La Motte des Choux à Mesvres

Roland Niaux

s.d.

 

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La Motte des Choux [1] était située au nord-ouest (300 m.) du hameau de Charmasse en bordure d’un étang depuis longtemps asséché, alimenté par le ruisseau de Magne. Elle se présentait, au milieu des pâturages, sous la forme d’une butte quadrangulaire mesurant au sommet 25 m sur 22, surplombant de 2 à 4 m d’anciens fossés presque entièrement comblés, encore visibles sur 4 à m. de largeur. Le centre de la plate-forme était légèrement incurvé. L’angle ouest était la partie la plus élevée, qui avait peut être porté une tour. Aucune trace de construction ne se voyait en surface. L’environnement archéologique est très riche : voie romaine et habitats gallo-romains importants au Bois de Magne et au nord de Charmasse, nombreux bas-reliefs et stèles aux Brenots, à Champ Chopin, Bois Renaud, Valvin… Charmasse, "Sarmatica villa" au Moyen-Âge, doit probablement son nom à un peuplement de lètes sarmates.

Au cours de l’hiver 1986-87, la Motte des Choux a été totalement arasée par son propriétaire sans autre motif que la recherche du « trésor ». Recherche déçue : « il n’y avait que des vieilles pierres ». C’était à prévoir… Pour le patrimoine historique de Mesvres, pour son histoire, une page était définitivement tournée. Les photos ci-après, prises du même point de vue avant et après destruction donnent une idée du désastre.


 La Motte des Choux avant et après destruction (photos R. Niaux)


Le premier document écrit date de 1280 : Gautherin, damoiseau, prévôt de Sarmace pour l’abbaye St. Jean-le-Grand d’Autun, occupait la maison des Choux. Le dernier date de 1401 : Huguenin des Choux, écuyer, vend à Perreaul Quaroillon de Mesvres, une « moie motte, appelée la motte des Choulx, assise au parroichaige de Mehevre »[2]. la maison forte avait été détruite par les Grandes Compagnies et ne fut jamais reconstruite.

La Motte des Choux était un monument particulièrement intéressant du fait de l’occupation du site dès l’époque gallo-romaine. Jacques-Gabriel Bulliot la définit comme « une ancienne tour dont les épaisses murailles furent détruites pour bâtir les maisons d’alentour »[3]. Ses ruines occupaient un tertre de 35 m sur 25 (il s’agit là de mesures à la base) entourée d’un vallum de 20 m de large. Elles ont produit « des pierres tumulaires, des tuiles à rebords et d’hypocaustes, des médailles gauloises ». H. de Fontenay cite une monnaie gauloise trouvée par M. d’Espiard à la Motte des Choux[4].

La photo prise après destruction montre une grande concentration de pierres sur l’emplacement de la motte. On pouvait identifier l’emplacement d’une édifice circulaire de 7 à 8 m de diamètre et, tout autour, la présence de nombreux fragments de tegulae, imbrice, tubuli et pilettes d’hypocaustes confirmant les dire de Bulliot

Il n’a malheureusement pas été possible d’étudier l’évolution du site depuis son occupation gallo-romaine jusqu’à son abandon à la fin de l’époque médiévale.



[1] Les « choux » sont vraisemblablement les choues ou chouettes.
[2] A. de Charmasse, « Annales historiques du prieuré de Mesvres », M.S.E., IV, 1875, p. 42 et M.S.E., 1877, p. 362-382.
[3] J.-G. Bulliot, Essai sur le système défensif des romains en Pays Éduen, Paris-Autun, Dejussieu, 1856, p. 97.
[4] H. de Fontenay, Autun et ses monuments, 1889, p 7.

                                                                    © Roland Niaux (Publication électronique : Mars 2006)