L’Europe dans la nouvelle course spatiale : une réelle possibilité de s’affirmer ?
L’Europe dans la nouvelle course spatiale : une réelle possibilité de s’affirmer ?
Par Nicolas Gourdon, étudiant en 1ère année.
L’espace n’est plus seulement une affaire de scientifiques. Rivalités entre grandes puissances, conflits qui se jouent aussi en orbite : une nouvelle course est lancée. Et l’Europe, dans tout ça ? Entre doute et ambition, peut-elle encore s’y faire une place ?
« Can you imagine how awesome it will be to have American astronauts plant the flag on another planet for the first time? ». Ces mots sont ceux de l’entrepreneur américain Elon Musk, prononcés le 20 janvier 2025, jour de l’investiture de Donald Trump pour son second mandat. S’il est possible dans un premier temps de croire que cette phrase du milliardaire a servi aux nombreux sympathisants du Parti républicain à créer des « edits » TikTok, il faut en réalité chercher une explication bien plus profonde. Ces mots ne sont pas choisis au hasard ; ils sont le résultat concret d’un nouvel axe politique de la seconde administration Trump.
Bien que le fondateur de Tesla ne soit actuellement plus au sein du gouvernement américain, où il avait dirigé le DOGE (Department of Government Efficiency), il n’en reste pas moins proche de Donald Trump, comme en témoigne sa présence lors de la visite du président américain en Chine en mai 2026[1]. Le décret « Assurer la supériorité spatiale américaine » signé en décembre 2025 fixe par ailleurs des objectifs à moyen terme : retour sur la Lune en 2028 et installation d’une base permanente en 2030[2]. Le spatial semble alors rester un domaine prisé par les États-Unis. Mais audelà de ce pays d’Amérique du Nord, le spatial apparaît comme un secteur clé auquel la plupart des puissances moyennes et grandes s’intéressent. Aujourd’hui, plus de 80 pays exploitent des satellites en orbite[3], soit plus de 40 % des 193 États membres de l’Organisation des Nations unies (ONU). Beaucoup plus qu’un simple enjeu de découverte scientifique, le spatial relève de la géopolitique et regroupe divers aspects : défense, sécurité nationale et internationale, diplomatie, coopération, science, environnement, voire guerre et colonisation. Un domaine de ce type à la croisée de plusieurs branches des relations internationales ne laisse évidemment pas indifférents les différents acteurs de la scène internationale. Le grand public a souvent l’impression que le spatial est devenu un élément central de la politique mondiale à partir de la course à l’espace qui débute en 1957 entre les États-Unis et l’URSS (Union des républiques socialistes soviétiques) lors de la guerre froide. Mais cette vision mérite d’être nuancée. Il est vrai que, dès 1946, Ralph Smith, un membre de la British Interplanetary Society, une association promouvant l’astronautique, dessine un prototype détaillé d’une adaptation du missile V2 pour qu’il puisse transporter un homme. Mais ce projet fut malheureusement abandonné par le gouvernement britannique, affaibli économiquement par la Seconde Guerre mondiale[4]. D’ailleurs, bien avant le XXe siècle, le spatial était indirectement un enjeu de puissance. Prenons l’exemple de Galilée en 1610 qui parvient grâce à sa lunette astronomique à découvrir les quatre principaux satellites de Jupiter. Cette observation lui vaudra la protection et le financement du grand-duc de Toscane, Cosme II de Médicis, soucieux de stimuler l’innovation et la découverte scientifique pour accroître son influence auprès des autres royaumes.
Cependant, lorsqu’on parle la plupart du temps du lien, voire de l’interconnexion entre spatial et géopolitique, la référence absolue est celle de la course à l’espace entre les États-Unis et l’URSS de 1957 à 1975. Cette date de 1957 sera d’ailleurs notre point d’ancrage chronologique tout au long de notre réflexion, avec pour point final la période présente, à savoir 2026. L’arrêt de la course à l’espace en 1975 s’explique notamment par la mission de coopération Apollo-Soyouz entre les États-Unis et l’URSS, symbolisant la Détente (1962-1975) et et montrant que le spatial n’est plus un enjeu de compétition directe permanente. Mais il est aussi possible d’affirmer que cette course à l’espace se termine en 1991, puisque la rivalité de la guerre froide persistait dans le spatial, même si son intensité est moindre. Entre ces deux dates, un basculement s’est opéré entre une première course à l’espace, marquée par cette rivalité de la guerre froide autour de laquelle gravitaient plusieurs États souhaitant, avec difficulté, s’affirmer dans le spatial, et une nouvelle course à l’espace. La première s’achève avec la chute de l’URSS, le 26 décembre 1991 : structurée autour de deux grandes puissances, elle ne pouvait survivre à la disparition de l’une d’elles. Il n’existe plus de duel et, par conséquent, plus de course à l’espace. Cette courte période de l’histoire ne sera pas analysée en profondeur, car notre analyse se veut contemporaine ; elle ne sera toutefois pas complètement absente, puisque le passé permet d’éclairer le présent (cf. première partie). En revanche, la seconde course à l’espace retiendra beaucoup plus notre attention. Celle-ci se caractérise par un recul de la Russie dans le domaine spatial, avec une montée en puissance d’acteurs non étatiques mais aussi de la Chine et de l’Europe, cette dernière n’étant pas parvenue à s’imposer comme un troisième acteur de la géopolitique du spatial à égalité avec l’URSS et les États-Unis lors de la guerre froide, mais trouvant toutefois une certaine place lors de cette seconde période. C’est d’ailleurs tout l’intérêt de notre sujet. Néanmoins, cette période reste difficile à dater : la Chine s’est progressivement insérée dans ce domaine, les acteurs non étatiques n’ont pas tous émergé en même temps et l’Europe, déjà présente lors de l’affrontement des blocs, a progressé tout au long des années 1990-2000. Il s’agira donc de prendre comme point de départ le XXIe siècle, qui semble regrouper la montée en puissance simultanée de ces trois acteurs dans le spatial. Par ailleurs, la notion de course à l’espace peut paraître parfois ambiguë et difficile à comprendre dans les détails. Elle désigne la compétition entre puissances étatiques mais aussi privées sur les plans politique, économique, technologique et militaire, pour se doter d’une capacité autonome d’accès à l’espace et d’exploitation de celui-ci, afin d’en tirer un avantage de puissance, d’influence et de sécurité. Le terme d’« affirmation » dans le cadre de la nouvelle course à l’espace, que nous retrouvons dans notre sujet initial, désigne deux étapes. S’affirmer, c’est d’abord devenir autonome, à savoir ne pas dépendre d’autrui pour ses capacités critiques dans le domaine spatial. Concrètement, cela se traduit par la souveraineté, c’est-à-dire la capacité à produire ses propres lanceurs, capsules, tout ce qui relève du segment spatial[5]. L’autonomie s’étend aussi à des éléments liés au spatial bien que situés sur Terre, tels que les sites de lancement, les chaînes d’approvisionnement, la demande institutionnelle, le financement, l’organisation et, enfin, le segment sol[6] et les services liés au spatial. L’autonomie constitue donc la première étape de cette affirmation. Une fois l’autonomie obtenue, la seconde étape de l’affirmation est celle du leadership. Il consiste à devenir le premier acteur du domaine spatial. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Être la première puissance du spatial se caractérise par la capacité d’innover, de posséder des engins, outils et moyens spatiaux plus efficaces que ceux de la concurrence et de rendre les autres acteurs dépendants de soi. Or il s’agit de l’étape la plus difficile des deux, et elle n’est que rarement atteinte. Par exemple, l’URSS a eu ce leadership dès le début de la course à l’espace, notamment en 1957 avec Spoutnik 1, puis avec Laïka, premier animal placé en orbite. Mais le plus dur n’est pas tant d’obtenir ce leadership que de le conserver sur le long terme.
À ce titre, le cas de l’Europe devient réellement intéressant. En effet, elle se retrouve dans une situation particulièrement complexe. D’un côté, elle possède de nombreux avantages dans ce domaine, qui pourraient laisser croire qu’elle peut s’affirmer, notamment concernant l’étape de l’autonomie. Mais de l’autre côté, elle s’insère malgré elle dans une rivalité avec la Chine et les États-Unis, ce qui l’embarrasse et l’empêche d’atteindre cette seconde étape qu’est le leadership, même si l’autonomie est déjà atteinte, ce qui fera l’objet d’analyses et de débats tout au long de cet article. Il est vrai que la question de l’autonomie européenne en matière spatiale reste en suspens sans réponse tranchée à apporter, ce que nous développerons ultérieurement.
Dès lors, l’Europe est-elle encore en capacité aujourd’hui de gagner la nouvelle course à l’espace ?
Bien que l’Europe se soit affaiblie progressivement dans le domaine spatial depuis des décennies, elle reste un acteur crucial en mesure de gagner cette nouvelle course à l’espace dans un monde marqué par de fortes incertitudes géopolitiques.
Il s’agira d’abord d’expliquer la relation difficile entre l’Europe et l’espace, riche d’enjeux et empêchant l’affirmation de l’Europe. Puis il s’agira de montrer qu’il existe un nouvel espoir pour l’Europe spatiale, capable de prendre sa place dans l’échiquier géopolitique. Enfin, nous aborderons la question de l’avenir géopolitique du spatial.
L’Europe et l’espace : une relation difficile et remplie d’enjeux empêchant une affirmation européenne spatiale
Une histoire spatiale reléguant l’Europe au second rang, avec des répercussions sur le présent L’histoire n’a pas été favorable pour l’Europe.
En effet, la guerre froide (1947-1991) a été marquée par l’affrontement de deux antagonistes, les États-Unis et l’URSS. Trop faible, fragilisée par la Seconde Guerre mondiale, l’Europe devient la proie des deux grands. Elle n’a donc pas, au lendemain de 1945, la capacité de s’inscrire comme troisième acteur dans cette nouvelle compétition touchant le monde entier, malgré ce qu’avançait William T. R. Fox, qui considérait la Grande-Bretagne comme une superpuissance[7]. En témoignent les différentes politiques économiques et sécuritaires menées pour convaincre l’Europe de rejoindre l’un ou l’autre camp, la plaçant ainsi sous tutelle. Le plan Marshall (1947) a apporté environ 13 milliards de dollars aux pays d’Europe de l’Ouest, en échange d’une adhésion de ces derniers au modèle américain du libéralisme (liberté, libre marché, lutte anticommuniste)[8]. L’URSS avait de son côté le CAEM (Conseil d'assistance économique mutuelle), qui servait cependant d’organe de coordination des échanges et de planification plutôt que de plateforme de dons ou de prêts, à l’instar du modèle américain. Les États d’Europe de l’Est en tiraient un avantage sur plusieurs biens (produits manufacturés, énergie, matières premières), négociés entre ces pays à des prix inférieurs au cours mondial. Mais l’adhésion à ce second modèle se faisait davantage par la pression et la répression exercées sur les gouvernements et les populations que par l’attractivité et les valeurs elles-mêmes. Ainsi, l’Europe, tant à l’Ouest qu’à l’Est, était tombée dans un piège financier qui ne lui permettait pas de se lancer rapidement dans le spatial après 1945 : ses pays souhaitaient d’abord entreprendre leur reconstruction. De plus, la dépendance militaire européenne envers les États-Unis, notamment par l’OTAN dès 1949, réduisait le besoin de missiles intercontinentaux pour l’Europe, un domaine qui, nous le verrons, est étroitement lié au spatial. Le spatial comme enjeu géopolitique n’était donc pas encore à l’ordre du jour, puisque l’Europe de l’Ouest ne voyait dans ce domaine aucune retombée positive, du moins à court terme, susceptible de contribuer à la reconstruction de ces États. Ce contexte a ainsi laissé le champ libre aux deux grands rivaux pour faire du secteur spatial un duopole. La course à l’espace poursuivait des objectifs multiples ; l’un d’eux était tout simplement la volonté d’explorer et d’affirmer sa présence dans un espace jusqu’alors vierge[9]. Comme nous l’avons rappelé plus haut, la puissance passe par l’innovation, qui se traduit ici par la capacité d’atteindre une zone que personne n’avait encore franchie. L’enjeu principal de cette course était donc de montrer que l’un peut faire ce que l’autre ne peut pas. Le président des ÉtatsUnis de 1961 à 1963, John F. Kennedy, déclare dans un discours prononcé à la Rice University (Houston), le 12 septembre 1962 : « We choose to go to the Moon in this decade and do the other things, not because they are easy, but because they are hard ». Cette phrase résume parfaitement l’idée qu’il faut découvrir l’espace, encore largement inconnu, tant physiquement qu’intellectuellement. L’accès à l’espace était donc un moyen pour ces deux grandes puissances de faire primer leurs modèles respectifs de pensée et de valeurs. Cette stratégie sera plus tard nommée « soft power » par Joseph Nye : elle repose sur la culture d’un pays, ses valeurs politiques (ce qui est le cas ici) et sa politique étrangère[10]. Or l’Europe se heurte alors à un problème primordial : celui de son identité politique. Sur quel modèle de pensée aurait-elle pu s’appuyer si elle s’était lancée dans la course à l’espace dès le départ ? Existait-il une homogénéité de valeurs en Europe, indépendamment du modèle américain de l’après-guerre ? Ce point est l’une des clés, sousestimées, de l’explication du retard européen en matière spatiale. D’autre part, cette course avait pour objectif de développer les technologies militaires par l’intermédiaire des technologies spatiales, ce qu’on appelle la dualité (ou usage dual). Il est vrai que l’ingénierie de ces deux secteurs est très proche. Prenons l’exemple de Wernher von Braun, ingénieur allemand à l’origine des missiles V2 du Reich, recruté par les Américains après 1945 et devenu l’une des figures de la NASA. Les Américains possédaient l’arme nucléaire depuis 1945. L’URSS, soucieuse de l’obtenir à son tour pour instaurer une Pax Atomica et garantir sa sécurité, mena son propre programme nucléaire et obtint la bombe en 1949. Une fois la bombe obtenue, l’URSS chercha à pouvoir frapper le territoire américain : le développement de fusées puissantes, qui aboutit au R-7 en 1957, servait à la fois à lancer des satellites et à acheminer une charge nucléaire. Alors que l’URSS lance son premier satellite, Spoutnik 1, en 1957 et les États-Unis Explorer 1 en 1958, l’Europe tarde et prend du retard dès le départ.
Réplique de Spoutnik 1 Crédit photo : Wikipédia
Ce sont en effet les Britanniques qui placent en troisième position un satellite en orbite, avec Ariel 1, seulement en 1962 ; mais ce projet, certes britannique, a été réalisé avec les États-Unis et lancé par la fusée américaine Thor-Delta. Le premier pays européen à construire et lancer son propre satellite est la France, avec Astérix, en 1965. La première fusée construite en coopération européenne à atteindre l’orbite n’est lancée qu’en 1979 (Ariane 1), soit 22 ans après l’URSS. Cette brève chronologie montre que, dès le départ, l’Europe accusait un retard considérable. Et ce retard s’observe encore aujourd’hui, aucun Européen n’a jamais marché sur la Lune, contrairement aux Américains qui y sont parvenus dans le cadre du programme Apollo, le 21 juillet 1969 (heure de Paris). À titre comparatif, entre 1957 et 1991, les États-Unis ont réalisé 1 043 lancements en orbite, l’Union soviétique 2 452, et l’Europe, à travers l’Agence spatiale européenne (ESA) et la France, seulement 52[11]. Pour montrer que ce retard perdure, on peut mentionner qu’en 2025, l’Europe n’a réalisé que 8 lancements orbitaux, contre 193 pour les États-Unis[12]. L’Europe, ayant démarré tard, a été poussée à construire son autonomie d’accès à l’espace ; cette autonomie reste fragile, comme le montrent les chiffres de 2025. Par ailleurs, ce retard s’explique non seulement par le contexte initial de la guerre froide, mais également par d’autres facteurs, que nous analyserons tout au long de cette première partie. Ainsi, le contexte de la guerre froide, marqué notamment par les difficultés financières de l’Europe et sa mise sous tutelle par les États-Unis, a creusé un retard dont les répercussions se font encore sentir : ces événements ont empêché l’Europe, dès le départ, de s’inscrire dans la rivalité spatiale.
Une politique d’indépendance de plus en plus difficile à assumer
Après avoir vu que l’histoire spatiale a été défavorable à l’Europe, et ce, depuis le début de la guerre froide, il faut montrer que l’Europe rencontre des obstacles pour mener une politique d’indépendance dans ce domaine. En effet, les réalités géopolitiques contemporaines affaiblissent les Européens dans certains secteurs du spatial et les poussent vers une autonomie pour laquelle ils ne sont pas prêts. Il est vrai que les seuls pays capables d’envoyer des humains en orbite par leurs propres moyens sont actuellement la Chine, la Russie et les États-Unis[13]. Tout au long des années 2010, l’Europe n’avait d’autre choix que d’envoyer ses astronautes à bord du vaisseau habité russe Soyouz jusqu’à la Station spatiale internationale (ISS). Les exemples les plus connus sont évidemment le Français Thomas Pesquet en 2016, l’Allemand Alexander Gerst en 2018 ou encore l’Italien Luca Parmitano en 2019, tous trois rattachés à l’Agence spatiale européenne (ESA). À partir de 2020, les astronautes américains et européens embarquent la grande majorité du temps à bord du Crew Dragon, de SpaceX, entreprise américaine dirigée par Elon Musk. Ce tournant s’explique notamment par un changement de stratégie de la NASA, soucieuse de privilégier des entreprises américaines plutôt que russes pour des raisons financières et d’influence. L’Europe se retrouve donc sans vaisseau habité pour emmener ses astronautes de manière autonome à l’ISS. De plus, la guerre en Ukraine, déclenchée en février 2022, a entraîné le départ de Roscosmos, l’agence spatiale russe, de Kourou (Guyane), d’où décollés les lanceurs Soyouz.
Départ de la fusée Soyouz de Kourou (Guyane) Crédit photo : DNA
Ce départ, causé par des facteurs géopolitiques, a accru la dépendance des Européens à l’égard des Américains, notamment de la NASA. Même si les astronautes européens sont envoyés depuis 2020 par le Falcon 9, un maintien de la présence russe sur le territoire français aurait permis à l’ESA d’avoir une option de repli, et potentiellement de renégocier des contrats avec la NASA pour alterner entre le lanceur russe et le lanceur américain. Rappelons toutefois que Soyouz à Kourou ne servait pas à envoyer directement des astronautes vers l’ISS mais plutôt des objets relevant du segment spatial, notamment des satellites et des sondes scientifiques. Néanmoins, l’envoi d’astronautes européens depuis Kourou était envisagé à long terme, d’où la pertinence de cet argument[14]. Cette stratégie, que les relations internationales nomment « hedging » (« couverture »), consiste à éviter toute dépendance exclusive vis-à-vis d’un pays et à diversifier ses partenaires, ici rivaux[15]. À cela s’ajoute la fin programmée de l’ISS, vieillissante, prévue en 2031 : elle ne permettra plus aux astronautes du Vieux Continent d’avoir une présence humaine en orbite[16]. Cet événement révèle pleinement la faiblesse de l’Europe en termes d’autonomie : elle est dépendante, malgré elle, des Américains. La Chine, exclue de l’ISS, a décidé de prendre les devants en construisant sa propre station spatiale habitée, Tiangong, pour l’instant occupée uniquement par des astronautes chinois mais appelée à s’ouvrir aux pays émergents, tel le Pakistan[17]. Il paraît donc logique que l’Europe en soit probablement exclue. Et si elle parvenait à conclure un accord avec Pékin, cela ne ferait que prolonger la dépendance européenne à l’égard de puissances étrangères. D’autant que la France et, plus généralement, l’Europe continuent de s’appuyer sur les États-Unis. En témoigne la participation active de l’ESA au programme Artemis et la signature des accords Artemis par la France, qui permettraient d’envoyer un astronaute français sur la Lune pour la première fois d’ici quelques années[18].
Mais il ne faut pas réduire la dépendance européenne en matière spatiale à un simple manque d’autonomie, qui contraindrait le Vieux Continent à nouer des partenariats et des alliances. Elle résulte tout autant d’une politique agressive de puissances étrangères, qui menacent gravement l’autonomie européenne. En témoigne la fracture qu’a engendrée la seconde administration Trump. On associe souvent la politique de Donald Trump à une brutalité dans les domaines du commerce, de l’armée ou de l’inclusion ; elle l’est tout autant en matière spatiale. Sa politique dite mercantiliste[19] et protectionniste[20] cherche avant tout à affaiblir les autres acteurs économiques, dans tous les domaines, y compris le spatial. Prenons un exemple concret pour illustrer notre propos. Plusieurs entreprises européennes du spatial se sont progressivement implantées aux États-Unis afin d’accéder à un marché plus vaste et d’accroître leurs profits. C’est le cas d’Airbus, en particulier de sa branche Defence and Space, avec une usine installée en Floride, ou encore de Sodern (filiale d’ArianeGroup), localisée à Englewood, près de Denver (la liste n’est pas exhaustive). Or la politique commerciale de Donald Trump a conduit, en 2025, à un relèvement à 50 % des droits de douane sur l’acier et l’aluminium, y compris pour l’Union européenne[21]. Ainsi, les usines américaines des entreprises européennes subissent de plein fouet le coût de ces droits de douane, car elles ne peuvent plus importer ces matériaux à des prix raisonnables. Elles doivent alors se rabattre sur des producteurs américains d’acier et d’aluminium, ce qui renforce leur dépendance à l’égard des États-Unis. Un second exemple étaye ce propos : Washington cherche aussi à affaiblir frontalement les Européens, comme en témoigne le boycott, par plusieurs entreprises spatiales américaines, du Sommet international sur l’espace des 9 et 10 septembre 2026. Des géants de ce domaine, comme SpaceX détenu par Elon Musk ou Blue Origin entre les mains de Jeff Bezos, mais aussi des entreprises moins connues telles que Stoke Space et Starcloud, ont subi les pressions de Donald Trump, qui les ont fortement dissuadées de participer à cet événement. Aux yeux de Donald Trump, participer à ce sommet international revient à soutenir les positions européennes, dans un contexte de tensions transatlantiques alimentées par la guerre commerciale et par les ambitions américaines sur le Groenland[22]. Pourtant, ce type d’événement multilatéral constitue un levier majeur pour l’influence et la diplomatie européennes, et plus particulièrement françaises (cf. deuxième partie). L’absence américaine a donc pu, sinon décrédibiliser l’événement privé de la première puissance spatiale mondiale, du moins le fragiliser et réduire son rayonnement. Cela s’inscrit dans une volonté de s’attaquer directement à l’affirmation européenne, voire à son aspiration à l’indépendance et à l’autonomie en matière spatiale. On a pu constater que la politique européenne dans le spatial s’est vue confrontée à de multiples obstacles, qui affaiblissent sa quête d’indépendance et d’autonomie. D’abord, un affaiblissement matériel et, in fine, de l’accès des Européens à l’espace ; ensuite, les décisions de la seconde administration Trump, toujours plus brutale dans un monde déjà fracturé par les tensions géopolitiques.
Une multiplicité d’acteurs brouillant une ligne commune européenne
Si les deux premières sous-parties ont insisté sur les rivalités entre l’Europe et certaines grandes puissances comme les États-Unis et la Chine, celle-ci vise à montrer une rivalité, ainsi qu’une lourdeur administrative, au sein même de l’Europe, empêchant la formation d’une ligne commune européenne claire en matière spatiale.
Cette partie s’appuiera sur une théorie des relations internationales assez méconnue, mais pourtant essentielle pour comprendre les difficultés actuelles de l’Europe : le néomédiévalisme de Hedley Bull, développé dans son livre The Anarchical Society (1977). Bull compare en effet l’ordre mondial à la société médiévale occidentale d’autrefois. Pour décrire cette vieille époque souvent mal comprise, il écrit : « Dans ce système, aucun souverain ou État n’était souverain au sens d’être suprême sur un territoire et un segment donnés de la population chrétienne ; chacun devait partager son autorité avec des vassaux en dessous de lui et, au-dessus, avec le pape et (en Allemagne et en Italie) l’empereur du Saint-Empire romain germanique. » Son concept consiste alors à transposer dans un cadre laïque cet ordre médiéval fortement imprégné de christianisme, comme il l’explique : « Si les États modernes venaient à partager leur autorité sur leurs citoyens, et leur capacité à commander leur loyauté, d’une part avec des autorités régionales et mondiales et d’autre part avec des autorités infra-étatiques ou infranationales, à tel point que le concept de souveraineté cesserait d’être applicable, […] une forme néomédiévale d’organisation politique universelle aurait émergé. »[23] Ce schéma se vérifie d’autant plus au sein de l’Europe. Les États ne sont en réalité qu’une pièce, bien qu’essentielle soit-elle, du puzzle de la souveraineté. Il n’existe pas d’autorité suprême en Europe capable d’établir une ligne commune et consensuelle. De nombreux acteurs, qui possèdent chacun une parcelle de souveraineté et d’influence, s’affrontent au quotidien pour faire valoir leurs intérêts. C’est justement cette concurrence et ces divergences d’intérêts qui entraînent un manque d’harmonisation et de cohérence au sein de l’Europe spatiale.
La première rivalité, et probablement la plus importante en Europe, est celle opposant la France à l’Allemagne. En effet, les deux pays cherchent sans cesse à s’affirmer comme première puissance du Vieux Continent. Bien que l’actuel PDG d’Airbus, Guillaume Faury, affirme le 14 octobre 2026 devant la commission des affaires économiques (de l’Assemblée nationale ou du Sénat ? à préciser) qu’« il n’y a pas de problème de gouvernance franco-allemande chez Airbus », la réalité, à l’échelle plus large du secteur spatial, est tout autre. Par exemple, les deux pays sont réellement rivaux sur le choix des lanceurs. La France soutient évidemment Ariane 6, un lanceur lourd, dont la plupart des sites de production sont situés en France, même si certains sont en Allemagne. L’Allemagne, de son côté, favorise de petits lanceurs par l’intermédiaire de ses start-up, à l’instar d’Isar Aerospace ou encore de Rocket Factory Augsburg. De plus, bien qu’ils affichent des objectifs similaires, leurs moyens diffèrent. Il est vrai que le pays de Goethe tend à adopter une approche reposant sur un réseau dense de PME (petites et moyennes entreprises). La France, quant à elle, préfère s’appuyer sur de grandes entreprises telles que Airbus Defence and Space ou bien Thales Alenia Space. Au lieu de combiner ces deux types d’acteurs pour une efficacité optimale, les deux États préfèrent s’en tenir à leur propre stratégie en termes de moyens. Leurs divergences portent aussi sur les alliances spatiales. La France souhaite préserver son indépendance et opte pour une coopération européenne, tandis que l’Allemagne privilégie une alliance transatlantique avec les États-Unis et le Canada, ce qui accroît considérablement la dépendance européenne à l’égard des États-Unis. Enfin, leur rivalité gagne jusqu’aux projets spatiaux européens de grande ampleur, tel IRIS², une constellation de satellites de télécommunications. L’Allemagne juge ce projet trop marqué par l’influence française[24]. Son mécontentement s’observe d’ailleurs dans son annonce d’une constellation militaire nationale de connectivité en orbite basse, qui inquiète non seulement la France mais aussi tous les États engagés dans le projet IRIS²[25]. Cette rivalité s’avère plus nocive que bénéfique pour l’avenir spatial de l’Europe.
Deuxièmement, une rivalité oppose les entreprises du New Space, une notion qui sera développée plus loin (cf. deuxième partie). Mais retenons pour l’instant qu’il s’agit de start-up et de scale-up du domaine spatial, par opposition à l’Old Space, qui désigne de grandes entreprises présentes depuis des décennies dans ce domaine, telles qu’ArianeGroup ou, aux États-Unis, Boeing ou Lockheed Martin. Ces entreprises du New Space se font concurrence pour obtenir le plus de contrats possible et conquérir le marché commercial, dans le but de maximiser leurs profits. Cette rivalité s’illustre aussi par la pratique du lobbying[26]. Les chiffres exacts de cette activité, pour le domaine spatial, sont très difficiles à établir, mais à titre indicatif, le budget de l’ensemble des lobbies à Bruxelles était de 382 millions d’euros en 2026, soit une hausse de 8 % par rapport à l’année précédente, pour 17 000 organisations[27].
Bien qu’on ne puisse pas réellement connaître la part du New Space dans ce lobbying auprès de l’UE, on peut constater que la tech et le lobbying intersectoriel en représentent une part importante (cf. figure ci-dessus), et que le New Space en fait logiquement partie. Ce lobbying crée évidemment des gagnants comme des perdants. Plusieurs entreprises du New Space européen, bien que porteuses de projets intéressants, se retrouvent mises de côté. Ce fut par exemple le cas de Latitude, une start-up française basée à Reims, qui n’a pas été retenue par l’ESA dans le cadre du programme European Launcher Challenge, qui vise à faire émerger de nouveaux lanceurs européens concurrents d’Ariane 6 et de Vega-C[28]. D’autres entreprises du New Space vont d’ailleurs jusqu’à la faillite, sous l’effet de la concurrence, comme en témoigne la procédure d’insolvabilité d’Orbex en 2025[29]. Cette animosité entre start-ups du spatial conduit davantage à un émiettement de l’influence et de l’efficacité qu’à l’élaboration d’une ligne politique commune.
Ce problème de multiplication des acteurs ne se retrouve d’ailleurs pas à ce point aux ÉtatsUnis et en Chine. D’abord parce que ces deux pays ne forment chacun qu’un seul État, contrairement à l’Europe, ce qui exclut l’équivalent d’une rivalité franco-allemande. Ensuite parce que la concurrence y est organisée par l’État : aux États-Unis, la NASA et le Pentagone répartissent volontairement leurs contrats entre plusieurs start-up pour éviter la dépendance à un seul acteur. En Europe, à l’inverse, le marché du spatial n’a pas d’autorité unique capable d’arbitrer entre les fournisseurs : tantôt c’est un État qui décide, tantôt une organisation telle que la Commission européenne, l’ESA ou même l’OTAN. D’autant que les États souhaitent évidemment favoriser leurs entreprises nationales sur ce marché, comme sur tout marché susceptible d’accroître leur puissance. Ce grand nombre d’acteurs, souvent aux intérêts divergents, permet donc de comprendre l’un des principaux obstacles à l’autonomie et à l’indépendance de l’Europe spatiale.
Un nouvel espoir pour l’Europe spatiale, capable de prendre sa place dans l’échiquier géopolitique
L’arrivée de nouveaux acteurs européens dans le spatial, renouvelant ainsi l’efficacité et le projet commun européen
Il est nécessaire d’avoir en tête que les Européens, bien qu’en retard dans le domaine spatial comme rappelé précédemment, ne l’ont pas été sur tous les plans. Il est vrai que, notamment dans les années 1980-1990, les Européens étaient les leaders mondiaux de la vente de services de lancement de satellites commerciaux. En effet, l’entreprise Arianespace, à travers les fusées Ariane 1 à 4, a lancé environ la moitié des satellites commerciaux envoyés dans le monde sur ces deux décennies[30]. Ariane 5, en activité de 1996 à 2023, a quant à elle détenu le record du nombre de lancements commerciaux réussis. Elle était considérée comme championne de l’exportation, puisque plus de la moitié des satellites qu’elle a mis en orbite répondaient aux besoins d’opérateurs non européens[31].
Cependant, un bouleversement du domaine spatial a remis en cause le rôle de leader des Européens. Ce changement radical, c’est l’émergence du New Space, en l’occurrence américain, avec l’arrivée de SpaceX, une entreprise créée en 2002 par Elon Musk. Celle-ci réussit à négocier un très grand nombre de contrats afin d’envoyer le plus de satellites commerciaux possible en orbite, faisant ainsi perdre aux Européens leur influence dans ce domaine précis. Son premier lancement commercial a lieu en 2013 : une fusée Falcon 9 place en orbite le satellite SES-8 de l’opérateur SES[32]. À titre indicatif, Starlink, une constellation de 10 008 satellites de SpaceX, représente aujourd’hui environ 53 % de tous les satellites en orbite[33].
D’autant que SpaceX possède un atout que les Européens n’ont pas encore : les lanceurs réutilisables. Cette innovation essentielle permet de récupérer et de réutiliser une partie du lanceur, ce qui fait gagner non seulement du temps mais aussi de l’argent. SpaceX réutilise pour la première fois, en 2017, un Falcon 9 qui avait déjà servi à envoyer des satellites en orbite[34]. Face à ces circonstances, qui placent les Européens dans une position de grande faiblesse et de vulnérabilité alors qu’ils dominaient auparavant, l’émergence d’un New Space européen a été primordiale.
Même s’il est difficile de dater la toute première entreprise européenne du New Space, certaines font à peu près consensus, comme ISISpace, entreprise néerlandaise créée en 2006, ou GomSpace, au Danemark, en 2007, sachant que la notion de New Space apparaît peu ou prou dans les années 2000. Depuis, le New Space européen s’est développé : plus de 200 entreprises, soit 220 recensées en 2023[35].
Celles-ci ont su innover, être compétitives et redonner un second souffle à l’Europe. Mais avant d’entrer dans les détails et de comprendre comment ces entreprises agissent concrètement de manière positive, il faut déjà comprendre ce qui les distingue de l’Old Space. Ainsi, qu’entend-on réellement par New Space ? Ces entreprises reposent sur trois piliers : la miniaturisation, la réutilisabilité et le financement privé. Elles suivent une logique de « design-to-cost » : elles fixent dès le départ le coût cible de leur produit afin d’être plus pragmatiques sur les dépenses à engager et, in fine, sur le profit qui en découle. La logique traditionnelle de l’Old Space consiste, à l’inverse, à concevoir d’abord le produit pour en calculer ensuite le prix. De plus, contrairement aux entreprises de l’Old Space où le coût d’un satellite est très élevé, celui d’un satellite du New Space l’est beaucoup moins, en partie grâce à cette stratégie de « design-to-cost ». En général, ces entreprises envoient des satellites en très grand nombre et à faible coût, si bien que la perte d’un satellite n’est pas handicapante financièrement pour l’entreprise, contrairement à l’Old Space. Le satellite, autrefois bijou technologique, n’est devenu qu’un bien sans valeur stratégique propre, que l’on peut multiplier rapidement et à bas coût, à condition de s’assurer qu’il existe une demande. Par ailleurs, les entreprises de l’Old Space reçoivent un financement très majoritairement public, contrairement à celles du New Space, qui bénéficient d’un financement parfois public mais surtout privé, notamment par le capital-risque[36]. De plus, la durée de vie des produits du New Space est beaucoup plus courte que celle des produits de l’Old Space, ce qui offre aux entreprises du New Space une plus grande flexibilité pour diversifier et renouveler leur offre. D’autant que ce sont les entreprises du New Space qui ont pour objectif d’élaborer un lanceur réutilisable, ce qui réduirait le coût des lancements et constituerait une innovation sur le marché européen[37]. Nombreuses sont alors ces entreprises qui tentent de maîtriser cette technologie ; cette concurrence pourrait, à terme, contribuer à une certaine indépendance spatiale européenne. Toutes ces caractéristiques sont donc constitutives d’une entreprise typique du New Space.
Cette première explication montre en quoi disposer d’entreprises de ce type peut permettre à l’Europe de rattraper son retard et d’assurer son autonomie dans le spatial. Mais, au-delà de combler les faiblesses des Européens, les meilleures de ces entreprises concurrencent directement les géants américains et chinois. L’exemple le plus emblématique est celui d’ICEYE, une entreprise finlandaise de satellites radar, plus précisément à radar à synthèse d’ouverture (SAR). En effet, en 2026, elle a lancé 8 satellites SAR en orbite, et 70 depuis 2018[38]. Son concurrent américain, Capella Space, n’a quant à lui lancé que 3 satellites SAR en 2026, et 19 depuis 2018[39]. Ces chiffres témoignent d’un rapport de force favorable aux Européens dans ce segment, et d’une réelle compétition entre New Space européen et américain : le second n’écrase pas le premier, même si, globalement, le Vieux Continent reste en retard comme rappelé précédemment.
Il est tout autant possible d’affirmer que les entreprises du New Space réduisent la dépendance européenne en complétant ou en créant des chaînes d’approvisionnement européennes. Cela permet aux Européens d’importer très peu de composants en dehors de leur continent. Prenons un exemple concret pour mieux comprendre. En 2026, cinq satellites, issus d’universités et de startup réparties dans cinq pays européens (Allemagne, Slovénie, Autriche, Bulgarie et Norvège), sont lancés lors du premier vol orbital de la fusée Spectrum[40]. Exolaunch (Allemagne), société de services de lancement, les réceptionne, coordonne le calendrier et les échanges entre clients et lanceur, vérifie que les satellites sont aptes à la mise en orbite, les intègre à son système de largage et expédie ce système jusqu’au site de lancement[41]. Enfin, Isar Aerospace (Allemagne) lance ces satellites avec sa fusée Spectrum depuis Andøya, en Norvège[42]. Cet exemple simple montre comment les différentes entreprises européennes du New Space se complètent pour assurer une certaine autonomie à l’Europe, plutôt que de la faire dépendre du géant américain comme vu précédemment.
Mais l’autonomie européenne n’est pas pour autant complètement assurée, en raison de certaines technologies essentielles que l’Europe ne produit pas assez elle-même, ce qui la rend dépendante de puissances étrangères. L’exemple le plus marquant est celui des semi-conducteurs, indispensables à la production de la plupart des produits spatiaux, ne serait-ce que pour la construction de satellites ou de fusées. À titre indicatif, l’Union européenne produit moins de 10 % des semi-conducteurs mondiaux, et 80 % des fournisseurs des entreprises européennes du secteur ont leur siège hors de l’UE[43].
En témoigne ce graphique, qui illustre la forte dépendance de l’Europe en matière de semiconducteurs, notamment vis-à-vis de pays comme les États-Unis, Taïwan ou la Chine. Là encore, plusieurs start-ups européennes se sont lancées dans la production de puces pour tenter de réduire la dépendance du Vieux Continent à l’égard d’acteurs extérieurs. L’exemple le plus marquant est celui de la société néerlandaise Spherical Systems, créée en 2022. Cette jeune pousse a été fondée pour se lancer dans les semi-conducteurs afin de combler les lacunes de la chaîne d’approvisionnement européenne, notamment satellitaire, qui manque de ce composant pourtant indispensable[44].
En somme, le New Space a été un apport majeur en Europe, nécessaire pour parvenir à une éventuelle autonomie et réduire sa dépendance vis-à-vis de puissances dominantes comme les ÉtatsUnis. Sa capacité d’innovation et sa souplesse financière ont permis, ou du moins pourraient permettre bientôt, de combler les défaillances européennes, notamment dans la chaîne d’approvisionnement et les semi-conducteurs.
Une place toujours importante de l’Europe dans les grandes instances internationales de l’espace et les événements informels
Beaucoup de penseurs des relations internationales (RI) soutiennent que les organisations et grandes instances internationales ont une utilité très limitée, car elles ne changent pas vraiment le comportement des États. Cette vision, rattachée au réalisme en RI (un courant représenté notamment par Hans Morgenthau ou Henry Kissinger, et plus récemment par John Mearsheimer), insiste sur la souveraineté des États comme moteur des affaires internationales. Une organisation internationale (OI) n’existe donc que parce que les États l’ont acceptée ; ils peuvent tout à fait la quitter d’un moment à l’autre et ainsi la faire disparaître ou, du moins, l’affaiblir fortement. Ce constat a pu se remarquer à travers les conflits internationaux dont les acteurs bafouent le droit international édicté par certaines OI, à l’instar de la Russie, qui a recours à la force en Ukraine alors que celle-ci constitue l’une des interdictions fondamentales du droit international. En témoigne l’article 2 de la Charte des Nations unies : « Les Membres de l'Organisation règlent leurs différends internationaux par des moyens pacifiques, de telle manière que la paix et la sécurité internationales ainsi que la justice ne soient pas mises en danger. »[45]
Pourtant, d’autres penseurs sont convaincus que la situation internationale serait pire sans les OI, et qu’elles sont donc essentielles ; c’est notamment la thèse de Guillaume Devin, universitaire spécialiste des organisations internationales[46]. Selon lui, ces organisations remplissent quatre fonctions principales, qui justifient leur existence. Celles-ci consistent à stabiliser les droits des acteurs, à gérer les problèmes de coordination, à participer à la reconstruction et à protéger le système contre les perturbations[47]. Dans le domaine spatial plus particulièrement, les OI concernées remplissent au minimum trois de ces fonctions, à l’exception, pour l’instant, de celle de la reconstruction. En clair, il est nécessaire d’avoir une présence importante dans les organisations et instances internationales du spatial pour la simple et bonne raison que ce sont elles qui posent les bases et encadrent le domaine concerné, à travers le droit ou les négociations qui s’y déroulent. Ne pas avoir un pied dans ces organisations et instances revient à ne pas avoir d’influence sur les décisions qui façonnent le spatial.
Prenons un exemple concret pour une meilleure compréhension de cet enjeu. Les signaux radio d’un satellite se propagent et se mélangent à ceux des autres satellites. Ainsi, si deux États émettent sur la même fréquence au même endroit, leurs deux services sont brouillés, ce qui représente un coût financier et temporel. Les États ont alors besoin de règles communes pour répondre à leurs besoins respectifs. Dans cette situation précise, tout le monde est perdant s’il n’existe pas de règles, d’où la nécessité d’une OI. Pour y répondre, l’Union internationale des télécommunications (UIT) permet de régler les problèmes de coordination, au sens de l’une des fonctions rappelées par G. Devin, en répartissant les bandes de fréquences entre opérateurs, en enregistrant les demandes de chaque État et en organisant la coordination pour éviter que deux satellites utilisent la même fréquence au même endroit. Cet exemple est révélateur de la nécessité d’avoir une place importante dans ces grandes instances pour pouvoir les influencer.
De plus, l’Europe est largement présente dans ces organisations et instances internationales : plusieurs faits en témoignent. Par exemple, l’Agence spatiale européenne (ASE/ESA) ainsi que l’UE, à travers la Commission européenne, ont toutes deux un statut d’observateur permanent au sein du Comité des utilisations pacifiques de l’espace extra-atmosphérique (COPUOS)[48]. Cet organe de l’ONU a notamment pour mission de promouvoir la coopération internationale et l’usage pacifique de l’espace. On peut également citer le Comité de coordination interagences sur les débris spatiaux (IADC), chargé d’élaborer des lignes directrices pour protéger l’espace des débris artificiels. Cette OI est actuellement composée de 13 agences spatiales, dont 6 sont européennes : l’Agence spatiale italienne (ASI), le Centre national d’études spatiales (CNES), le Centre aérospatial allemand (DLR), l’Agence spatiale européenne (ESA), l’Agence spatiale d’État d’Ukraine et l’UK Space Agency[49]. Ce nombre important d’agences spatiales d’origine européenne montre bien d’une présence importante de ces agences dans les OI traitant de l’espace. Un dernier exemple, le plus puissant pour les Européens, montre comment ils peuvent influencer les activités spatiales à travers les OI. En effet, la France et le Royaume-Uni possèdent tous deux un siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies[50]. Ce statut extrêmement avantageux permet d’opposer son veto à toute résolution qui porterait sur le spatial et irait à l’encontre de leurs intérêts. À noter que les résolutions du Conseil de sécurité ne traitent que de sujets relatifs à la paix et à la sécurité internationales ; si une résolution aborde le spatial, elle portera donc sur ces deux enjeux. Les Européens sont ainsi dotés de postes clés dans les OI. Pour comprendre précisément comment des acteurs peuvent influencer les décisions d’une grande instance, et quels avantages ils en retirent, il faut analyser un exemple précis.
Le cas du Sommet international sur l’espace
Il s’agit plutôt d’un événement informel que d’une organisation internationale : il n’a pas été créé à la suite d’un traité international entre plusieurs États, ne possède pas d’organes permanents et n’a pas d’autonomie juridique, selon les trois critères constitutifs d’une organisation internationale définis par l’universitaire Franck Petiteville[51]. Mais son importance n’en est pas pour autant amoindrie, compte tenu des résultats concrets qu’il a permis d’obtenir. Les 9 et 10 septembre 2026 ont en effet représenté un sursaut tant diplomatique que financier pour les Européens. Tout d’abord, ce sommet s’est tenu au Grand Palais, à Paris ; or accueillir un événement d’une telle ampleur permet, s’il est bien organisé, de faire rayonner le pays hôte, ici la France. Il s’agit d’ailleurs de la première édition de ce sommet, ce qui renforce l’image d’une France innovante dans le domaine spatial, qui crée un événement multilatéral dédié. De nombreuses conversations et négociations ont par ailleurs eu lieu dans la capitale, ce qui a permis de nouer des partenariats et d’attirer d’importants investissements, et ce sans la présence américaine (entreprises comme gouvernement : à préciser). Selon le président de la République, Emmanuel Macron, plus de 90 pays étaient réunis à ce sommet (près de la moitié des États du monde), plus de 50 projets ont été conclus et plus de 20 milliards d’euros d’engagements ont été actés[52]. En somme, les entreprises européennes du spatial ont pu conclure de multiples projets et obtenir de nombreux investissements afin de développer de nouveaux objectifs, moyens et innovations, ce qui contribue à l’autonomie spatiale européenne. Prenons un exemple pour illustrer concrètement les résultats de ce sommet. L’entreprise française Loft Orbital, spécialiste de l’exploitation mutualisée de satellites, a annoncé à l’issue de ce sommet un contrat d’un milliard de dollars avec la société émiratie Marlan Space pour le lancement de 50 satellites dotés d’intelligence artificielle embarquée[53].
Une Europe capable d’innovation et de progrès, ouvrant la voie à une autonomisation
S’il a été montré que le Vieux Continent reste assez dépendant de puissances étrangères comme les États-Unis, il est tout aussi important de souligner que les Européens demeurent forts et influents dans le spatial, grâce à leurs atouts propres.
Nous avons vu qu’il existait une concurrence entre acteurs européens, qui laisse parfois des entreprises sur le carreau. Mais il faut avant tout comprendre que la concurrence stimule l’innovation. L’économiste Joseph Schumpeter a développé cette idée à travers le concept de « destruction créatrice ». Selon lui, l’économie progresse parce que les innovations détruisent des activités anciennes pour en créer de nouvelles. Le mécanisme se déroule en trois temps. D’abord, l’entrepreneur introduit une innovation (nouvelle technique, nouveau produit, nouveau mode d’organisation). Ensuite, celle-ci rend les anciens produits, techniques et modes d’organisation obsolètes, moins rentables, voire inutiles : ils disparaissent ou se transforment pour mieux s’adapter à l’époque. Enfin, de nouvelles activités, entreprises et emplois apparaissent à leur place, ce qui renouvelle l’économie en continu[54].
L’Europe met en place cette logique de concurrence pour stimuler l’innovation et le progrès spatial. L’exemple le plus typique est celui du programme European Launcher Challenge, lancé par l’ESA en 2025. Celui-ci consiste en un appel d’offres compétitif visant à diversifier l’offre de lancement européenne, la rendre plus concurrentielle et rétablir l’accès indépendant de l’Europe à l’espace, fragilisé par le retrait d’Ariane 5 en 2023. Cinq entreprises ont ainsi été présélectionnées pour ce défi : Isar Aerospace (Allemagne), MaiaSpace (France), Orbex (Écosse), PLD Space (Espagne) et Rocket Factory Augsburg (Allemagne). À noter qu’en février 2026, l’entreprise écossaise s’est retirée du programme. L’objectif de ces entreprises est d’atteindre l’orbite avec leurs fusées respectives avant fin 2027 afin de pouvoir devenir fournisseurs de l’ESA[55]. Les entreprises présélectionnées ont donc intérêt à réussir la mise en orbite pour accéder à un marché beaucoup plus vaste et accroître leurs profits. Cette stratégie concurrentielle favorise ainsi le progrès et l’innovation, et vise à assurer l’autonomie de l’Europe dans l’espace.
De plus, une concurrence existe aussi sur le plan financier : la France et l’Allemagne se disputent la place de premier contributeur de l’ESA[56]. Arriver en tête de cette rivalité, c’est montrer quel État a le plus d’influence financière dans le spatial. Or cette rivalité a été remportée en 2025 par l’Allemagne, avec une contribution de 5 milliards d’euros, contre 3,7 milliards pour la France, elle-même très proche de l’Italie (3,5 milliards)[57]. Cette compétition pour le financement de l’ESA incite donc chaque pays à apporter le maximum, ce qui augmente le financement de l’Agence spatiale européenne, utilisé pour des projets et des investissements et qui stimule ainsi l’innovation et le progrès. Cette logique est confirmée par le fait que 2025 est l’année où l’ESA a obtenu le financement le plus élevé de son histoire : 22,1 milliards d’euros[58].
Par ailleurs, les pouvoirs publics stimulent l’innovation des entreprises du New Space européen par d’importants financements. Par exemple, l’État français a versé environ 400 millions d’euros à quatre start-up françaises du lancement spatial[59]. Cette politique économique, plutôt étatiste, aide alors les entreprises françaises du spatial à tenir leurs ambitions et à mener à bien leurs projets innovants. L’État n’est d’ailleurs pas la seule entité publique à financer des entreprises du spatial : la région Normandie, par exemple, s’est engagée à verser 3 millions d’euros à MaiaSpace pour soutenir la construction de ses lanceurs[60].
L’Europe parvient également à concurrencer directement certains acteurs américains sur le marché des lancements de satellites. C’est par exemple le cas d’Arianespace qui, en 2026, a réussi à placer en orbite une série de 32 satellites d’Amazon Leo (ex-Project Kuiper), société pourtant américaine, avec la fusée Ariane 6 d’ArianeGroup[61]. Si les Européens ont longtemps eu besoin des Américains pour lancer leurs satellites, le rapport de force semble s’être partiellement inversé. En effet, Amazon prévoyait d’envoyer un très grand nombre de satellites en peu de temps, ce qui l’a poussée à diversifier ses contrats de lancement avec plusieurs entreprises, dont Arianespace. Amazon avait aussi recours à plusieurs entreprises de lancement pour limiter les risques en cas de problème avec l’une d’entre elles. Elle se voyait donc, au vu de son agenda, dépendante des entreprises chargées de lancer ses satellites et, in fine, dans une certaine mesure, d’Arianespace.
D’autant que les Américains, pourtant premiers dans le domaine du spatial, subissent des échecs dont il est difficile de se relever. Pensons notamment à New Glenn, la fusée de Blue Origin (société de Jeff Bezos), détruite en mai 2026, en Floride, lors d’un essai statique de ses moteurs. Cette fusée devait pourtant servir à lancer de nombreux satellites de la constellation Amazon Leo (ex-Project Kuiper), mais aussi à envoyer l’atterrisseur Blue Moon Mark 1 à la surface de la Lune, fin 2026, dans le cadre du programme Artemis. Cet incident a suscité de l’incertitude, voire de l’inquiétude, chez les Américains[62], et plus encore chez Blue Origin, pourtant considérée comme l’une des meilleures entreprises du New Space. Il montre que les Américains ne sont pas infaillibles et sont eux aussi sujets à des faiblesses.
Enfin, il faut garder à l’esprit que les Européens n’ont pas les mêmes moyens financiers que les Américains et doivent donc prioriser certains projets et objectifs plutôt que d’autres. Par exemple, les Européens n’ont pas, pour l’instant, pour objectif prioritaire d’assurer eux-mêmes l’accès de leurs astronautes à l’espace. Ils préfèrent se concentrer sur la production et la sécurisation des lancements afin de pouvoir mettre en orbite tous les satellites prévus. Il ne faut donc pas se bercer d’illusions sur les objectifs spatiaux de l’Europe en imaginant qu’elle souhaite dès maintenant rattraper tout son retard en termes d’innovations et de réussites symboliques dans l’espace : ce rattrapage ne se fera que sur le long terme, selon les priorités du moment des différents acteurs européens[63].
Quel avenir géopolitique pour le spatial ?
Cette dernière partie se veut prospective. Mais qu’est-ce que la prospective, concrètement ? Ce concept désigne la capacité à se projeter dans l’avenir pour le construire plutôt que le subir[64]. La situation géopolitique actuelle révèle une augmentation des conflits, tant en violence qu’en intensité au sens de Clausewitz : en Ukraine, mais aussi en Palestine ou en Iran, les guerres de haute intensité se sont multipliées. L’Europe et, plus particulièrement, la France se doivent de faire de la prospective, non seulement pour comprendre le futur, mais aussi et avant tout pour pouvoir le façonner. Évidemment, cette partie n’entend ni détenir une vérité absolue ni dire ce qu’il faut faire, mais plutôt essayer de comprendre ce qui pourrait se passer dans un futur incertain, et quelles solutions s’offrent pour agir et faire valoir nos intérêts. Cette partie sera aussi plus courte que les précédentes, car la prospective n’invite pas à entrer dans les détails : le futur ne fournit pas de matière précise. À noter que les éléments cités ne sont que des hypothèses et ne prétendent pas prédire parfaitement, ni sans contestation possible, ce qui se déroulera d’ici plusieurs années.
Le spatial, vers la construction d’un terrain de jeu de plus en plus complexe mettant à mal l’Europe
La première analyse prospective prévoit une hausse de la militarisation de l’espace, pour trois raisons.
Tout d’abord, on observe une brutalisation croissante des sociétés occidentales : la violence politique s’est intensifiée. Plusieurs exemples l’illustrent. Il y a d’abord un repli identitaire des peuples en Europe, qui entraîne une montée en puissance des partis extrémistes et populistes : Reform UK au Royaume-Uni, l’AfD en Allemagne, Fratelli d’Italia en Italie ou encore le Rassemblement national en France. Cette montée des partis populistes s’accompagne d’ailleurs d’une polarisation de la société, avec d’un côté une gauche radicale, voire une extrême gauche très puissante, et de l’autre une extrême droite tout aussi forte, comme c’est par exemple le cas en France ou aux États-Unis. Cette polarisation tend à mener au pouvoir des partis beaucoup moins modérés que la moyenne, comme c’est le cas de Donald Trump aux États-Unis. Comme ce dernier l’a montré tout au long de son second mandat, notamment, une politique violente se met en place lorsque ces partis sont au pouvoir, y compris dans le domaine spatial. Les États-Unis ont en effet fait le choix de militariser l’espace, avec des armes spatiales capables de contrer des actions hostiles (même si nous n’avons pas plus d’informations sur le sujet) et avec la création d’une branche de l’armée spécialisée dans l’espace, l’US Space Force[65]. À l’ère de ce repli identitaire partout en Occident, d’autres équivalents de Donald Trump pourraient arriver au pouvoir en Europe, notamment via l’AfD, et y propager une politique militaire et offensive dans l’espace. De plus, qui dit repli identitaire dit aussi affaiblissement de l’Europe, et plus particulièrement de l’UE, qui agit aussi dans le domaine spatial. Le multilatéralisme s’effacera sûrement au profit d’accords bilatéraux sur l’espace, donc moins harmonisés puisqu’ils ne concernent que deux États. D’ailleurs, sans parler de repli identitaire, il est probable qu’en réaction à cette politique de Donald Trump, les autres puissances qui en ont les moyens participeront, à long terme, à cette militarisation de l’espace pour ne pas être vulnérables face aux États-Unis. Le premier facteur de la future militarisation intense de l’espace s’explique donc par ces deux raisons.
La deuxième explication possible de cette future hausse de la militarisation de l’espace est celle d’une guerre à plus grande échelle. En effet, nombreux sont les penseurs qui voient aujourd’hui le monde comme une opposition manichéenne entre les États-Unis et la Chine[66]. Robert Gilpin l’avait déjà théorisé avec son concept de « cycle hégémonique ». Après chaque guerre de grande ampleur, un État s’impose comme hégémon ; il s’agit aujourd’hui des États-Unis, depuis la Seconde Guerre mondiale. Mais, au fil du temps, le coût de l’hégémonie devient de plus en plus important, comme c’est actuellement le cas pour les Américains avec la guerre en Iran, ou encore avec le désengagement des États-Unis vis-à-vis de l’Europe. De plus, les technologies et le savoir-faire se diffusent vers les rivaux, qui arrivent à rattraper leur retard. Ainsi, une puissance montante émerge, en l’occurrence la Chine, et conteste l’ordre établi. Une guerre éclate alors entre ces deux puissances et, à son issue, façonne un nouvel ordre mondial[67]. La Chine ne cache d’ailleurs pas son ambition de devenir la première puissance mondiale d’ici 2049, année du centenaire du régime communiste. Cette guerre, une fois déclenchée, se prolongera dans l’espace, puisque les technologies nécessaires seront assez développées et que l’espace sera un outil de guerre extrêmement avantageux pour celui qui l’utilise. Il est en effet très difficile, bien que pas impossible, d’attaquer depuis la Terre un objet situé dans l’espace.
Enfin, la probable hausse de la militarisation de l’espace s’expliquerait par les ressources qui y seront découvertes. L’espace est encore méconnu et l’humain n’en a découvert jusqu’à présent qu’une infime partie. Pour autant, les découvertes se multiplient chaque jour, et des ressources utilisables seront forcément explorées. Mais lorsqu’une abondance de ressources spatiales rares sera révélée, cela créera une rivalité entre États pour les récupérer et les exploiter. Des affrontements militaires auront donc lieu pour s’accaparer ces ressources, notamment entre pays rivaux. D’autant que la plupart des ressources seront récoltées par des pays du Nord ou émergents, comme la Chine, l’Inde ou la Russie, laissant la très grande majorité des pays du Sud sans ces ressources, ce qui pourrait être un facteur de guerres tant intra-étatiques qu’interétatiques. À noter d’ailleurs que ces ressources seront peut-être utiles dans des domaines comme la santé ou la limitation de la pollution, et pourraient alors être bénéfiques pour l’ensemble du globe si elles sont bien utilisées.
Pour autant, il est peu probable qu’il y ait une guerre au sens traditionnel du terme, opposant deux armées sur un champ de bataille spécifique. On voit mal comment ce type de guerre pourrait concrètement se dérouler dans une zone géographique comme l’espace. Compte tenu de cela, une nouvelle manière de faire la guerre verra probablement le jour. Des actions hostiles dans l’espace ont d’ailleurs déjà eu lieu, même si l’on ne peut pas encore parler de guerre : c’est le cas du brouillage des satellites Starlink par les Russes dans le cadre de la guerre en Ukraine, destiné à empêcher les communications au sein de l’armée ukrainienne, qui utilisait cette constellation pour échanger des informations sensibles[68].
La France et l’Europe, ou la nécessité d’un sursaut
Face à ces scénarios probables, voire face à la simple situation géopolitique actuelle, dont les conséquences touchent le spatial, l’Europe et la France doivent réagir. Plusieurs moyens s’offrent à elles pour avoir une influence future dans le domaine spatial.
Tout d’abord, il faut comprendre qu’actuellement la France est puissante et reconnue à l’international pour deux raisons : son rôle de pilier des Droits de l’Homme et sa dissuasion nucléaire. Elle doit absolument jouer sur ces deux leviers pour garder une place importante dans le spatial. Comment les concrétiser ?
Concernant les Droits de l’Homme (DDLH), la France se doit de les imposer dans l’espace pour perpétuer ce qui a longtemps fait, et fait toujours, sa force : la protection des DDLH. Cette protection peut se faire de différentes manières : soit par l’impulsion d’un traité international relatif aux Droits de l’Homme dans l’espace, qui insisterait non seulement sur la protection des individus présents dans cette zone géographique, mais aussi sur celle de toute forme de vie qui pourrait y exister. Elle peut également le faire par la médiation en cas de conflits entre États dans l’espace ; c’est d’ailleurs pour cela qu’elle devrait développer des acteurs de « Two Track Diplomacy » (diplomatie parallèle), à l’instar du Centre pour le dialogue humanitaire (HD) en Suisse ou de la Crisis Management Initiative (CMI) en Finlande. Cet intérêt pour les Droits de l’Homme peut aussi se manifester par le lobbying français auprès d’autres États pour la mise en place de règles pacifiques dans l’espace, par l’usage du droit de veto à l’ONU en cas de dérives, ou encore par des résolutions visant à protéger les DDLH dans l’espace. Mais le point crucial est qu’elle doit être innovante dans ce domaine et ne pas laisser un autre pays également porteur des DDLH, comme les pays scandinaves par exemple, s’emparer de cet outil d’influence.
Concernant la dissuasion, il est nécessaire que la France se prépare au plus vite à une militarisation de l’espace, qui paraît inévitable, comme rappelé précédemment. Ainsi, pour ne pas être désemparée face à une quelconque menace, elle doit être en mesure de construire des armes de défense assez puissantes pour dissuader tout État rival de l’attaquer, comme le fait l’actuelle bombe nucléaire. Cette logique instaurerait une « Pax Cosmica »[69], c’est-à-dire un équilibre empêchant, par la dissuasion, tout conflit majeur dans l’espace.
Concernant l’Europe, maintenant, deux solutions opposées s’offrent à elle pour rester compétitive dans le domaine spatial et ne pas se laisser submerger par des puissances étrangères.
D’un côté, l’Europe peut tenter de renforcer son unité, dans une logique plus fédéraliste. Cette solution viserait à adopter une politique commune en matière de défense, de marché, de diplomatie et, donc, d’espace, pour plus d’harmonie et d’efficacité entre les acteurs. L’EU Space Act de 2025 va d’ailleurs dans ce sens : il prévoit un marché unique des activités spatiales dans l’UE et remplace le patchwork de lois nationales par un cadre harmonisé[70]. Une concurrence subsisterait, mais limitée à un nombre précis d’acteurs, pour optimiser les aides financières aux entreprises ainsi que les services qu’elles rendent. L’offre s’adapterait à la demande, plutôt que de chercher une demande pour son offre. Les États garderaient cependant une certaine marge de manœuvre, comme dans le modèle états-unien. Mais si cette solution est envisagée par les dirigeants politiques des États membres, il est essentiel qu’elle se fasse de manière démocratique, notamment par référendum. Ce fédéralisme peut se construire à partir de l’Union européenne ou bien sur de nouvelles bases, au sein d’une nouvelle organisation. Dans les deux cas, cette organisation, nouvelle ou non, doit être le plus démocratique possible. Dans cette logique, un ministère de l’espace pourrait ainsi être créé, entièrement dédié à cette activité, ce qui semble aujourd’hui manquer dans la plupart des pays européens, où les activités spatiales sont dispersées entre plusieurs ministères. Cette idée d’un ministère de l’espace serait assez difficile à mettre en place actuellement à l’échelle nationale, puisque les différentes crises budgétaires à travers l’Europe dissuadent toute augmentation du nombre de fonctionnaires et toute création d’appareils étatiques nouveaux. Cette mesure permettrait aussi, si elle était adoptée (ce qui paraît d’abord difficile), d’atténuer le repli des peuples européens. Mais le raisonnement est circulaire : si cette forme fédéraliste de l’Europe est adoptée, elle doit l’être démocratiquement ; or le repli des peuples porte une logique antifédéraliste. Cette Europe unie, censée pouvoir lutter contre le nationalisme des pays européens, ne peut donc être adoptée qu’avec leur accord, ce qui semble difficilement réalisable. La question reste toutefois ouverte au débat.
De l’autre côté, la solution serait peut-être moins d’Europe unie. En effet, à l’heure actuelle, les peuples ne semblent pas favorables à un fédéralisme européen ; leur volonté, si tant est qu’elle soit majoritaire, doit être respectée dans toute démocratie. Ainsi, une solution conforme à la volonté des peuples doit être trouvée. Il faudrait alors régler la crise budgétaire et financière touchant la grande majorité des États européens, en stimulant au maximum l’innovation, ainsi que les secteurs et les start-up les plus prometteurs. L’industrie et l’économie seraient donc les domaines à prioriser et, à l’inverse, d’autres seraient lourdement pénalisés, tels que la santé, le social ou l’éducation, trois secteurs importants des dépenses publiques, notamment en France. Mais il est certain qu’un mécontentement populaire émergerait à la suite de ces coupes budgétaires austères. Cependant, une fois la crise surmontée, les pays européens retrouveraient une forte attractivité économique et des budgets rééquilibrés ; les ressources financières des États augmenteraient considérablement, ce qui permettrait la création d’un ministère de l’espace dans chaque pays, ainsi qu’une plus grande attention portée à ces enjeux. D’ailleurs, pour que l’opinion publique comprenne mieux l’importance du spatial, une plus grande sensibilisation pourrait être mise en œuvre, par exemple dans les programmes scolaires. De plus, moins d’Europe unie passe aussi par un assouplissement des règlements et directives européens, actuellement trop nombreux pour permettre aux entreprises d’être efficaces, car elles se retrouvent restreintes par une multitude de normes. Mais cet assouplissement entraînerait par exemple une diminution des obligations liées aux enjeux écologiques, consacrées dans la législation de l’Union européenne.
Ainsi, deux modèles s’opposent, et chacun possède des avantages comme des inconvénients. Un travail de proportionnalité est alors nécessaire pour peser le pour et le contre de chaque solution et agir en conséquence. En tout cas, ce qui est sûr à l’heure actuelle, c’est que l’Europe, si elle poursuit sur cette dynamique, s’enfoncera dans la dépendance technologique, économique et même politique.
Quelles conséquences plausibles à une Europe gagnante, et à une Europe perdante ?
Qu’entend-on par une Europe gagnante ?
Une Europe gagnante est, en clair, une Europe parvenue à l’autonomie, ce qui ne signifie pas une indépendance totale à l’égard des puissances étrangères, mais simplement la capacité d’envoyer ses propres satellites en orbite avec un nombre suffisant de lanceurs, qui plus est réutilisables. En effet, pour l’instant, l’enjeu spatial européen est bien celui-ci : posséder un nombre suffisant de lanceurs pour envoyer tous les satellites prévus, afin de ne pas prendre de retard sur les autres puissances spatiales, notamment les États-Unis et la Chine. Si les Européens remplissent cet objectif, d’autres succès devront être atteints, notamment la présence d’un Européen sur la Lune ou encore la constitution d’une station spatiale uniquement européenne, puisque l’ISS, qui se veut pourtant internationale, est actuellement sous tutelle informelle américaine, comme en témoigne le poids des américains dans le financement de l’ISS, l’accès à la station et le calendrier largement piloté par Washington. Tous les exploits réalisés depuis le début de la conquête spatiale doivent aussi figurer à l’agenda européen. En parallèle, les Européens doivent absolument innover dans le secteur spatial, pour ne pas se contenter de suivre les autres puissances et prétendre avoir leur place parmi les plus grandes. Ces innovations peuvent toucher de multiples aspects du spatial : les armes lourdes évoquées précédemment, capables d’instaurer une dissuasion ; la communication quantique dans l’espace, étudiée en ce moment mais pas encore opérationnelle ; ou, plus simplement, la réutilisabilité totale d’un lanceur, qui n’est pour l’instant que partielle. Si les Européens réussissent l’objectif initial d’avoir assez de lanceurs pour le nombre de satellites à envoyer, les investisseurs n’auront plus de doutes ni de craintes à investir dans de nouveaux projets européens, ce qui permettrait de financer les objectifs rappelés ci-dessus. Ce cercle vertueux entraînera progressivement un apport financier continu, qui permettra l’innovation. Ce n’est qu’une fois ce retard rattrapé, et des innovations trouvées et mises en œuvre, que les Européens pourront prétendre être parmi les plus grandes puissances spatiales, voire devenir hégémon sur le long terme, puisque les Américains sont voués à décliner et la Chine à s’affaiblir en cas de guerre entre les deux. Des innovations européennes pourraient d’ailleurs rendre d’autres États dépendants de l’Europe dans le spatial. Mais si ce statut hégémonique est atteint, le plus compliqué sera de le maintenir, surtout face à des puissances spatiales grandissantes comme l’Inde ou le Japon.
Qu’entend-on par une Europe perdante ? Une Europe perdante se traduirait par l’incapacité à se doter de suffisamment de lanceurs pour le nombre de satellites à envoyer. Mais l’échec pourrait aussi se manifester par une incapacité à élaborer un lanceur réutilisable, projet sur lequel plusieurs start-up européennes travaillent, comme MaiaSpace en France. Si ces deux échecs se cumulent, il sera très difficile pour les Européens d’attirer des investisseurs pour financer de futurs projets. Ainsi, l’Europe continuera à accumuler du retard sans forcément pouvoir se lancer dans des recherches innovantes, et se limitera au mieux à vouloir rattraper son retard. D’ailleurs, les innovations des puissances étrangères se multiplieront probablement à long terme, ce qui rendra les Européens encore plus dépendants à l’avenir. L’ambition spatiale hégémonique tombera sans doute à l’eau. Le seul moyen de lutter contre cette fatalité serait de disposer d’un apport financier important, ce que l’Europe n’a pas pour l’instant : elle peine déjà à financer les projets actuels. Un affaiblissement de ce type dans le domaine spatial entraînerait d’ailleurs très probablement un déclassement de l’Europe à l’échelle mondiale, puisque le spatial combine défense, sécurité, diplomatie, économie et même culture : si le spatial européen se fragilise, ces autres domaines s’affaibliraient aussi, dans une moindre mesure. Par exemple, ne pas être en mesure de proposer sur le marché des lanceurs réutilisables, alors que de nombreuses entreprises européennes travaillent sur ce projet, pourrait donner l’impression d’un manque d’efficacité de l’Europe, qui serait moquée diplomatiquement par des États rivaux.
Notes de bas de page
[1] Mealha Quirino (13 mai 2026). Visite de Trump en Chine : Musk, Cook et Huang participent aux pourparlers commerciaux. Euronews
[2] Contributeur(s) de la Cité de l’espace (19 décembre 2025). Donald Trump fixe le cap du spatial américain à l’horizon 2030. Cité de l’espace
[3] Contributeur(s) de Orbital Radar (2026). Satellites par pays – toutes les nations classées. Orbital Radar
[4] Marchand Leïla (26 août 2015). Comment une fusée nazie aurait pu envoyer un britannique dans l’espace. Slate.fr
[5] ensemble des éléments d’un système spatial placés en orbite ou dans l’espace (satellites ou véhicules, avec leur plateforme et leur charge utile), qui réalisent la mission et sont pilotés depuis le segment sol.
[6] ensemble des moyens installés sur Terre qui permettent de commander les engins spatiaux, de recevoir leurs données et de les exploiter.
[7] Fox William T. R. (1944). The Super-Powers: The United States, Britain, and the Soviet Union – Their Responsibility for Peace. Harcourt Brace
[8] Bossuat Gérard (date inconnue). Avril 1948-septembre 1951 : le plan Marshall. Ministère des armées
[9] Vandevoorde Antoine (2019). La course à l’espace, la guerre froide mise sur orbite. Les Yeux du Monde
[10] Nye Joseph (2004). Soft Power : The Means To Success in World Politics. Public Affairs
[11] Contributeurs à Wikimedia Commons (2026). Data:Orbital launches by country.tab. Wikimedia Commons
[12] Boucher Marc (2026). L’économie spatiale mondiale grimpe en 2025 alors que l’Europe rétablit sa capacité souveraine de lancement. SpaceQ
[13] Brown Hannah (2026). Le patron de l’ESA dévoile un plan de 10 mds€ pour aller dans l'espace sans la NASA. Euronews
[14] Contributeurs de l’ESA (date inconnue). Soyouz. ESA
[15] Nossel Suzanne (2026). Hedging in Geopolitics Is the New Normal. Foreign Policy
[16] Wohrer Paul (2026). L’espace, îlot de coopération dans un monde divisé ? Ifri
[17] Zhao Zhijin (2026). Un nouveau jalon historique : un astronaute pakistanais dans la station spatiale chinoise en 2026. Le Soleil
[18] Martin Anne-Sophie et Wohrer Paul (2024). Les accords Artemis. Une stratégie américaine pour la gouvernance lunaire. Ifri
[19] Doctrine économique visant à limiter les importations d’un État aux seules ressources rares et aux produits qu’il ne peut pas produire, et à maximiser ses exportations de biens manufacturés. L’objectif est de gagner le rapport de force économique pour s’enrichir, puis de réinvestir ces richesses, notamment dans l’armée ou le pouvoir d’achat.
[20] Doctrine économique visant à protéger et favoriser les entreprises d’un État par la mise en place de droits de douane, quotas d’importation ou encore normes contraignantes, notamment, afin d’obtenir un avantage sur le marché tant national qu’international, sur le long terme.
[21] Chaaban Florian (2025). Donald Trump double les droits de douane sur l’acier et l’aluminium pour des raisons de « sécurité nationale ». toutel’europe.eu
[22] Féraud Jean-Christophe (2026). SpaceX et Blue Origin boycottent le Sommet spatial de Macron sous l’amicale pression de Trump. Libération
[23] Mount Gavin (2013). Hedley Bull’s Neomedievalism. WordPress
[24] Contributeurs d’ASTRES (2026). Qui Pilote L’Europe Spatiale ? ASTRES
[25] Hainaut Béatrice (2026). Géopolitique et enjeux diplomatiques de la France. Diplomatie n°93
[26] Activité d’influence ou de pression sur le pouvoir politique (source : Géoconfluences).
[27] Perrier Agathe (2026). 382 millions d’euros : les dépenses pharamineuses des grandes entreprises pour faire du lobbying à Bruxelles. La Tribune
[28] Contributeurs du Journal des Entreprises (2025). Latitude n’est pas retenue par l’agence spatiale européenne pour son European Launcher Challenge. Le Journal des Entreprises
[29] Parsonson Andrew (2026). Orbex Fails After Planned Purchase Falls Through. European Spaceflight
[30] Contributeurs du CNES (date inconnue). Ariane 1 à 4 en détails. CNES
[31] Charmeau Alain (2019). Où va la filière des lanceurs européens ? Institut Mines-Télécom
[32] Contributeurs de TeleSatellite (2013). Le satellite SES-8 lancé avec succès par Falcon-9 de Space X. TeleSatellite
[33] Contributeurs d’Orbital Radar (2026). Combien de satellites Starlink sont en orbite ? Orbital Radar [34] Corot Léna (2017). SpaceX annonce un premier lancement avec un Falcon 9 réutilisé. L’Usine Nouvelle
[35] Contributeurs de Toulouse Space Team (2023). Cartographie du NewSpace européen. Toulouse Space Team
[36] Des investisseurs mettent de l’argent dans des entreprises à très fort potentiel de croissance, en échange d’une part de l’entreprise, appelées capital ou, plus précisément, actions, mais sans garantie que l’entreprise ne fera pas faillite ni qu’elle atteindra la croissance prévue, d’où la notion de risque.
[37] Contributeurs de Bpifrance (2026). New Space vs Old Space : quelles opportunités pour les entreprises ? Bpifrance [38] Contributeurs d’ArcticToday (2026). Advancing sovereign intelligence from space: ICEYE launches six new satellites aboard Transporter-16. ArcticToday
[39] Contributeurs de KeepTrack (2026). Capella. KeepTrack [40] Contributeurs de DLR (2026). First orbital flight of the SPECTRUM commercial launch vehicle from Germany. DLR
[41] Contributeurs d’Exolaunch (2026). ‘Onward and Upward’ Mission. Exolaunch
[42] Contributeurs de BFMBusiness (2026). Une première pour une entreprise privée depuis l'Europe continentale: la start-up allemande Isar Aerospace réussit la mise en orbite de sa fusée Spectrum. BFMBusiness
[43] Contributeurs du Consilium (2026). Le secteur européen des semi-conducteurs. Consilium
[44] Contributeurs de l’ESA (date inconnue). Spherical Systems’ chip design drives satellite power management. Commercialisation.esa.int
[45] Contributeurs des Nations Unies (1945). Charte des Nations Unies, Chapitre I : Buts et principes. Welcome to the United Nations
[46] Duclos Nathalie (2026). Cours intitulés Organisations Internationales dispensés à l’Université de Tours. Université de Tours
[47] Devin Guillaume (2020). L’avenir du multilatéralisme. Pourquoi le multilatéralisme est-il résilient et fragile malgré tout ? Sciences Po
[48] SpaceRef (2003). La Commission européenne met à jour le COPUOS sur la politique spatiale européenne. SpaceNews
[49] Contributeurs de l’IADC (2019). Member Agencies List. IADC
[50] Contributeurs des Nations Unies (date inconnue). Membres actuels | Conseil de sécurité. Welcome to the United Nations
[51] Duclos Nathalie (2026). Cours intitulés Organisations Internationales dispensés à l’Université de Tours. Université de Tours
[52] Macron Emmanuel (2026). Le Sommet sur l’espace, c’est plus de 90 pays rassemblés à Paris, plus de 50 projets et plus de 20 milliards d’euros d’engagements. Continuons à viser haut ! Facebook
[53] Dansette Christophe (2026). Sommet spatial : à Paris, l’Europe cherche sa place entre les Etats-Unis et la Chine. France24
[54] Schumpeter Joseph (1942). Capitalisme, socialisme et démocratie. Hypotheses.org
[55] Contributeurs de l’ESA (2026). European Launcher Challenge. ESA
[56] Contributeurs d’ASTRES (2026). Qui Pilote L’Europe Spatiale ? ASTRES
[57] Contributeurs du GIFAS (2025). L’Europe renforce sa souveraineté spatiale : des décisions clés à la conférence ministérielle de l’ESA. GIFAS
[58] Touja Jacques (2025). Budget de l’ESA 2025 : un record de 22,1 milliards d’euros approuvé au CM25. Agences-Spatiales.fr
[59] Connin Bertrand (2026). Fusées réutilisables : la France mise sur l’usine MaiaSpace de Vernon pour réconquérir son autonomie spatiale. Revue économique de France
[60] Pinaud Olivier (2025). Le gouvernement fait de MaiaSpace un acteur souverain pour l’accès à l’espace. Le Monde
[61] Contributeurs d’ArianeGroup (2026). Arianespace lance avec succès une seconde série de 32 satellites Amazon Leo avec Ariane 6. ArianeGroup
[62] Henarejos Philippe (2026). New Glenn, la fusée géante de Blue Origin, explose sur son pas de tir. Ciel & Espace
[63] Entretien avec un professionnel du secteur spatial en octobre 2026
[64] Degron Robin (2022). La prospective, à quoi ça sert ? Revue politique et parlementaire
[65] Torquebiau Marion (2026). Armes spatiales : les États-Unis envoient un signal fort à la Russie et à la Chine. Les Echos
[66] Bauer Alain (2026). Criminalité, États, guerres secrètes : la face cachée de la géopolitique ! LEGEND
[67] Gilpin Robert (publié en ligne en 2010). War and Change in World Politics. Cambridge University Press
[68] Cousin Victor (2026). Guerre en Ukraine : « Un nouvel outil de défense », la Russie déploie le Volna Kupol Garant, un système de brouillage anti-Starlink. LeParisien
[69] Néologisme inventé par l’auteur de l’article [70] Contributeurs de la Commission européenne (2025). EU Space Act. Europa.eu