Notes sur l'histoire d'Anost

    Roland Niaux
(1979)

 

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    On trouve mention d'Anost dès 1138 dans le cartulaire de Saint-Symphorien : ecclesiam de Anuleio (charte no 22 Deleage). Le nom est probablement d'origine gallo-romaine. En 1249 (Charte no 53 du même recueil) il est question d'Anox (Ecclesie de Anox). Dès lors, la prononciation, sinon l'orthographe demeure inchangée. Pour cette dernière, et jusqu'à la Révolution, on écrit : Anoz (1475-1645).
    La paroisse est sous le vocable de saint Germain de Paris et non pas sous celui de saint Germain
d'Auxerre comme cela est communément admis. (A noter que saint Germain de Paris se fête le 28 mai, saint Germain d'Auxerre le 31 juillet, et que la fête patronale d'Anost est le 3 février, fête de saint Blaise, qui fut autrefois particulièrement honoré dans la paroisse). Saint Germain, évêque de Paris, était assez populaire dans notre région. Né à Autun, en 496, il fut abbé de Saint-Symphorien avant d'être appelé au siège épiscopal de Paris. L'église d'Anost fut donnée par l'évêque d'Autun, Etienne de Bagé, sans doute en 1138 à l'abbaye de Saint-Symphorien, qui en conserva le patronage jusqu'à la Révolution, et c'est au XIIe siècle également que remonte la construction de l'actuelle église d'Anost ainsi que l'attribution de son vocable par les moines de Saint-Symphorien.
    Sous l'Ancien Régime, Anost, siège d'un archiprêtré de l'archidiaconé d'Avallon, était desservi par
un prieur-curé, chanoine régulier de saint Augustin, depuis qu'en 1656 ces chanoines étaient établis à
Saint-Symphorien. L'archiprêtré d'Anost comprenait les paroisses d'Alligny, Anost, Arleuf, Chaumard,
Gien-sur-Cure, Corancy, Mennessaire, Montsauche, Moux, Ouroux, Planchez, Saint-Léger-de-Fourches (Curés d'Anost connus (jusqu'à la fin du XIXe siècle) : 1275 - Jacques de Drousson (Cartul. de Saint-Symphorien-Déléage no 80) ; 1629 - Pierre Ducreux ; 1639 - André Coulon ; 1648 - Dimanche Tixier ; 1666 - André Bigeard ; 1685 - Prieur-curé Morot de la Canche et curé bénéficiaire Ballivet ; 17 . . - Tezenas, mort assermenté. Après la Révolution, XIXe siècle : Berthelier, mort en 1816 ; Guillon, mort en 1844 ; Houdaille, mort en 1852 ; Détivaux nommé à Saint-Léger-sous-Beuvray en 1857 ; Marillier en 1857) (Notes manuscrites de M. Doret).
    Pour le pouvoir civil, Anost faisait partie de la baronnie de Roussillon. C'était un pays de bois,
nous dit Courtépée, qui précise y avoir vu une papeterie considérable et trois moulins. Il rapporte en
outre que le pays produisait de très bons navets. C'était un peu avant la Révolution.
    Le bourg, en tous cas, était bien peu important, puisqu'en 1774, on n'y comptait que sept maisons.
Déjà, lorsqu'Anost fut affranchi, en 1554, il n'y avait également que sept maisons. Donc aucun progrès en deux siècles ! Il faut dire que la population était, (et elle l'est toujours) très répartie dans de nombreux hameaux. Les estimations les plus lointaines que l'on puisse faire, d'après les procès-verbaux de visite des feux, donneraient pour l'ensemble de la commune, 115 habitants en 1475, 520 en 1645, 1 320 en 1777, 3 863 en 1851 - c'est le sommet de la courbe ; il y avait alors 683 maisons - Ce chiffre tombe ensuite en-dessous de 3 000 après 1896, en-dessous de 2 000 après 1921, en-dessous de 1 000 après 1968 et l'on en est à 867 en 1975, la superficie de la commune étant de 5 191 hectares.
    Sous l'empire romain, Anost était déjà un lieu de passage sans doute beaucoup plus peuplé qu'au
Moyen Age. Une voie de communication importante traversait le pays, la route d 'Autun à Orléans par
Lormes. Cette route venait de la Petite-Verrière, en suivant le chemin actuel allant à la Chaume, les Billons et Montcimet, marquant sur toute sa longueur la limite actuelle entre Anost et Cussy. Dès le carrefour de Montcimet, elle quittait cette limite et traversait la forêt d'Anost. On la retrouve à la Croix du Porrain, en limite de commune, et elle se dirige ensuite vers l'Huis Prunelle, la Chaise, le Gutteleau, etc. Entre Montcimet et la Croix du Porrain, l'itinéraire retenu par Laureau de Thory et Roidot est celui d'un magnifique chemin creux, large et solide, bordé de souches multi-centenaires, passant au hameau des Miens et se dirigeant ensuite à travers les « Prés de Cure» vers la limite de la commune au-delà de laquelle il oblique davantage en direction de l'ouest jusqu'à la Croix du Porrain. De Montcimet jusqu'au-delà des Miens (c'est-à-dire jusqu'au sommet proche de la cote 710) l'ancienneté de ce chemin est incontestable. Plusieurs traces de pavage en nucleus attestent une origine probablement romaine. Plus au Nord, à travers les « Prés de Cure», le terrain marécageux, sillonné de nombreux ruisseaux n'a conservé aucune trace ancienne. Un sondage effectué durant l'été 1978, à l'initiative du Docteur Olivier, a permis de mettre au jour une voie romaine à 250 mètres au nord du hameau des Miens, au sud du « Montagnon-Dessus ». Les traces visibles au sol, de part et d'autre de ce sondage, permettent de déceler un tracé différent du tracé communément admis jusqu'alors et parallèle à celui-ci, mais plus à l'Est : au nord-ouest de Montcimet, au lieu d'emprunter le chemin creux, on utilise sur 500 mètres le chemin balisé se dirigeant vers la Croix de Chèvre, puis on oblique davantage vers l'Ouest, suivant un chemin en rupture de pente (au pied des Roppes où se trouvaient l'une des potences des anciens seigneurs de Roussillon). On passe vers l'ancien hameau des Vernays-du-Lard et on recoupe le premier tracé vers le point 710. On peut ensuite supposer, avec beaucoup de vraisemblance, que notre route, au lieu de se perdre dans les marais des Prés de Cure, se dirigeait vers la source de la Cure, et obliquait alors vers le Nord pour rejoindre la Croix du Parrain, en passant au pied d'un lieudit « Le Petit-Fort », dont le nom évoque peut-être un point défensif de protection de la route.
    Ce second itinéraire élimine-t-il obligatoirement le premier ? Ce n'est pas certain. Il est très possible que les deux passages aient successivement existé, au cours des 450 ans d'empire romain, l'un ayant pu être préféré à l'autre soit pour des raisons de défense ; soit pour des raisons de commodité.
    Deux autres voies de communication anciennes traversaient Anost. L'une, bien connue par la tradition sous le nom de « chemin des Patrons » est donné comme ancienne voie celtique reliant Bibracte à Alésia. (A l'ancien cadastre, elle figure sous le nom de «chemin tendant de Château-Chinon à Saulieu.) Elle traverse notre commune du nord-est au sud-ouest depuis la « Croix-de-Chèvre » jusqu'à la Foretelle. Elle suit la ligne de partage des eaux, coupe la voie romaine d'Autun à Lormes au nord-ouest des Miens, près du point 710, coupe le C.D. 2 et prend ensuite le nom de« route forestière des Patrons ». Elle se dirige ensuite vers l'ancien étang du Touron et Arleuf. Cette route est certainement très antique. L'ancien étang du Touron a probablement été édifié à l'époque gallo-romaine pour amener les eaux allant normalement à l'Yonne vers le bassin d'Autun. Nous doutons cependant qu'il s'agisse du chemin joignant Alésia à Bibracte, tout au moins entre cette dernière cité et Anost. Un itinéraire plus court, plus pratique, attesté par une suite de chemins jalonnés de repères (croix, anciens mégalithes, fontaines sacrées ... ) suit, depuis la Croix-de-Chèvre, la limite des communes d'Anost et Cussy, traverse aux Roppes la voie romaine d'Autun à Lormes, passe aux Bigeards, à la Pierre-en-Eau, l'Ile d'Elbe, Corterin, le Vusin, les Chevreaux, Sanceray, Velée, le Chézet (et ensuite Fontaine-Saint-Jean, l'ancienne route de Roussillon à Saint-Prix, Fontaine-Saint-Martin, la Croisette, Crot-Morin, Saint-Prix, puis soit Argentolle, l'Echenault, Bibracte, soit la Boutière-Bibracte.)
    L'autre ancienne grande voie de communication traversant Anost est celle des pèlerinages de Notre Dame de Faubouloin. Peut-être celtique (Faubouloin est au pied du site de Verdun), certainement gallo-romaine dans une bonne partie de son parcours, elle fut utilisée couramment du Moyen Age au XIXe siècle. Elle se détache de la voie romaine d'Autun à Lormes au pied de la motte des anciens seigneurs de Roussillon et se dirige vers l'Ouest dans la vallée de la rivière d'Anost, au nord de la route actuelle, passant par l'ancien moulin de Roussillon. Aux Chevannes, elle oblique vers le Nord, passe à la Bussière, contourne Dront et la montagne des Bordes par le Nord.
    En ce lieu, elle était bordée de constructions gallo-romaines dont on retrouve les vestiges dans
les nombreux pierriers qui subsistent.
Au point 559, où elle croise un autre chemin, une croix a été édifiée et un tilleul planté (sans doute
un «Sully») dit «Orme de Brevoigne ». Notre voie se dirige ensuite sur la Genette, Anost, Joux, traverse la forêt d'Anost et va à peu près en droite ligne sur Faubouloin.
    Au sud de· la commune, dom~ant la vallée de Vaumignon, la montagne des Bordes présente les
apparences d'un sommet fortifié. Entourée de débris de murailles d'enceintes, dit Bulliot, elle a tout
à fait l'aspect d'une forteresse gauloise. Son sommet est un observatoire remarquable. La vue porte jusqu'à Autun. De là on découvre presque tous les hameaux d'Anost, toutes les hauteurs et les lignes de crêtes qui séparent Anost de Sommant, de Roussillon, d'Arleuf, de Gien-sur-Cure.
    A l'époque gallo-romaine, ce sommet, ou tout au moins ses pentes, était habité. Nous avons vu
que le très ancien chemin de Faubouloin était bordé de constructions. On découvre encore des fragments de tuiles à rebord dans les broussailles. En ces lieux Monsieur Febvre, habitant au Mont, a découvert en 1978 un Mercure de bronze, près d'un mur gallo-romain. Les constructions de même époque étaient également nombreuses sur les pentes sud de la montagne des Bordes. On note, à la fin du XIXe siècle, des découvertes de substructions antiques, notamment un puits, un mur d'une centaine de mètres, des débris de poteries, clefs, objets divers, au Champ de la Miotte (Section E feuille 2 p. 724-725) dans la Chaintre à Bonnot (p. 713-714-715) au Champ de la Dame. Roidot indique (dans son rapport sur une excursion archéologique à Anost) que le « Bochon de la Nouzelle », petit bois proche la Chaintre à Bonnot, occupe un emplacement autrefois couvert de ruines dont les matériaux ont servi à construire les maisons actuelles de Dront et du Mont. On ne voit plus trace actuellement de ces ruines. Par contre, les énormes quartiers de roche qui existent dans ce « Bochon de la Nouzelle » ont été exploités comme carrières de pierres à bâtir et c'est là qu'en 1896, un habitant du Mont, Monsieur Jean Lagoutte (oncle de M. Louis Febvre cité plus haut), occupé à chasser les vipères, découvrit dans un creux de rocher (parcelle 722, vers l'angle de la 668) : quatre statuettes de bronze, deux Victoires et deux Mercure, deux petits vases votifs et cinq médailles de grand module. Tous ces objets décrits et photographiés (M.S.E. XXVII, p. 373 et ss.) ont été remis à la Société Eduenne. Les monnaies appartenaient à Marc Aurèle et à Commode. Le trésor aurait donc été caché à la fin du second siècle, pour une raison bien sûr indéterminable, car l’époque était particulièrement calme et exempte d'invasions, du moins en Gaule.
    La Pierre des Bordes (au sommet de la Montagne des Bordes aujourd'hui surmontée d'une croix)
était, comme son nom l'indique, le lieu où l'on se rassemblait autrefois, au premier dimanche de Carême, pour les feux de bordes. On brûlait alors toutes les tailles faites en automne et en hiver et c'était l'occasion d'une fête sans doute d'origine païenne, correspondant à l'équinoxe de printemps.
    Entre l'époque gallo-romaine et le Moyen Age, il n'existe qu'un seul témoin de la présence humaine
à Anost : un sarcophage de grès, découvert le 24 février 1979, à soixante mètres de l'église, (section AE no 128) sépulture inviolée, orientée est-ouest, d'un adulte inhumé sans le moindre mobilier funéraire. De très belle facture, ce sarcophage, sinon son occupant, est d'époque mérovingienne (VIe-VIIIe siècle). Il est maintenant déposé en l'église d'Anost. Au même niveau, deux autres sépultures, sous caisson de pierres, ont été décelées, mais n'ont pu être fouillées, parce que situées sur une propriété voisine.
    Il semble que d'autres sarcophages aient été découverts autrefois sur le territoire de la commune
d'Anost. Aux dires d'un témoin, il s'en trouvait plusieurs au rez-de-chaussée du clocher de l'église, lorsque celui-ci a été refait en 1932. Ils ont disparu depuis.
    Dès le Moyen Age, le sort d'Anost est lié à celui des sires de Roussillon. Les ruines de l'antique
forteresse féodale s'élèvent encore à quatre kilomètres au sud du bourg- près de la Petite-Verrière sur
une butte dominant le confluent des ruisseaux d'Anost et de Cussy. (Sur le versant sud de cette
butte, une roche porte le nom de « Pierre de la Dame » ou « Pierre de la Vigne ».) Entouré sur trois
faces de profondes vallées, le château n'était accessible que du côté nord ; une large tranchée avait été creusée, elle existe toujours. Courtépée prétend que la forteresse communiquait avec la rivière au moyen d'un souterrain permettant le passage des hommes et des chevaux... Dom Plancher affirme qu'elle fut ruinée en 1412 par les Armagnacs ; mais il est possible que sa ruine remonte plus avant, car le terrier fait cinquante-six ans plus tard (1468) mentionne qu'il n'en reste que quelques ruines au milieu des bois. A l'heure actuelle, soit cinq cents ans après, ces ruines sont toujours bien visibles. La construction devait être si imposante qu'on distingue parfaitement l'emplacement du pont-levis, les fossés, les murs d'enceinte, l'énorme donjon et quatre tours de défense dont les bases s'élèvent de plusieurs mètres sur le sol de la terrasse supérieure. La cour intérieure du château devait mesurer environ 50 mètres sur 25 mètres. L'ensemble est encore très impressionnant et mériterait d'être sauvegardé.
    La terre de Roussillon, où se trouve Anost, appartenait, dès les temps les plus reculés, à une noble
famille de ce nom. Au XIe siècle, un Girard de Roussillon en était possesseur (peut-être celui dont on
voit le gisant dans l'église). La seigneurie de Roussillon, avec justice haute, moyenne et basse avait le
titre de chatellenie et comprenait les trois paroisses d'Anost, de Blain (aujourd'hui Roussillon proprement dit) et de Cussy.
    A Anost même, tous les fiefs relevaient de la baronnie de Roussillon, à l'exception de Vaumignon,
Velée, Sanceray et Dront (qui appartenaient à l'abbaye de Saint-Martin) et de Bussy, qui était du ressort de Château-Chinon. Ces fiefs étaient le bourg, le Meix, Molleraye, la Ferrière, le Mont, les Chevannes, la Bussière, Athée (ou Athez), Corcelles, le Creux, les Billons, la Chaume, Montcimet, Vernays du Lard, Estrée.
    Tous les habitants de la baronnie, d'abord serfs et mainmortables, furent affranchis, ceux d'Anost
entre autres, en 1554, et déclarés francs bourgeois comme ceux d'Autun. Le seigneur avait le droit
d'élever des signes patibulaires à quatre piliers, avec un faîte, pour la punition des criminels, partout
où il lui plairait. Le terrier de 1628 porte qu'il y en avait deux dans l'étendue de la chatellenie : l'un au
« Haut du Mont » (c'était à la Pierre des Bordes où la tradition conserve le souvenir d'un lieu de supplice), auquel fut étranglé puis pendu, en 1558, le dénommé Burot-Billon, et l'autre au lieudit « Es
Roppes », au finage de Montcimet.
    L'église d'Anost, dans sa partie la plus ancienne, remonte au début du XIIe siècle. Le choeur, flanqué du clocher, est voûté à anse de panier et terminé en abside. La nef, reconstruite au XVIIe siècle, a été allongée et agrandie de deux bas-côtés en 1851 par l'architecte Roidot. L'autel de la Vierge était en tête de la nef, côté épître, celui de saint Blaise faisait le pendant. (Saint Blaise et saint Cassien étaient en grande vénération à Anost. Nous avons indiqué que le 3 février, fête de saint Blaise, était la fête patronale à Anost.) Il y avait dans la nef un caveau dont l'ouverture se trouvait vis-à-vis la grande porte du collatéral sud. Sans doute. servit-il à l'inhumation de seigneurs du lieu. On dut en crever la voûte, lors du dallage de l'église, en 1853. Le clocher est appuyé au choeur du côté du midi. Les murs sont d'une épaisseur étonnante. Il serait bien possible que ce soit le reste d'un édifice beaucoup plus ancien que l'église. Lors de travaux en 1853, on dut fouiller l'intérieur de ce clocher pour recarreler, et on y trouva un débris de colonne de pierre blanche avec son chapiteau (notes manuscrites de M. Doret). En 1932, la partie haute, couverte d'essaules, fut abattue et remplacée par le clocher actuel.
    La grosse cloche de l'église, Simone-Pauline, six cents kilos, a été baptisée le 6 novembre 1832.
(annuaire dép. de S.-et-L., 1862).
    On voyait autrefois, dans la chapelle de la sainte Vierge, deux gisants. Mutilés durant la Révolution,
les statues demeurèrent longtemps sur l'ancien cimetière. C'est le curé Houdaille qui les fit encastrer dans le mur du fond de l'église lors des travaux de 1851. La mieux conservée représente un chevalier armé. Une vieille tradition le nomme « Girard ,de Roussillon ». Il fut sans doute le fondateur ou le bienfaiteur de l'église. L'autre, beaucoup plus fruste, porte l'image d'une femme.
    Il y avait autrefois, placée sur le rétable de l'autel, une statue de la Vierge fort célèbre. Cette statut
s'ouvrait comme un tryptique, formant deux panneaux peints à l'intérieur, et représentant l'Annonciation. En raison de la vétusté de cette statue, Monsieur Morin, vicaire d'Anost au début du XIXe siècle, voulut la remplacer par une Vierge plus moderne. Il organisa une quête, et, pendant la nuit, mit une nouvelle statue à la place de l'ancienne qu'il cacha soigneusement dans un grenier. Le lendemain, grand émoi dans le pays. A cette époque les antiquaires n'étaient pas seuls à prêter attention aux vieux saints des églises. Le curé Guillon, qui ignorait tout des agissements de son vicaire, se fâcha et voulut savoir ce qu'était devenue la vieille madone, mais ses efforts furent vains. Longtemps après, par hasard, la statue fut découverte. A cette nouvelle, une procession s'organisa, la statue vénérée fut placée sur un brancard et portée triomphalement à l'église. Monsieur Guillon, dans son sermon, ne manqua pas de parler avec force contre « le jeune clergé, si peu respectueux pour les vieux saints et pour les vieux prêtres ! ». Son successeur, Monsieur Houdaille, dut faire des réparations à l'église et saisit cette occasion, en 1850, pour faire disparaître, à son tour, la vieille statue qu'il cacha sous le maître-autel. Quelque temps après, Monsieur Corneloup, son nouveau vicaire, la découvrit par hasard. Il en fut émerveillé et s'empressa d'annoncer la nouvelle à son curé. « Malheureux, ne dites rien à personne, si les bonnes femmes l'apprenaient, je ne peux prévoir ce qui arriverait ». Le silence fut gardé, la statue déposée à nouveau au presbytère. (Notes Lacreuze. M.S.E. XXV p. 385). Elle est maintenant au musée Rolin. Débarrassée de plusieurs couches de peinture superposées qui la défiguraient, elle laisse apparaître une couverture originelle argentée à la feuille.
    La madone d'Anost a beaucoup de rapports avec celle qui fut vénérée pendant des siècles à
l'église de Reclesne par les femmes enceintes. Il existe peut-être un lien lointain entre le culte de cette madone et celui des déesses-mères de l'antiquité. La tradition prétend qu'elles étaient quatre cousines, à Anost, la Petite-Verrière, Faubouloin (près de Lavault dans la Nièvre) et Reclesne. Une autre tradition cite d'ailleurs celle de Reclesne comme faisant partie de la famille des dames de la Certenue. Quelquefois elles ne sont que trois, et entrent en ligne les dames de Maison Dru et de la Comelle.
    Ce qui est certain c'est qu'autrefois, en temps de calamité, les paroissiens d'Anost se rendaient
en pèlerinage à Faubouloin et à La Petite-Verrière.
    Une coutume religieuse, propre à Anost, consistait à venir déposer un sou, le jour des morts, dans
l'un des plateaux qui se trouvaient à la tête et aux pieds du catafalque, qu'on appelait la « représentation ». Il était aussi d'usage, jusqu'à la fin du XIX" siècle, qu'à l'occasion d'un enterrement, d'un service de quarantaine et du bout de l'an, la plus proche parente du défunt vint à l'offrande une serviette sur le bras gauche, tenant de la main gauche un pain long et de la droite une bouteille de vin. Le pain et le vin étaient remis au curé. Pour les enterrements, outre le pain et le vin, on donnait de menues pièces de monnaie. Les parents du défunt les fournissaient eux-mêmes aux assistants ; la veille de la cérémonie, ils se présentaient chez le curé qui, moyennant quelques francs, leur prêtait une quantité de mauvaises pièces, lesquelles reparaissaient à chaque service funèbre. Quelquefois, le bedeau passait directement aux assistants une corbeille remplie de pièces où chacun puisait pour aller à l'offrande. (Notes manuscrites de l'abbé Lacreuze). Que penser d'une telle coutume ? Je suis porté à croire qu'elle reflète davantage la pauvreté des fidèles que leur avarice, mais aussi la valeur donnée au geste qui est supérieur à l'intention qu'il exprime. En cela, c'est bien une survivance du paganisme.
    Au nord du bourg d'Anost, existait autrefois un hameau appelé le Meix, C'est là que Jacques
de Chaugy, baron d'Anost en 1575, fit bâtir son château, armé de quatre tours et ceint de fossés. Il n'en reste rien, mais le lieu se nomme toujours « le Château », Les parcelles voisines se nomment « les Fossés » et « la Tour ».
    La Molleraye était un fief minuscule qui, en 1621, ne comportait qu'une maison de deux chambres
et quelques terres.
    La Ferrière dans la vallée de la rivière d'Anost, au pied de l'ancien château-fort des sires de Roussillon, était, au XIIe siècle, un domaine de l'abbaye de Saint-Symphorien et des seigneurs de Glenne. On le trouve nommé dans une charte de 866 (Cartulaire de Saint-Symphorien). Il tire sans doute son nom d'anciennes forges qui ont dû y être installées dans des temps très lointains. Le château appartient à Madame Boyer, fille du Général Boyer.
    Le fief voisin du Mont était bâti probablement sur l'emplacement d'une villa gallo-romaine. C'est
là, nous l'avons vu, qu'a été découvert le petit trésor d'un oratoire païen en 1896.
    Le domaine des Chevannes appartenait au seigneur de Roussillon. Il y possédait un moulin banal.
C'est là que se trouvait la papeterie  « considérable » vue par Courtépée. Elle existait déjà en 1653. 
Elle a été rachetée au début du XIXe siècle par M. Rodary qui en a transporté les machines à Monthelon. Une chapelle devait exister aux Chevannes. Une terre s'y nomme encore « Sur la chapelle ».
    La Bussière a donné son nom à une ancienne famille. (Un Perrault de la Bussière participait au
siège de Château-Chinon en 1412). Tous ces fiefs : la Ferrière, le Mont, les Chevannes et la Bussière
étaient voisins.
    Athez, Athey ou Athée, à la jonction de plusieurs vallées, est un village très ancien. Il est déjà cité
sur un diplôme de Charles le Chauve en 875, sous le nom d'Ateias. Son nom vient peut-être (selon
Dauzat) du celtique Attegia, petit édicule, qui ailleurs a donné Athis. (A noter qu'en 1475, Athez est
nommé Autels). Il appartenait à Jean et Isabeau de Roussillon en 1271. Le prieur de Saint Symphorien y possédait trois meix.
    Corcelles, dit aussi Corcelles-les-Arts (Corcelles-les-Arts est également une commune de Côte-d'Or, près de Beaune. N'y aurait-il pas confusion dans le fait de n'avoir également désigné notre hameau d'Anost du même déterminatif ?), s'appelait autrefois Verpilliers (ce qui veut dire renard) et a eu des seigneurs qui portaient ce nom. Corcelles est situé à peine à un kilomètre d'Athez, un peu plus haut dans la même vallée. (Il est possible que le nom de Corcelles soit celui du terroir et que le nom de Verpilliers soit celui d'une ancienne motte seigneuriale). Les deux petits hameaux voisins des Pignots et des Girards sont d'origine plus récente, et doivent leur nom à des familles de Corcelles qui les ont édifiées. Corcelles a donné son nom à une grande famille de cultivateurs, connue dès le XVIe siècle, et qui est restée sur place jusqu'au XIXe siècle. De Corcelles sont également sortis. outre les nombreux Girard et les Pignot (qui furent une grande famille autunoise) les Devissuzaine, les Thazard, les Brochot ... bien connus dans la région autunoise.
    Le Creux est situé dans la vallée d'un ruisseau descendant de Montcimet. Il y avait une justice au
Creux en 1617. Cette justice appartenait sans doute à l'abbaye de Saint-Martin.
    Les Billons un peu en-dessous du Creux, sur la voie gallo-romaine et à la limite de Cussy, s'appelaient autrefois « Le Perron ». En 1654, Jean et Pierre Billon habitaient le Perron (On a vu qu'un
dénommé Billon s'était fait pendre, en 1558, au gibet du Haut du Mont).
    La Chaume, un peu plus bas que les Billons, est située partie sur Anost et partie sur Cussy. C'est
le berceau d'une famille Digoy qui, avant la Révolution, donna de nombreux membres à la magistrature et au clergé.
    Comme les précédents, le village de Montcimet se situe à la limite de Cussy et d'Anost, et pour
partie sur chacune de ces communes, mais plus au nord, sur une hauteur et à un carrefour de chemins avec l'ancienne voie gallo-romaine. (Le chemin, croisant à Montcimet la voie romaine d'Autun à Orléans, se dirige en direction de l'est-nord-est, et presque en droite ligne sur Cussy, Ruisselle, Chissey, Savilly, Suze, Blangey, Arnay-le-Duc. Nous avons vu qu'à quelques centaines de mètres à l'ouest de Montcimet une autre voie antique croisait la même route romaine se dirigeant sur le Croix de Chèvre, Moux, Alligny, Saint-Martin-de-la-Mer, Baroiller où elle porte le nom de « Chemin des Morvandiaux » et plus lointainement sur Alésia. Ces deux chemins se rejoignaient pour n'en former qu'un seul en direction du Sud-Ouest, vers Anost, Velée, le Chezet, Saint-Prix, la Boutière et Bibracte.)
    Selon Ladone, Montcimet tirerait son nom de Semelé, mère de Bacchus, supposition gratuite. Le
fief était tout entier de la baronnie de Roussillon, mais au point de vue religieux, alternatif des paroisses de Cussy et d'Anost. Dans la partie de Cussy s'élève une chapelle, placée sous le vocable de
Saint Sébastien. Elle a été remise en état par Jean Clerc, en 1847. Elle porte encore sur son mur un
cadran solaire. Autrefois, cette chapelle servit de cinquième clocher pour l'érection de la baronnie
de Roussillon en comté. La partie de Montcimet située sur Cussy a été entièrement détruite par un
incendie en août 1828. Les flammes n'ont épargné que la chapelle et la maison située la plus à l'est
qui étaient couvertes de tuiles.
    L'ancienne voie romaine était utilisée jusqu'au siècle dernier. Elle n'a été abandonnée qu'en 1843,
époque où a été percée une route passant par le bourg d'Anost. Cela explique à la fois l'importance
passée de Montcimet et l'insignifiance du bourg d'Anost dont on a vu qu'à la veille de la Révolution,
il ne comptait que sept maisons (dont l'église et la Cure). Finalement, on voit que l'église d'Anost
n'avait pas été édifiée dans un village, mais en un point central pour desservir une trentaine de hameaux.
    Une famille porta le nom de Montcimet : en 1379, Philippe-le-Bon, duc de Bourgogne, alors seigneur de Roussillon, chatellenie ducale, accordait à Philibert de Montcimet des lettres patentes par
lesquelles il le reconnaissait, lui et ses descendants, « comme ses premiers hommes, sujets et justiciables », moyennant quoi, ses grains devaient être moulus sans délai dans les moulins de la seigneurie, et ses causes jugées en priorité. Ces faveurs furent confirmées à plusieurs reprises aux sires de Montcimet, en 1472, par Michel de Chaugy, en 1609 par Guy de Chaugy. Sortit encore de Montcimet une famille Gaudry qui fut anoblie par Philippe-le-Bon en 1474. Les Gaudry furent notaires à Montcimet jusqu'en 1625, puis s'installèrent à Autun. (Le dernier Gaudry de cette famille avait été page de Louis XVI et mourut seigneur d'Esnot, près Sommant, en 1855).
    Les Vernays-du-Lard : c'était le nom d'un petit hameau, entre Montcimet et Les Miens, dont il
ne restait qu'une grange à la fin du XIXe siècle.
    Estrée qui tire son nom de strata, est un écart de Montcimet. C'était autrefois un meix très important, mais qui n'a jamais compris que deux maisons. Au XVIIe siècle, il appartenait aux Gaudry de Montcimet. (Selon la carte de Cassini, il semblerait correspondre aux Gilets, écart des Billons).
    Les autres hameaux d'Anost dépendant de la seigneurie de Roussillon étaient : 
    Les Bigeards, autrefois Collonge-les-Bigeards, entre Montcimet et Anost et qui tient son nom de ses anciens habitants, au XVIIe siècle.
    Varin, où les seigneurs d'Anost avaient un domaine.
    Joux, où selon la légende, il y eut dans l'antiquité un autel consacré à Jupiter. La grande vallée
du ruisseau de La Petite-Verrière qui commence aux Chaumes Froides, au sortir de la Celle, et qui se
termine à Joux, s'appelait autrefois Valjoux. C'était du moins le nom qu'elle portait jusqu'au village de
Vaulchose (aujourd'hui Vauchange, commune de La Petite-Verrière), dénommée anciennement Vaulcho, venant peut-être de Val Jovis. Cependant, il est plus prudent de chercher l'origine de Joux, nom de lieu très répandu en France, dans un terme celtique : juris, signifiant lieu boisé.
    Lavault-de-Joux, tout à côté de l'est de Joux constituait un petit fief avec maison, fontaine, ruisseau et pêcherie, tenu en franc-alleu jusqu'au XVe siècle par une famille Laval ou Lavault.
    Le Vusin.
    Champ de Molin, dans le finage de Vusin.
    Les Bonnards.
    Valterne, où se trouvait l'un des quatre moulins banaux de la chatellenie de Roussillon, vendu
par Hugues de Chaugy à Jacques, son frère, en 1578.
    Bussy, peut-être le Buxido d'une charte par laquelle l'évêque Ansbert fait certaines donations à
l'église d'Autun, en 696, suivant le cartulaire de Saint-Symphorien, tire son nom de buxetum, le buis. C'est l'agglomération la plus anciennement nommée, et peut-être, au VIIe siècle, la seule importante du "pagus Augustodunensis" dans la région d'Anost.
    Au début du Moyen Age, Bussy formait un fief avec justice haute, moyenne et basse, mouvant en
partie du comté de Château-Chinon. Ses habitants étaient serfs, de serve condition, et mainmortables. A l'entrée du village, du côté d'Anost, se trouvait le manoir seigneurial, depuis longtemps détruit. Sur son emplacement auraient été recueillis, vers 1860, quelques objets antiques, notamment des statuettes de bronze (le propriétaire étant, à l'époque, Monsieur Emiland Basdevant). Il existait encore, à la fin du XIXe siècle, dans la clôture du champ contenant l'emplacement du château, des troncs d'ormes contemporains de ce manoir. Aubert de Clugny était seigneur de Bussy au XVIe siècle. Il vendit son fief à Jean de Ganay, seigneur de Velée, dont un descendant le céda à son tour à Guy de Chaugy, lequel unit alors Bussy à la baronnie de Roussillon.
    On a vu que quelques autres fiefs d'Anost relevaient de l'abbaye de Saint-Martin. C'étaient :
    Vaumignon, qui doit sans doute son nom à sa situation agréable. Il y eut autrefois une maison
forte à Vaumignon. Elle ne disparut qu'au XVIIIe siècle et l'on en voyait encore les traces au XIXe,
(annuaire départemental de 1843) dans un pré situé à droite de la route allant de Vaumignon à Anost. Au XVIe siècle, Vaumignon fut vendu par l'abbaye de Saint-Martin, ainsi que Velée, Sanceray et Dront à Jean de Ganay. Il y avait à Vaumignon, sans doute sous la chaussée d'un étang (aujourd'hui asséché) un moulin et un foulon qui furent remplacés, en 1626, par un battoir à écorces, lequel appartenait à Jean Garnier, de Dront, greffier d'Anost. A la fin du XVIIe siècle, Jean de Chaugy avait amodié sa terre d'Anost à Charles Ballivet, de Vaumignon. (A la même époque, Claude Ballivet était notaire à Anost, Philibert Ballivet était curé d'Anost et son jeune frère, vicaire !).
    Dront appartenait en toute justice à l'Abbé de Saint-Martin. Il y avait très anciennement à Anost
un fief qui s'appelait Dronot ou Drovot. C'était sans doute Dront. 
    Sanceray ; autrefois Chanceray, dans la vallée au sud d'Anost, avait jadis un grand étang. (En
1420, le duc de Bourgogne cédait cet étang à Girard du Mont).
    Velée est situé dans une étroite vallée où coule le ruisseau de Corcelles pour venir rejoindre celui
d'Anost. En cet endroit se croisait avec le chemin du fond de la vallée joignant Vaumignon à Corcelles,un autre chemin venant directement de Montcimet et Anost et remontant au sud une étroite
gorge jusqu'au hameau de Chezet. Ce chemin creux, bordé par endroits d'énormes souches, paraît
très ancien. La terre de Velée était une seigneurie en toute justice tenue par Huguenin de Clugny en
1468. Vaumignon, Dront, Sanceray et Velée étaient acquis en 1507 par Jean de Ganay, écuyer, seigneur d'Eschamps, de Lespanneau et procureur au baillage d'Autun. Il se montra fervent catholique dans les troubles de la Réforme. La famille de Ganay vendit toutes ses possessions d'Anost, vers 1653, à la maison de Chaulgy. Velée possède une chapelle fondée au XIe ou XIIe siècle. La clef de voûte de ce petit édifice porte les armes du chapitre de la cathédrale d'Autun, ce qui donne à croire que ce fief a sans doute appartenu autrefois aux chanoines. Elle a été réparée en 1853 par M. Détivaux, curé d'Anost. On y voit un Christ du XIIIe siècle provenant de l'église d'Anost. Les fresques du XXe sont de dom Angelico Surchamp, de l'abbaye de la Pierre-qui-Vire. Cette chapelle est placée sous le vocable de sainte Claire tout comme la fontaine voisine qui avait autrefois une grande renommée. Jusqu'en 1850, des pèlerinages y avaient lieu le 1er mai et le premier dimanche de mai. On apportait des oeufs à la fontaine dont l'eau guérissait les affections de la vue. On raconte aussi que les femmes de Roussillon venaient y demander de bonnes couches. Une messe était dite à la chapelle voisine le deuxième jour des Rogations.

    L'histoire d'Anost sous l'Ancien Régime est très calme. Prenons comme témoignage le procès verbal de la visite des feux de Velée et Anost en 1645 :
« ... nous sommes descendus à Velée, d'où dépendent les hameaux de Sancery, Bussy, Dron et
Vaumignon ; où estans, à notre mandement est venu Dimanche Léger et Guillaume Léger, collecteurs
des tailles dudict Velée ... et avons recogneu y avoir 42 habitants, compris huit vesves, desquels 14 sont laboureurs tenans charrues ... nous ont remonstré que ledict village n'avoit aucuns communaux et debvoit en corps de communauté neuf-vingt-dix livres. Oultre quoy, leur territoire avoit esté gelé et greslé pendant les trois années dernières. Ce qui a faict qu'ilz sont contraincts d'aller souvent à l'emprunt pour payer leurs cottes. Ils sont d'ailleurs mainmortables, sont conservez des gens de guerre à la considération de leur seigneur qui demeure audict village [Jacques de Ganay, officier, commandant de l'arrière-ban de la noblesse de l'Autunois]. Leurs maisons sont en assez bon état et, par le moyen de la grande quantité de prey qu'ilz ont, nourrissent force bétail. Dudict village de Velée, nous nous sommes rendus en celui d'Anoz, d'où dépendent les hameaux de Montcimet, Lixieux [?], Estrez, le Fourneau, le Mont, Corcelles, Bussy, Presben, Joux et Varin, appartenant au sieur de Roussillon ; y estent, suivant notre mandement, Hugues Moreau et Hugues Grasset, collecteurs des tailles ... etans venus à nous, leur avont ordonné, après le serment d'iceulx pris, de nous représenter les roolles d'icelles; ce qu'ayant fait, nous avons trouvé y avoir 62 habitants imposés et desquels 43 sont laboureurs tenans charrues, mais la plus grande part de deux boeufs, desquels ils labourent par l'assistance qu'ils se donnent les uns les autres, lorsqu'il fault donner aux terres le premier coup ; de quoy nous avons esté asseurés par la visitte que nous avons faict, de pot en pot, en toutes les maisons dudict Anoz et en la plus grande part de celles des hameaux et dépendans ... lesdicts eschevins nous ont représenté que la gelée qu'il avait faite l'an passé avoit estrêmement endommagé les bleds ... outre quoy, une compagnie de chevaus légers du régiment de Gassion qui y avait passé, avoit porté dommage audict village en valeur de plus de 600 livres. Ils doibvent d'ailleurs 800 livres à madame Lallement, d'Ostun, n'ont aucuns communaux et sont en franche condition. Audict lieu, avons eu plainte par les habitants que Vincent de Vissuzène, natif dudict lieu, y résidant, marchand et ayant près de six à sept cens livres de rente ne vouloit payer aucune taille, soubz un prétexte contraire qu'il aporte, de ce qu'il a faict donation entre ses enfants de tous ses biens, et néanmoins il en jouy ... au subject de quoy, il a procès avec lesdicts habitans ... » Comme on le voit, il n'y avait pas, à cette époque, de fonctionnaires percepteurs agissant en vertu de lois précises. La communauté était imposée globalement pour une certaine somme, et deux ou trois habitants, désignés sous le nom de collecteurs de tailles, étaient chargés de récupérer l'imposition sur leurs concitoyens. Moyennant quoi, les plus puissants ou les plus redoutables, c'est-à-dire les plus riches, se dispensaient de verser leur part. Aussi, lors d'une visite comme celle-ci ayant pour but d'établir la part d'imposition de chaque village, les notables font valoir tout ce qu'ils peuvent afin qu'elle soit réduite au maximum : gelées, grêle, inondations, passage de gens de guerre, lesquels vivaient sur le pays et constituaient pour celui-ci une véritable calamité. Si la totalité de la somme n'était pas réunie, il fallait alors emprunter, et l'on trouvait toujours de bons bourgeois autunois pour ce faire, à condition toutefois que les paysans soient de condition franche, c'est-à-dire libres de disposer de leurs biens. Ainsi, le bourgeois prêteur, hypothéquant les terres des cultivateurs, se retrouvait au bout de quelques années propriétaire de tout le village.

    En 1789, la Révolution vint mettre un peu d'animation dans la vie morne et assez misérable des
habitants d'Anost. Des siècles de privations patiemment endurées, de vies limitées pour la plupart à
l'horizon du champ et du clocher allaient faire éclater bien des rancunes, l'occasion se présentant.
    Les réclamations sont à l'origine très modestes. Voici ce que dit le cahier de revendications établi
pour les Etats Généraux par la communauté d'Anost : « La paroisse d'Anost est située dans un terrain
très ingrat. L'on y recueille que très peu de seigle, de la mauvaise avoine appelée pied de mouche,
du sarrazin et des pommes de terre. La récolte produit à peine de quoi nourrir les habitants six mois
de l'année. La moitié du terrain est en bois dont le seigneur s'est emparé, nous sommes en procès
avec lui depuis plus de vingt ans au grand conseil et nous ne pouvons avoir justice. Nous demandons
d'être conservés dans nos droits de chauffage, applatage, pacage et autres tels qu'ils sont portés dans
les terriers et titres particuliers. Et ont signé : Pauchard, Louis Duvernoy, François Bailliau, Jean Regniault, Jean Pitoy, E. Badevant, Jean Garnier, Desplantes, D. Blochet, André Baudequin, Jean Blaisot, Jean Bonnot, Simon Rousset, Charles Rateau, Billon, Barroin, Lazare Baliau, Chaussivert, notaire royal. » A titre d'exemple de droits dont les habitants entendaient se prévaloir, citons celui des habitants de Corcelles, lesquels, depuis 1468, avaient le droit de prendre librement du bois pour leur chauffage dans la forêt de Folin et d'y faire pacager leurs porcs.
    Mais la Révolution se réduisit rapidement - au niveau des communes rurales telles qu'Anost - à un
combat anticlérical dans lequel les paysans ne se sentaient pas engagés. Ils aimaient leur curé, et les
idées nouvelles, si bien accueillies au départ, devinrent vite suspectes, comme tout ce qui venait de la
ville. Le curé d'Anost, Michel Tézenas, prêta le serment à la République et mourut peu de temps après. Son successeur, M. Febvre, également assermenté, abjura toutes fonctions sacerdotales en 1794, ce qui ne l'empêcha point d'être arrêté comme suspect. Aussi, le missionnaire clandestin d'une Eglise qui n'était point celle du silence eut beau jeu de reprendre toutes ses ouailles en main. Il s'appelait M. Cyrot et assurait le service dans plusieurs paroisses voisines, vivant caché chez les habitants qui l'accueillaient.
    Aux dires des autorités, deux autres prêtres catholiques semaient ouvertement le désordre en 1796, dans les cantons de Saint-Prix et de Roussillon. « Le nommé Mathey, se faisant appeler Millien, après avoir rétracté les serments qu'il avait faits aux lois de l'Etat, s'est présenté dans la commune d'Anost, canton de Roussillon, et s'en dit le pasteur, propose à ceux qu'il appelle ses ouailles des rétractations, en a déjà obtenu et en donne connaissance publiquement en invitant tous les sectaires à en faire autant. Il célèbre la messe au son des cloches dans l'église sans avoir fait aucune soumission aux lois de la République, prêche ouvertement contre l'état actuel des choses. Le nommé Fauconnet, aussi prêtre, et se faisant appeler Ferdinand, après avoir avec plusieurs autres réfractaires séjourné en la commune d'Anost, s'est retiré en la commune de Saint-Léger-sous-Beuvray où il prêche la même morale que Mathey à Anost. » 
    Ailleurs, un commissaire du Directoire exécutif du canton dit : « Les prêtres réfractaires sont
soutenus par les principaux habitants qui les recèlent. Toutes les recherches faites jusqu'à présent
ont été infructueuses; ils ont presque autant d'asiles qu'il y a de maisons. On crie : au loup ! sur les
fonctionnaires (cri de ralliement de l'armée de Charette). Le fanatisme relève une tête altière. Le peuple n'écoute plus la voix des autorités constituées : la contre-révolution et la désobéissance sont les armes dont se servent les ennemis de la patrie pour tromper la crédulité des âmes faibles ... » (Ladame, M.S.E. LI, p. 23 et ss.).
    Pendant la période de paix du XIXe siècle, époque où la prospérité d'Anost fut la plus grande
depuis l'époque gallo-romaine, on comptait sur les 5 191 ha de la commune, 2 233 ha de forêts, 2 172 ha de terre cultivée, 660 ha de prés, 14 ha seulement de friches. En ce qui concerne les animaux, il n'y avait que 32 chevaux (4 mulets et 19 ânes), mais 1586 bovins, 2 706 moutons, 763 porcs (un pour 5 habitants), 272 chèvres et 306 ruches (annuaire de 1869).
    Deux cents hommes exerçaient la profession de galvachers qui consistait à conduire, pendant toute
une saison, leur attelage de boeufs parfois jusqu'à l'autre extrémité de la France. Ils étaient les transporteurs routiers de leur époque et pratiquaient leur métier au sein d'une véritable corporation dont les méthodes sont demeurées inchangées sans doute depuis l'époque celtique jusqu'à l'invention du chemin de fer.
    Les femmes, quant à elles, se consacraient très souvent à la profession de nourrice qu'elles exerçaient à Paris. C'était, pour les familles pauvres, un moyen honorable de gagner rapidement assez d'argent. Les nourrices morvandelles étaient réputées pour leur bonne santé et la qualité de leur lait.  Lorsqu'un enfant naissait, on le confiait à la grand-mère. C'était au détriment de la santé de cet enfant, nourri au lait de vache, devenant plus sensible aux épidémies et aux maladies infantiles. Mais si la mère pouvait au cours de sa vie accomplir plusieurs stages de nourrice à Paris, elle permettait souvent à son ménage d'assurer les vieux jours par l'acquisition de la petite maison ou du commerce inaccessible par le seul travail au pays.
    A l'inverse, les familles morvandelles accueillaient fréquemment en leur sein des enfants confiés
par l'Assistance Publique de Paris. C'était, pour ces familles, une autre source de petits revenus, et pour les enfants, quelquefois, la chance de trouver une véritable famille adoptive.

    Entre 1940 et 1944, Anost se distingue particulièrement dans la résistance à l'occupant allemand.
Il faut dire que la situation exceptionnelle de la commune aux portes du Morvan et de l'Autunois, et
les forêts épaisses qui l'entourent convenaient parfaitement à l'établissement de groupe de partisans
qui y trouvèrent à la fois des bases d'opérations proches des grandes routes de Nevers et de Paris,
et des refuges inexpugnables contre les actions de l'ennemi. Celui-ci chercha en vain à détruire les 
maquis et se vengea sur les populations civiles. Plusieurs jeunes gens furent fusillés, d'autres furent
déportés. Tous ne revinrent pas. Le secrétaire de mairie, infirme, mourut à Dachau. Au cours de ces
opérations, d'autres villages voisins furent détruits par le feu : Planchez, Montsauche ...

    En janvier 1968, l'un des plus célèbres enfants d'Anost décéda, âgé de 91 ans. Jules Basdevant était d'une famille depuis longtemps implantée dans le pays. (On trouve un notable de ce nom en 1789, sur les Cahiers de Doléances du Tiers-Etat, de la paroisse d'Anost). Membre de l'Académie des Sciences Morales et politiques, il fut nommé, en 1949, président de la Cour Internationale de Justice de La Haye.

© Roland Niaux, 1979 (Publication électronique : avril 2015)


BIBLIOGRAPHIE
C. LAVIROTTE. - Notice sur une des anciennes tombes de l'église d'Anost. M.S.E., 1844, p. 187.
Abbé LACREUZE. - Statue de la Vierge de l'église d'Anost. M.S.E. X, p. 514. Voir aussi M.S.E. XXV, 1
p. 384; M.S.E. LI, p. 147.
Abbé LACREUZE. - Notes manuscrites (propriété de M. Luas). ·
Y. REPOUX. - Substructions découvertes au champ de la Dame hameau de Mont. M.S.E. VI, p. 532.
J. ROIDOT.- Rapport sur une excursion archéologique à Dront près Anost. M.S.E. X, p. 199.
H. GRAILLOT. - Bronzes gallo-romains du Mont. M.S.E. XXVII, p. 373. Mercure Panthée trouvé à
Anost. Rev. Archéologique, t. 37, 1900, p. 220. Dessin : BSE «Art et Antiquité», no 52.
DUMAY. Etat militaire et féodal des baillages d'Autun ... en 1474 (quelques notes sur des seigneuries
d'Anost). M.S.E. XI, p. 146 à 149.
Pointe de lance (dernière époque du bronze) trouvée près d'Anost. M.S.E. XLVI, p. 409.
La Gazette Indépendante du 15-05-1974 : Anost d'hier et d'aujourd'hui.
Abbé DORET. Anost. Notes manuscrites. B.S.E. M. 85.
Cette bibliographie est incomplète. Ces Notes sur l'Histoire d'Anost font en effet partie d'une
étude portant sur une région beaucoup plus vaste.