Tintry

Roland Niaux
(1980)

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Tintry est une petite commune de 966 hectares, située sur un plateau élevé limité par deux vallées profondes, à l'ouest celle du ruisseau du Pont du Roi, à l'Est celle du ruisseau de Digoine. 

Sa population, aujourd'hui infime, fut certainement beaucoup plus importante dans l'antiquité qui a laissé de nombreux vestiges d'occupation humaine.
Tintry, dont le nom vient probablement de Tentoriacum, était une villa gallo-romaine sans doute fortifiée au moment des invasions. (Tintre en 1253. Cartulaire de l'Eglise d'Autun, I-II, p. 177). Tintreyum sur un puoillé du XlVe siècle). Elle tire peut-être son origine d'un campement militaire qui s'est pérennisé. Au lieudit "La Vieille Tour", sur une motte se dressait autrefois un château féodal à la base duquel on retrouve quantité de tuiles romaines. Cette motte surveillait une route, venant d'Auxy par le pont du Roi, le long de laquelle on rencontre deux autres mottes, l'une à la Croix Bernard, l'autre à Repas, soit trois points fortifiés sur une longueur de cinq kilomètres.
Les travaux de terrassements réalisés en 1977 pour l'implantation de la ligne du T.G.V. ont permis de confirmer l'existence, à proximité de la "Vieille Tour", d'un habitat antique important. Juste au sud de la Vieille Tour, de part et d'autre du chemin allant de Tintry à Fançy, des débris de tuiles à rebord et de conduits d'hypocauste jonchent les sols remués. A deux cents mètres plus au Sud, un vaste habitat rural a été mis au jour. Les murs, qui n'ont pu être limités faute de temps, étaient en pierres de grès, non liés au ciment, et les sols étaient formés d'un béton de terre et de petits cailloux. Les bâtiments étaient couverts de tuiles à rebord. La fouille des sols a livré de nombreux tessons dont l'origine se situe entre 50 avant J-C. et 50 après J-C, ainsi que des débris d'ossements d'animaux et une dent de cheval. Cet habitat a terminé son existence au milieu du 1er siècle par un incendie, comme le révèlent les très nombreux charbons mêlés aux tuiles et aux tessons. L'un de ceux-ci peut même être daté de l'époque de Hallstatt. Il s'agit donc d'un site très antique, certainement plus gaulois que romain (fouilles de sauvetage de Jean-Paul Guillaumet).
A quelques mètres au sud de la motte de la Vieille Tour, dans le pré qui la sépare de la route, deux rochers de grès affleurent le sol. Ces deux roches sont striées de rainures parallèles qui peuvent donner à penser qu'elles furent utilisées è une époque ancienne comme polissoirs.

A 300 ou 400 mètres au nord-est de la Vieille Tour, à l'entrée de la vallée qui débouche sur Fretoy, et en deux points distants de 50 mètres, le sol renferme encore de nombreuses tuiles à rebord et des pavés de grès.

La Vieille Tour, probablement bâtie sur un ouvrage gallo-romain et lui succédant, fut la résidence des seigneurs de Tintry. Elle était une place forte réputée au moment des guerres de la Ligue, et pour ce motif, elle fut démantelée, au point qu'il n'en reste aujourd'hui que la base des murs et quelques tas de pierres au milieu d'un taillis. A peine peut-on situer l'emplacement des tours.

Au sud du bourg de Tintry, sur une position a peu près, identique, se trouvait la butte de Villar (Cf. Bulliot, Système défensif, p. 68 ).
Des fouilles pratiquées à la fin du XIXe siècle sous la direction du comte de Musy, firent apparaître à Villar les fondations d'une muraille de 1,50 m d'épaisseur sous laquelle on découvrit un mélange de charbons, d'ossements d'animaux et de défenses de sangliers, peut-être les restes d'une consécration païenne. C'est du moins ce que l'on a pensé à l'époque, mais peut-être s'agit-il tout simplement des vestiges d'un incendie, comme cela a été observé sur l'habitat voisin de la Vieille Tour.
Villar devint ensuite un fief appartenant au XVIIe siècle à la famille protestante de Couches, Le Sage, puis aux Truchis, et au XVIIIe siècle aux Musi. Le manoir actuel, propriété de M. Nidiau, ancien maire de Tintry, est une construction du XVe siècle, très remaniée au XIXe siècle.

Ainsi au Moyen Age, Tintry était le siège d'au moins deux seigneuries. En 1230, Gaudry de Sully, chevalier, était seigneur de Tintry (Cartulaire de Saint-Symhorien). On trouve en 1378 une reconnaissance de maintenue des habitants des Loges dans leurs droits sur les bois de la maison de Villers-les-Tintry (Villar), contre Jacques Ruffin et les héritiers d'Etienne Ruffin, demeurant en la maison de Villers-les-Tintry.
Le 6 novembre 1426, Philibert de Garneron reprenait de fief auprès de Jean de Montagu, seigneur de Couches, pour tout ce qu'il tenait à Tintry. En 1458, Jean de Fussey était seigneur de Tintry. En 1494, on rencontre comme seigneur du lieu Hugues de Tintry et, en 1551, noble homme Gaspard de Tintry, et Gilberte de Saint-Aubin, sa femme.
Au registre des aveux et dénombrements baillés en 1503 devant le bailli d'Autun et de Montcenis, est déclarée mouvante en fief du chastel de Couches "la terre de Colonges la Magdeleine et de Tintry en partie, que tient noble Jehan de Fussey, escuier." Et le jeudi avant la saint Hilaire 1503, Huguenin de Guijon (il signe Huguenin Guichon ) écuyer, déclare te­nir en arrière-fief du roi et en fief du seigneur de Couches "la tour et maison forte dud. Tintry, laquelle environnée de foussés," prés, terres, bois, justice et mainmorte.
En 1621, Léonor de Rabutin, seigneur de Bussy, Forléans et Epiry achète la seigneurie de Tintry et celle de Collonge-la-Madeleine au prix de 5 300 livres, de Messire Gui de Montessus, seigneur et baron de Hully, lequel les tenait de sa fem­me Antoinette de Tintry, lesdites seigneuries en toute justice et mainmorte. Tintry passa ensuite, comme Epiry, des mains des Rabutin en celles des La Madeleine de Ragny, jusqu'à l'abolition des droits seigneuriaux.
Près de Villar, entre Bordiat et la Grange, une butte dite "Pâture de Bordiat" (n° 61 section C du cadastre de 1934) est rongée par d'anciennes carrières exploitées à l'époque gallo-romaine. Dans la première à gauche, le long du chemin de Bordiat à la Grange, on a découvert en 1977 une moitié de couvercle de sarcophage. Sur le chemin de Bordiat à Lusigny on voit une très ancienne fontaine, et en face, de nombreux dés de pierre identiques à ceux servant de base aux colonnes des monuments gallo-romains.
Lusigny formait une terre distincte de Tintry, et dépendant de Digoine. On en trouve mention en 1260 (Villa de Lusigneio) - cartulaire de l'évêché d'Autun )
Le "Pont du roi", sur le ruisseau séparant à l'Ouest Tintry de Saint-Emiland, a la réputation d'être un ancien pont romain. En fait, l'ouvrage actuel, dont il ne reste qu'une arche et plusieurs piles, est de construction certainement plus récente. Situé en pleine forêt, il ne peut être découvert qu'en suivant le ruisseau, en aval du barrage grâce auquel on a créé un lac artificiel servant à l'alimentation en eau potable d'Autun et de sa région. Il n'existe plus aujourd'hui aucun chemin praticable de part et d'autre du Pont du Roi, tout juste un mauvais sentier à l'Ouest, qui remonte vers Repas à travers la forêt de Pierre-Luzière. Cependant, l'examen de la carte permet de déceler la continuation de cet itinéraire vers l'Ouest jusqu'à Auxy, et vers l'Est jusqu'à Saint-Gervais, et probablement ensuite jusqu'à Créot, Paris l'Hôpital et Decize. Nous avons vu que cette voie était jalonnée de mottes défensives. Elle franchissait la profonde vallée de Canada au Pont du Roi, en utilisant pour l'approcher de l'Ouest, la dépression creusée par le ruisseau de Pierre Luzière.
A noter que l'on a découvert en 1859, dans cette vallée de Canada, des pierres tumulaires gallo-romaines figurant des personnages grossièrement sculptés.
Les invasions du Haut Moyen Age, généralement attribuées aux Sarrasins ont laissé leur souvenir à Tintry. Nous sommes tout à côté de Saint-Emiland. Le bois situé au sud du Pont du Roi s'appelle le "Bois Sarrasin", ou "les Sarrasins". On y trouve une "Fontaine des Sarrasins" qui n'est plus aujourd'hui qu'une mare boueuse. A côté, nous entrons dans la "Pièce Demoiselle ". Est-ce un souvenir des fées du Morvan, à moins d'un kilomètre de la Pierre Guénachaire ? Au nord de la commune, dans le bois de Tintry, un vieux chemin franchit un passage difficile au lieudit "le Pas du Cheval". Quelques roches plates à fleur de sol permettent d'éviter l'enlisement dans une sorte de tourbière. L'une de ces roches porte l'empreinte du sabot de la monture de saint Émiland. On peut penser que ce nom de saint Emiland a été substitué à un nom païen dans le but de christianiser le site et les coutumes qui lui étaient attachées. Ce même chemin débouche un peu plus loin à la "Croix Cavalier".

Avant la Révolution, la paroisse de Tintry était de l'archiprétré de Couches. Elle comprenait alors Morlet, qui fut séparé de Tintry et réuni à Collonge-la-Madeleine en 1853, à la demande des conseils municipaux de Morlet et de Collonge en vue d'ériger cette dernière commune en succursale. La patronne de la cure était l'abbesse de Saint-Andoche d'Autun. L'église est placée sous le vocable de saint Germain, évêque de Paris. Vers 1840, le clocher qui s'élevait au-dessus du transept menaçait ruine. Il fut démoli, et avec ses matériaux, on en reconstruisit un autre à droite du choeur. Deux mois plus tard, il s'écroulait. On le refit à nouveau, avec des moellons provenant des ruines de l'ancien château (sans doute de la "Vieille Tour"), la flèche ne fut ajoutée que dix ans plus tard. Vers 1856, la toiture fut entièrement refaite, ainsi que les plafonds de l'église. L'ensemble est actuellement en très mauvais état. L'église possède quelques statues intéressantes : une Pieta en bois peint, du XVIe siècle, oeuvre d'un artiste local assez rude. Elle est posée sur un tabernacle en bois doré. Derrière l'autel se trouvent un saint Sébastien du XVIe siècle, et un saint évêque, saint Germain ou saint Claude, du XVIIe siècle, tous deux en bois et également d'une facture primitive. On raconte que le saint Sébastien de Tintry était autrefois à Uchon, mais qu'au début du XIXe siècle, les habitants de Tintry, éprouvés par une épizootie, allèrent le chercher et l'ont ensuite gardé. Une peinture sur toile, représentant la Cène, fut donnée à l'église de Tintry en 1840 par le comte de Musy. La cloche de l'église, en bronze, datée de 1515, porte l'inscription suivante : "IHS Lan MVXV fut comere noble dame Islle Johannet de Notre Dame S Germane S Sebastiane S Claudi orate p.n." (Annales arch. XXII année 1862 p. 227) Elle est classée M.H.

Saint Germain, protecteur de la paroisse, se fête le 28 mai. Selon la légende, il naquit à Autun d'une noble famille, vers l'an 496, dans le faubourg que l'on appelle aujourd'hui Saint-Blaise, et qui se nommait alors Sainte-Anastasie. (Une autre légende le fait naître au château de Montarnin, près de Luzy). Son père s'appelait Eleuthère, et sa mère Eusébie. (Il y avait à Autun au Moyen Age un "orme de saint Eleuthère" entre le chemin allant de Saint-Andoche à Saint-Jean l'Evangéliste, et la léproserie de Fleury ; Cf. Cartulaire de l'Eglise d'Autun, III, p. 43-1255). Après avoir fait ses études à Avallon, Germain passa quinze années à Luzy auprès de l'un de ses proches parents nommé Scopilon, saint prêtre avec lequel il pratiqua l'exercice de la vie solitaire. Il fut lui-même ordonné prêtre par l'évêque d'Autun, qui était lors saint Agrippin. Son successeur, saint Nectaire, le choisit pour abbé du monastère de Saint-Symphorien. Son contemporain Fortunat, évêque de Poitiers, dit que dès cette époque, il avait le don des miracles et de la prophétie. Elu évêque de Paris à la mort d'Eusèbe en 564, il convertit le roi Childebert qui l'établit dispensateur de ses aumônes. Il donnait aux pauvres jusqu'à ses vêtements, et n'épargnait rien pour le rachat des esclaves. Possédant de nombreuses propriétés en Morvan, il aimait à revenir dans son pays natal, on raconte qu'à chacun de ses voyages, il entendait, en traversant les montagnes du Beuvray, courir à grand bruit dans les forêts des légions de druides qui lui criaient : "laisse au moins à des misérables la solitude des bois et la paix du désert". Il revint à Autun, notamment en 560 pour assister à l'ordination de saint Syagre, futur évêque et ami ou parent de Brunehaut. A cette occasion, il guérit, dit-on, un illustre citoyen d'Autun nommé Florentin qui devint plus tard évêque de Macon. Il mourut âgé de quatre-vingts ans, le 28 mai 576, et fut inhumé dans la chapelle Saint-Symphorien de la magnifique église abbatiale de Saint-Vincent-le-Doré, qu'on appelle depuis Saint-Germain-des-Prés. Des miracles sans nombre s'accomplirent pendant ses funérailles qui se terminèrent en triomphe. Sur son tombeau on écrivit : "Miroir de l'Eglise, force de la patrie, asile des coupables, père et médecin de son troupeau". Les rois mérovingiens tinrent à honneur de se faire ensépulturer dans cette même église, auprès de saint Germain, à l'ombre de l'abbaye qu'il avait fondée en faisant venir à Paris quelques une de ses anciens moines de Saint-Symphorien.

A Tintry existe une fontaine miraculeuse dédiée à saint Germain. C'est une belle fontaine couverte, en pierre, située dans l'avant cour de la première ferme du bourg, en venant par la route de Saint-Emiland, à cinquante mètres de l'église. On y venait encore en pèlerinages à la fin du XIXe siècle. L'eau de la source a une température constante; elle ne gèle jamais, au contraire, elle semble fumer en hiver, lorsqu'il fait très froid.
La plus ancienne description de Tintry que nous possédions est la relation de la visite des feux effectuée en 1475 : "Tintrey, où il y a parroiche dont la forteresse de Loiges est, et sont les parrochiens du seigneur de Loiges - (de Loge ) et d'autres seigneurs, et sont tous sers. La Syme (lieu aujourd'hui disparu ou ayant changé de nom) 12 feux ; Tintrey, 9 ; Loiges, 24 ; (Loges, aujourd'hui Morlet, était alors alternatif de Tintry et de Saisy )
Tintry, qui devait dépasser à peine la centaine d'habitants en 1475 n'en avait pas beaucoup plus deux siècles plus tard :..." aux villages de Tintry et de Lusigny où estans et mis pied à terre en la maison de Philibert Péteuil, eschevin desdicts lieux et collecteur des tailles... il nous a paru y avoir en ladite paroisse vingt deux habitans imposez, en suitte de quoy, ils nous ont remonstré qu'en toute la paroisse, il n'y avoit que huict charrues, desquels il n'y avoit que trois propriétaires, le surplus mestayers... ils nous ont de plus asseuré estre de condition de mainmorte et, à Lusigny, y avoir quelques communaux et à Tintry n'y en avoir aucuns, et leurs communautés devoir aux sieurs Dupasquer et Cortet, avec les habitans de Loges, la somme de six cens livres pour subvenir à quelques nécessités que lesdictes communautés ont eu... " C'est ce qui ressort du procès verbal de visite de 1645.
En 1765, Tintry dépendait de la justice d'Epiry. Il y avait 15 feux au chef-lieu, et 350 communiants avec les dépendances. La Révolution approchait; partout, dans chaque communauté, se préparaient les cahiers de doléances pour la prochaine réunion des Etats Généraux.
A Tintry, les préoccupations des citoyens ne dépassaient guère le cadre de la paroisse :... "se plaignent, lesdits habitants, que la place publique du village de Tintry a été anticipée ci-devant par l'ancien curé, qu'il y a environ trente années de cette anticipation, qu'ils prétendent qu'il existoit autrefois une pêcherie sur cette place publique, qui servait à abreuver les bestiaux, mais que cet endroit est converti en pré et clos de murs, duquel pré le curé est en jouissance ; qu'ils prétendent que c'est une anticipation, de laquelle ils demandent le relâchement. Prétendent lesdits habitants qu'environ un tiers du cimetière de le paroisse a été anticipé et converti en jardin par les anciens curés, c'est pourquoi ils en demandent la relâchement... Remontrant aussi lesdits habitants qu'ils ne sont point les taillades de Sa Majesté, mais ceux du receveur... et ont signé : F. Nouveau, F. Chaussard, J. Dumay, Charmereau, F. Rey, J. Pommié, F. Nidiaut, Bauzon, notaire».
Ceux du hameau de Lusigny avaient également des aspirations très terre à terre: "Les habitants de Lusigny, étant de la paroisse de Tintry, se plaignent que M. le Comte de Faltan, leur seigneur, s'est emparé des bois communaux, dont une partie a été vendue et dont il a touché le prix; l'autre partie restante, lesdits habitants, comme ayant droit auxdits bois communaux, sont allés à différentes fois et ont coupé suivant leur besoin, que les préposés du Seigneur ont fait dresser des procès-verbaux contre les délinquants et qu'en conséquence, les poursuites les plus rigoureuses leur ont été faites par la justice du seigneur de Faltan... ce qui les a réduits à la dernière misère..."
Lorsque vint la Révolution, le curé s'appelait Philippe Rongé. Il ne prêta pas le serment. Il fut déporté et rentra en 1800. Réinstallé au Concordat, il avait alors 67 ans. L'"intrus" envoyé à Tintry fut Louis-Toussaint Davot, qui avait été ordonné par l'évêque constitutionnel Gouttes. Il se rétracta en 1797 et adressa une supplique au légitime archevêque de Lyon aux fins d'être intégré dans le véritable clergé. Pendant la persécution, les prêtres insermentés Gautrelet, Joleau et Pierre, furent missionnaires à Tintry. Ils furent partout accueillis, la paroisse montrant peu d'ardeur pour les idées révolutionnaires.
Trois curés de l'Ancien Régime ont laissé leur nom au registre paroissial : Poirot en 1691, Prost en 1763 et Rongé à la Révolution. Un membre de la famille de Tintry eut une certaine notoriété durant les Guerres de Religion. Guillaume de Tintry, grand prieur de l'abbaye de Saint-Martin d'Autun, fut le seul à ne pas fuir devant les calvinistes, et resta à son monastère. Il est vrai qu'il avait 90 ans. Son grand âge ne le protégea d'ailleurs pas. Il fut abattu au pied de l'autel par les troupes de Coligny le 29 juin 1570.

La population de Tintry pouvait être, nous l'avons vu par les procès-verbaux de visite des feux, de l'ordre de 105 habitants en 1475 et de 110 en 1645, si l'on admet une moyenne de cinq personnes par feux et non compris les nobles et bourgeois exemptés de la taille, certainement peu nombreux en cette paroisse. Au XIXe siècle, le premier recensement de 1801 indique 335 habitants, et la population s'accroît ensuite rapidement jusqu'à atteindre un maximum de 445 habitants en 1841, avec 103 maisons habitées. A peu près à cette même époque, on exploitait à Tintry 411 hectares en terres labourées, 127 hectares de prés, 357 hectares de bois et 31 hectares restaient en friches. Ensuite, la commune se dépeuple rapidement. On ne compte déjà plus que 384 habitants et 85 maisons habitées dix ans plus tard en 1851: 18 maisons ont été abandonnées. Il n'y a que 300 habitants en 1872, mais cette fois en 93 maisons, ce qui prouve une population vieillissante, et très peu d'enfants. On élevait alors à Tintry 12 chevaux, 5 ânes, 192 bovins, 234 moutons, 58 porcs et 28 ruches. En 1906, on décomptait 240 habitants et en 1911, 188 seulement. C'est sur l'annuaire départemental de 1908 qu'on trouve mention pour la dernière fois de la foire annuelle qui se tenait jusqu'alors à Tintry le 29 mai, lendemain de la fête patronale. Il ne restait plus que 150 habitants en 1926, 103 en 1946, 57 en 1975. Un voit mal comment cette commune pourra continuer à exister, pour peu que la population diminue encore de quelques unités.
Parmi les familles demeurant à Tintry, certaines y sont implantées depuis très longtemps. On voit, parmi les signataires du cahier de doléances de 1789, un F. Nidiaut. C'est également le nom d'un ancien maîre de la commune.
Il existe dans la Nièvre, près de Chatillon-en-Bazois, un village nommé Tintury qui a sans doute la même origine étymologique que Tintry.

Bibliographie.
DUMAY, Etat militaire et féodal des bailliages... en 1474, Tintry - Lusigny, M.S.E., XI, p. 99 et 158
Registre paroissial de Couches, B.S.E.
Abbé PREUX, Saint-Elimand,  Epiry, B.S.E., M 45.

 

© Roland Niaux 1980 (Publication électronique : Mars 2008)