Saint-Martin-de-Commune

Roland Niaux
(1980)

 

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La paroisse s'appelait autrefois Communes, qui est aujourd’hui le nom d'un hameau, et a pris celui de son saint protecteur.

Saint-Martin-de-Commune, avant la Révolution, était de l'archiprêtré de Couches, et le patron de la cure était l'évêque d’Autun.

Le village n'a pas de chef lieu. Il se compose de plusieurs petits hameaux : Quincy, où se trouve la mairie, Saint-Martin où est l'église, Commune, Sauturne, dont la plupart des maisons sont situées sur Saint-Gervais, et de nombreux écarts qui s'étendent sur 1457 hectares. Malgré son nom, il ne forme donc pas vraiment une communauté.

Selon la légende, ce nom viendrait cependant du fait que, depuis un temps immémorial, certaines parties du sol étaient communes de droit d'usage aux habitants qui s'en partageaient les produits. Il se trouva un jour, parmi ces habitants, une pauvre veuve dont les forces affaiblies par l'âge ne pouvaient plus sauvegarder sa portion. Ne parvenant pas à faucher son lot d'herbage et ne pouvant compter sur ses méchants voisins, elle partit à Couches dans l'espoir d'y louer un faucheur. Elle n'en trouva qu'un seul, misérable, chétif, et de mauvaise mine. Faute de mieux, elle l'embaucha, mais celui-ci avait tant de mal à marcher que lorsqu'il fut prêt de se mettre au travail, le jour tombait. Les voisins se moquaient de la veuve et de son ouvrier, mais miracle : la fenaison se trouva faite en un clin d’œil. Quand la veuve voulut le remercier et le payer, il avait disparu. Mais le lendemain, pour charger et enlever la récolte, la veuve dut de nouveau se rendre à Couches. Elle n'y trouva qu'un mauvais charretier avec une haridelle poussive. Cette fois encore, l'attelage n'arriva au travail que le soir tombant ; mais en un instant, le fourrage fut chargé et rentré dans le fenil de la pauvre femme. C'était Martin lui-même qui, sous des apparences d'emprunt, avait fait la besogne. Depuis ce jour, les habitants ont joint son nom à celui du hameau de Communes. Cette légende mettant en scène un faucheur prodigieux existe à peu près semblable à Montigny-sur-Canne, dans le Morvan nivernais, et dans bien d'autres lieux avec des variantes présentant soit le Christ lui-même, soit un saint, soit le Diable ou Gargantua. Son origine est donc bien antérieure à saint Martin.

Saint Martin, né en Pannonie (l'actuelle Hongrie) au début du IVe siècle, était un officier de l'armée romaine. Il servait dans la cavalerie. Devenu chrétien, il quitta l'armée sous l'empereur Julien, sans doute vers 341, et se rendit auprès d'Hilaire, évêque de Poitiers. Il se fit ermite à Ligugé où il fonda l'un des premiers monastères de Gaule. C'est là qu'en 371, les habitants, de Tours vinrent le chercher pour en faire leur évêque. Evêque de Tours, il continua à vivre en moine, et fonda encore le célèbre monastère de Marmoutiers. Comme c'était un homme de premier plan, à l'intelligence remarquable et à la foi rayonnante, il eut une grande influence sur l'évolution du christianisme en Gaule. Il avait des relations avec les principales familles sénatoriales, la sympathie de l'empereur Gratien, la haine de beaucoup de ses pairs dans l'épiscopat, car ils étaient jaloux. Ils tentèrent de le déshonorer, de le destituer, mais n'y parvinrent pas. Au contraire, de son vivant même, son prestige devenait immense. Comme il voyageait beaucoup, il profitait de ses déplacements, à la fois pour convertir les nobles qui détenaient le pouvoir, et les masses paysannes demeurées jusqu'alors entièrement païennes auprès desquelles il posait les premiers jalons d'une présence chrétienne grâce à ses moines de Ligugé ou de Marmoutiers. Le paganisme demeura néanmoins dans les mœurs - il n'a pas entièrement disparu aujourd'hui, où au contraire il reprend vigueur - mais on peut dire cependant que l'apostolat de Saint Martin marque une étape décisive dans l'évangélisation du peuple gaulois. Lorsqu'il mourut en 397, on se battit pour posséder ses reliques. On faisait déjà un peu partout des miracles en son nom et la légende s'empara des moindres faits de sa vie pour les amplifier et les magnifier en vue de l'édification du peuple. C’est en ce sens qu’œuvra son principal historiographe, Sulpice Sévère, qui l'accompagna certainement dans ses missions. Ce qui est certain, c'est qu'actuellement encore le nom de Martin est le plus commun de tous les noms propres français, c'est que 238 communes françaises portent son nom, 3675 églises sont placées sous son vocable, qu'un nombre encore plus grand de hameaux, lieux-dits, fontaines, hauteurs portent son nom ou ses déformations comme Dommartin, Martigny, Champmartin etc... On sait par Sulpice Sévère, pourtant peu prolixe en ce qui concerne le nom des lieux traversés par son maître, que le pays éduen fut l'un des terrains de mission de saint Martin. Gabriel Bulliot a tenté de suivre presque pas à pas son itinéraire dans nos campagnes (1). En suivant certaines voies romaines on retrouve le nom de saint Martin se répétant, presque sans interruption, tout au long d'un itinéraire, dans les églises, les chapelles, les sources sacrées les "pas" de son âne, les légendes populaires relatives à la vie et aux miracles du saint. On est bien obligé de suivre ce fil conducteur par lequel on a voulu fixer le souvenir de saint Martin. Dans la région qui nous intéresse, nous pouvons retenir le tronçon de la voie romaine de Lyon à Boulogne, la vallée du Mesvrin, et la région du Beuvray. On a pu vérifier - dit Bulliot - que partout, même dans les plus petits hameaux, autour des chapelles rurales dédiées à saint Martin, des vestiges archéologiques ont été découverts, preuve que ces lieux étaient habités lors du passage éventuel de saint Martin. On a voulu ensuite chercher s'il existait un lien entre les lieux-dits à légendes de saint Martin et les vestiges de paganisme. L’assimilation a été saisissante sur tous les points explorés. On a pu non seulement enregistrer, soit dans les monuments, soit dans les traditions, des vestiges du paganisme, mais reconnaître par des fouilles les ruines d’oratoires antiques (témoin le sanctuaire du Beuvray), retrouver des débris d’idoles, partout où s’est conservé le nom de saint-Martin. Cependant, il faut bien reconnaître qu’il n’existe aucune preuve matérielle, mais seulement des présomptions de cette mission de saint Martin en pays éduen.

Autre concordance : on peut souvent dater la destruction des temples et des idoles au moyen des monnaies que leurs trésors renfermaient. Les dernières monnaies sont presque toujours de Gratien ou de Valentinien ce qui permet de fixer la destruction ou l’abandon des temples au cours de la seconde moitié du IVe siècle. On peut dire que tous les sanctuaires païens fouillés en Bourgogne étaient debout vers 350 et que presque tous avaient disparu en 397, année de la mort de saint Martin. Précisons encore que parfois, d'autres saints ont supplanté dans la suite des siècles, le culte de saint Martin. On peut s'en rendre compte avec saint Germain d'Auxerre, saint Emiland, saint Firmin... mais l'analogie des actes des saints, les empreintes qu'ils y ont laissées, dans l'esprit des peuples ou dans la pierre sont tellement identiques, que l'on reconnaît aisément la substitution.

 

Saint Martin est fêté le 11 novembre, quelquefois aussi le 4 juillet, anniversaire de sa consécration épiscopale et de le translation de ses reliques. (On l'appelait la "saint Martin d'été", dont le village de Dettey, autrefois d'Esté, tire certainement son nom). Il faut noter, au sujet de l'une des légendes les plus connues se rapportant à saint Martin, celle du manteau partagé avec un mendiant, qui se retrouve en Allemagne et en Scandinavie attribuée au dieu Odin. Il s'agit donc sans aucun doute d'une légende païenne christianisée.

Comme toutes les paroisses portant le nom de saint Martin, celle de Communes est certainement très ancienne. Girard de la Roche-Nolay était recteur de l'église St-Martin de Commune en 1319 ( M.S.E., XXXVIII, p. 185).

En 1384, la recherche des feux dans le bailliage de Montcenis fait mention de 47 feux serfs, soit environ 235 habitants. On trouve 30 feux en 1475, selon le procès-verbal de la recherche des feux dans le bailliage d’Autun : « Saint Martin de Communes, où il y a parroiche et une forteresse appellée le Petit Digoine qui est à Jehan Maulain, et sont les hommes sers, estans avec nous messire Guillaume Berthier, vicaire dudit lieu. Saint Martin : 4 ; Communes : 11 ; Cuminey, 11 (y a-t-il un rapport avec les Quatre Cheminées ? ) ;  Sautronne : 4 (Sauturne) ». Cela devait faire une population totale d'un peu plus de 150 habitants.

 

Lors de la visite des feux de 1645, la population semble avoir plutôt diminué, et n'aurait pas dépassé 150 habitants, toutefois le hameau de Sauturne n'est plus compté avec Saint Martin, mais avec Saint-Gervais : " Le septième du mois de mars 1645 ... nous nous sommes acheminez à Saint-Martin-de-Commune, y compris Champagne (ou Champage) et Digoine, apartenant à Maistre Pierre Armé notaire royal à Couches, où estans, nous avons mandé Fiacre Landriot, collecteur des tailles, auquel nous avons ordonné de nous représenter le roolle d'icelles ; ce qu'ayant faict, nous avons recogneu par iceluy, y avoir trente habitans imposés, lequel nombre nous avons treuvé véritable par la visitte qu'avons faicte de pot en pot en toutes les maisons des dicts lieux entre lesquels nous avons treuvé huict laboureurs tenant charrue, quoy faisant, il nous a remonstré avoir eu des logements de gens de guerre depuis trois ans en ça et de plus que leurs bled avoient esté gelez, leur lieu estant dans les bois et prés, les marestz, et que estant des gens de main morte, que n'ayant aucun communaux, ils avaient peyne de nourrir leur bestail, se plaignant d'ailleurs extrêmement de ce que ledict Pierre Armé, notaire et tabellion qui possédoit plus que la moitié des biens de leur parroisse, et Théophille Armé, son fils, résidant audict lieu, se disoient exempts de payer tailles et refusant d'y satisfaire, par quelque considération que les dicts habitans ont de quelque pouvoir qu'ils s'attribuent à cause de la jouissance des biens qu'ils y possèdent ; sans quoy, ils seroient fort soulagez en leurs tailles, les dicts Armé en pouvant payer la moictier ». (Les Armé constituaient l’une des principales et plus riches familles protestantes de Couches. Ce n'est pas leur religion qui dictait leur attitude : partout, les riches, qu’ils aient été catholiques ou protestants, se dispensaient d’impôts, les mettant à la charge des malheureux paysans qui n'osaient pas protester, de peur des représailles).

Le 20 décembre 1469, Philibert de Digoyne est témoin à la donation de la seigneurie de Sully, faite par Claude de Montagu, seigneur de Couches, à sa fille et à son gendre Hugues de Rabutin.

En 1503, Jean de Malain déclarait tenir la terre et seigneurie de Digoyne en fief du roi, à cause de son duché de Bourgogne.

C'est au XVIIe siècle que la seigneurie de Digoine changea de famille. Un acte du 20 octobre 1650 porte donation de cette seigneurie par Françoise de Malain, veuve de Pierre de Loriol, à son fils René de Loriol.

Au siècle suivant, la seigneurie de Commune passa également des Truchis aux Musy.

On trouve, aux minutes de Jean-Baptiste Fleury, notaire à Couches, en date du 22 avril 1724 aveu et dénombrement de la terre et seigneurie de Commune et de Saint-Martin donné au Président de Siry, baron de Couches, par François de Truchis. Au 28 mars 1735, il y avait contrat de mariage de Lazare de Musy, chevalier, et de Jeanne-Marie de Truchis.

Lorsque Courtépée visita la Bourgogne, un peu avant la Révolution, il nota à Saint-Martin-de-Commune « 48 feux (environ 240 habitants), 180 communiants, 9 hameaux ou métairies. Le seigneur du lieu était Louis de Musy de Vauzelles, officier, auparavant François de Truchis ; jadis aux Damas, seigneurs de Commune, ensuite aux Villers la Faye. Digoine, dans un fond, terre et château et chapelle (Notre-Dame) à de Faletans, ci-devant à de Loriol-Chandieu. Étang et moulin à Saint-Martin, sur l’éminence, cure et église dans le centre des bois. Hameaux : Le Vernay (aujourd’hui le petit Vernay, ferme proche de Digoine), Quincey, Les Potots. »

On voyait à cette époque en l'église de Saint-Martin, la tombe d'Antoine de Malain, seigneur de Digoine en 1548, celle d'Isaac Le Sage, seigneur, 1700. La famille Le Sage avait été l'une des plus notables familles protestantes de la région.

Selon l'abbé Devoucoux, l'église de Saint-Martin présentait des vestiges -une petite baie du chœur -du XIe, et une nef des XVe ou XVIe siècles (2).

On trouve encore dans le cimetière, une curieuse croix en pierre dont le socle, très massif, représente une sorte de tour à contreforts. Il existe aussi, à la sortie Est, du bourg, en direction de Commune, une croix en pierre sculptée, probablement du XVIIe siècle.

 

Quelques anciens curés de Sajnt-Martin, avant la Révolution, nous sont connus ; Claude Cottain (ou Cottant ) 1673 ; Aubry 1689 ; Thibaud 1706 ; Marchand, desservant, 1752 ; Pautot 1762 ; Mongeot 1765 ; Rebourseau 1785. C'est ce Rebourseau qui était curé lorsque arriva la Révolution. Il prêta le serment, mais on ne sait rien de plus de lui. Toutefois, il ne resta pas longtemps en place, car on voit au registre paroissial de Couches, un intrus nommé Fragnières en 1791.

Saint-Martin-de-Commune resta calme pendant la Terreur. La paroisse changea son nom pour "Commune-les-Bois" Au Concordat, Sajnt-Martin-de-Commune devint annexe de Saint-Emiland.

La population était de 348 habitants en 1801. Elle monta jusqu’au chiffre de 618 habitants en 1851, en 123 maisons, pour redescendre à 471 en 1861 et rester à peu près stable jusqu'en 1891 (459 habitants) Depuis lors, elle diminue lentement et régulièrement et n'atteint plus que 134 habitants en 1975. En 1839, l'occupation des sols donnait 715 ha en terres labourées, 189 ha en prés, 385 ha en bois et 43 ha en friches. En 1869, il y avait 118 maisons, dont 100 couvertes en chaume. L'élevage était peu important: 25 chevaux, 2 ânes, 222 bovins, 282 moutons, 105 porcs et 57 ruches pour cette même année 1869.

 

Quincy est le groupe habité le plus important de la commune. Guy de Quincy, chevalier, est cité dans une charte de 1239 (Cart. de St-Symphorien). Il y avait 7 meix à Quincy en 1288. Au siècle dernier, 65 maisons étaient habitées. On voyait au bas du village, selon l'annuaire départemental de 1859, les vestiges d'un vaste édifice, probablement gallo-romain à en juger par les nombreuses tuiles à rebord que l'on y rencontrait. Le nom-même du hameau a une origine gallo-romaine certaine. Il provient sans doute du nom de celui qui fut propriétaire de la villa. bâtie en ce lieu, Quintius, ce qui a donné Quintiacus.

A Digoine, le château tient probablement son nom de la famille de Digoine qui dut le posséder. Les Digoine, dont le berceau est à Palinges, en Charollais, jouèrent un grand rôle en Bourgogne. Au XIIIe sjècle, époque de la construction de notre château, les Digoine se trouvajent partagés en deux branches ayant les mêmes armes, les, Digoine de Martenet et les Digoine du Chatelat (Béatrice de Digoine était l'épouse d'Eudes de Roussillon, chevalier en 1298). La chapelle domestique de Digoine a pris la succession et le fonds de la chapelle de Sauturne ruinée et démolie. C'est Mgr de Roquette qui en a effectué le transfert.

 

Commune possède aussi les traces d'un ancien château. Il y avait des seigneurs de Communes connus dès le XIVe siècle. Guido de Communes est cité dans une charte de 1334 (Bulliot. Saint-Martin - charte n° 112). Le 29 juin 1365, le Chapitre de la Cathédrale consent un bail en faveur de Geoffroi de Communes, chevalier. Au XVIIe siècle, les Truchys étaient seigneurs de Communes.

 

(1)               G. Bulliot et F. Thiollier, La mission et le culte de saint Martin dans le pays éduen, M.S.E., XVI et ss.

(2)               Archives de la Société Eduenne, Album n° 7.

 

Bibliographie :

-          Registre paroissial de Couches (B.S.E.)

-          Abbé Preux. Saint-Emiland et Epiry. B.S.E. M 45

-          Dumay. Etat militaire et féodal… en 1474.
(Digoine -Quincy) M.S.E. XI, p. 10

 

© Roland Niaux, 1980

(Publication électronique : mars 2008)