Les bovins du refuge

Chewbacca était un veau destiné à la boucherie, il avait perdu sa mère au sevrage. Nous l'avons racheté puis ramené au refuge à 7 mois. Il a été castré, puis petit à petit il a découvert la vie au pré, avec beaucoup de câlins et de copains.

Il est de race Highland Cattle, une race bovine écossaise très ancienne de la région des Highlands, aux poils longs . Puis Love , une génisse highland destinée à l'abattoir , a rejoint le refuge pour le plus grand bonheur de Chewbacca.




Thalasso-meuh :

Il est de mes animaux - et j'ai envie de dire de nous tous - l'un des plus réfléchis, des plus sensibles, des plus fidèles."

"J'aime les ruminants. Mais que connaissons-nous d'eux et qui sont-ils ?

Ils font partie de notre vie quotidienne par les morceaux que nous dégustons à table. Ces morceaux, même s'ils ont nom "museau" ou "oreille" n'évoquent à personne la vie à laquelle ils furent arrachés.

Lorsqu'il s'agit de cerfs, d'isards, de buffles, de girafes ou autres, ce qui en reste apparaît en "trophées". Rien n'est plus mort qu'un œil de verre dans une tête empaillée, rien n'est plus mort qu'une peau tannée.

Devant ces macabres ornements il faut imaginer la beauté qui, pour ce résultat, fut stoppée en plein miracle du mouvement.

On va, en foule, regarder ces fiers animaux vivants dans les zoos - et même dans leurs lointains pays - sans les voir. Mais s'il s'agit de "viande sur pied" : bovins, chèvres, moutons, on les voit plus vaguement encore et "regarder comme une vache qui regarde le train" se dit encore, quand il y a beau temps que les vaches ne regardent plus les trains, ni les avions, ni autres rabâchages en pleine évolution. Quand elles ont bien regardé quelque chose, cela ne les intéresse plus. L'attention qu'apportent les ruminants à l'objet qui les intéresse est étonnante. Ce qui ferait penser que si les vaches ont su regarder le train, peu d'hommes ont su regarder les vaches.

Le bovin, en effet, ne retient l'attention de personne. Pourquoi prêter à ce bifteck ambulant la moindre intelligence, le moindre sentiment ? Cela permet de ne le considérer dès la naissance qu'en denrée à exploiter.

Par réaction, je décidai, il y a dix ans, de prendre un petit veau parmi ces millions qui ne connaissent en trois ou quatre mois, que l'obscurité des batteries-supplices et l'abattoir. Je l'élevai avec la même affection et la même liberté d'expression qu'un chien aimé.

L'aventure en valait la peine.

J'ai pu démontrer par photographies dans mon récit "Mon bœuf et moi" (Editions L'Ame des Bêtes, 1976), comment, en dix années, Apis est devenu le membre le plus étonnant de notre famille.

Il est de mes animaux - et j'ai envie de dire de nous tous - l'un des plus réfléchis, des plus sensibles, des plus fidèles.

Les animaux cœur à cœur"

de Laure Delvolvé

Chewbacca notre petit "meuh"

Chewbacca & Love

« L’être humain se définit par sa capacité particulière à s’interroger sur les normes éthiques qui doivent le guider. C’est précisément pour cette raison qu’il va, un jour prochain, cesser de manger des représentants des autres espèces. Car la conscience et la raison dont il est doté lui font porter une responsabilité. La responsabilité liée à tout choix moral. Contrairement aux animaux non humains, nous avons le choix de ce que nous mangeons. » Aymeric Caron

L'art du coup de boule par Chewby & co

" J'aimerais vous raconter une histoire touchante et vraie. Après avoir obtenu mon diplôme à l'école vétérinaire de Cornell, j'ai fréquemment exercé dans les exploitations laitières de Cortland. J'y étais appréciée du fait de la douceur de mes interventions sur les vaches.

L'un de mes clients me sollicita un jour pour résoudre un mystère : la veille, dans une prairie, l'une de ses vaches Brune des Alpes avait mis bas pour la cinquième fois dans sa vie. Une fois rentrée à la ferme avec son nouveau-né, son veau lui fut retiré, et elle, conduite en salle de traite. Mais son pis était vide, et il le resta pendant plusieurs jours.

Après la naissance de son veau, cette vache aurait dû produire près de 47 litres de lait par jour. Cependant, et en dépit du fait qu'elle se portait bien par ailleurs, son pis restait vide. Elle partait au pré le matin après la première traite, revenait pour la traite du soir, et restait la nuit en prairie – c'était un temps où les bovins étaient autorisés à profiter un minimum de certains plaisirs au cours de leur vie – mais jamais son pis n'était gorgé de lait comme celui d'une vache qui a mis bas.

Je fus appelée deux fois sur place pendant la première semaine suivant son accouchement, mais je ne trouvai aucune explication. Finalement, le onzième jour, l'éleveur m'appela : il avait trouvé la réponse : la vache avait donné naissance à des jumeaux, et par un « choix de Sophie », elle avait livré l'un de ses veaux à l'éleveur et gardé l'autre dans un bois en bordure de prairie. Chaque jour et chaque nuit, elle retrouvait et nourrissait son petit – le seul qu'elle ait jamais pu garder auprès d'elle.

Malgré mes efforts pour convaincre l'éleveur de laisser la mère et son petit ensemble, il lui fut enlevé et envoyé dans l'enfer des box à veaux.

Pensez un instant au raisonnement complexe élaboré par cette maman. Premièrement, elle se rappelait la perte de ses précédents petits et la conséquence de rentrer avec eux à la ferme : ne plus jamais les revoir (une situation déchirante pour toute mère mammifère). Deuxièmement, elle formule un plan et l'exécute : si ramener son veau à la ferme signifie le perdre inévitablement, alors elle installera et cachera son autre petit dans les bois, comme les biches, jusqu'à son retour. Troisièmement – et je ne sais comment l'expliquer – au lieu de cacher les deux veaux, ce qui aurait attiré la suspicion de l'éleveur (une vache gestante quittant la ferme le soir, la même vache revenant au matin non-gestante mais sans progéniture), elle lui en a donné un et gardé l'autre. J'ignore comment elle a pu faire cela – il aurait été plus probable qu'une maman désespérée tente de cacher ses deux petits.

Tout ce que je sais, c'est qu'il se passe derrière ces yeux magnifiques beaucoup plus de choses que nous, humains, n'avons jamais voulu voir. En tant que maman, qui ai pu élever mes quatre enfants, et n'ai pas eu à souffrir de la perte d'un seul d'entre eux, je ressens sa douleur."

Holly Cheever, Docteur en médecine vétérinaire

Vice Presidente du New York State Humane Association

Source : blog de L214

La meuh connection:

Texte d'Ajahn Brahm

Ajahn Brahm est une personnalité du bouddhisme occidental. The cow that cried est l’une des histoires racontées dans son livre Who Ordered This Truckload of Dung ? (Wisdom Publications, 2005).

Traduit de l’anglais par Clémentine Guyard et Françoise Degenne

J'étais arrivé tôt à mon cours de méditation dans une prison à sécurité minimale. Un criminel que je n'avais encore jamais vu attendait pour me parler. C'était un géant, avec des cheveux en bataille, barbu, et les bras tatoués. Les cicatrices sur son visage montraient qu'il avait dû se trouver à maintes reprises dans de violentes bagarres. Il avait l'air si redoutable que je me demandai pourquoi il venait apprendre à méditer. Ce n'était pas le genre. Bien sûr, je me trompais.

Il me raconta que quelque chose s'était passé quelques jours auparavant qui lui avait fait dresser les cheveux sur la tête. Lorsqu'il commença à parler, je notai son accent prononcé d'Ulster [une des quatre provinces d'Irlande]. En guise d'historique, il me raconta qu'il avait grandi dans les rues violentes de Belfast. Il n'avait que sept ans à son premier coup de couteau. Une brute de l'école lui avait demandé l'argent qu'il avait pour déjeuner. Il avait dit non. L'autre avait alors sorti un grand couteau et lui avait demandé son argent une deuxième fois. Il avait pensé que cette brute bluffait et il avait de nouveau refusé de le lui donner. Il n'y eut pas de troisième fois : la brute planta simplement son couteau dans le bras de cet enfant de sept ans, le ressortit et partit.

Il me raconta avoir couru jusqu'à la maison de son père, en état de choc et le sang ruisselant le long du bras. Son père, au chômage, regarda la plaie et l'emmena dans la cuisine, mais pas pour panser la blessure. Il ouvrit un tiroir, prit un grand couteau de cuisine, le donna à son fils et lui ordonna de retourner à l'école et de poignarder son agresseur à son tour. C'est ainsi qu'il fut élevé. S'il n'était pas devenu si grand et fort, il y a longtemps qu'il serait mort.

La prison était une prison agricole où les condamnés à de courtes peines et les prisonniers qui approchaient de leur libération pouvaient se préparer à la vie extérieure en apprenant un métier dans l'industrie agricole. La production de la ferme de la prison approvisionnait en outre toutes les prisons autour de Perth avec de la nourriture bon marché, ce qui maintenait des prix bas.

Les fermes australiennes ne cultivent pas seulement du blé et des légumes, elles élèvent aussi des vaches, des moutons et des cochons ; et la ferme de la prison faisait de même. Mais au contraire des autres fermes, celle de la prison possédait son propre abattoir sur place.

Tous les détenus devaient avoir un travail à la ferme de la prison. Je savais par plusieurs prisonniers que les emplois les plus recherchés étaient à l'abattoir. Ces postes étaient particulièrement populaires auprès des délinquants violents. Et le poste le plus recherché de tous, celui pour lequel il fallait se battre, était le poste de tueur lui-même. Ce gigantesque et redoutable Irlandais était le tueur. Il me décrivit l'abattoir : des grilles en acier inoxydable très résistant, dont la large ouverture se rétrécissait en un simple couloir à l'intérieur du bâtiment, juste assez large pour laisser passer un seul animal à la fois. À côté de ce couloir étroit, sur une plateforme, il se tenait avec le pistolet électrique.

Avec l'aide de chiens et d'aiguillons électriques, les vaches, les moutons et les cochons étaient forcés d'entrer dans cet entonnoir en acier inoxydable. Il me raconta que tous les animaux hurlaient, chacun à leur façon, et qu'ils cherchaient à s'échapper. Ils pouvaient sentir la mort, entendre la mort et ressentir la mort. Quand un animal débouchait sur sa plateforme, il se contorsionnait, se tortillait et gémissait à pleine voix. Son pistolet pouvait tuer un gros taureau avec une seule décharge haute tension, mais l'animal ne se tenait jamais assez tranquille pour qu'il puisse l'atteindre correctement. Donc le premier coup servait à l'étourdir, le second à le tuer. Animal après animal. Jour après jour.

L'Irlandais commença à s'agiter tandis qu'il en venait au fait, survenu seulement quelques jours auparavant, et qui l'avait tellement bouleversé. Il commença à jurer. Par la suite, il ne cessa de répéter : « C'est la p**** de Dieu de vérité ! », comme s'il craignait que je ne le croie pas.

Ce jour-là, ils avaient besoin de bœuf pour les prisons autour de Perth, donc ils abattaient des vaches. Un coup pour étourdir, un coup pour tuer.

C'était un jour tout à fait normal, lorsqu'une vache se présenta [d'une façon] qu'il n'avait jamais vue auparavant. Cette vache était silencieuse. Elle n'émettait même pas un gémissement. Sa tête était inclinée vers le bas tandis qu'elle marchait délibérément, volontairement, lentement jusqu'à l'emplacement jouxtant la plateforme. Elle ne se contorsionnait pas, ne se tortillait pas et n'essayait pas de se sauver.

Une fois dans l'emplacement, la vache leva la tête et fixa son bourreau, absolument immobile. L'Irlandais n'avait jamais rien vu de semblable auparavant. Son esprit s'embrouilla. Il ne pouvait pas lever son pistolet, ni détacher ses yeux de ceux de la vache. La vache était en train de regarder droit en lui.

Il glissa hors du temps. Il ne put me dire combien de temps cela dura, mais pendant ce contact visuel avec la vache, il remarqua quelque chose qui le bouleversa encore plus. Les vaches ont de très grands yeux. Il vit dans l'œil gauche de la vache, au-dessus de la paupière inférieure gauche, de l'eau qui s'accumulait. Il y en eut de plus en plus jusqu'à ce qu'il y en ait trop pour que la paupière puisse la contenir. Elle commença à couler lentement le long de sa joue, formant une ligne scintillante de larmes.

Des portes fermées depuis bien longtemps s'ouvrirent lentement dans son cœur. Alors qu'il regardait, incrédule, il vit dans l'œil droit de la vache, au-dessus de la paupière du bas, à nouveau de l'eau s'accumuler, gonfler, jusqu'à ce qu'il y en ait trop pour que la paupière puisse la contenir. Une seconde traînée d'eau coula sur son visage. Et l'homme s'effondra.

La vache pleurait.

Il me dit avoir jeté son pistolet, et avoir juré aux responsables de la prison, aussi fort qu'il en était capable, qu'ils pouvaient faire ce qu'ils voulaient de lui, que « CETTE VACHE NE VA PAS MOURIR ! »

Il termina en me disant qu'il était maintenant végétarien.

Cette histoire est vraie. D'autres détenus de la prison me l'ont confirmée. Cette vache qui pleura enseigna à l'un des hommes les plus violents ce qu'est la bienveillance.

Source : Cahiers antispécistes