Self défense adaptée aux enfants

 

- Préambule

Ce texte est un condensé des conseils préconisés dans le livre "Apprendre à vos enfants à se protéger" de Daphné Jacquet-Chiffelle (ISBN 978-2-266-18403-8) dont je vous recommande la lecture. Je l'ai agrémenté de quelques données personnelles.

Ce travail est une synthèse à l'attention des enseignants de self-défense ; mais aussi des parents désirant inculquer des notions d'autoprotection à leurs enfants.

 

I - Quelques règles pédagogiques générales :

Voix calme ;

vocabulaire adapté à l'âge ;

ne pas devancer les questions ;

adapter les réponses à la maturité de l'enfant ;

dire la vérité, ou partiellement si nécessaire ;

chercher le progrès, pas la perfection ;

valoriser ses réussites par une progressivité structurée ;

apprendre en s'amusant.

Un argument pour motiver l'enfant à exécuter ces exercices : « Si tu apprends à te défendre, tu auras le droit à plus de liberté ».

 

Dans les exercices pratiques, montrer l'exemple. L'enfant copie et se l'approprie en témoignant de ses sensations.

Utiliser des jeux de rôles simples, des histoires, des exemples réels si possibles.

  

II - Trois niveaux de stratégie en autoprotection.

1- La confiance en soi. Etre attentif à son environnement.

2- Prendre le contrôle de la situation.

3- Chercher de l'aide.

 

 II-1 / Confiance en soi.

La confiance en soi diffuse des messages comportementaux. Elle peut se renforcer par le type d'éducation parentale et les activités sportives ou culturelles de l'enfant.  Nous pouvons néanmoins tenter de simuler certaines attitudes pour envoyer des signaux aux agresseurs potentiels.

Exercices sur l'apparence:

- Position recroquevillé. Sensations ?

- Position ouverte. Sensations ?

- Idem fait par l'adulte avec commentaires des enfants qui observent.

- Travail de marche en regardant lentement autour de soi. Ne pas baisser les yeux, regarder "au dessus".

- L'adulte marche en victime et se fait corriger par l'enfant pour retrouver la bonne attitude. Ensuite l'adulte corrige l'enfant.

 

Contrôler son environnement.

Commencer une histoire de scénario d'agression et demander à l'enfant de raconter une fin.

Dans toute situation, l'enfant doit savoir s'il est seul ou accompagné. Par définition, l'enfant doit se considérer accompagné lorsque des adultes pouvant l'entendre et l'aider sont à proximité. Avec uniquement des amis de sont âge, il doit se considérer comme seul.

 

Exercices sur la zone de sécurité:

Travailler sur les distances dans un magasin. Distance tactile, visuelle, voix claire. Au-delà, l'enfant est vulnérable.

Sur un terrain de jeux, l'isolement de l'enfant est déterminé par l'attention de l'adulte responsable.

La notion de distance de sécurité doit se travailler dans tous les cas.

 

La voix.

Une voix forte et assurée génère un impact psychologique sur l'agresseur à la recherche d'une proie facile.

Elle informe l'environnement d'un problème.

Parler fort ou crier permet de mieux respirer.

Apprendre à dire « non » d'une voix claire et ferme.

Exercices:

A tour de rôle dire un « NON » court, de plus en plus fort.

 

Position de sécurité et signe stop.

Main forte et pied même coté en arrière (droite pour les droitiers). Dire « NON » avec la main forte qui va en avant et retrouve sa place sur la poitrine. Pas de garde type sport de combat. Ensuite se diriger vers un endroit désigné comme « sécurité » et demander, si besoin, de l'aide en disant « AIDEZ-MOI » plutôt que « AU SECOURS ».

Exercice:

Face à un bagarreur, jouer les 3 attitudes suivantes :

- soumis, recroquevillé, qui subi ;

- agressif qui envenime la situation en répliquant ;

- dit « NON » avec la position de sécurité et s'en va.

Faire jouer l'enfant comme agresseur et lui demander ses impressions dans les 3 cas.

 

Corrections sur la position:

Se tenir bien vertical.

Voix claire, ferme et neutre.

Regard direct.

Le faire suffisamment tôt (distance de sécurité).

Filmer l'enfant ou le mettre devant une glace.

 

II-2 / Prendre le contrôle de la situation.

La notion de personne inconnue.

Enlever les images caricaturales des personnes inconnues. L'inconnu peut ressembler à n'importe qui. On ne sait pas s'il est méchant ou gentil. Les règles de sécurité doivent toujours être les mêmes. Pour les petits, un inconnu doit être toute personne qui n'a pas été présenté par ses parents comme quelqu'un de confiance.

Exercices :

Désigner les personnes considérées comme connues et inconnues dans l'entourage de l'enfant.

 

Parler à un inconnu.

< 9 ans : Demander la permission à un adulte responsable avant de parler à un inconnu quand l'enfant est seul. Dire bonjour seulement quand il a la capacité de rompre le dialogue.

Exercices :

 Engager un dialogue non désiré après avoir indiqué à l'enfant où se trouvait la sécurité. Surveiller la distance de sécurité et le déplacement de l'enfant vers cette sécurité. Il ne doit pas rentrer dans la discussion.

 

10 ans et + : conseil : « Tu n'es pas obligé de parler quand tu es seul. Ne donne aucune information personnelle et tes réponses seront brèves.» Les informations personnelles sont celles permettant d'identifier, de localiser ou d'analyser l'enfant.

Exercices :

- Poser des questions à l'enfant. Il doit distinguer les réponses contenant des  informations personnelles des autres.

- Engager un dialogue après avoir indiqué à l'enfant où se trouvait la zone de sécurité. Surveiller la distance de sécurité, les réponses brèves, non personnelles ou de prise de contrôle, le déplacement de l'enfant vers la sécurité.

 

Ne jamais accepter quelque chose d'un inconnu même si cette chose lui appartient. Demander d'abord à la personne responsable avant d'accepter la chose. 

Exercices pour les petits :

Tenter d'engager un dialogue interdit en tenant un objet qui lui est cher. Il doit rompre le dialogue et s'en aller.

 

Distance de sécurité.

Demander à l'enfant de se placer à une distance qu'il juge sécurisante. Faire un pas en avant et tenter de le saisir. Modifier la distance jusqu'à ce qu'il soit à distance minimale correcte (2 à 3 m).

La distance de sécurité dans un endroit fréquenté ne peut être maintenue en permanence. L'enfant peut prendre ses distances par rapport à une personne en particulier.  

 

Exercices :

Dans une file d'attente, un adulte a un comportement de proximité anormal. L'enfant lui demande d'arrêter ou alors il sort lui-même de la file. Il peut demander de l'aide aux autres adultes.

 

Avant de suivre.

Avertir ou demander la permission (suivant l'âge) avant toute action non prévue avec l'adulte responsable. Par exemple : éloignement avec un copain, changement de programmes ou des conditions initiales d'une sortie.

 Exercices :

- un copain veut l'entrainer pour voir un truc qui va disparaitre (un animal, une scène, ….) ;

- scénario avec changement nécessitant une permission. Le lieu, la durée, les personnes.

 

Situation d'urgence.

On peut accepter l'aide d'un inconnu si l'on se blesse. Se faire amener vers un lieu de sécurité défini comme tel (école, parents, police, …)

Si l'urgence ne concerne pas directement l'enfant, par exemple un parent est à soi-disant à l'hôpital, demander l'autorisation d'un adulte responsable (professeur, voisin désigné, agent de sécurité, ….), sauf si c'est une personne « connue » qui gère déjà l'enfant.

Si ce n'est pas possible, demander de l'aide à quelqu'un qui inspire confiance, de préférence à une femme.

 

Perdu dans un lieu public.

Convenir d'un endroit de regroupement, près d'une aide potentielle (accueil, stand, …) et facile à localiser.

Rester à cet endroit jusqu'à ce que tout le monde soit là.

 Exercices :

- Simuler une caissière occupée à laquelle l'enfant demande de l'aide. Il doit rester avec ce personnage ou lieu identifié jusqu'à ce que son problème soit pris en compte.

- L'enfant rejoint un lieu déterminé. Quelqu'un essaye de l'en écarter. En se débattant, il crie « maman » ou « papa » pour attirer l'attention.

Dans les exercices, faire la distinction entre les agissements douteux d'un prédateur et une personne voulant sécuriser l'enfant.

 

Seul à la maison.

Scénario à imaginer pour un enfant autonome ou devant exceptionnellement rester seul un moment.

Conseils quand quelqu'un sonne :

- répondre plutôt que de laisser supposer une maison vide. C'est peut-être un cambrioleur qui teste une présence ;

- ne pas ouvrir sauf à une personne identifiée comme connue ;

- faire croire que ses parents sont là mais pas disponible (bain, malade, chez le voisin, …). Apprendre une phrase type. Autoriser le mensonge.

 Exercices :

- Le facteur apporte un colis. Une collègue de la maman apporte un document.

- Le téléphone sonne. L'enfant peut répondre. Si la personne est non identifiée, alors dire une phrase type de rejet sans indication et raccrocher si elle insiste.

 

Violence à l'école.

Face au bagarreur, prendre une position ferme et sans agressivité.

Exercices :

- Jouer les 2 extrêmes. Position et voix faible / position assurée et voix déterminée. Dans le deuxième cas, les phrases sont courtes et autoritaires.

- Ne pas répondre à une demande de provocation. S'éloigner et répondre d'une voix neutre mais ferme.

 

Si l'enfant est saisi par un adulte :

- crier « A L'AIDE » ou « LACHEZ MOI » sans arrêt ;

- tenter de tourner sur lui-même, comme une toupie ;

- mordre fort une partie du corps découverte (main en général) ;

- écraser les orteils avec son talon ;

- abandonner un vêtement si nécessaire ;

- s'enfuir vers une zone de sécurité en continuant de crier.

 

II -3 / Chercher de l'aide.

Demander à l'enfant vers qui chercher de l'aide en jouant différents scénarii. Proposer plusieurs situations et corriger les réponses.

A l'école, dans le jardin, au magasin, au club de sport, dans la rue... l'enfant doit toujours s'orienter vers un adulte responsable et désigné comme tel par le parent.

Pour les plus grands pouvant se trouver en situation d'autonomie en groupe, il faut prévoir un plan en cas de problème. Par exemple, rester groupé quoi qu'il arrive, se réfugier dans un endroit où il y a du monde et téléphoner à un parent.

 

Les parents doivent désigner les personnes et les endroits vers qui demander de l'aide en priorité. Cela peut être dans la cadre familial, dans le quartier, le magasin, le club de sport et tous les lieux où l'enfant peut se trouver, accompagné ou non. L'enfant doit insister jusqu'à ce que l'adulte s'occupe de son problème.

Il doit apprendre à parler de ses problèmes à quelqu'un de confiance (parents en général) et à tout raconter sans rien omettre.

Lui rappeler toujours « ma sécurité et mon bien être sont plus importants  que l'embarras de quiconque, même le mien ».

 

III - Informations et conseils.

Abus sexuels.

Définition : type de contact physique non désiré.

Dans la majorité des cas, c'est une personne de l'entourage proche. L'approche peut être longue (plusieurs années). Le pervers teste l'enfant par des intrusions non sexuelles. Il use rarement de violence mais plutôt de manipulations. L'enfant se sent coupable.

 Exercices :

L'enfant doit dire non à tout type de contact non désiré (chatouille, bousculade, pincement) en restant calme. Ne pas simuler de comportement à tendance sexuelle durant les exercices. Pendant les jeux de rôle, ne pas identifier un personnage précis (oncle, cousins, …) mais un « ami de la famille »,  « quelqu'un que tu connais bien » ou « quelqu'un qui te parle de temps en temps et qui a l'air gentil ».

 

Description du schéma de l'attaque d'un prédateur.

A décrire dès 11 ans. Ceci est également valable pour les adultes.

 1- La sélection

L'agresseur choisi sa cible. Il va vers le plus de facilité (personne craintive ou faible). Cela peut aussi faire l'objet d'une sélection, par exemple sur internet.

2- Le positionnement.

Il approche sa cible et tente de l'isoler ou attend qu'elle le soit. L'agresseur est plutôt manipulateur, charmeur. Il créé l'intimité, contrôle physiquement et psychologiquement sa victime.

3- L'attaque.

Objectif : vol, agression verbale, visuelle ou physique. Elle est soudaine et crée un stress profond chez la victime. L'agresseur en éprouve du plaisir.

4- La fuite.

L'agresseur s'enfuit pour pouvoir recommencer. Il n'assume pas son acte auprès de la société ainsi que de la victime.

 

Détecter un abus ou autre problème.

Poser régulièrement la question: « Est-ce qu'il y a quelque chose qui te préoccupe et dont tu ne m'as pas encore parlé ? ». Choisir un moment où tout le monde est détendu, avant de se coucher par exemple. Le parent doit rester calme et réceptif.

Etre attentif aux changements de comportement, problèmes de sommeil, énurésie, perte ou prise de poids, comportements sexuels envers d'autres enfants, dessins à caractère sexuel, remarques inadaptées à l'âge, troubles de la concentration, peur d'être seul ou seul avec certaines personnes, intérêt inhabituel pour le corps d'autrui, port d'habits trop nombreux, attitude exagérément affectueuse envers des inconnus, refus de tendresse, fugues, traces corporelles.

 

Poser des limites.

Quatre principes:

1- Mon corps, mon esprit m'appartiennent.

2- Dans certaines situations, on n'a pas le choix. Lorsque ma sécurité est en jeu, quelqu'un peut me toucher.

3- Si on me met mal à l'aise ou qu'on me touche, ce n'est jamais un secret : je dois en parler.

4- Si quelqu'un me met mal à l'aise ou que j'ai un problème, je vais tout dire à un adulte en qui j'ai confiance.

 

Conseils éducatifs.

Ne pas forcer l'enfant à donner des marques d'affection à autrui.

Donner le droit à l'enfant de faire mal si sa sécurité en dépend. Définir avec lui quelles sont les limites et à partir de quand il peut utiliser des actes de défense.

Les parents doivent faire un choix responsable entre des concepts sécuritaires (comme ceux énoncés  dans ce texte) et des habitudes éducatives liées à une pression sociale (culturelle, cultuelle, niveau social, environnement sociétal).

 

L'insulte.

Technique de la poubelle.

Simuler une poubelle (ou le fonctionnement) avec une partie de corps (poing, pied, …) et y faire disparaitre l'insulte comme un vieux papier. Enoncer une critique positive contre l'insulte pour relativiser et se valoriser.

Exercice :

L'adulte va commencer par critiquer un aspect de l'enfant qu'il a la possibilité de changer (vêtement, accessoires, coiffure, …) et plus tard un élément intrinsèque (race, physique, …). Par contre, si une insulte lui est coutumière de la part des autres enfants, on peut aussi l'employer. L'insulte sera mise symboliquement dans une poubelle et un compliment valorisant sera dit par l'enfant.

Par exemple:

« Ton tee shirt est nul »  …..  « Chacun ses goûts. Moi je l'aime bien ».

« Tu es trop nul en sport » …. « Moi je veux être ingénieur, pas champion de course à pied ».

« Tu es un nain » ……  « je suis juste petit, comme Maradona »


Sylvain VIAL - aout 2011 - NÎMES

modifié février 2016

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