“Par où commencer mon chère Emile?
Vous me dites avoir perdu la mémoire et je suis disposée à vous croire. Mais de quel secours vous serais-je si mes propres souvenirs avaient été altérés par l’affection sans retour que je vous porte et que le temps de votre absence contribua a éprouver?
Voyons... par où commencer?
J’essaierais, tant que faire se peut, d’être chronologique.
Tout d’abord ce que je crois savoir de votre vie avant notre rencontre.
Vous n’étiez guère prolixe sur votre enfance mais vous êtes, si je ne m’abuse, pupille du pensionnat Jean-Baptiste de Limours. Bien que je n’ai jamais pu comprendre comment un orphelin ai pu, au siècle dernier, bénéficier d’une telle éducation, vous avez, je crois, eu la chance d’être chaperonné par un des enseignants de cet établissement. Votre précepteur aurait, si mes souvenirs sont bons, dés votre plus jeune âge su percevoir toute l’agilité intellectuelle qui vous caractérise. C’est d’ailleurs lui, qui après avoir si bien prit soin de votre éducation, vous a poussé en faculté d’histoire à Paris.
C’est là-bas, au court de vos études, que vous avez fait connaissance avec Edouard. Il était mécène du bureau des étudiants d’art et d’histoire. A ce titre il assistait régulièrement aux événements qu’il parrainait et il aurait été séduit par votre érudition. Cette rencontre aura été d’autant plus heureuse vous concernant que vous avez quitté la Sorbonne, à la surprise générale, sans diplôme. Les circonstances précises de cet échec ne me sont jamais clairement apparu mais Lebillu, qui savait de quelle injustice il retournait, vous a invité à le rejoindre au Carnavalet en 1904. C’est à ce moment que nos routes se croisèrent enfin. J’étais moi aussi sans famille reconnue et nouvelle au musée. Nous avons logiquement tissé des liens privilégiés et tandis que vous m’accompagniez et me protégiez lors de mes tribulations Parisienne, je vous faisais rencontrer tout un éventail de jeune femmes de mes amies d’alors. Ce fut la plus douce période de ma vie qui dura une dizaine d’année. Jusqu’à la guerre. Vous avez alors été appelé avec les Taxis de la Marne. Vous avez survécu à cet enfer durant deux longues années à l’issue desquelles vous fûtes démobilisé pour blessure. Un éclat d’obus à la hanche qui vous aura laissé la cicatrice que je cherchais tout à l’heure. Par chance cette mauvaise fracture ne vous aura laissé aucune séquelle. Vous avez donc pu fêter la victoire en homme valide, décoré, qui plus est, d’une croix de guerre attribuée pour avoir fait preuve d’un tempérament et d’une fougue exceptionnelle ayant value a ton unité de tenir un point stratégique deux jours durant sous le feu de l’ennemi. Tout auréolé de cette nouvelle gloire, tu réintègres le musée en 18. De mon côté, j’avais précautionneusement opérée une retraite en Angleterre dont je mis deux années, parmi les plus sombre de mon existence, à revenir. La suite, tu la connais quasiment comme moi. Nos dernière années au Carnavalet et notre promotion à la Cité Universitaire Internationale. Je me souviens qu’à la veille d’apprendre cette nouvelle, tu étais sur le théâtre de tes fouilles de cet Hypocauste Romain qui recouvrait, tu en étais convaincus, les cénotaphe de grand Licteurs Lutéciens. Tu pensais pouvoir y retrouver de précieux “Edits de lois”. Mais lorsque la nouvelle de ton affectation te fut annoncée, Edouard te demanda de désigner un maître d’oeuvre pour continuer tes travaux sous ta supervision. C’était un crève-coeur pour un projet que tu avais mené depuis si longtemps mais tu avais consenti, par respect pour lui, a t’éloigner des opérations du terrain que tu chérissais tant. Le plus triste en définitive fut que suite à ta disparition, Alphonse Dardon, ton rival de toujours, fit valoir ton assignation en cours martiale pour obtenir de l’académie la direction des fouilles. Cette histoire de disgrâce militaire insensée avait été avorté, l’armée ne semblant pas disposée à condamner à titre posthume un ancien possesseur de la croix de fer, mais Dardon avait su jouer sur les lenteurs de l’administration pour faire entériner sa désignation à ta succession. Il trouva ce que tu cherchais et en pilla, comme il avait l’habitude de le faire, plus qu’il n’en rendit, vendant les plus belles pièces à de riches collectionneurs allemand. Il a d’ailleurs, depuis cet exploit, déménagé pour Berlin, changeant en cette occasion radicalement de train de vie.
S’il savait que tu es là!”
Louise adressa un sourire complice à Emile et l’invita a commencer le repas qu’elle lui avait préparé. Les deux amis commencèrent a rattraper le temps perdu en partageant cet instant de connivence retrouvée. En fin de soirée ils avaient statué sur leurs projets immédiats. L’archéologue avait obtenu d'elle le nom de l'officier de police judiciaire qui avait été chargé de l'enquête sur Félicien, "Frederic Magnan". Il avait aussi fini par lui révélé son lieu de retraite à Mortcerf et il fut convenu qu’elle l’y retrouverait mercredi soir en compagnie de Félicien. Alors qu’elle lui laissait son numéro de téléphone, on frappa à la porte. C’était Hector qui était de retour avec toute l’équipe et qui venait se proposer de le ramener avec eux. Il semblait passablement agité. Il s’était passé quelque chose d’important dans la soirée et, comprenant la situation, Emile salua galamment Louise pour le suivre. Il retrouva ses quatre comparses dans une voiture flambant neuve. Ils semblaient tous manifestement inquiets et il leur pria de lui raconté se qui les plongeait dans cet état. Firmin lui expliqua, tout en conduisant la somme des événements tels qu’ils se déroulèrent durant l’après-midi.
Il s’était rendu juste après la pause déjeuner à un garage de Bondy, non loin de la blanchisserie, pour s’y procurer comme prévu un véhicule. Après divers tergiversations, il avait choisi la Peugeot 601 à bord de laquelle ils se trouvaient à l’instant. N’ayant pas sur lui la somme nécessaire à l’acquisition du véhicule, il avait accepté de verser mille cinq-cents francs d’ares et sa toute nouvelle pièce d’identité en échange de la garantie de venir régler le complément le lendemain. Il avait, en compagnie de Dad, profité de l’après-midi pour faire un tour à la Sorbonne, histoire de prendre en main la voiture et dans l’espoir malheureusement déçu de raviver quelques souvenirs. Ils étaient revenu sur le coups de vingt heure à l’usine pour guetter le départ de Samuel. Ils durent attendre plus d’une heure avant que ne sorte l’intendant. Il était à l’arrière de son véhicule, que conduisait un chauffeur. La filature avait plutôt bien commencée mais aux abords de la capitale, la Primaquatre de Lordian changea d’allure. Comprenant qu’il avait été repéré, l’ethnologue n’insista pas et abandonna sa proie. Ils décidèrent avec Dad d’aller l’attendre à son domicile, rue Le Verrier.
Sur place, ils retrouvèrent Hector et Jin qui avaient eu la même idée. Ils se postèrent à bonne distance et commencèrent leur surveillance. Sur la proposition de ses trois comparses, Jin profita de l’obscurité naissante pour escalader une véranda et se hisser sur un toit en terrasse qui donnait sur les fenêtres grandes ouvertes de l’appartement du syndicaliste. L’exercice, bien que périlleux, sembla d’un facilité déconcertante pour le chinois qui pu s’approcher suffisamment et faire l’inventaire des personnes présentes. La fenêtre donnant sur le toit où il se trouvait était celle de la chambre de la fille de Lordian. Une enfant d’environ huit ans qui jouait paisiblement à la poupée. Un peu plus loin, Jin entendit plus qu’il ne vit la mère de la petite. Comme il guettait sans cesse les environ de peur d’être découvert, il réalisa que de l’autre côté de la rue, une vieille dame se tenait assise à sa fenêtre, épiant sans relâche le carrefour. Il connaissait bien, pour en avoir déjà croisé, ce genre de personne. C’était évidemment la commère du quartier qui effectuait sa provision de ragot en guettant les allées et venus de chacun. Il s’inquiéta immédiat d’avoir été découvert mais ne pu qu’espérer que la vue de la concierge fut à l’aune de son grand âge. Il se sentait en revanche moins à l’aise pour espionner l’appartement et commençait à réfléchir à un moyen de redescendre discrètement quand il entendit une voiture se garer juste devant l’immeuble. C’était l’’intendant qui rentrait chez lui. Son chauffeur lui ouvrit la porte et rentra la Primaquatre dans le garage du bâtiment sur lequel se trouvait Jin. Plus inquiétant encore, il n’en ressorti pas et le monte-en-l’air compris qu’il marchait sur le toit de la maison du garde du corps de Samuel. Ses coéquipiers, qui avaient eux aussi assisté à la scène vinrent le chercher avec la voiture pour pouvoir s’éclipser plus rapidement en cas de problème. Fort heureusement, tout se passa pour le mieux et ils purent se garer à nouveau à distance pour guetter un éventuel événement. Ils finrient par se dire que rien n’arriverait et à penser à rentrer lorsque reparu Samuel. Le garde du corps l’accompagna cette fois-ci à travers les boulevard parisien et, au bénéfice de l’obscurité, Firmin parvint à préserver sa furtivité. Cette fois-ci, la filature les mena dans les ruelles de Montmartre. La Primaquatre s’arrêta devant un café, “Le Lignac” et Samuel en descendit tandis que le chauffeur restait là à l’attendre. Le syndicaliste pénétra l’établissement et, le temps que Firmin se gare pour laisser Hector et Jin desendre investir les lieux, il s’était volatilisé. Les deux hommes s’installèrent alors au comptoir pour essayer de comprendre où avait bien pu passer leur homme. Ils remarquèrent une petite porte derrière le zinc qui donnait sur un escalier étroit menant à une cave. Il ne leur fallut pas attendre bien longtemps pour que les faits ne confirmes leurs soupçon car à peine un quart d’heure plus tard, le jeune syndicaliste jailli du sous-sol et quitta le Lignac avec le même empressement qu’il avait mis à l’investir. Firmin et Dad, toujours postés à l’extérieur, s’aperçurent de la sortie de Lordian et décidèrent de ne pas attendre leurs compagnons.
Firmin mis promptement le contact et poursuivit la filature. Cependant, était-ce du fait de la précipitation, de la fatigue ou d’une erreur pratique, cette fois-ci, il se fit repérer. Et il ne le comprit qu’au tout dernier instant, lorsqu’après s’être arrêté anormalement longtemps à un carrefour, le chauffeur de Samuel ouvrit sa portière brutalement et s’élança à leur rencontre d’un pas preste. Pris de panique, l’ethnologue hésita un instant, puis voyant un revolver au poing du garde du corps, il écrasa l’accélérateur et déboîta brusquement pour tenter une fuite. Le gorille esquiva la trajectoire de la voiture et s’abstint d’ouvrir le feu sans doute pour ne pas trop attirer l’attention. Firmin décéléra dés qu’il eu le sentiment d’être en sécurité mais, par un habile coup du sort, remarqua qu’il avait été trop optimiste. Il reconnu en effet distinctement les phares de la Primaquatre dans son rétroviseur. C’était maintenant a son tour d’être talonné et, comprenant qu’il n’avait pas le talent nécessaire à l’accomplissement d’une cavalcade automobile en pleine ville, il décida de continuer à tourner sans but précis dans les rues du quartier. Dans le même temps, il confia son calibre 32 à Dad en lui demandant de ne pas hésiter une seconde à ouvrir le feu si leurs poursuivants tentaient de les dépasser. Son sang-froid fini par payer, et pour une raison inconnu le chauffeur de Lordian lâcha sa proie.Emile, saisissant toute la gravité de la situation s’entretint avec ses amis de l’attitude à adopter. Il y avait en effet fort à parier que Samuel avait relevé leur plaque et comme Firmin avait commis l’imprudence de laisser sa pièce d’identité au garagiste, si le syndicaliste avait le bras long, il pourrait remonter jusqu’à eux.De retour à Mortcerf, ils s’apprêtaient à s’octroyer une nuit de sommeil bien mérité quand Jin s’aperçut que la maison avait été visitée en leur absence. Fort heureusement rien ne semblait leur avoir été dérobé mais cette désagréable nouvelle vint conclure une journée déjà fort peu réjouissante. L’archéologue décida de ne pas aller à la blanchisserie le lendemain pour pouvoir rendre visite au garde forestier dont il ne doutait pas qu’il avait un lien avec l’effraction dont ils avaient été victimes.
Le mardi matin donc, Hector, Firmin et Jin se levèrent de bonne heure pour prendre la route direction Bondy. L’ethnologue laissa ses deux compères prendre leur fonctions tandis que lui se hâta d’aller rendre la Peugeot au garagiste. Se faisant, il négocia habilement avec le vendeur, se faisant passer pour un journaliste et lui acheta une autre voiture, une Citroën C6, en allongeant la note de deux-cents francs en échange de son silence concernant son identité. Il ne pouvait être certains que ce stratagème suffirait à le mettre à l’abri d’une investigation de l’intendant des établissement Crameu mais au moins avait-il mis toutes les chances de son côté.
Joué avec David, Arnaud et Louis le jeudi 24 novembre 2011.