La voie gallo-romaine d'Autun à Châlon

Roland Niaux
(2000)

 

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Son tracé nous est bien connu. Au dessus des Renaudiots, à travers les bois de Montchauvoise, les vestiges routiers retiennent l’attention des observateurs les moins avertis : largeur de la chaussée, empierrement généralement bien conservé sous la couche de feuilles mortes, ornières creusées dans la pierre et bordures encore solidement implantées tout au long de ce qui n’est aujourd’hui qu’une sente forestière à l’usage des débardeurs. La côte est attaquée dès après le pont de Rénalée, point d’intersection des trois communes d’Autun, Saint-Pantaléon et Auxy. Ce pont ne paraît pas très ancien mais on ne peut juger de ses assises. Il est peu probable que le petit ruisseau de la Fée, très tumultueux en hiver, ait été franchi à gué par une route de première importance.

Sitôt après le pont, la voie oblique vers le sud-est. 500 mètres plus loin, par un virage en épingle, elle repart vers le nord-nord-est sur 350 mètres. Elle amorce alors une large courbe pour prendre la direction est-nord-est. Dans cette première partie du trajet, sur 1 400 mètres, la pente est à peu près régulièrement de 7%. Sans ce premier crochet vers le sud, elle aurait été dès le départ de 18,75% sur 400 mètres.

Arrivée en lisière de forêt à la cote 512,80, la voie traverse le plateau en deux segments rectilignes et presqu’alignés de 4 km 700 au total, pour arriver au pont de Charbonnière à l’altitude de 503 mètres et à l’intersection des trois communes d’Auxy, Antully et Saint-Émiland.

Le long de cette traversée du plateau, les témoignages archéologiques abondent. D’abord toponymiques : La Grand Croix, La Grande Pierre (menhir disparu), La Vieille Route, Les Crots, La Celle d’en Haut,  Les Fossés, La Celle d’en Bas ; puis matériels : un habitat gallo-romain reconnu en lisière du Bois des Châtaigniers, un autre aux Sapuis, le menhir abattu et débité à la fin du XIXe siècle, des carrières de grès : Les Crots, Le Pré Lamelière ; une motte à occupation gallo-romaine puis médiévale à La Celle d’en Haut.

Ce tracé a été plus succinctement défini par Emile Thévenot dans son ouvrage sur les voies romaines[1] avec toutefois cette appréciation : « il convient de réfuter l’erreur de Laureau de Thory, de Roidot-Déléage, suivis par beaucoup d’archéologues qui ont cru que la voie romaine coïncidait exactement avec la route moderne jusqu’au pont de Charbonnière, après être passée par le Bas d’Auxy et Le Quart d’Auxy. » Et par une note de bas de page, Thévenot ajoute que l'Abbé Claude Courtépée avait déjà signalé ce passage par le Bas d’Auxy, que Roidot-Déléage disait en avoir retrouvé des vestiges dans le vallon de la Creuse d’Auxy et que, selon l’auteur de l’annuaire départemental de 1843, ces vestiges (de l’ancienne route) étaient visibles en plusieurs points, avant l’établissement de la route actuelle. Finalement, Thévenot ne produit aucun argument permettant de contester les allégations de ses prédécesseurs, dont le sérieux habituel aurait dû l’amener à plus de prudence et le conduire à envisager la possibilité de deux tracés distincts.

Cette nouvelle route, modifiant le tracé de la Route Royale n°78 (aujourd’hui D 978) a été mise en service vers 1830. Adopte-t-elle un itinéraire novateur ? La réponse à cette question se trouve dans le plan cadastral d’Auxy, levé en 1823. La route romaine (agréée comme telle par Thévenot et incontestable sur le terrain) est dite, sur le plan cadastral « Route d’Autun à Chalon ». En 1823, elle constituait donc le seul itinéraire utilisé entre ces deux villes, au tracé inchangé depuis vingt siècles, ce qui explique sa parfaite conservation jusqu’à nos jours.

Au même plan cadastral de 1823, un chemin rural, passant par la Creuse, Le Bas et le Quart d’Auxy (tracé futur de la nouvelle route) est indiqué « Ancien chemin d’Autun à Chalon ». Il n’était donc plus utilisé en 1823, mais le souvenir de son usage demeurait inscrit sur le plan. On peut dès lors admettre que Courtépée, Laureau de Thory, Roidot-Déléage n’ont pas été abusés et qu’il convient de prendre en considération leurs observations. Cela ne contredit nullement le travail de Thévenot, ni la réalité du tracé que nous tenons aujourd’hui pour celui de « la » voie romaine d’Autun à Chalon. Simplement, il faut admettre que deux tracés différents se séparaient au pont de Rénalée et se rejoignaient au pont de Charbonnière. Ils ont probablement été utilisés concomitamment, mais n’ont peut être pas été mis en service simultanément. Il ne faut pas oublier qu’à l’origine, la voie Autun-Chalon n’était qu’un segment de la voie Bibracte-Chalon. La romanisation a certainement entraîné des rectifications de parcours et la barbarisation, des abandons. On ne peut dire, aujourd’hui, quel a été le parcours primitif. De tels doublages de voie ne sont pas exceptionnels. On en trouve un autre, un peu plus loin, au passage de la Dheune. Celle-ci est franchie en deux points distants de 500 mètres, l’un au pont de Dennevy, l’autre au Moulin Joly. La route se sépare en deux branches au carrefours de Nion, dominé par des ruines romaines puis une maison forte médiévale et retrouve son unité 5 200 mètres plus loin, sur la commune d’Aluze. Thévenot, bien qu’hésitant, donne la préférence au pont de Dennevy, le second parcours attaquant la rive est de la Dheune par une pente jugée trop forte : le « chemin des ânes » monte à 16,75% sur 400 mètres. Toutefois, par temps de sécheresse au Moulin Joly, la voie romaine se manifeste nettement par une large bande jaunâtre au milieu du pré encore vert et pointe droit sur ce « chemin des ânes », au sommet duquel une maison forte, dite « La Motte » a été édifiée au Moyen-Âge, forte présomption d’une utilisation tardive de ce parcours, aujourd’hui abandonné.

Notons d’ailleurs que l’autre voie monte à 15% sur 300 mètres. Sur la commune d’Auxy, les deux variantes ont pratiquement la même longueur, trois lieues de 2 222 mètres. Pour le parcours en vallée, une lieue du pont de Rénalée au carrefour du chemin montant à la Fontaine Rouot, une lieue jusqu’au carrefour du chemin d’Auxy par le Ponto, une lieue jusqu’au carrefour du chemin conduisant à Repas, à 300 mètres du pont de Charbonnière. Pour le parcours attaquant la crête, une lieue jusqu’à l’orée de Montchauvoise à la cote 512, une lieue jusqu’à la Croix de Charnay, une lieue jusqu’à la Celle d’en Bas, au carrefour du même chemin allant à Repas.

Il est intéressant de noter qu’en venant de Chalon, on trouve les repères d’un bornage en milles de 1 480 mètres, notamment sur la commune de Couches, où ce bornage est ponctué par plusieurs croix de carrefours.

A Dennevy, la variante par le pont de l’église de Dennevy forme un arc dont la variante par le Moulin Joly serait la corde, mais cependant la différence entre les deux longueurs n’est pas très sensible. Seule la pente du chemin des ânes devait être dissuasive pour les attelages.

 

© Roland Niaux 2000 (Publication électronique : Mars 2006)


[1] E. Thevenot, Voies romaines de la cité des Eduens, Bruxelles, Latomus, 1969, p 77.