L'étude porte sur la cohérence entre les mesures Cas A et les mesures Cas B de l'Agence Nationale des Fréquences (ANFR), ainsi que sur l'impact du choix des mesures Cas B pour définir les Points atypiques
👉 La problématique. Jusqu'à l'été 2024, L'ANFR a défini les points atypiques à partir des mesures du Cas A de son protocole de mesure. Les Expositions du Cas A sont obtenues avec un champmètre équipé d'une sonde large bande. Elle a ensuite opté pour une autre définition des points atypiques, en remplaçant les mesures du Cas A par les mesures du Cas B. Ces dernières sont obtenues avec un analyseur de spectre.
La problématique liée au changement du type de mesures provient du fait qu'en général, les mesures du Cas B ont une valeur inférieure à celles des mesures du cas A,
Le but de l'analyse statistique est d'étudier comment les deux types de mesure se comparent en valeur et d'évaluer l'impact du type de mesure sur l'identification des points atypiques.
👉 Origine des mesures. Les mesures utilisées proviennent du site ANFR Cartoradio. Un fichier global unique a été construit à partir des différents fichiers ANFR extraits de Cartoradio.
Ce fichier contient 87006 mesures distinctes, une "mesure" correspondant ici à une intervention sur site d'un laboratoire agréé ANFR. Le laboratoire pendant son intervention releve toutes les informations liées aux niveaux d'Exposition et réalise plusieurs mesures d'Exposition.
Dans le cas où le maximum d'information est relevé, une "mesure" du fichier comprend une mesure cas A (enregistrement de toutes les fréquences en une seule passe) et plusieurs mesures Cas B, chacune étant dédiée à une bande de fréquences spécifique. La mesure Cas B mentionné ci-après est le cumul (somme quadratique) de toutes les mesures Cas B (composantes spectrales) relevées lors d'une intervention.
👉 Définition de la cohérence. La cohérence entre les Expositions du cas A (mesure de toutes les fréquences) et celles du Cas B (valeur reconstruite à partir de toutes les mesures des composantes spectrales du Cas B) est quantifiée par le ratio (Cas A - Cas B) / Cas A en pourcentage.
Le ratio est strictement positif si Cas A > Cas B,
Il est nul si Cas A = Cas B,
Il est négatif si Cas B < Cas A,
Le ratio par construction est dans tous les cas inférieur ou égal à 100 %.
👉 Contraintes de l'étude
L'exposition Cas A est prise supérieure ou égale à 0,1 V/m pour limiter le bruit dans les données (la sensibilité de la sonde à large bande est en effet en général de l'ordre de 0,2 V/m et la cohérence fait intervenir l'exposition Cas A au dénominateur de formule).
La période étudiée commence en 2014. L'ANFR avant 2013 comptabilisait en effet les mesures des composantes fréquentielles du Cas B liées à la téléphonie mobile sous la forme de mesures extrapolées.
👉 Principales conclusions de l'étude (les histogrammes sont présentés ci-après)
Sur la période 2014 - 2026, on a Cas A > Cas B dans 81 % des cas. Le ratio de 81 % augmente :
Quand on restreint la période aux 5 dernières années : il passe à 85 % sur la période 2020 à 2026 ,
Quand on ne prend en compte que les fortes Expositions : il passe à 88 % pour les Cas A supérieurs ou égaux à 6 V/m.
La valeur médiane du ratio (Cas A - Cas B) / Cas A est proche de 13,5 % avec la population de mesures étudiée (Cas A >= 0,1 V/m).
Elle baisse un peu si on limite les Expositions aux seules fortes valeurs : environ 11,5 % quand les Cas A sont tous supérieurs à 6 V/m.
Dans le cas médian, on a donc typiquement Cas B = 86,5 % du Cas A (86,5 % est calculé comme 100 % - 13,5 %)
Pour les Expositions supérieures à 6 V/m, on obtient Cas B = 88,5 % du Cas A (88,5 % est calculé comme 100 % - 11,5 %)
On constate sur tous les histogrammes une cassure nette de la forme de l'histogramme dès que les ratios (Cas A - Cas B) / Cas A deviennent supérieurs ou égaux à 20 %. Il y a très peu de mesures avec un ratio supérieur à 20 %.
La cassure est encore plus marquée quand on ne retient que les Expositions supérieures à 6 V/m.
La cassure est constatée, mais pas expliquée à ce stade. Elle semble difficilement explicable par la physique des ondes, des antennes ou des mesures. Elle pourrait résulter de l'application d'une procédure (il ne s'agit pour l'instant que d'une hypothèse). Si c'était le cas, cela voudrait dire que l'Exposition Cas B dépend à la fois des mesures mais aussi d'une procédure appliquée pour réduire l'écart entre le Cas A et le Cas B.
L'impact du passage du Cas A au Cas B décidé par l'ANFR courant 2024 pour définir les points atypiques peut être quantifié en calculant le Cas A correspondant à un Cas B de 9 V/m qui définit depuis le 1er janvier 2026 le seuil des Points atypiques.
En utilisant les relations pour le cas médian 1) Cas B = 86,5 % du Cas A (lorsque l'on prend en compte toutes les mesures) et 2) Cas B = 88,5 % du Cas A (lorsque le Cas A > ou = à 6 V/m), on peut calculer la valeur du Cas A quand le Cas B vaut 9 V/m.
On obtient :
Cas A = 10,40 V/m (avec toutes les mesures),
Cas A = 10,17 V/m (avec seulement les mesures supérieures à 6 V/m).
Dit autrement, utiliser le Cas B pour définir les points atypiques revient à faire passer le seuil Cas A de 9 V/m à 10,17 V/m ou 10,40 V/m selon la population de mesures considérée. Cela revient à une augmentation en % du seuil Cas A de 13 % (pour les cas A > = 6 V/m) et de 16 % (pour tous les Cas A > 0,1 V/m). Cette augmentation est loin d'être négligeable !
Les 13% et 16% sont des augmentations typiques du seuil, calculées sur le ratio médian.