L'esprit de famille.
Si l’on quitte une famille, il faut en retrouver une autre. Et il faut que cette nouvelle famille soit véritablement une famille par la charité qui y règne. C’est cela, l’esprit de famille.
C’est lui qui attire les bénédictions célestes sur une communauté, car là où il règne, règne aussi la régularité. Il rend les membres d’une communauté aussi heureux qu’il est possible de l’être sur la terre. Il fait d’une communauté comme l’antichambre du Ciel.
Dès qu’il disparaît, alors surgissent l’égoïsme, les murmures et les disputes, qui attirent la malédiction de Dieu.
L’esprit de famille consiste à vivre pour les autres en s’oubliant soi-même. Il est la fleur de la charité pratique, non seulement en paroles, mais en actes. Il doit s’épanouir dans l’amour surnaturel.
À Nazareth, on s’aimait de l’amour le plus pur qui soit. Notre Seigneur a dit :
« Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. »
La véritable charité est surnaturelle : aimer le prochain en Dieu et pour Dieu. Si cette qualité disparaît, il ne reste qu’une simple sympathie naturelle, ou tout au plus une philanthropie païenne. Aimer par sympathie de caractère ou par besoin d’un amour égoïste et intéressé est chose presque naturelle ; mais il faut compléter ces sentiments par des vues surnaturelles.
Il faut voir en nos frères les membres de Notre Seigneur, les temples de la Très Sainte Trinité.
« Tout ce que vous ferez au moindre des miens, c’est à moi que vous le ferez. »
« J’avais soif et vous m’avez donné à boire ; j’avais faim et vous m’avez donné à manger. »
Notre Seigneur apparut à saint Jean de la Croix sous les traits d’un pauvre qu’il soignait. C’est souvent par le côté surnaturel que notre foi est déficiente. Voyez, à la fin d’une journée, combien de fois vous avez porté un regard de foi sur vos confrères. La vraie charité a besoin de l’aide de Dieu.
Ce sont les vues de foi sur nos confrères qui inspirent un respect religieux. C’est parce que je vois Dieu en mes confrères que je les respecte. Ils sont les témoins de la présence divine, les membres de Jésus-Christ.
Ce respect doit se traduire par l’estime et la déférence. L’âme en état de grâce possède une perfection d’ordre divin, supérieure à tout ce qui est de l’ordre naturel. Certes, nous ne voyons pas leur âme. Que penser alors des défauts de nos confrères, que nous ne pouvons nier ? Ce ne sont que des poussières sur un diamant, qui n’enlèvent rien à sa valeur.
Nous serions aveugles si nous n’estimions pas nos confrères : des âmes qui ont tout quitté pour Dieu, qui Lui sont consacrées par leurs vœux, sanctifiées par le Corps de Jésus-Christ.
La délicatesse fait deviner ce qui plaît ou ce qui gêne nos confrères, afin de le réaliser ou de l’éviter. C’est comme un sixième sens. Certains religieux n’ont aucune idée de cette finesse ; ils se permettent toutes sortes de choses et deviennent insupportables en communauté.
La délicatesse se manifeste par les visites aux malades, la joie partagée avec ceux qui se réjouissent, la tristesse et la compassion avec ceux qui souffrent, l’aide fraternelle dans le devoir à accomplir.
Cette délicatesse est véritablement la fleur de la charité.
Le dévouement, c’est vivre pour les autres. Le religieux doit être un homme de dévouement, un « homo laborans », selon saint Benoît.
Ce dévouement a toujours caractérisé notre Institut. Malheureusement, il semble peu à peu diminuer. Or, si le dévouement venait à cesser, ce serait la ruine de l’Institut.
La première récompense est la bénédiction de Dieu : là où est la charité, là Dieu habite.
Le Sacré-Cœur disait un jour à sainte Marguerite-Marie qu’Il préférait une communauté où il y aurait moins de régularité stricte, mais davantage de charité.
L’esprit de famille rend la vie communautaire plus joyeuse et plus heureuse. Il est un gage de persévérance, car il fait préférer sa communauté au monde et à ses vanités.
Dieu bénit les familles religieuses où règne la charité fraternelle. Là se trouvent la bénédiction divine et le rayonnement de la joie.
« Je veux être Frère parce que les Frères sont toujours joyeux », disait le Frère Léon de Jésus.
L’esprit de famille est, pour les communautés, cette parole de l’Évangile pour laquelle il faut tout sacrifier : égoïsme, susceptibilité, amour-propre.
Cultivez et entretenez cet esprit de famille dans vos communautés. Soyez le bon petit frère de la communauté. Si vous rendez les autres heureux, vous serez vous-mêmes les premiers bénéficiaires et vous assurerez votre persévérance, car lorsqu’on est heureux, on ne songe pas à s’en aller.