Les liaisons entre Autun, Bibracte et Saint-Honoré à l'Époque Gallo-Romaine

(Accès à Autun et à Bibracte)

Roland Niaux

(Mémoires de la Société Éduenne, T. LIV, Fasc. 3, 1983, p. 161-167)

 

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 Emile Thevenot (1) pense que la voie Autun-Saint-Honoré-Bourges est, dans son tracé entre Bibracte et Autun, une portion de l'ancienne route gauloise Bibracte-Chalon-sur Saône.

Cette route serait donc plus ancienne, au sortir d'Autun, que la route Autun-Clermont, puisque le chemin gaulois reliait Bibracte, et non Autun, à la capitale arverne. 


Il faut donc en déduire que c'est la route romaine allant d'Autun à Clermont qui se raccorde sur celle d'Autun à Bibracte et non l'inverse comme l'écrit Thevenot. Il en est bien ainsi sur le terrain.


La voie romaine principale (anciennement gauloise) qui quitte Autun en direction de l'Ouest a un tracé très régulier et presque rectiligne qui longe le temple dit de Janus, Pierrefite, le sud de la Butte de Bois-Saint-Jean, la Guinguette et l'étang de Branges, dont elle forme la levée. Cette levée se trouve dans l'alignement exacte du chemin de Vauteau à Mechet, à l'est de ce hameau, chemin qui, selon les auteurs du XIXe siècle, est bâti sur la voie romaine de Bibracte. Dans la portion de 3 km qui sépare en ligne droite l'étang de Branges du chemin précité, on trouve les hameaux de Plessis et de Lée et l'on passe en bordure d'une Motte (Motte de Lée ) occupée au Moyen-Âge mais dont l'origine n'est pas connue. Plusieurs limites parcellaires s'alignent sur ce tracé.

Vraisemblablement, la voie de Clermont se raccorde sur ce tronçon par un tracé en droite ligne entre Lée et Chevannes, parallèle au chemin actuel passant par les Bruyères ou peut-être même sous celui-ci.

 Il faut observer que la Croix de Lée est à un mille romain de la Croix de Chevannes, laquelle est à un mille romain de la Croix de Collonges, qui est elle-même a un mille de la Croix du Mousseau, ces trois dernières étant attestées par tous les auteurs comme bordant la voie de Clermont. On en déduira que la voie de Clermont, postérieure à la conquête, était jalonnée en milles romains alors qu'on ne trouve pas de semblables repères sur la voie de Bibracte plus ancienne.

S'il existe pour la voie de Clermont un autre tracé, qui, a partir de l'étang de Branges oblique vers le sud-ouest par la Belle-Étoile, Pantonge et les Granges (et il y a tout lieu de croire à son existence, puisqu'il est attesté par tous les auteurs sérieux) il ne peut-être que postérieur au tracé dont nous venons de faire état, et se rapporte probablement à une époque à laquelle Bibracte était abandonnée et Saint-Honoré ruiné, c'est-à-dire à la fin du IVe siècle ou au début du Ve siècle. Ce tracé n'était pas du tout nécessaire lors de la création d'Augustodunum et de son réseau routier. Par contre, il devient indispensable à partir de Lée ; c'est le point extrême où il faut quitter la route de Bibracte si l'on veut s'orienter plus franchement vers le sud et éviter de gravir inutilement les premières hauteurs du Morvan et ce faisant on évite la construction de deux mille de voie nouvelles sans augmenter sensiblement le parcours ni sa difficulté.

Quant au branchement de la voie de Bibracte sur celle de Clermont par un tronçon Chevannes - Pont de Méchet, non seulement il s'agit d'un contresens chronologique mais son existence sur le terrain peut être sérieusement mis en doute. Le témoignage de Roidot-Deléage est des plus vague (Thevenot p. 193). Le passage observé sur le ruisseau, s'il est réel, pourrait bien être celui de la voie Autun-Bibracte, qui ne coïncide peut-être pas exactement avec la route actuelle. Quant aux traces d'empierrement notées le long du chemin de Lionge, elles sont vraisemblablement celle d'un chemin ancien dont personne, semble-t-il, n'a encore soupçonné l'existence et qui suit une direction remarquablement régulière Nord-Nord-Ouest, Sud-Sud-Est entre le Vieux-Château de Roussillon et Mont-Jeu en passant par les Pécinnes,les Barbeaux, La Celle, la Planche-Saint-Agnan, les Mériaux, Montigot, la Lutarne, les Cheminots, Lionge, les Gentils, Chevannes, L'Arroux traversé à gué, Charmoy, Montagny, les Fiolles. Ce chemin est-il pré-romain, romain ou médiéval ? Disons simplement que des vestiges gallo-romains ont été découverts tant au Vieux-Château (monnaies) qu'à Mont-Jeu (voies et aqueducs) et le long du parcours, notamment au Barbeau à la Celle, aux Cheminots (fontaine Saint-Barthélemy) et à Charmoy.

Illustration n°1 :

Le tracé de la voie de Bourges aux alentours de Bibracte présente également quelques problèmes. La voie gauloise tendait vers Saint-Honoré. Où se situait la sortie de Bibracte ? La carte de Cassini ne peut utilement nous renseigner. Un chemin direct de la porte ouest vers Petiton et le Foudon paraît vraisemblable, encore que sa pente entre ces deux derniers points (19 % en moyenne) le rende impropre à la circulation des véhicules. La voie romaine postérieure à la déchéance de Bibracte, voie importante et sans doute à grande circulation, ne pouvait donc emprunter un tel tronçon.

 Cependant son tracé exact est mal défini, entre les deux points où sa présence est certaine, L'Echenault et le Puits. 

Il est peu probable que son itinéraire emprunte le versant occidentale du Beuvray, jusqu'à la rencontre du vieux chemin descendant de Bibracte comme le pense Thevenot (p. 209) car alors, il serait obligé de remonter de Petiton au Foudon. Il existe bien cependant une voix ancienne épousant ce tracé par Le Moulin de Chautte et Vieilles-Maisons, et elle a été utilisée jusqu'au XIXe siècle. Peut-être est-ce une voie gallo-romaine, mais ce n'est plus la voie d'Autun à Saint-Honoré. Elle s'en détache à L'Echenault, point de croisement certain de plusieurs voies antiques, et se dirige nettement vers le sud utilisant la vallée du ruisseau de la Roche 

Thevenot n'insiste d'ailleurs pas sur ce parcours puisque (p.195) il en indique un autre, faisant remarquer qu'à la suite de L'Echenault, la voie et peu visible jusqu'au lieu-dit la "Karre des Morts" où elle rejoint la route de Moulins-Engilbert et se confond avec elle jusqu'au Puits. Voilà donc qui exclut le versant occidental du Beuvray, puisqu'au Puits nous nous trouvons sur le versant opposé et à 2 km au nord du tronçon Petiton-le-Foudon

C'est donc entre L'Echenault et le Puits qu'il nous faut chercher son passage. Bulliot la parcourut (2) mais son récit manque tellement de précisions topographiques qu'il est très malaisé dans retracer le parcours. Retenons cependant qu'entre L'Echenault et le Puits, le trajet est d'environ 5 km, que lorsqu'on se trouve au lieu-dit le Haut des Chauttes, "on domine la vallée de la Séglise au regard de la Roche Millay" et que "de-là, le vieux chemin, sur un parcours de 4 km descends dans la vallée et remonte au travers bois en escarpement jusqu'au "Karre des Morts".

Admettons que Bulliot n'ait pas commis d'erreur grossière dans ses distances et examinons les divers passages possibles afin de voir s'il en existe un correspondantes à son récit. Précisons tout d'abord qu'il n'a pas encore été possible de retrouver le lieu-dit "haut des Chauttes". Il ne figure pas sur l'ancien cadastre de Glux.

Illustration n°2 :

Un premier itinéraire empreinte tout d'abord, sur 250 m à partir de la Croix de L'Echenault et en direction de l'Ouest, le tracé du chemin actuel allant au Puits. Il s'en détache ensuite sur la gauche et descend à travers la "Mouille Noiron" jusqu'à la cote 479, où il franchit un ruisseau (une des branches du ruisseau de Chautte) et remonte jusqu'à une butte (cote 503) d'où l'on se retrouve dans le prolongement de la vallée du ruisseau de la Roche, face à la Roche Millay. Est-ce le Haut des Chauttes ? Ensuite on redescend toujours en direction générale de l'Ouest, pour franchir la seconde branches du ruisseau de Chautte et l'on remonte à travers la forêt, par quelques lacets en direction du Puits. À partir d'un point (cote 520) situé à environ 300 mètres au sud de "Bois de Mary", on retrouve l'ancienne route utiliser jusqu'au XIXe siècle, et encore solidement empierrée. Elle rejoint la route actuelle au "Karre des Morts". Il s'agit là de l'itinéraire le plus direct entre L'Echenault et le Puits. Les rampes ne sont pas excessive. Elles ne semblent jamais dépasser 10 % et sont généralement inférieures à ce pourcentage. Le trajet est constamment celui d'anciens chemins tombés en désuétude, mais généralement empierrés. Le R.P. Wable, qui a entièrement parcouru ce tronçon en 1982, estime qu'il a toutes les chances d'être bien celui de la voie romaine. Si son aspect peux répondre approximativement à la description de Bulliot, les distances avancées par celui-ci son par contre totalement fausses. La distance totale n'est pas de 5 mais à peine 3 kilomètres.

Un deuxième itinéraire est celui du chemin actuel de L'Echenault au Puits. Sa distance est un peu supérieure à celle du tracé précédent, mais elle est encore bien loin des 5 km de Bulliot. On ignore si cette route recouvre d'anciens chemins, mais c'est bien improbable ; son tracé sinueux suivant le plus possible les courbes de niveaux est un tracé moderne. 

Un troisième cheminement existe encore. Se détachant du chemin actuel à l'ouest de L'Echenault , mais cette fois sur la droite et presque en face du premier tracé, une voie s'élève en pente régulière, d'abord en direction Ouest-Nord-Ouest, puis par une courbe assez large en direction Nord jusqu'à un point situé à 400 mètres au sud des "Cléments" où elle repart en direction Sud-Ouest. Ce chemin totalement inutilisé depuis assez longtemps, demeure cependant large, bien empierrée, bordée de souches de haies multi-centenaires. Il présente en outre la caractéristique d'être border d'énormes troncs de châtaigniers, et Bulliot signale cette particularité. Enfin, le changement de direction à 400 mètres au sud des "Cléments" se fait autour d'un promontoire d'où l'on a une vue admirable sur toute la vallée de la Roche et même beaucoup plus loin. Ce point est-il le Haut des Chauttes ? Nous sommes ici à la source même du ruisseau qui va alimenter Le Moulin de Chautte, un kilometre au Nord-Est et cent mètres plus haut, en altitude, du promontoire que nous avons rencontrés dans le premier itinéraire. Jusqu'alors, l'état du terrain correspond exactement à la description de Bulliot, mais ensuite, il n'en va plus de même. On ne voit pas comment on peut redescendre dans la vallée et remonter ensuite jusqu'au "Karre des Morts". Par contre, notre chemin continue à monter jusqu'aux "Faucillons" après avoir repris la direction Nord-Ouest. À peu près au niveau de la route actuelle de Glux au Puits, il amorce une direction générale Ouest, puis Sud-Ouest, puis Sud, pour arriver directement au Puits, par la Croix d'Anvers, les Mathelins, le Trou du Bois. 

Là encore, nous suivons constamment de vieux chemins, bien empierrés, larges et présentant l'aspect caractéristique des voies romaines. À noter que des Mathelins, comme des Francillons, deux chemins tendent en droites lignes aux sources de l'Yonne. Cette fois, la distance totale et bien de 5 km et 4 depuis le promontoire, mais nous n'arrivons pas au "karre des Morts". 

Il ne semble pas exister d'autres tracés entre L'Echenault est le Puits. Il faut donc choisir pour notre voie Autun-Saint-Honoré-Decize-Bourges entre le premier et le troisième itinéraire. Nous opterons pour le premier, estimant qu'il existe une erreur de distance dans le texte de Bulliot. Nous n'abandonnerons cependant pas le troisième, qui est sans conteste un tracé gallo-romain, aux vestiges beaucoup plus caractérisés que le premier, mais qui doit correspondre à deux voies différentes, lune de L'Echenault aux sources de l'Yonne, l'autre du Puits aux mêmes sources, avec un raccordement des deux voies entre les Francillons et les Mathelins.

Le premier et le troisième itinéraires ont bien pu être utilisés simultanément, car des Mathelins, il était possible de rejoindre directement, sans redescendre jusqu'au Puits, la route romaine tendant vers Château-Chinon, par Rangères, Carré-la-Rose, Butteaux et Fachin. 

L'un des tracés était probablement utilisé bien avant la conquête romaine, car pour les véhicules lourds, la liaison entre Bibracte et l'Ouest (Saint-Honoré, Bourges) ne pouvait être réalisée que par la sortie Nord de l'oppidum, d'où un bon chemin descend par une pente plus raisonnable jusqu'à L'Echenault (15% en moyenne). L'Echenault était le point de rencontre de chemins se dirigeant au Nord, à l'Est et à l'Ouest.
© Roland Niaux (publication électronique 2014)

(1) Emile Thévenot, les voies romaines de la cité des Eduens, Bruxelles, 1969, p. 209.
(2) Mémoires de la Société Eduennes, TVI, 1877, p. 283.