Cromery et Rebuffy : hameaux perdus de Brion

Roland Niaux
(ca. 2000) 

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 Dans un article sur le Baillage d’Autun en 1475, rédigé d’après le procès-verbal de recherche des feux et publié par Anatole de Charmasse au tome XXVII des mémoires de la Société Eduennes (année 1899), on trouve, à la rubrique concernant Brion, les mentions suivantes : « Bryon, où il a perroiche, et sont hommes sers à Monsieur le cardinal à cause de son patronage et à madame l’abbesse de Saint Jehan le Grand d’Ostung et sont hommes sers – Brion II ; Cromery IV ; es Arbres IV ; Gueugnans VI ; Courcelles II ; Rebuffy I, Moultigny III ; Longnaigne III ; Fourneau II ».

Concernant les toponymes pouvant prêter à discussion, A. de Charmasse propose les interprétations ci-après :

 

-         Cromery : lieu disparu ou ayant changé de nom ;

-         Gueugnans : Guenand ;

-         Courcelles : Corcelles ;

-         Rebuffy : lieu disparu ou ayant changé de nom ;

-         Moultigny : Montagny ;

-         Longnaigne : La Longine.

 

Deux hameaux demeurent donc sans identification, Cromery et Rebuffy. Il faut tout d’abord remarquer qu’à Brion, comme ailleurs, les énumérations de lieux-dits ne sont pas faites au hasard mais suivant un ordre correspondant à leur situation topographique, de façon que l’on puisse aller successivement de l’un à l’autre suivant un itinéraire logique. Cette constation nous conduit à rechercher Cromery entre Brion et les Arbres et Rebuffy entre Corcelles et Montagny.

Entre le bourg de Brion et les Arbres, les lieux actuellement habités sont Charmoy, Pignon Blanc, Les Martins et les Charlots. La maison de Charmoy remonte au XVe siècle mais ce n’était pas la masure d’un paysan ; elle appartenait probablement à un privilégié. Or les privilégiés étaient exempts de l’imposition et, généralement, leurs serviteurs ainsi que les titulaires d’offices. Pignon Blanc n’a été construit qu’à la fin du XVIIIe siècle ; les Martins et les Charlots qui ont pris le nom de leurs anciens occupants ne sont pas mentionnés dans les titres anciens.

Dans une reconnaissance datée du 9 décembre 1535 et rapportée à l’inventaire des terres concernant les terres et seigneuries de Brion, Laizy et dépendances appartenant à Messieurs de la Cathédrale d’Autun en 1724, Jean Paquot, du village de Cromery, énumère ses biens : « le prey de la Noche, le prey de la Fontaine de la Noche, le prey du Boisson, le prey Gremeau, la terre de Champlion, le champ de la Forest, la Moisse de Sery, la Grosse Seuche, le champ de la Planche, en Ravery, le curtil de la Velle vers la Modère, étant indivis avec Jean Martin, le prey Goudard… ». Plusieurs de ces noms se retrouvent à l’état de sections établi en 1831 : le pré Gourmot est sans doute le pré Gremeau, au sud-ouest de Charmoy ; Champlion, au sud-est de Pignon Blanc, le long d’un ruisseau toujours nommé ruisseau de Champlion ; la Forêt, au Sud-Ouest de Charmoy dont le nom figure sur la carte IGN, enfin, la Modère, près de l’actuelle mairie de Brion.

La Modère était indivis avec Jean Martin. Ce Jean Martin est peut être l’ancêtre de la famille ayant donné son nom à l’actuel lieu-dit « Les Martins ». Quant à Cromery, on ne le trouve pas à l’état de sections mais l’on voit, sur le plan cadastral de 1831, trois maisons assises à 150 mètres au sud du portail d’entrée à la cour du château de Pignon Blanc. Un nom est porté sur le plan : « les Commeris ». Mais à l’état de sections, les parcelles en cause, 254 à 257 de la section B, 2ème feuille, sont indiquées sous le nom de « Pignon Blanc ». Cela veut dire que déjà, en 1831, les lieux étaient inhabités ou en ruine, avaient perdu leur identités et se trouvaient purement et simplement rattachés au domaine de Pignon Blanc. Actuellement, ils ne laissent aucune trace apparente en surface. On peut supposer que « Commeris » est une transformation, d’ailleurs légère, de Cromery. Rebuffy devrait être plus facile à retrouver. Il n’y a pas une très grande distance, 500 mètres, entre Corcelles et Montagny. Au village des « Rabuffiz », s’il n’y avait qu’un seul feu en 1475, il y en avait six au terrier de Chazeu dressé en 1540 et, parmi ces feux, Moingeot Moillon tenait, avec Guillaume Moulley, une maison de quatre chatz… Ce Moigeot Moillon aura donné son nom au hameau qui est devenu celui des Mouillons. C’est également ce que pense Jean-Louis Beaucarnot dans sont Dictionnaire des familles (1979, p. 107). A Mouillon – forme ancienne Moillon – il cite « Guillaume et Mangeot Mouillon, à Brion en 1531 où ils laisseront le lieu-dit les Mouillons ». L’actuel lieu des Mouillons est situé en bordure de la D 46, à 200 mètres de Montagny. 


© Roland Niaux ca 2000 (Publication électronique : Juin 2006)

 

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