions.
« Bénissez ceux qui vous persécutent et vous calomnient. »
Comment ?
— en reconnaissant et en louant le bien qui se trouve en eux ;
— en formant des vœux sincères pour leur bien ;
— en faisant du bien à ceux qui nous haïssent.
Ne bénissez pas d’une manière hypocrite, comme ceux qui bénissent de bouche et maudissent dans leur cœur ; ceux qui tantôt bénissent, tantôt maudissent ; ceux qui bénissent les uns et maudissent les autres. Le bien et le mal ne doivent pas sortir d’une même bouche.
Que notre charité soit universelle, sans exception.