Toponymie et prospection archéologique

Roland Niaux
(1998)

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Quelques microtoponymes méritent de retenir l’attention du prospecteur, en tant qu’indices d’une possible présence de vestiges archéologiques. Leur signification paraît parfois évidente mais elle se trouve souvent cachée par des formulations anciennes ou patoisantes.

Aussi, les exemples choisis sont surtout valables pour la Bourgogne, spécialement le Morvan et ses bordures. Ces exemples ont reçu confirmation de leur intérêt par la découverte de vestiges archéologiques correspondant à leur signification. La liste n’est pas exhaustive : les microtoponymes retenus sont les plus clairs et les plus fréquents. On les rencontre sur les plans cadastraux et mieux encore, sur les états de sections établis lors de l’édition des premiers documents cadastraux dans la première moitié du XIXe siècle.

 

Barre, Barrière : clôture, tranchée, parfois à vocation défensive (exemple = Uchon : La Barre, parcelles bordant l’enceinte du château d’Uchon).

Basse Cour ou Cour Basse : le château médiéval ne doit pas être bien loin (exemple = à St. Hilaire-en-Morvan, hameau de Courcelles, la « Basse Cour » avoisine le « Pré du château ». Château à découvrir).

Baumes : creux, grotte, amas rocheux (exemples = la « Baume au Cornu », à Broyes, littéralement la grotte du Diable, amas rocheux près de la Pierre du Saint ; Les Baumes, à Antully, carrières de grès).

Breuil, Brouillet, Brouillat : lieu clos de haies vives, ce qui était le cas des enceintes défensives médiévales (exemple = le « Brouillat, motte entourée de fossés à Lanty, autrefois dite « Le Fort de Lanty »).

Buis, Bussy, Bussières : en pays granitique, le buis révèle la présence de dépôts calcaires, donc de ruines possibles (à Arleuf, le théâtre gallo-romain des Baudiaux se nommait, avant sa mise au jour, le « Champ des Buis »).

Cave : grotte, ou vestiges souterrains de constructions (exemple = à Bouillant, la « Cave Omuet » grotte à occupation préhistorique, à Vievy, la « Cave », motte féodale).

Celle : oratoire ou ermitage (La Celle-en-Morvan tient son nom de la « Celle St. Merry » réputée être l’ermitage ou l’abri de ce saint personnage).

Chaise, Chaz, Chazan, Chazeu, Chasée… indique un habitat rural médiéval (exemple = le château de Chazeu à Laizy).

Chapelle : lorsqu’une chapelle est présente, il n’y a pas de problème mais, faute d’édifice cultuel visible et connu, le terme « chapelle » cache souvent la présence de ruines gallo-romaines (exemple = « l’Ouche à la Chapelle » près d’Arnay-le-Duc).

Château, Chatelet, Chatillon : toponyme intéressant lorsqu’il n’y a pas de château visible ou connu. Ce sera toujours une éminence, remarquable, parfois habitée ou fortifiée anciennement (exemple = le Châtelet près de Bligny-sur-Ouche, site fortifié de hauteur, à occupation protohistorique et gallo-romaine).

Cheminée, Cheminot : chemin ancien, généralement gallo-romain (Les « Trois Cheminées », à la Grande Verrière, ne sont pas celles d’une usine mais un carrefour sur la voie Autun-Bibracte).

Closeau, Cloiseau, Clou : indique un lieu clos bien délimité. C’est parfois un retranchement médiéval (exemple, à Arleuf, près des Pasquelins, « l’Echeintre du Clou » est une motte fossoyée).

Collonge : la « Collonge » est, dès le Ve siècle, une terre affermée à un colon et son habitat. C’est le nom de plusieurs communes (Collonge-la-Madeleine) et d’innombrables hameaux. A défaut de vestiges archéologiques visibles, le toponyme atteste l’ancienneté de l’occupation humaine.

Corcelles, Cour (le premier étant diminutif du second) viennent de « curtis » et désignent un domaine agricole gallo-romain ou du haut Moyen-Age. Comme « Collonge », ces toponymes indiquent une présence humaine très ancienne, au moins médiévale.

Couvent, en l’absence d’un établissement religieux, cache souvent des ruines gallo-romaines (la « Pature du Couvent » à Bibracte avait un sens encore connu. Le « Couvent de saint Martin », à la Grande Verrière, cachait les ruines de la villa gallo-romaine du Buisson).

Creux, Creusot, Crot, Crote, Crotot… désignent soit des dépressions naturelles, soit des résultats de terrassements (exemple = les « Crots de Pauvray » à Curgy, sont des carrières gallo-romaines de grès).

Croix : symbole chrétien, les croix, même récentes, succèdent souvent à des monuments plus anciens. On les remarque, comme repère de bornage gallo-romain, tant le long de la voie Chalon-Autun que de la voie Autun-Clermont.

Drémeaux, Drémot, en patois les dormeurs, les endormis : à St. Pantaléon, aux Drémeaux, commence la vaste nécropole gallo-romaine et paléo-chrétienne de St Pierre l’Etrier. (Attention aux déformations du terme dues à son incompréhension : à Laizy, un « champs Dremeau » au XIXe siècle, est devenu un « Champ d’Ormeau » au cadastre rénové).

Echenau, les Chenaux, l’Echenault indiquent canaux ou tranchées (A St. Léger-sous-Beuvray, les Chenaux, entre les Dués et Chevigny, carrières de pierres d’époque indéterminée).

Ferré : si ce terme qualifie un chemin, c’est une voie gallo-romaine (à Barnay, la voie dite d’Agrippa, porte le nom de « Chemin Ferré » au plan cadastral).

Ferrières : exploitation du minerai de fer. (On trouve des résidus de fonderies d’époque gallo-romaine à Lavault-de-Ferrières, commune de Larochemillay).

Fontaine : terme désignant indistinctement tout point d’eau aménagé, source ou puits. Va de paire avec l’habitat antique, souvent avec le lieu de culte (le « Champ de la Fontaine », à St. Pantaléon, cache à la fois un habitat gallo-romain et une fontaine christianisée par une dédicace à saint Cassien, laquelle fontaine a disparu).

Forge : même si elle n’existe pas actuellement, son nom assure qu’elle a existé dans le passé. (A Auxy existe un lieu-dit près de l’Etang du Ruisseau. Un manse de la Forge est attesté au même lieu en 1249).

Fossés : le sens est clair mais le toponyme peut désigner des travaux de terrassements miniers aussi bien que défensifs (exemple = les « Grands Fossés des Mitets » à Glux, toujours non localisés ; les « Fossés », motte fossoyée à Auxy-Repas).

Fou : autre nom du foyard, de fagus, le hêtre. Lorsqu’il est affecté d’un qualificatif, c’est souvent un ancien arbre sacré (exemple = le « Fou de Verdun » à Lavault-de-Fretoy, la « Fontaine du Fou » à Auxy ; Attention aux pièges : par incompréhension, fou est parfois transformé en fort, et foyard en faye, puis Fée.

Four, Fourneau : incices d’activités artisanales diverses, fonderie, four à chaux, fourneau à charbon de bois ou à tuiles et briques… avec parfois des précisions qui éclairent la signification (exemple = « Monte-au-Four-des-Forges » à Chiddes).

La Garde : peut désigner un poste de surveillance à un point sensible (exemple = La Garde à Millay, hauteur avec vestiges d’habitat gallo-romain, le long de la voie Autun-Decize). Peut être aussi un terme forestier du même genre que « défens ».

La Guette : même sens que La Garde (exemple = la motte de Lagué, à Poil, près de la voie Autun-Clermont).

Loge : cabane, habitat rustique au Moyen Age. Toponyme extrêmement répandu. Atteste l’existence d’un habitat ancien (exemple = château de Loges à Morlet).

Magne, Maine, Magny, peut être dérivé de mansio, cache souvent des ruines gallo-romaines (par exemple au « Bois de Magne », commune de Mesvres).

Mésières, Mazille, Mazerolle… ont le sens de masures et désignent des habitats ruinés, souvent d’époque gallo-romaine (exemple = l’établissement thermal de Maizières, sur la commune de Magnien).

Maladière : hôpital médiéval, léproserie (exemple, au Breuil, lieu-dit « Les Maladières » proche du hameau des Contos où était une maison des Hospitaliers de St-Jean-de-Jérusalem).

Marteret, Martrait, Matras, Martoret… de martyrium, désigne le champ de repos des martyrs, c’est à dire une nécropole du haut Moyen-Age, édifiée autour de la tombe ou des reliques d’un saint martyr. (A Marly-sur-Arroux, au Martrat, on voit des sarcophages le long des chemin).

Meurger, Murger : murailles ruinées, amas de pierres, carrières (aux Meurgers, à Blanot, tegulae en surface).

Mort, quelquefois changé en Maure, souvent avec un qualificatif, peut indiquer une sépulture (exemple = le « Grand Mort » et le « Petit Mort » à la Grande-Verrière, possible tumulus. « L’Homme Mort » peut aussi évoquer un « orme mort »).

Motte, mothe : fortification de terre médiévale avec, souvent, occupation gallo-romaine (exemple = la « Motte des Choux » à Mesvres, les Choux étant probablement des Choues, c’est à dire des chouettes).

Mousseau, Monceau : butte, tertre, généralement naturel mais, de ce fait, souvent utilisé en habitat défensif (exemple = le château du Mousseau, à Poil).

Moutier ou Moustier désigne un monastère. (Il reste à le retrouver à Anost, à Lucenay l’Evêque et à Monestroy, ancien nom d’Epinac).

Murs, Murée, Muraille : présence de substructions (exemple = « Les Murs » à St. Firmin, butte cachant un gros habitat gallo-romain).

Paradis : c’est le séjour des élus, donc une nécropole chrétienne du haut Moyen-Age (exemple = le Paradis, à Aubigny-la-Ronce où l’on aurait trouvé des stèles, contigu à un lieu-dit « Le Martrois »).

 Pavé : évoque la voie romaine, comme les Levées. (On trouve ces deux lieux dits, voisins, à Moulins-Engilbert le long de la voie Bibracte-Alluy).

Perrière, Pérron, Pérouse : amas de pierres, ruines ou carrières. (Le château médiéval de la Perrière, à Etang-sur-Arroux est bâti sur un site gallo-romain).

Pierre : au singulier et avec un qualificatif, c’est une roche remarquable, une borne, un menhir (exemple = l’ancien menhir de Pierrefitte, près d’Autun).

Place : c’est souvent celle d’un habitat disparu (exemple = ruines romaines à La Place, commune de Laizy).

Planches : servait à franchir un cour d’eau : les véhicules passaient à gué, les piétons sur une « planche » (exemple = la « Planche St Agnan » à la Celle, lieu du passage d’une voie Bibracte-Alesia).

Saint (avec qualificatif ou anthroponyme) : lieu de culte, église ou chapelle, sépultures (exemples = les « Quatre Saints », à Chapey-Broye, 4 stèles funéraires).

Teurot, Terreaux, Thureau… tertre, butte construite ou naturelle, indice de travaux défensifs ou miniers (exemple à Autun, les « Theurots de Couard » anciennes carrières ; découverte d’une hpposandale).

Tour : ouvrage défensif médiéval (exemple, à Blanot, dans « l’Ouche Latour » – pour l’ouche de la Tour – vestiges d’une maison forte féodale).

Tuilerie : le toponyme ne désigne pas toujours un atelier contemporain. Ainsi, à Curgy, au Cerveau, la « Tuilerie » est un site gallo-romain comportant beaucoup de tuiles.

Ville, Velle, Villars, Villiers, Velay, Velet : villa ou village, désigne un habitat antique gallo-romain ou médiéval. Toponyme extrêmement répandu (Exemple = à Velet, Etant-sur-Arroux, tegulae en remploi dans les murs).

Verrerie, Verrière : comme pour la Tuilerie, l’entreprise peut être très ancienne (exemple = à Molinot « Bois de la Verrerie et des Fourneaux ».  Reste à trouver le site).

Vie : signifie voie, généralement romaine (exemple = à Moux, la Viotte, pour la Vie Haute, voie Bibracte-Alesia. A Laizy, la « Videvilet » associe la voie et la villa. On y rencontre du mobilier gallo-romain en surface).

 

Ouvrages consultés :

E. de Chambure : Glossaire du Morvan, Laffitte 1978 (réed.)

A. Pégorier : Glossaire des termes dialectaux, Paris, IGN, 1963.

Ph. Barral : Toponymes et microtoponymes du Mont-Beuvray, ABDO Dijon, 1988

G. Taverdet , Microtoponymie de Bourgogne, ABDO Dijon.

 

Les indices toponymiques de terrassement (exploitations minières, carrières) et d’activités liées à la métallurgie se rencontrent principalement avec des toponymes tels que Crot, Fossé pour les déblais ; teureau pour les remblais ; forge, four, fourneau pour la métallurgie. Ces toponymes ne sont pas exclusifs. Ceux qui ont été retenus l’ont été en raison de leur proximité d’Autun ou de Bibracte, de voies gallo-romaines ou de sites d’habitats de la même époque.

Ainsi :

Charbonnat : les Grands Fossés, près de la Croix Rozian, carrefour des voies protohistoriques Bibracte-Dardon et Bibracte-Toulon-sur-Arroux.

Chaumard : le Tureau du Feu et la Creusée, près d’une voie de jonction entre les voies Château-Chinon-Lormes et Château-Chinon-Ouroux.

- Le Toureau d’Anzin et le Fossé, le long de la voie de Château-Chinon à Ouroux.

- Le Champ du Four à Courgermain, près de la tranchée de la Loutière.

Chiddes : Les Forges, le Bois des Forges, l’Etang des Forges, Monte-au-Four-des Forges, toutes terres contiguës, autour du hameau de Villette, dit autrefois Villette-les-Forges, à la jonction d’un chemin venant directement des mines de Champrobert (minerai de fer) avec la voie romaine Autun-Fours-Decize.

La Comelle : Les Fossés, le long de la voie joignant le col du Rebout à la voie Autun-Bourbon.

- La Muraille, au sud de la Rebondie, sur d’anciennes carrières de granit.

Epinac : le « Bois des Oreillères » pourrait évoquer d’anciennes aurières ; à côté le Bois des Teureaux, proche de la voie romaine d’Autun à Beaune.

Etang-sur-Arroux : La Combe aux Fossés ; le Theurot Franc, la terre des Fossés, le Bois du Four sont des terres voisines des carrières de la Roche-Mouron, exploitées à l’époque gallo-romaine et confirme le bien-fondé de ces indices toponymiques.

On a aussi l’Echenault, entre les Fourneaux et le Grand Theurot (Brion) et les Ferrons (Laizy).

Gien-sur-Cure : Les Fossés et les hauts Fossés, sites de sources, le long de la voie d’Autun à Dun-les-Places.

La Grande Verrière : l’Ouche du Crot et le Crot Pourriot, près du chapeau de fer du Grand Verne ;

-         La Combe au Fossé, près de Savilly, le long de la voie Autun-Bibracte et de carrières encore exploitées au XIXe siècle.

-         Le champ du Crot, le Creux de la Barre, les Crots de la Terre, les Fossés, la Fosse entourent l’éperon barré de Glenne, à occupation gallo-romaine et médiévale. Il peut s’agir ici de travaux de défense.

-         Le Creuzot, le Crot-au-Meunier, sur les Fossés, la Crotte, en bordure de la forêt domaniale de Glenne.

Larochemillay : la Vente au Mineur, en forêt de Châtillon, près de la voie Bibracte-St.-Honoré.

-         Le Pré du Four, le Champ du Four, le Champ des Crots, Crot Chaud (source thermale) autour de Lavault (dit autrefois Lavault de Ferrières) au pied des exploitations de minerai de fer de la Forêt de Châtillon, le long de la voie Bibracte

-         St. Honoré.

La Nocle-Maulaix : le Champ Auray, le long de la voie St. Honoré – Bourbon - Lancy, pourrait avoir un rapport toponymique avec d’anciennes aurières.

Ouroux-en-Morvan : le Champ Auray, le long de la voie St. Honoré – Bourbon - Lancy, pourrait avoir un rapport toponymique avec d’anciennes aurières.

-         Le Haut de la Fosse, les Creux, le Mont d’Airain, le Crot des Granges le long de la voie Autun – Entrains - Orléans.

-         Les Crots et le Thureau, au nord de Mont, le long de la voie de jonction entre la voie Montsauche - Lormes et la voie Château - Chinon - Lormes.

Poil : l’Ouche de la Forge, le Champ de la Forge, l’Ouche du Fourneau et les Forges sont des terres contiguës, près de Pierrefitte, le long du périphérique sud du Beuvray. En face, sur Larochemillay, une ferme se nomme « La Forge ». C’est à l’évidence le même site.

-         Les Forges, entre les deux sites gallo-romains voisin du Quart - du - Bois et du Carzot.

-         Au Crot des Loges, près du Mousseau, indice géologique de cassitérite ;

-         Le champ des Crots, au Petit Laume, le long de la voie romaine Autun-Clermont ;

-         Le bois des Crots, le long de la même route, entre Bazolle et Thil ;

-         La Butte et le Pré de la Carrière, un peu au nord, près du domaine de Manizot.

Roussillon-en-Morvan : Les Fossés, au sud des pécinnes, le long de la voie d’Autun

-         Château - Chinon - Entrain. Terre contiguë : les Champs Rouges

St. Léger-sous-Beuvray :  Les Chenaux, sur le côté ouest et les Theurées sur le côté est de la voie de jonction entre la voie Autun – Clermont et la voie Autun – Bibracte. D’ancienne carrières sont visibles.

St. Seine : Le Champ de la Pierre, près de la voie Bibracte – Bourbon, n’est pas un toponyme bien significatif mais on y a la tradition d’une ancienne mine d’or (renseignements fournis par le maire de St. Seine).

Mis à part ce dernier, retenu pour sa tradition, tous les toponymes évoqués ont valeur d’indices. Bien sûr, ils peuvent recouvrir des réalités très diverses, datant d’époques variées. Il faut aussi faire des réserves pour toutes les fautes d’interprétation ou de transcription. Néanmoins, les associations à peu près partout rencontrées de creux et de tertres et leur proximité de voies antiques ne sont probablement pas fortuites et mériteront des recherches plus poussées.

© Roland Niaux 1998 (Publication électronique : Mars 2006)