Un château entre Dracy-Saint-Loup et Curgy ?

Roland Niaux
(ca. 2002)

 

 

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L’examen de l’état de sections cadastrales de Dracy-Saint-Loup en 1817 révèle l’existence d’une parcelle F n°3 dite « Pièce du Château », parcelle d’environ 400 m de long sur 100 m de large, dont les grands côtés, légèrement courbes, épousent le mouvement de la pente descendant d’est en ouest vers le ruisseau de Ravelon.

Ses limites topographiques sont 753.65 – 224.49 ; 754.00 – 244.65 ; 753.67 – 224.35 ; 754.05 – 224.55.

Les habitats les plus proches sont le Cavalier de Ravelon à 200 m au nord ; le Bois de Brêche à 500 m au sud-est. La « Pièce du Château » est bordée au sud par la limite communale de Dracy-Saint-Loup – Curgy.

On pourrait penser qu’il s’agisse là d’une terre appartenant au domaine du château de Dracy-Saint-Loup. Il n’est pas très éloigné : un peu plus de 2 km, et son existence, du moins celle de la seigneurie de Dracy, est attestée au XIVe siècle. Cependant, les toponymes voisins de la « Pièce du Château » démentent cette hypothèse. On relève en effet, du même état cadastral, une parcelle contiguë à l’est, dite « Le Gibot » (Dracy-Saint-Loup, F n°1 et 2) et une autre parcelle contiguë à cette dernière, au sud, dite « Pâture du Gibet » (Curgy, F n°224-225 à l’état de section de 1823).

Ces désignations rappellent la présence en ces lieux des signes d’une justice seigneuriale. Toujours sur Curgy, et à 100 m au sud de la « Pièce du Château », on rencontre un « Pré du Colombier » (F n°111 à 115) dans lequel le « Colombier » porte le n°116. Encore plus au sud, le long de la voie romaine d’Autun à Langres, on trouve « La Queue de Moine » (F 235-236), évolution du terme condemène (condominium) désignant une réserve seigneuriale, généralement assez proche du château, tout comme le colombier.

Nous serions donc en présence d’une petite seigneurie et de son château dont le nom et l’histoire ont été oubliés. Une prospection aérienne réalisée par Guy Charleux (décembre 2001) ne révèle aucun relief sur « La Pièce du Château ». Par contre, le « Colombier » est matérialisé par un léger bombement au centre de la parcelle, limitée au nord par un talus écrêté, et au sud, hors de cette parcelle, par un fossé légèrement recourbé. Le château serait-il le colombier ? (753.80 – 224.20).

Retenons encore le long de la même limite communale, 600 m. au nord-est, à Échaulée, une parcelle dite « Chatelet » et sa voisine dite « Le Petit Chatelet » (E 112 et 116 de Dracy-Saint-Loup). Tous ces toponymes ont-ils un lien ?

Si l’on en croit Maurice Chaume (Les Origines du duché de Bourgogne, Dijon, 1925-31), Curgy, Dracy-Saint-Loup et Saint-Forgeot auraient formé, au début du Moyen-Âge, une seule paroisse qui fut ultérieurement démembrée en raison de l’expansion démographique et des progrès du christianisme. Resterait témoin de cette époque le vocable Saint-Ferréol, encore commun aux églises de Curgy et Saint-Forgeot, peut fréquent par ailleurs dans notre diocèse.

Cette unité territoriale primitive pourrait justifier l’existence d’une petite seigneurie qui aura disparu lors de la séparation des terroirs. Curgy entre alors dans le domaine de l’abbaye Saint-Andoche d’Autun, tandis que Saint-Forgeot et Dracy-Saint-Loup, avec tout le nord de l’Autunois, sont placés sous l’autorité de la puissante seigneurie de Dracy-Saint-Loup.

Le cas de notre « Pièce de Château » et de son « Colombier » n’est pas isolé. Une autre petite seigneurie a, elle aussi, totalement disparu (historiquement) du territoire de Saint-Forgeot. En revanche, elle a laissé sur le sol de puissantes traces : à 200 m au sud-est de l’église, une motte rectangulaire entourée de fossés encore partiellement en eau. Cette motte n’est plus décelable sur le plan cadastral ce qui est l’indice d’une disparition très ancienne. Elle occupe une partie d’une vaste parcelle dite « la Forêt ». Sa disparition est peut-être consécutive aux mêmes événements.

 

© Roland Niaux, ca 2002 (Publication électronique : Mai 2006)


Le Colombier

 

 ©  Photos Guy Charleux