En ce mois de juillet 2026, nous proposions 3 journées focus qui ont vu s'inscrire chaque jour une dizaine de participant·es : le travail non-rémunéré, le travail au fil des générations et vivre sans travailler. Autour de ces 3 thématiques, nous avons écrit beaucoup, ri et échangé. Nous avons eu chaud et partagé des repas à l'ombre des parasols et des arbres. De ces 3 jours, l'animatrice retient une grande douceur, de beaux engagements et de belles personnalités.
Une vie sans travail, c'est comme respirer l'air de la mer bleue sans chaussures ni seringue.
écrit sur le principe du cadavre exquis
Je n’ai pas l’impression de travailler quand je me sens en équilibre. Et cet équilibre tient à une série d’éléments qui doivent se combiner dans un juste dosage. En voici les principaux.
Ce que je fais est utile et opportun. L'activité demande un effort raisonnable et une durée satisfaisante. Physiquement, elle est agréable ou, à tout le moins, supportable, et ne m’entraîne pas dans des zones de crispation, de malaise, de sudation collante ou de froid inconfortable.
Peu importe sa nature, elle doit avoir un sens. Rédiger un rapport compliqué ou faire la vaisselle… je ne la perçois pas comme un travail si l’état d’équilibre est correct.
Elle doit recéler un peu de défi pour générer le carburant, nourrir l’esprit, enrichir la compréhension. Même une petite tâche anodine peut amener ce bonus. Un bricolage astucieux pour améliorer mon rangement peut me procurer une grande fierté, qui gomme la sensation de travail.
A contrario, j’ai l’impression de travailler quand j’ai un ou une chef·fe, quand je dois faire des choses qui me semblent absurdes, quand mes moyens de vivre, mon salaire, dépendent d’un pouvoir arbitraire, qui peut dévier, changer d’attitude sans logique, me valoriser ou me détruire, quand mon éthique personnelle n’est pas respectée.
Je n’ai pas l’impression de travailler quand j’accomplis des tâches, même fastidieuses, pour les gens que j’aime.
J’aurais pu écrire un tout autre texte pour dire à quel point je n’ai pas l’impression de travail quand j’assume toute la logistique ménagère, administrative et éducative. Parce que je porte l’atavisme de siècles d’assignation féminine et maternelle. Mais ça, c’est une autre histoire.
Claire B.
Début du texte imposé - 15' d'écriture
Ma mère disait toujours, dire qu’elle tenait probablement de sa propre mère ou de son père peut-être, bref ma mère disait toujours « on ne gagne pas son pain sur le dos » en retournant la baguette sur son bon côté, baguette qu’un malotru avait posée sur sa mauvaise face. Mais « gagner son pain sur le dos », à quoi ou à qui pouvait-elle penser ? Nous, gamins, n’aurions jamais osé poser la question, vu l’air catégorique et dédaigneux qu’elle prenait. Ça devait certainement faire référence à un métier peu glorieux : un mécanicien couché sous le moteur d’une voiture ? Non, tout à fait honorable ! Un travailleur épuisé volant une petite sieste ? Ça oui, possible ! Un fainéant pareil ! Un militaire à l’entrainement rampant dans la boue ? Ça c’est plutôt sur le ventre, ça ne compte pas ! Un jongleur sur le dos jonglant avec balles en mains puis balles aux pieds ? Oh non, c’est trop beau … J’ai eu beau chercher, je n’ai jamais trouvé à quel moyen de gagner son pain elle pouvait bien penser cette dame si bien mise et si honorable…. Gagner son pain sur le dos ? M’enfin… Peut-être…. Ah non, peut-être…ou non, peut-être….
Jeannick
20' d'écriture - début du texte imposé
Dans un monde parfait, le travail non rémunéré existerait-il ?
Le monde parfait, le travail, le travail non rémunéré, à chacun une définition, à chacun sa définition… Le monde parfait serait-il ce monde où chacun aurait la même possibilité de faire des choix, ceux qui lui conviendraient : travailler ou pas, avoir des enfants ou pas, voyager, déménager…Sans doute ce monde-là, serait utopique. Mais pourquoi pas ? Pourquoi ne pas imaginer ce monde, celui de la fameuse allocation universelle, on en parle depuis longtemps, je n'ai jamais entendu parler d'expérimentation. Il faudrait se mettre d'accord sur un standard de vie, qui permette vraiment la liberté, qui pourrait être considéré comme confortable par chacun, abolir l'idée d'héritage, uniformiser la façon d'habiter, d'acheter. Repartir de zéro, raser les riches, faire pousser les pauvres, mettre tout le monde à la même hauteur. La hauteur peut-être que ça marcherait, en utilisant la coercition… mais l'épaisseur : la créativité, les différences physiques, les cerveaux différents, le passé, l'imprévisibilité propre à l'être humain, c'est peut-être possible, à force de robotisation… introduire le travail rémunéré dans ce monde inimaginable ? Il faudrait se mettre d'accord sur la définition de la rémunération, où plutôt de la non-rémunération…
Maryvonne
10' d'écriture - thème imposé
Je n’ai pas l’impression de travailler quand je ne travaille pas. L’autre jour par exemple, j’étais au travail et j’avais justement l’impression de travailler alors que justement d’un point de vue rationnel et objectif, scientifique même, très certainement du point de vue des sciences humaines, je ne travaillais en fait pas. A moins que mon travail, mon emploi peut-être vu que administrativement je suis employé et non pas travailleur, était d’être là, assis sur un banc, dehors, un café à la main.
Une autre fois encore, comme j’étais employé à faire du kayak sur la Lesse je me sentais travailler sans rien produire d’utile à qui que ce soit. Je ne pagayais même pas, je ne travaillais pas à faire avancer le kayak, il glissait sans avoir besoin de moi. Le seul moment peut-être de ces deux journées où je n’ai pas eu l’impression de travailler était probablement lorsque je mangeais, c’est à ce moment que les neurones du ventre prennent le dessus, alors que justement, scientifiquement et objectivement toujours, c’est justement le moment où ils travaillent.
Laurent NR
10' d'écriture - début du texte imposé
Une vie sans travail, c'est comme aimer une plage luxuriante sans boîte à outils ni trompette.
écrit sur le principe du cadavre exquis
Croyez-vous que le patenôtrier ait disparu ?
Oui et non ! Bien sûr, l’artisan dans son petit atelier, qui fabrique perle après perle, de jolis chapelets de bois, de nacre, d’émail, est devenu une image d’Epinal.
L’enfilage, c’était pour les femmes. La signature de l’ouvrage pour le patenôtrier, avec gloire et rétribution. Jusqu’à récemment, le chapelet eut une belle vie dans nos contrées. Mais l’industrialisation est passée par là.
Le patenôtrier originel n’est plus mais à force d’invoquer Notre Père en façonnant ses perles, l’artisan a imaginé une belle idée et opéré une reconversion inattendue.
La connaissance des bois et de leurs propriétés dynamiques a permis au patenôtrier 2.0 d’émerger en créateur de playmobils. Car, le saviez-vous, tous les prototypes de playmobils sont réalisés en bois en raison de ses caractéristiques modulaires.
L’usine de Dietenhofen en Allemagne s’est adjointe un hôtel où les patenôtriers du XXIe siècle vont s’installer quelques semaines par an, pour un salaire royal, afin de créer la nouvelle collection à venir, personnages et décors.
Les prototypes en bois sont brevetés individuellement et soigneusement gardés dans un musée hautement sécurisé, ouvert sur demande uniquement à quelques personnes choisies. Leur valeur est considérable.
Un jour, on en vendra chez Christie’s. Restez attentifs !
Claire B.
Métier imposé - 15' d'écriture
Dans mon école, il y avait les bons élèves, attentifs, bonnes notes, premiers de classe ou presque. Il y avait les moyens, ceux du milieu, un peu au-dessus et ouille, un peu au-dessous parfois. Et puis il y avait les autres, les agités, les qui mélangeaient tout, les qui ne retenaient rien, les qui ne faisaient plus rien, les perdus de la classe. Rapidement réglé le cas des cancres : tu seras plombier mon fils mais pas « plombier, quelle chance tu as de faire ce beau métier ! ». Et puis, miracle, parfois, d’anciens cancres qui se réalisaient, sortaient du lot en travaillant, le fameux phénomène « je suis un ancien cancre ». Ah oui ? Tiens, c’est drôle.
Et puis quand même, dans certaines écoles, on ne trouvait pas de cancres. Bien sûr, un qui préférait la lecture ou écrire ou dessiner, un qui terminait vite ses exercices puis s’empressait d’aller aider ceux qui avaient plus dur. Il y aurait donc des compétences différentes, des cerveaux différents et certains qui ne collent pas avec LA méthode.
Et qu’a-t -on ensuite dans le monde du travail de ce constat de tous ces cerveaux qui fonctionnent différemment ? Dans le monde du travail ? Beh… reset général et en avant la troupe ! Et si tous ceux qui pensent les méthodes de travail d’aujourd’hui voyaient leur manie de tout compartimenter, classer, mesurer, elle-même classée comme un trouble aigu de l’anxiété qui les empêchent de regarder les choses sereinement et objectivement ? Et si on osait un virage à 180° ?
Jeannick
20' d'écriture - thème imposé
Merci.
Le mot est un peu petit, souvent trop petit pour dire ce qu'il doit dire. La gratitude, le mot fait un peu grandiloquent, pour parler entre nous. Le merci a-t-il plus de poids quand on l'écrit sur une petite carte attachée à un bouquet de fleurs ? Ou quand on le lance au bout d'un: dis au fait, il faut que je te dise. Traduit-il plus de sentiments quand on le multiplie : mes remerciements, avec mes meilleurs, ou mille mercis. Ou encore quand on l'enrobe, au risque de le rendre méconnaissable : accepte l'expression de mon éternelle gratitude, je t'en sais gré. Ou bien un merci, sobre, mais les yeux dans les yeux à un moment où l'on est à deux, pourquoi pas en serrant l'autre dans les bras. On peut le mettre en négatif : je ne te remercierai jamais assez, je n'oublierai jamais… Ou ne rien dire, considérer que le merci est une récompense qui ne sonne, ni ne trébuche pour un service évident, quelque chose qu'on se doit entre nous et qu'un merci dénaturerait. On peut se taire tout une vie, laisser le merci pour la fin, dans son testament ou encore plus tard dans un éloge funèbre, si c'est important que ça se sache, que je sais remercier, ou dans un discours : chers parents, nous fêtons aujourd'hui vos cinquante ans de mariage, je saisis l'occasion pour vous remercier. C'est facile et difficile : le merci, la gratitude, ils perdent leur sens quand on les utilise trop, quand ils deviennent banals, ils peuvent faire très mal quand on les oublie, ils sont très importants quand on croit ne pas les mériter, dans la bouche d'un petit enfant quand c'est la première fois.
Maryvonne
30' d'écriture - source d'inspiration commune à l'ensemble du groupe
Si je gagne au Lotto je profiterai d’un job salarié.
En tirant ce message d’un fortune cookie dans un restaurant chinois au bord de la mer je ne m’imaginais pas qu’il allait changer ma vie. D’abord, par distraction j’avais failli mourir sur place en m’étouffant. C’était sans doute un coup de pouce du destin pour m’aider à y faire attention.
Je ne l’ai pas tout de suite pris au sérieux, je me suis dit qu’il s’agissait surement d’une erreur de traduction, mais non, mon destin était là, plein de bave entre mes doigts gras d’avoir rattrapé un champignon oreille qui avait voulu s’échapper d’entre mes baguettes. Je ne lui en veux pas, il n’avait peut-être jamais vu la mer. Cette pensée me fit d’ailleurs le prendre dans la poche de ma chemise pour le libérer quelques dizaines de minutes et deux Tsingtao plus tard, sur la plage.
En regardant mon bol de nouilles, je m’aperçus soudain que le tofu, les champignons, les bouts de pak-choï étaient présents en quantités différentes. 3 pour les uns, 5, 7, 22, ça ressemblait furieusement à des numéros gagnants du Lotto. Le message du cookie commençait à faire son chemin, à planter sa graine dans mon cerveau.
Un peu plus tard, sur la plage, j’en parlai à Marcel, c’est le nom que j’avais donné au champignon, il ne me répondit bien sûr pas, mais son silence écrasant malgré le bruit des vagues me fit me lever d’un coup pour aller au kiosque tout proche acheter un billet de Lotto. Il était 19h57, le tirage avait lieu à 20h.
Comme je n’avais pas le temps de rentrer jusqu’à mon hôtel, je m’assis sur le banc en face du kiosque. La radio tonitruante en anglais annonça les numéros gagnants. 3,5,6, 22, je n’en croyais pas mes oreilles. Là sur ce banc, j’avais gagné. Comme j’étais seul mais qu’il fallait que je le dise à quelqu’un, je courus vers la plage où Marcel se trouvait toujours. Il ne sauta pas de joie mais je m’y attendais.
Le lendemain matin je me rendis à l’agence nationale pour déclarer que j’avais gagné. Elle n’était pas très loin, toujours au bord de la plage, dans le sud de Los Angeles. J’avais mis un pantalon et des chaussures pour avoir l’air plus présentable comme si on ne pouvait pas être officiellement gagnant en short. En appuyant sur la poignée dorée de la porte battante de l’agence, je me sentais déjà riche. Puis je me sentis stupide de comparer cette barre à un énorme lingot d’or, on ne donne plus les gains sous forme de lingots, enfin je crois. Arrivé au comptoir, je balbutiai en anglais francophone que j’avais gagné et tendis mon billet. La personne au comptoir me regarda sans rien dire. Elle retourna mon billet et me le rendit. Au dos se trouvaient les conditions. « US citizens only ». Je m’évanouis. L’image du fortune cookie me hante depuis lors et pour que cela n’arrive plus à personne, c’est moi désormais qui suis salarié dans cette usine de cookies et qui rajoute les négations. « Si je gagne au Lotto, je NE profiterai PAS d’un job salarié ».
Laurent NR
50' d'écriture - début du texte dû au hasard - Vivre sans travailler
Si j’étais né rentier, alors je n’aurais très certainement jamais travaillé et j’aurais compris et probablement trouvé très drôle d’acheter des chaussettes Liddle pour jouer au pauvre. Ou plutôt non, je n’aurais pas su être assez radin pour rester rentier sans travailler. En fait je ne sais pas car tout est fait dans la société pour qu’on ne sache justement pas ce que c’est d’être né rentier.
Laurent NR
10' d'écriture - statut social tiré au hasard
Je déteste faire les courses, je réduis l'activité au maximum. Je n'ai pas pu refuser à ma fille qui ne demande pas souvent un service de faire les siennes ce samedi où elle rentre de la maternité. Elle est bien courageuse, un petit troisième, Lilli en 1ère maternelle et son frère encore à la crèche. Sans compter sur son mari, qui, à part les faire, ne fait pas grand-chose à la maison où le plus souvent il ne fait que passer. Je ne la comprends pas ma fille, comment accepte-t-elle cette situation, c'est pire encore depuis qu'il est l'un des diables rouges et que c'est l'année de la coupe du monde. Elle a accouché toute seule, quel scandale ! Je sais qu'elle n'a pas voulu me demander de l'accompagner, elle ne voulait pas entendre ce que j'en aurais dit, et puis il fallait bien quelqu'un pour garder les "grands". C'est renversant : elle pense au nettoyage, à la vaisselle et au déménagement de mon père… comme si elle rentrait de trois jours de vacances. Je ne peux même pas dire : c'est la fille de sa mère, moi je n'ai jamais eu la moitié de son énergie… elle n'a jamais aimé être enfant unique, d'une mère célibataire, on dirait qu'elle a une revanche à prendre. Je vais ajouter à la liste de quoi faire un vol-au-vent, son plat préféré que je préparerai ce soir, pendant, sans doute, qu'elle présentera via Zoom, leur nouveau fils à son diable rouge bien-aimé. Je prendrai aussi des glaces pour les enfants, sans colorants bien sûr. Et quand elle m'appellera pour que je vienne saluer Youri, je dirai que je ne peux pas lâcher ma béchamel. Je parie qu'il va jouer le père parfait sur les réseaux : photo du bébé, photo de sa poignée de main avec le roi… Je suis furieuse ! En plus elle l'aime, je ne peux pas le nier et que dire de l'adoration des enfants pour le super papa. Lili me répète sans cesse qu'il est le capitaine de l'équipe…
Maryvonne
20' d'écriture - le travail non rémunéré
Je n’ai pas l’impression de travailler quand je suis au milieu du jardin, je prépare le sol, j’aère, j’engraisse, je mélange, je protège… je sors toute transpirante, mal au bras d’avoir transporté le compost.
Je n’ai pas du tout l’impression de travailler quand je m’installe à nettoyer le jardin, j’arrache les mauvaises herbes, je taille le surplus, je scie les branches incongrues, je débite…
Ce jardin prêt à produire légumes, fruits, fleurs, c’est pourtant le résultat d’un sacré boulot. Mes bras et mon dos confirment, ma tête hésite mais oublie dès que je me pose à l’ombre du pêcher.
Jeannick
10' d'écriture - début du texte imposé
Marcelle n’avait jamais été sans travail. Ceux et celles qui décident avaient depuis peu supprimé les subsides aux ASBL et sa durée de travail s’était fait tellement réduire qu’elle avait finit par disparaître. Ceux et celles qui décident avaient diminué les aides afin justement que les gens arrêtent de ne pas travailler mais c’était justement l’effet inverse. Qualifiée, elle ne travaillait ainsi plus à aider à travailler et cherchait un travail qui avait disparu. Elle-même n’était apparemment pas assez à but lucratif.
Laurent NR
30' d'écriture - Une voyelle au chômage (devinez laquelle)
CLIP
Conseil Lumineux et Improductivité Paisible
Jeannick
Mon métier était un métier de précision, de patience, de force aussi. Être en contact avec la chaleur de la forge, l'odeur du bois, au service du vin, de l'alcool, de l'huile, de toutes sortes de liquides et de denrées pour leur permettre de vieillir, de voyager sur terre et sur mer. Je participais à la confection de contenants.
Il n'y avait pas de cartons, de bouteilles, de containers pour emballer, pas de frigo pour conserver, pas de camionnettes, d'avions, de drones pour transporter. Mon métier est devenu ce qu'on appelle, je crois, un métier de niche : on fabrique toujours des tonneaux, quoique l'âge du tonneau intervient dans sa qualité de conservateur, d'exhausteur de saveurs, on le réutilise plus d'une fois. J'interviens donc dans l'entretien, la réparation, je fais durer. Mon métier est maintenant au service du luxe, du raffinement. Il se transmet d'une personne à une autre, il n'admet aucune automatisation, aucune chaîne de fabrication. Il implique une collaboration entre artisans du bois, du métal et l'utilisateur qu'on pourrait appeler exhausteur de goût.
Maryvonne
20' d'écriture - Qu'est devenu le cerclier ?
Ma mère disait toujours : on ne se noie pas dans un verre d'eau. Elle mettait la barre haut ! C'était quoi le verre d'eau ? J'avais l'impression que là où j'aurais pu me noyer, c'était bien plus qu'un verre d'eau, que j'aurais vraiment pu me noyer. J'avais l'impression que, pour elle, tout ce qui pouvait nous arriver, ce n'était jamais plus qu'un verre d'eau. Je l'entendais comme une injonction à ne pas me plaindre, qu'elle n'arriverait jamais à l'entendre. Et j'ai appris à me débrouiller toute seule. Je me rends compte aujourd'hui que sans le vouloir, j'ai fait passer le message, indirectement : votre mamie aurait dit "on ne se noie pas dans un verre d'eau". J'espère qu'ils ont bien compris : c'est possible d'avoir l'impression de se noyer, puis de se rendre compte qu'on est beaucoup trop grand pour le verre d'eau…
Maryvonne
20' d'écriture - thème imposé
Dans ma vie, je pars ne jamais travailler...
C’est l’émotion, les mots qui se bousculent, ma tête qui se questionne, le souffle qui manque. Je vois que tout le monde me regarde l’air de ne pas comprendre, je vois même une sérieuse étincelle d’inquiétude dans les yeux d’autres. Sacrée décision, je pars de ma triste vie de travailleur aigri, je la quitte définitivement les amis. Travailler ? Terminé ! Chaque jour sera une partie de plaisir : je viendrai en sautillant, je rejoindrai mon poste en jubilant, je trimerai en m’extasiant, je ne travaillerai plus, j’allègresserai - du verbe allégresser nouvellement entré dans le dictionnaire. Je m’emballe, je m’emballe… Oui chef… je retourne à mes boulons à boulonner… dans la joie et l’allégresse !
Jeannick
20' d'écriture - début du texte dû au hasard
On ne parle que de ça. J'ai vu sur Facebook l'image d'une classe : des enfants de dos, chacun avait une étiquette : TDA, TSA, DYS, HP…etc. Y a-t-il des enfants sans étiquettes ? C'est génétique ? C'est une question d'éducation ? D'époque ? Pourquoi je n'en ai jamais entendu parler avant ? A l'époque où nous étions, sans mots, bien démuni, face à notre enfant qui se débattait à l'école, jamais à sa place, toujours en échec. Pour nous: une énigme. Pour l'école: ce serait naïf de penser que l'école peut convenir à tout le monde. Pour le PMS: une petite remédiation en calcul. Pour la psy: il va bien votre enfant, c'est juste l'école. Pour lui: l'école ça sert à rien, on n'apprend rien… Bon, tout va bien et rien ne va ! On va lâcher un peu, on verra bien, l'envie de lui faire confiance, de ne pas faire pression, il va se débrouiller. Il a eu 18 ans, plus d'obligation scolaire, on lui laisse le choix pour la suite. Lui, pas d'hésitation, il veut continuer, à sa façon, en recommençant chaque année, en remontant petit à petit dans la hiérarchie du système scolaire dégradant, en travaillant en même temps parce que l'école… Un premier TFE, il avait déjà un poste dans une boite de communication. Mais tu ne respecte pas les consignes ! Ben non, je ne suis pas idiot à ce point. Au 3ième, après avoir fait beaucoup d'effort pour être aussi en retard que l'école, ça marche. Il travaillait depuis des années, des boulots toujours plus intéressants, des avantages de toutes sortes. Dès que ça ne l'intéresse plus, il change. Il a fait lui-même les démarches vers les étiquettes, il en a plusieurs, il n'en fait pas grand cas mais il a retrouvé de la confiance en lui. Parfois je me demande... et s'il avait été de la génération actuelle, est-ce qu'on aurait pu l'aider autrement ? On n'en parle presque jamais. Un jour il a dit : vous avez bien fait de me laisser gérer. Il garde toujours une hargne, une rancune féroce envers l'école.
Maryvonne
20' d'écriture - thème imposé
Si j’étais rentière…
Alors je ne serais probablement pas ici à l’heure qu’il est. Je serais en train de continuer ce que j’aurais fait avant cette journée : partager, distribuer, aider. Mes rentes étant assurées, pas de souci et même que j’aurais pu payer quelqu’un pour partager, distribuer, aider à ma place… et profiter à mon tour de mes rentes. Peut-être que finalement je serais ici aujourd’hui en train de constater que je vis sans travailler.
Jeannick
10' d'écriture - début du texte imposé
Le chômage : peur d’être sans revenu, être là à me creuser la tête pour payer mon loyer, manger, assurer.
Peur de ne pas trouver un nouveau job, de rester sur le bas-côté, de ne plus être dans le flux.
Peur de me perdre.
Jeannick
30' d'écriture - Une voyelle au chômage (devinez laquelle)
Salle d’attente du contrôle technique
Excusez-moi monsieur, est-ce que vous attendez depuis longtemps ?
Oui je suis là depuis une heure et demie et le préposé ne semble pas bouger. Pourtant il y a beaucoup de voitures qui semblent avoir obtenu leur carte verte.
C’est souvent comme ça ici ? Je viens de St Jules, d’habitude je vais au contrôle technique de St Symphorien mais là c’était fermé. J’ai pu venir cet après-midi vu qu’il n’y a pas cours en primaire le mercredi.
J’aurais dû y penser et venir un autre jour de la semaine. Vous travaillez dans quel domaine monsieur ?
Je suis instituteur. On a une classe multi-âges à St Jules. Sans vouloir me mouiller je suppose que vous êtes à la retraite ?
Vous avez bien deviné, je suis retraité de chez Petrofina depuis plus de vingt ans. Et d’ailleurs je pense changer de voiture assez rapidement.
Ah bon pourquoi ? Est-ce que vous avez assez de budget avec votre pension ? Vous la recevez en plus de votre allocation universelle ?
J’ai eu une carrière complète et j’ai cotisé à l’épargne-pension ainsi qu’à la branche 21. Ça va. Je ne dépense pas trop. Vous savez, plus on vieillit moins on a de besoins.
Ah bon. Quand je vois mes parents... justement je vois qu’il y a pas mal de frais qui s’ajoutent.
Ils ont quel âge vos parents ?
75 et 77.
Et ils n’ont pas toujours travaillé ?
Si si, mais une bonne partie de l’allocation universelle que je reçois sert à couvrir leurs frais médicaux. En fait c’est un bonus pour moi.
Je ne comprends pas, vous parlez d’un bonus alors que vous donnez votre allocation. Ils ne sont pas en bonne santé ?
Si si ils sont juste vieux. C’est un bonus car mon salaire d’instit et celui de ma femme nous suffisent.
Mais alors pourquoi vous manifestez ? Les enseignants se plaignent toujours, je n’arrive pas à comprendre. Qu’est-ce qu’ils ont fait vos parents pour que vous deviez à ce point les aider ? Ils ne sont pas bénéficiaires eux ?
Si si c’est universel mais pas suffisant. Mais quand on est vieux on ne gère plus très bien son argent.
Mais pour qui vous prenez-vous, à vous écouter c’est vous qui êtes vieux !
Ha c’est ma voiture, bonne journée… Mais c’est étrange la vôtre n’arrive pas. Elle devait être dans un sale état.
Je ne vous permets pas monsieur. Je n’ai pas de voiture pour le moment. Je viens voir celles qui passent le contrôle technique. J’habite ici juste à côté.
Le vieux Jacques part en maugréant. Il ira s’acheter une VW Golf Gti neuve sortie dernière de la chaîne avant fermeture de la construction des moteurs thermiques. Il part bientôt en Italie avec étape en Suisse et se moque bien de Marcel dans son village avec ses parents irresponsables et malades. C’était un dialogue de sourds.
Béatrice et Laurent NR
Dialogue avec thème imposé - 60' d'échanges et d'écriture