Piliers funéraires

Roland Niaux
s.d.

 

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Nous en étions restés (cf. rapport 1999 d’Histoire et Nature) à un total de 72 monuments, 4 nouveaux piliers nous ont été signalés.

-         n° 73 : sur la commune de Laizy (où nous en avions déjà identifié 6 autres),  photographié et mesuré par notre ami Didier Luas : ce pilier est chez un particulier, au hameau de Crometey. Il ressemble beaucoup à celui de Boudedey se trouvant sur la voie publique (cf. R. Niaux, Un type de monument funéraire..., M.S.E., LVI, fasc. 1, p. 44, n° 29) . Comme lui en granite, il est de section octogonale irrégulière (carrée à angles abattus) sur une base quadrangulaire. Il mesure 0,78 m de hauteur sur 0,46 et 0,48 m de largeur. Il est percé à son sommet d’une cuve ovoïde ayant 0,30 m qui n’a pu être atteinte.

-         N° 74 : sur la commune de Glux, hameau de Villechaize chez un particulier qui l’a signalé à notre président Jean-Paul Guillaumet : le pilier est en granite, de section octogonale. Il mesure 0,80 m de hauteur, 0,53 m de largeur, chaque côté faisant 0,21 m ou 0,22 m, les angles étant très érodés. La cuve, ovoïde, fait 0,22 m de diamètre à l’ouverture et 0,34 m de profondeur.

-         N° 75 et 76 découverts par notre ami Jean-Charles Cougny : « ces pierres se trouvent à Buzon, commune de Larochemillay, sur la ferme de la famille Martin (transporteurs à Luzy). M. Bernard Ledhuy, qui est ouvrier agricole et qui y habite a trouvé ces deux pierres dans le ruisseau qui va du hameau de Mesles à celui de Tillot. Elles n’étaient pas au même endroit, la blanche se trouvant environ à 200 m en aval de l’autre. M. Ledhuy affirme qu’il a toujours vu la seconde dans le ruisseau dont elle servait au franchissement, mais il dit ne jamais s’être aperçu qu’elle était trouée : elle était couchée dans le ruisseau.

           La pierre blanche est assez curieuse. D’un beau granit blanc, elle est très régulière comme celle qui se trouve au château de Thil de Poil, mais plus « effilée » : 0,80 m de haut, 0,40 m environ de diamètre avec 8 côtés de 0,20 m. Mais le plus étonnant vient du fait qu’elle ne possède pas de trou ! Serait-ce une ébauche ?

 

           La seconde pierre me rappelle davantage les pierres que nous avions photographiées à Petiton, chez M. Doreau, pas très loin d’ici à vol d’oiseau. La matière semble la même et je ne pense pas que la couleur grise puisse être causée par un long séjour dans la vase. Sa forme est beaucoup plus irrégulière. On peut considérer que sa hauteur moyenne est d’environ 0,70 m. Sa base possède une forme difficile à définir, ni carrée, ni ronde, ni ovale. En revanche, le sommet montre clairement 8 côtés : je dirais que 4 grands côtés de 0,25 m alternent avec 4 côtés de 0,10 m qui donne un diamètre d’environ 0,40 m. Au milieu nous trouvons un trou de 0,25 m de profondeur et autant de diamètre avec un resserrement léger en haut (ou un évasement au fond, c’est selon !) auquel il faut ajouter au milieu d’un grand côté un canal d’écoulement de 8 cm de large et 4 à 5 cm de profondeur, ce canal ne semblant pas avoir été causé par un choc mais plutôt fait à dessein, mais là, on rentre dans l’interprétation.

 

Nous continuons à rechercher, s’il existe, ailleurs, des monuments semblables. On a déjà noté quelques analogies avec des monuments de la Creuse et de la Marne (rapport 1999). Jean-Charles Cougny a interrogé l’Archéologue Départemental du Finistère. Sa réponse est clairement négative (cf. annexe). En revanche, des monuments de même conception ont existé en Italie à l'époque romaine.

 

Nous voyons au Dictionnaire illustré des Antiquités Romaines d’Anthony Rich (Paris/Leipzig, 1862), le dessin et la description d’un cippe ainsi décrit : « une colonne basse, parfois ronde, mais habituellement parallélipédique, érigée à l’endroit où une personne a été incinérée, ou qui sert elle-même de tombe pour recevoir les cendres qui ont été recueillies du bûcher par les personnes n’ayant pas les moyens de faire ériger un monument important. Le croquis montre la coupe » d’un cippe qui était autrefois sur la via Appia. Le dessin de gauche montre le couvercle mobile et l’excavation pour contenir les cendres. »

Ces renseignements et les documents joints nous ont été aimablement communiqués par M. Ulrich Erdmann, de Monthelon et par M. le colonel Beal, de Mesvres.

Abstraction faite du couvercle (nous n’en avons jamais retrouvé, peutêtre n’étaient-ils pas en pierre), voilà qui ressemble beaucoup à nos piliers, notamment en ce qui concerne la cuve, de même forme ovoïde et placées au sommet du monument.

 

© Roland Niaux avec la collab de J.-Ch. Cougny et D. Luas (Publication électronique : Juin 2006)

 

Annexe 1. Photos : D. Luas, J.-Ch. Cougny et R. Niaux

 

n°73 : Laizy

 

n°74 : Glux

 

n°75 : Buzon

 

n°76 : Buzon

 

n° 75 et 76

 

n° 75 et 76

 

Dictionnaire illustré des antiquités romaines

Anthoni RICH

Traduction : "une colonne basse, parfois ronde, mais habituellement parallélipédique, érigée à l’endroit où une personne a été incinérée, ou qui sert elle-même de tombe pour recevoir les cendres qui ont été recueillies du bûcher par les personnes n’ayant pas les moyens de faire ériger un monument important. Le croquis montre la coupe » d’un cippe qui était autrefois sur la via Appia. Le dessin de gauche montre le couvercle mobile et l’excavation pour contenir les cendres."

 

Annexe :  Extrait de la lettre de Michel Le Goffic, archéologue Départemental (Finistère) à J.-Ch. Cougny.
Le 19 octobre 1999.

 "[...] A ma connaissance, il n'existe pas en Bretagne de monuments de ce type mais vous savez qu'à l'Age du Fer, la Bretagne offre certains particularismes comme par exemple les souterrains et les stèles de l'Age du Fer. Ces dernières qui avaient pour raison d'être essentielle de matérialiser en surface des sépultures à incinération ou inhumation. Moins couramment, d'autres stèles ont pu servir à un culte domestique ou encore à un culte des eaux, un certain nombre d'entre elles se trouvent, en effet, incorporées à la maçonnerie ou à proximité immédiate des sources ou fontaines votives. Ces stèles ne possèdent pas de vasques analogues à celles des monuments éduens ; lorsqu'il arrive que le sommet d'une stèle soit évidée, il s'agit la plupart du temps d'une mortaise réalisée au Moyen-Âge pour christianiser un monument objet de culte païen, et le transformer ainsi en fût de croix catholique.

A la période qui suit l'Age du Fer, après la conquête romaine, les stèles ne servent plus à leur usage originel et certaines d'entre elles sont réutilisées par les gallo-romains pour réaliser des bornes milliaires. A pareille époque, on voit apparaître des ossaria mais généralement réalisées en deux parties et de structure cylindrique, ceci ne ressemble en aucun cas aux petits monuments éduens publiés par Roland Niaux.

[...]