A méditer

Paul Jouveau du Breuil,

Texte extrait de : Plaidoyer pour les bêtes

En devenant maître absolu du milieu extérieur (tout au moins dans ses possibilités de destruction), l'homme s'est rendu responsable de la destinée de la biosphère ; il lui revient donc le devoir d'établir la paix avec les animaux qu'il persécute impitoyablement, au même titre qu'il doit mettre tous ses efforts à faire régner la paix dans l'espèce humaine. Vouloir l'un sans l'autre démontrerait un égoïsme inconciliable avec les prétendus mouvements de sympathie envers les animaux et une totale incapacité d'élever notre sentiment moral vers les moeurs simples et inoffensives que réclamaient, il y a vingt-cinq siècles, Pythagore et Platon pour mériter l'avènement à une ère meilleure.

Il est en effet impossible de se montrer brutal envers les animaux et d'être ensuite bienveillant pour les hommes. Tous ceux qui se donnent la peine d'apprivoiser et de dresser des animaux, sont surpris de constater, chez un grand nombre d'entre eux, la présence d'un intellect souvent très proche de celui de nos jeunes enfants ; il ne manque souvent que la parole aux animaux domestiqués de l'homme.

Quant aux bêtes travaillant pour nous et dont les énergies et les produits sont utilisés à notre profit, elles doivent être traitées avec un minimum de reconnaissance comme c'est la coutume dans une grande partie de l'Orient. Il est absolument machiavélique de se servir du produit des animaux domestiques et de favoriser la reproduction du gibier d'élevage pour ensuite les assassiner délibérément pour satisfaire nos appétits ou notre plaisir de la chasse.

On comprend mal comment on peut à la fois entreprendre des campagnes de préservation d'espèces en voie de disparition et autoriser la destruction d'espèces inoffensives plus courantes ; si la morale justifie le meurtre des formes de vie courantes, on comprend que les guerres anéantissant des générations de jeunes hommes trouvent encore leur raison d'être en nos jours de surpopulation...

Si nous sommes véritablement l'animal supérieur entre tous et si, selon le mot de Pascal « L'homme passe infiniment l'homme », il est grand temps qu'il en donne la preuve autrement qu'en affirmant l'ancestrale loi de la jungle en raison d'une intelligence trop souvent utilisée pour la domination inconsidérée de la Nature et l'exploitation éhontée de vies sacrifiées abusivement à nos fins personnelles.