Entre travail et privé,
Sur un fil je dois marcher
Quand je me présente à quelqu’un
Et qu’avec grand soin
La personne me demande mon activité
Je suis bien obligée de sortir un métier
Pourtant je suis dans un bar, je bois une bière
On est samedi, et fière ou pas fière
Je n’ai aucune envie de parler d’hier
Ces moments où cette question
Peut être juste une prison à une évasion
Ou parfois une belle opportunité
De partager ce qui nous fait vibrer
Sur ce fil on n’est jamais très stable
Y’a des jours sympas et y a des jours tout juste potables
A nous de déjouer la question sinon
Et de rebondir sur une autre addiction
Adèle Funes
Poème avec un début imposé – 10 minutes
Madame Vie Privée et Madame Vie Professionnelle,
Madame Vie Privée sur un arbre perchée,
tenait une liberté et une joie incommensurable.
Madame Vie Professionnelle, par son appât du gain alléchée,
lui tint à peu près ce langage :
« Et bonjour, Madame Vie Privée
Que vous êtes brillante ! que vous me semblez intelligente !
Sans mentir, si votre rage de vivre
est aussi belle que votre éthique de travail,
Vous êtes le type de talent prompt au burnout dont nous avons besoin »
A ces mots Madame Vie Privée ne se sent pas de joie :
Et pour montrer son mécontentement et son choc face à ce propos.
Elle mit un point d’honneur à ghoster vie professionnelle et ne répondit plus.
Madame Vie Professionnelle fait alors un énorme mail de critiques, et dit : « Ma bonne dame,
Apprenez que toute flatteuse
Vit aux dépens de celle qui l’écoute.
cette leçon vaut bien une tonne d’expérience de travail sans doute. »
Madame Vie Privée
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.
Marlène
Fable (Texte à trous) – 30 minutes
Dodo
Ma passion, mon moment d’évasion
Le rêve éveillé
Le voyage astral. Une vie sous l’oreiller.
Parfois du mouvement, de la peur, des larmes.
Je vis une nouvelle vie dans mon sommeil
Sûrement le plus inspirant des trois
Boulot
Mon identité imposée. Les process, la technique, les objectifs KPI, bénéfices, passage en bourse et cie. La Routine, la structure, la discipline aussi.
Le café pour tenir et les rêves qui s’estompent, s’effacent et laissent place à la machine.
Métro
Vite ! Vite !
Courir même c’était pas prévu.
Patienter et attendre quand c’est pas le moment
Beaucoup de gens et c’est toujours la course.
Je veux marcher tranquille.
Marlène
Texte sur le thème imposé "Metro/boulot/dodo" - 10 minutes
Quand je serai retraitée, je vais enfin pouvoir :
Lire toute ma pile de livres
Continuer à documenter tout ce que j’ai appris sur la vie, l’amour, la vieillesse, la jeunesse et toutes les aventures que m’a offert la vie.
Ne plus être pauvre. Enfin j’espère.
Parce qu’actuellement
je fais un tas de trucs plus ou moins compliqué pour essayer de hacker le système et de sortir de la pauvreté le plus tôt possible mais la seule personne que je hacke, c’est moi lol.
Prendre le temps de faire la rétrospective et vraiment réfléchir
- Est-ce que j’ai fait les bons choix ?
- Suis-je devenue la riche auntie ?
Faire les vacances relax et all-in auxquelles je rêve mais dont je n’ai pas envie de me résoudre à prendre. Qui a besoin de passer son temps à la plage et au soleil à 32 ans ?
Marlène
Début de texte imposé – 10 minutes
Je m’appelle Marlène et je suis ici parce que le travail est une source de réflexion intense, d’inquiétude et de crise identitaire.
L’écriture a toujours été un moyen pour moi de me réparer de l’intérieur. C’est un art qui permet de prendre du recul et d’exprimer de façon précise tous nos ressentis. Ça permet également de faire de la recherche activement et de déposer sur papier les fruits de cette recherche.
Marlène
Début de texte imposé - 10 minutes
« Gardienne de la forêt sacrée », c’est comme ça que Jeanne décrit son métier.
Ses journées sont longues, elle orchestre, elle conseille, elle réfléchit à des stratégies à adopter lorsqu’elle et tous les autres se font encercler et gazer.
En fait, elle est militante à plein temps, cela fait plusieurs années qu’elle tente d’enrayer plusieurs opérations de coupes claires qui menacent les forêts sacrées.
« Militer n’est pas travailler »… pour elle, si ! Vivre en forêt dans une communauté ne lui coûte pas très cher et plus de loyer à payer !
De toute façon, pour elle ce n’est pas tant un choix mais une nécessité.
Elle a entendu plusieurs fois ces voix lui murmurer qu’elle devait le faire, une mission de dé-suicide, enrayer la machine destructrice par tous les moyens.
Même si elle se considère comme gardienne de la forêt sacrée, d’autre la décrive plutôt comme écoterroriste.
Jeanne d’Arc se menotte les poignées aux autres de façon à former un cercle protecteur autour de l’arbre centenaire, les tronçonneuses abandonnent. Jeanne d’Arc 1, Ikea 0.
Nina
Imaginer le métier actuel d’une figure de fiction ou historique - 30 minutes
La vie ça peut être violent, ça peut être doux, amer ou sucré, chaotique ou idyllique.
Violent comme un contrôle au faciès, violent comme des images d’humains affamés, violent comme une insulte, droit dans les yeux.
Ça peut être doux, comme l’activité que je préfère pratiquer, à savoir regarder le ciel étoilé.
Doux comme un repas partagé, doux comme une promenade en forêt.
La vie ça peut être violent ça peut être doux, rugueux, soyeux, tranchant ou pétillant.
Violent comme un régime imposé, violent comme un accident, violent comme les étiquettes collées sur les fronts.
Doux comme un rêve dans lequel j’aimerais rester, doux comme les bras de ma grand-mère, doux comme le souvenir des sons de mon île.
La vie ça peut être violent, ça peut être doux, terrifiant, amusant, lamentable ou adorable, hasardeux ou merveilleux.
Nina
Texte à partir de 5 mots tirés au sort - 10 minutes
Aie ! CV refusé.
De nos jours, beaucoup d’entreprises utilisent une intelligence artificielle qui a pour but de filtrer les CV avant même qu’ils soient dans les mains de la RH.
Et celui de Sara a direct été jeté par cette machine, BIM !
La raison ? Elle est une femme et pour un poste comme celui là c’est littéralement impossible d’en être une, ouch !
Pourquoi ?
Elle aurait l’air trop douce, trop gentille, oups.
Elle pourrait avoir des enfants dans quelques années, ouille !
Peut-être ne pourra-t ’elle pas supporter toute la pression à gérer, snif !
Elle avait qu’à être un homme, et la machine à CV l’aurait sélectionnée, hihi.
Nina
Onomatopées – 10 minutes
Dans la confiserie, je ne sais pas vraiment ce que faisait Mamie. Je l’ai connue vieille alors que j’étais jeune et quand on est jeune, on s’en fiche un peu de ce que font les vieilles dans leur jeunesse. Pourtant, elle devient bien faire quelque chose, c’est la fille du confiseur tout de même. Et puis quand papa en parle il me dit « la confiserie de mes parents ». Mais on n’entend que parler des grosses mains de grand père tirant la pâte à sucre brulantes, les gros bras de l’employé qui portait les sacs de poudre de cacao. Que faisait Mamie au milieu de tout ça ? Faisait-elle les comptes ? Empêchait-elle les petits de se bruler les doigts ? Faisait-elle l’accueil des clients des foires environnantes ? Peut-être qu’elle mettait les berlingots dans des boites, peut être enfonçait elle les bâtonnets dans les chiques. Peut-être passait-elle le balai, retirait les guêpes dans la pâte à sucre brulantes ? Peut-être devait elle empêcher le facteur de manger les guêpes sucrées qu’il prenait pour des bonbons.
Je ne sais pas ce que faisait Mamie à la confiserie où elle a passé sa vie.
Lise
Le métier de votre grand mère - 10 minutes
Je fais attention à plier le papier comme il faut, à bien nettoyer mes mains, à assembler les pages dans le bon ordre. Je fais des livres et c’est un boulot que j’aime et pourtant je me sens faible. Comme si je faisais tout mal. Comme si je faisais perdre de l’argent à l’entreprise alors que je suis payée 150 euros par mois. Pourtant j’accepterai d’avoir un salaire encore plus bas si c’était pour être bien traitées.
Un jour je dis je veux être bien traitée et je suis prise dans le tambour de la machine. On me tourne et retourne, le haut devient le bas et je ne sais plus vraiment de quoi on parle.
Une fois bien lessivée, et à la fin, elle me serre fort dans ses bras pour m’essorer
Lise
Texte à partir de 5 mots tirés au sort - 10 minutes
Dans l’usine à serrures, on ne fabrique que des serrures. Si vous voulez des clés pour ouvrir les serrures, il faut aller à l’usine à clef. C’est un système pratique et économique car le travail peut se faire rapidement. C’est déjà plus simple de fabriquer des tiges là où on fabrique déjà d’autres tiges, et des trous là où on fabrique déjà d’autres trous. Imaginez sinon, devoir fabriquer une tige, un trou, une tige, un trou. C’est débile. Une tige, une tige, une tige et puis quelques kilomètres plus loin, un trou, un trou, un trou, c’est plus simple.
Bien évidemment, il faut ensuite trouver la bonne clé pour la bonne serrure et pour ça il existe les essayeuses et essayeurs de clés et serrures. Comme tant d’autres métiers, menacés par l’intelligence artificielle aujourd’hui. Pourtant, il y a des actes humains qui sont irremplaçables, et cette histoire que l’on m’a un jour racontée en est une preuve bien évidente :
Un essayeur de clé et de serrure se rendait un jour à l’assemblage qui se trouve entre l’usine à clé et l’usine à serrure.
Rapidement, il se met à essayer clé sur clé dans sa serrure. En face de lui, une essayeuse de clé et serrure essaye différentes serrures sur sa clef (elle fait parti d’un autre département). Ça fait déjà 5 ans de salariat qu’elle cherche sa serrure pour sa clé et lui cherche une clé depuis un peu plus de 6 ans, après une réorientation professionnelle.
Vous me voyez venir.
S’ils avaient été des robots, iels auraient passé leur temps jusqu’à leur retraite à chercher la clé et la serrure qui étaient en réalité devant elleux. Mais fort heureusement, iels n’étaient pas des robots et iels étaient passionnément et secrètement fou et folle amoureuses l’un de l’autre.
Un jour, voyant les congés des fêtes approcher à grands pas, l’essayeuse de clé et serrure s’adressa à son collègue d’en face :
- Excusez-moi, serait-il possible d’essayer votre serrure ?
L’essayeur en face répond, fébrile :
- Bien-sûr, mais je doute que cela fonctionne. Voilà 6 ans que rien ne l’ouvre. (il était désespéré de lancer la conversation).
- Comme on dit dans le métier, on peut toujours essayer ! répond-elle, enthousiaste.
Qu’elle ne fût pas leur surprise quand la clé ouvre la serrure. Aussitôt, ils s’échangèrent leurs numéros de téléphone et se promettent de venir chaque jour ensemble au travail dans la voiture tantôt de l’un, tantôt de l’autre.
Cette histoire nous montre que le travail des humains ne peut pas être remplacé par des machines, même à l’usine.
Lise
Texte à partir d'images tirées au sort - 40 minutes
Ding ding, on se réveille.
11h31 10 novembre, aller hop on bosse gratos mesdames.
Pas de « gnagnagnagna on fait le même nombre d’heures de travail » allez chut ! Oui je sais, c’est pas juste mis si vous gaspillez votre temps avec des vos patati, vos patata vos hihihi et vos ragnagna vous seriez peut-être un peu mieux payées ahah !
Lise
Onomatopée – 10 minutes
Je m’appelle Joachim-Emmanuel B*******, c’est long et pompeux donc je préfère que l’on m’appelle Joachim ou Jomanu (une contraction des deux). L’habit ne fait pas le moine et mon prénom ne représente pas d’où je viens. Pas de grand château, pas de compte en Suisse, Juste une maman qui voulait qu’on sache écrire vite et qu’on se détache des autres.
Et je suis ici parce que une vie de labeur ça me parle. Au plus le temps passe et au plus mon travail prend de la place. Il s’immisce dans ma vie perso et ne fait souvent plus qu’un avec elle. Je parle beaucoup de travail mais je n’écris jamais dessus. Je voulais aussi participer à un atelier d’écriture. Écrire, ça me calme, ça m’apparaisse. Remplir des pages blanches a toujours eu un pouvoir magnétique sur moi mais c’est un temps que je ne prends pas assez donc pourquoi pas venir 6 petites heures parler encore de ce que je connais bien mais différemment ? Prendre le temps de poser des mots et de me poser moi.
Jomanu
Début de texte imposé – 10 minutes
Le travail dont je veux vous parler... C’est celui qu’on oublie, qu’on pense qui se fait seul, sans bras, sans tête ou pire celui que l’on pense faisable par tous·tes, c’est celui du Care, le mien mais aussi celui de millions d’autres personnes chez eux/elles ou dans un hôpital, une école, un bureau, une crèche, … Celui de travailler pour accompagner la société vers un mieux commun, celui d’un parent qui fait la vaisselle, celui d’un·e infirmier·e qui prend littéralement soins, celui d’un·e enseignant↓0e qui fait découvrir le monde. Celui que je fais chaque jour pour selon moi « faciliter la vie des gens à un moment T. » Ce travail c’est aussi celui que l’on méprise à grands coups de coupes budgétaires et de dénigrements, un travail normal, un travail passion. Pourquoi le prendre en compte ? S’occuper des autres, ça ne rapporte rien.
S’occuper des autres vide les caisses et coute trop cher.
Qui en sera ? En tout cas, de moins en moins.
Qui en voudrait ?
Le care est précaire mais c’est un discours encore inaudible.
11.000 dans la rue et aucun changement. Le care ne vend pas évidemment.
Jomanu
Début de texte imposé – 10 minutes
Médicament contre le harcèlement moral :
L’Empathiax 500 :
L’Empathiax 500 est un médicament a prendre dés le plus jeune âge chez l’enfant, l’adolescent, l’adulte et la personne âgée. L’Empathiax 500 ne comprend pas de contre indication et peut se prendre le matin, le soir et durant ou hors des repas.
L’Empathiax 500 permet de lutter de façon significatif à 87% (étude réalisée sur un échantillon représentatif entre l’année 1 de l’étude et maintenant par le service d’étude de chez Empathiax.) les symptômes suivants :
- Incompréhension d’autrui
- Préjugés
- Discours et psychologie de coin de comptoir.
- Froideur social
- Rejet
- Volonté de nuire.
Dans le meilleur des cas, l’Empathiax 500 peut permettre des résultats tout à fait notables contre :
- Le racisme
- Le fascisme
- Le harcèlement moral
- L’homophobie
- La connerie.
Dans le cas, le plus sévères, repris ci-dessus, l’Empathiax 500 peut-être administré plusieurs fois par jour accompagnée d’ouverture d’esprits et de silence dans un premier temps. Attention, l’empathiax 500 peut présenter les effets secondaires « indésirables » suivants :
- Ouverture d’esprit
- Ecroute active
- Compréhension.
Attention, à trop forte dose, l’Empathiax 500 peut conduire à un oubli de soi, à une possible hypersensibilité et au syndrome du super-héro ; Consulter votre corps médical en cas d’apparitions de ces symptômes. Médicaments disponible librement au coin de la rue, sans prescription. Ne présente malheureusement aucun risque d’accoutumances.
En cas de réussite du traitement, prenez contact avec votre famille ou vos voisins ;
En cas d’échec, voir début de la posologie.
Inventer un médicament à partir d’un mot tiré au hasard – 30 minutes
Et puis, un jour, j’ai pris le large. Le large de moi-même, de mes propres carcans, de mes propres poids, de nombreuses injonctions qui me pesaient. Et j’ai osé, Ö oui, j’ai osé, j’ai pris le large. Je me suis laissé en arrière pour aller de l’avant.
Je suis parti d’un pas léger vers le plus grand des inconnus, moi.
Ce lui, cet être qui si proche et pourtant si loin, ne demandait qu’à être découvert.
J’ai pris le large de moi, comme on avance dans le vide, sans sécurité, sans sureté.
Parfois avec regret, tantôt avec hâte, souvent avec découragement.
Aller vers soi est épuisant, demandeur, héritant et pourtant … Pourtant c’et souvent l plus juste.
J’ai pris le large pour éviter les maladies de qui les mâles m’ont dit.
J’ai pris le large de moi pour ne pas me larguer.
J’ai pris le large de moi avec rage mais sagesse.
Jomanu
Textes avec 5 mots imposés, tirés au hasard – 10 minutes
Ielle avait tout fait comme il fallait.
Ielle avait subi les guerres, les combats, les déplacements forcés, les heures sans internet, sans électricité, sans eau, sans nouvelles de ses proches.
D’abord ielle avait été jusqu’au village d’à côté, puis la ville, puis la province puis la frontière et là, ielle avait du faire un choix…
Aller plus loin ou rester et subir ?
Ielle n’avait pas vraiment eu le choix et commença alors alors le voyage, les heures de marche, les billets à donner aux passeurs, les longues heures de trajets dans des camions remplis de peur, d’inconnu·es et de solitude.
Les violences d’autres autorités souvent, les viols parfois, les nouvelles à donner à la famille, les doutes …
Faire semblant que tout va bien.
Ielle était passé par des lieux inconnus : Iran, Turquie, Grèce, Bulgarie, Hongrie, Autriche, Allemagne. Ielle ne connaissait pas plus ces pays que quand ielle les avaient traversés mais elle allait devoir s’en souvenir.
Les longues heures de voyage dans des voitures, des camions, dans la chaleur, dans le froid.
Ielle avait entendus des instructions dans bien des langues. Ielle s’étaient fait des adelphes de voyage. Ielle n’aurait pas du.
Ielle était rentrée par la petite porte d’un petit pays plat.
On l’avait aperçu longeant les routes de la frontière avec le regard vide.
On lui avait d’aller vers la ville du petit garçon qui pisse. Qu’allait-il bien pouvoir lui dire ?
Ielle avait tout fait comme on lui avait dit.
Ielle avait pris le train pour aller dans cette capitale, une parmi tant d’autres. Ielle était descendu à gare du midi et avait fait comme tout le monde.
Ielle avait marché jusqu’au numéro 68, on lui avait dit de se rende dans la fille des mineur·es, ielle ne s’était jamais senti aussi adulte.
On lui avait posé des questions bizarres dans sa langue, ielle ne l’avait pas parlé depuis des mois.
On l’avait conduit dans un centre avec les autres, une chambre trop petite pour 8.
Bordet fut le premier mot qu’ielle appris dans cette langue que les gens autour de lui parlaient.
On l’emmena vers un hôpital et lui ont pris des mesures. Un papier arrive. Ielle appris qu’elle avait 15 ans alors qu’ielle était sûr·e d’en avoir 14.
Ielle avait tout fait comme on lui avait dit. Ielle alla dans un autre centre et un autre et encore un autre.
Ielle alla dans une école pour apprendre à parler comme les adultes autour de lui.
Ielle appris à dire « Oui Madame, Non Madame » à celle qui disait le représenter et qui le/la voyait une fois par mois.
Ielle appris à oublier petit à petit d’où ielle venait pour être comme les autres.
Ielle appris que ce qu’ielle avait appris là-bas et en chemin valait moins bien que ce qu’ielle apprendrait ici.
Ielle ne pouvait pas décider si coudre ou réparer des voitures l’intéressait plus que le passé composé.
Ielle appris que ce papier orange reis par la commune valait plus que son passeport qui lui avait couté si cher.
Ielle avait fait comme on lui avait dit.
Ielle avait repris le train vers la gare du midi.
Ielle avait dit bonjour à la personne qui parlait sa langue et à l’autre qui parlait à travers elle.
Ielle avait répondu à toutes les questions plusieurs fois. Ielle avait du expliquer comment son père était mort, pourquoi sa sœur avait été marié jeune et pas lui/elle, où on l’avait frappé, touché, brulé. Pourquoi ielle voulait rester ici.
Ielle avait dit merci et bonne journée.
Ielle avait serré les poings et mordu sa joue.
Ielle avait fait comme si parler de soi à des inconnu·es était normal.
Ielle avait souri quand ielle avait reçu l’accord de l’endroit des interviews pur rester ici.
Ielle avait souri pour la photo de la carte de séjour.
Ielle avait encore changé de centre, d’école de visages.
Ielle avait tout fait comme on lui avait dit.
Carte, CPAS, carte de banque, cpas, commune, GSM, école, CPAS. Ielle avait été partout et quand ielle pensait que c’était fini …
Le bal recommença, ielle appris à danser plus vite, à courir plus vte, à s’intégrer plus vite, à avoir l’air d’ici, à rejeter là-bas.
Ielle avait fait le nécessaire, avait repris contact avec sa famille.
Ielle avait vu d’autres adultes, ielle avait justifié à l’école pourquoi ielle n’avait pas été en cours alors qu’on lui avait demandé d’aller ailleurs.
Ielle avait écouté comment faire vnir sa famille.
Ielle avait tenté de comprendre quels étaient ces documents dont ielle n’avait jamais entendu parler.
Ielle avait du les expliquer à sa famille et ielle avait du leur dire que eux aussi allait devoir changer plusieurs fois de pays pour tenter de se rejoindre.
Ielle avait du envoyer de l’argent, beaucoup d’argent pour des documents, étranges, des traductions erronées, des légalisations corrompues, des rendez-vous médicaux plaqués or.
Ielle avait du aider, jongler, traduire, payer, suivre.
Ielle du assurer et puis plus rien … 9 mois d’attente.
Et la danse repris plus vite, encore, des documents plus, des papiers absurdes, de l’argent, des déplacements impossibles, des angoisses.
Un test de sang, une course, … Pas la même famille ? Mais surement dopé·e.
4 mois, 5 mois.
Un résultat positif, ielle l’avait déjà dit, on choisit ses amis pas sa famille. Si on ne croit pas les papiers … Pourquoi, on les demande ?
Et la danse reprend, encor plus vite, ielle est devenu·e virtuose : Maison, argent, billet d’avion, passeports, visas, argent, meubles, argent.
Ielle était devenu voyageur·se, survivant·e, couturier·e, mécanicien·ne, polyglotte, athlète, enfant, adulte, apprenant·e, traducteur·rice, responsable, perdu·e, indésirable, dangereux·se, volontaire, docile, intégré·e, d’ailleurs, allocataires, poli·e, chef·fe de famille, solitaire, résiliant·e.
Ielle avait tout fait comme on lui avait dit.
Et cela avait été tellement difficile.
Chute imposée – 50 minutes
Jomanu
TROP de grisailles, de nuages au delà de mes fenêtres
MALADEs ce monde, ces idées qui impactent mon être
POUR oublier ces temps difficiles et moroses
TRAVAILLER un peu, sortir et trop vieller surement et enfin prendre une pause.
Jomanu
Acrostiche – 20 minutes
Cela fait maintenant 3 soirs et je voulais vous dire ... Que mettre du bleu sur du blanc pour parler avec vous des cols blancs, des cols bleus dans un endroit méconnu pour parler de ce que je fais des heures durant dans un endroit où je fonctionne à flux tendu, était une belle parenthèse, une belle réflexion pour prendre de la distance et mettre en suspension ce rythme que certains qualifierait de fous, qui le rend parfois mais qui faut aussi tenir debout.
Jomanu
Début de texte imposé – 10 minutes
Parfois, ça ne me fait rien mais je sais que je faire attention à ce que ça ne me fasse pas plus rien.
Parfois ça me donne envie de sortir de mon lit pour en faire plus, pour en faire trop pour aller manifester, pour aller plus loin.
Parfois, ça me fait pleurer, de rage, de honte, de fatigue, d’incompréhension.
Parfois, ça me détache de moi, ça me transforme en machine capable d’abattre des montagnes.
Parfois ça me rattache, ça me rend plus humain que d’autres, ça me créer des connexions inattendues et ça m’apporte des camarades de lutte.
Parfois ça m’ouvre des portes et ça me permet de vivre plusieurs vies.
Parfois ça m’en ferme mais quand je vous les portes closes … Est-ce vraiment grave ?
Parfois ça fait fondre mon cerveau à force de surchauffe.
Parfois, c’est le cœur et ça permet d’oublier les efforts.
Souvent ça me rend polyglotte et puis parfois ça me laisse sans mots ;
Parfois ça impose une distance que l’on faire tomber et puis parfois il y a une distance qu’on ne passera jamais.
Parfois ça fait passer les années plus vite que les heures.
Parfois ça me donne envie de tout lâcher et puis parfois de ne justement, rien lâcher.
Parfois j’en rie, parfois j’en pleure mais
Souvent j’en parle.
Jomanu
Les symptômes du travail - 10 minutes
Le mortuarisme est une maladie basique et commune qui se propage volontairement ou non chez le vivant.
Le mortuarisme peut surgir de façon inopinée ou être prédit avec plus ou moins de précision e longue date.
Le mortuarisme peut toucher des individus isolés ou en groupe.
Le mortuarisme peut apparaitre suite à une auto affection, une affection par contact avec des objets, des matières ou encore de façon plus sournoise sans contact aucun.
Le mortuarisme a cette particularité que c’est une maladie avec ET sans symptômes ;
Le plus souvent le mortuarisme fait mal, si ce n’st à soi même, aux proches des personnes affectées.
Le mortuarisme peut être une maladie de courte, moyenne ou longue durée. Elle peut également être d’ambiance, dans ce cas, elle est multi-symptomatique et est redoutable.
Le mortuarisme a de nombreux impacts sur le vivant également non atteint :
- Idées noires
- Sentiment de fatalité
- Volonté de course contre le temps
- Epicurisme
- Apathie
- Range de vivre
Le mortuarisme n’a aucun remède connu pour le moment et ce malgré de nombreuses recherches scientifiques ou philosophale.
Le mortuarisme peut-être ai mieux postposé ou dans certains cas momentanément éviter.
Le mortuarisme est pour le moment endémique de la planète terre mais tout laisse à croire que la malade s’adapte rapidement à d’autres lieux.
Le mortuarisme peut s’aggraver pour mieux disparaitre, il reste imprévisible.
Le mortuarisme n’a pas d’autres finalités qu’elle-même. Elle est en quelques sortes la maladie des maladies.
Le mortuarisme à ce de particulier qu’au plus le vivant y est confronté, au plus il s’y habitue.
Un autre effet secondaires inattendues du mortuarisme est qu’elle inspire aussi bien artistes que chef·fes d’Etat. ?
Le mortuarisme est une maladie dangereuse de par son pluralisme de forme ou non.
Le mortuarisme reste en définitive d’une extraordinaire banalité.
Jomanu
Invention d'une maladie à base d'un mot tiré au hasard - 30 minutes
J’ai mal au travail
Et ça fait un bail
Qui me l’aurait dit ?
Pas mon jeune moi, pardi.
Dos et échine courbés
Mon destin est scellé.
Prometteuse acti
Si vite évanouie.
Très souvent vendue
Tous·tes y ont cure.
Doctrine moderne
Idée fort terne.
Jomanu
Ecrire un poème avec un début imposé - 10 minutes
Le travail me rend malade quand...
Il perd de son sens … Après « travail » vient du latin torture, ne l’a-t-il donc pas déjà complètement perdu ?
Il me rend malade quand il en n’en rend d’autres aussi et ce souvent au simple besoin de survie.
Il était une habilité, une compétence, un savoir-faire, une passion, il est devenu un besoin, une nécessité, un mal, une maladie.
Il est une valeur aveugle qui impose ses lois, ses codes, ses horaires et l’oubli de soi.
Il nous rend objet de lui et il n’est plus qu’un sujet secondaire afin d’avoir un complément nécessaire à notre survie au présent.
Il est censé être notre futur mais son imposition sans réflexion à venir, ne laisse que peu d’espoirs.
Il est devenu notre temps, notre société tant malade, note trop vaille que vaille.
Jomanu
Début de texte imposé - 10 minutes
Bip bip, le réveil
Pfiou, adieu les rêves.
Paf, bienvenue dans ta réalité
Allez zou ! Fainéant, part donc travailler.
Vroum dans ton auto à crédit.
Cashing ! La banque te dit merci !
Pouet, ça n’avance pas.
Argh, tu es en retard déjà.
Tap tap sur le clavier.
Drin dring, 16h00 et à peine achever.
Snif snif, pauvre travailleur.
Euh … Il est déjà 20h00 ?!
Zou, tout le monde dehors !
Hop hop hop, tu n’as pas fini ?
Youpi ! Demain c’est reparti.
Plof, tu es tombé dedans.
Aîe ! C’est le rythme du travail.
Jomanu
Onomatopées – 10 minutes
AUDI...able les couleurs !
Quand on a les pieds bleus… Dans l’entrepôt, il se peut que le clark ait rencontré trois orteils. Ou que la roue de la presse ait choisi de se fracasser juste quand ces pieds se promenaient dessous.
Mais une chanson de mon enfance[1] répondait « C’est qu’on est amoureux ».
Peut-on être amoureux de son travail ? Etre bleu de son travail ? Sans doute.
Est-ce là l’origine du bleu de travail ? Ce bleu qui enveloppe et protège le corps cabossé de celui qui, dans son atelier, ne verra jamais celui du ciel. Et perdra sa vie à la gagner. J’en doute.
Une vie en bleu.
Ô dis, que me racontes-tu, là ?
L’histoire d’un constructeur automobile qui délocalise à pédale forcée, d’une usine qui ferme ses portes en laissant sur le carreau, trop gris celui-ci, un matin de février, 10, 100, 1000 ouvriers. Plus même. Une force de travail qui a des bleus à l’âme. Et qui voit rouge.
D’autres qu’eux en ont décidé ainsi. Ils sont papes de la finance, grands sachems du contrôle qualité/prix, costkillers en col blanc, grands muftis politiques… Tous s’y sont mis. Tout était bien alors pour dire que cela ne l’était plus. Pour asséner que la chaîne de montage était malade. Un joli concert d’avis homogènes sur la supposée non-performance de l’entreprise installée en terre forestoise.
Et le bleu de travail en a vu de toutes les couleurs… avant de ne plus regarder que l’asphalte terne sous le brasero revendicatif et infructueux. Une fin de vie laborieuse, pas souvent riante. Une vie de labeur. Qui mettait pour certains du baume au cœur, et pour tous du b(l)eurre dans les épinards.
Aujourd’hui, après avoir avalé tant de capitaux publics, les robots se sont tus, les mâchoires d’acier s’ouvrent sur le vide. Fraiseuses, tours à meuler, compresseurs sont désarçonnés. Scies circulaires, perceuses à percussion, pistolets à soudure, stupéfaits, désarmés. Acier, alu, caoutchouc, bobines, tôles et boulons, plus rien n’a de sens. Les tapis roulants ne roulent plus pour personne. Le silence a pris toute la place dans le hangar. Les murs aussi ont le blues.
Chez AUDI Forest, plus personne n’y mettra jamais les pieds.
[1] De Carlos – Auteur - Compositeur: Larriaga
Chute imposée – 50 minutes
Jo L
Un travail ça se dégote facilement. Il suffit de traverser la rue ! C’est un chef d'Etat qui le dit.
Aussi, plus question de vivre aux crochets de cet Etat, de se vautrer devant ‘La Crise’ de Coline Serreau, de se la couler tandis que d’autres vont au charbon, et d’imaginer qu’il en sera ainsi ad vitam. De voir en fin de mois, ces deniers indus, acquis sans les avoir conquis, venir gonfler votre cagnotte, par l’entremise du bandit-manchot étatique.
Tandis que les patrons, eux, se délectent de la série Dix pour Cent – cela pourrait leur donner des idées… - avec un œil vautré sur vos fiches de salaire.
Donc il va falloir TRA–VAIL–LER !!!
Tra…quoi ?
Bosser. Besogner. Bûcher. Cravacher. Trimer. Des milliers de postes sont à pourvoir. Il suffit de vouloir se démener. Vous n’allez pas faire la fine bouche.
Vous êtes couturière ? Demain vous irez visser des écrous.
Vous êtes gymnaste ? Demain vous vendrez des casseroles chinoises.
Vous êtes graphiste ? Pourquoi ne pas être technologue en radiothérapie ?
Vous avez étudié l’art dramatique ? La plonge en cuisine collective vous tend les bras.
Vous êtes maçon ? Devenez Amazon-expert dans un entrepôt à la mesure de votre désespoir.
Tout est permis ! Recommandation présidentielle et providentielle.
C’est quand même pas compliqué !
Alors, oui, il faudra se lever tôt. Ou se coucher tard.
Oui, il faudra peut-être prendre trois bus et deux trams pour rejoindre votre nouvel éden.
Oui, vous aurez froid sur le chantier ou soif devant la calandreuse.
Oui, la pluie battante de novembre vous fera en baver. Et que dire de la canicule promise chaque année ?
Et oui aussi, il faudra peut-être mettre les mains dans la crasse. Celle des autres.
Oui, vous vous sentirez dépassé, vanné, vidé, tendu.
Mais oui, vous saurez en fin de mois que ce tout-petit-peu d’argent vous revient de plein droit. Et que le travail dégoté vous a très honnêtement octroyé aussi le droit… d’être malmené, mésestimé. Abîmé peut-être. Sous-payé certainement.
Et oui, de ce gain minime vous n’en ferez presque rien. Car dès le lendemain vous repartirez au turbin, jusqu’à l’excès. Jusqu’au dégoût.
De dégoter un travail à dégoûter du travail, il n’y a qu’un pas. Ça s’appelle le dégotarisme. C’est la maladie du siècle.
Invention d'une maladie à base d'un mot tiré au hasard - 30 minutes
Jo L
Tankipass – 10mg – Laboratoires AKOIBON
A prendre en gélules ou en capsule, en cachet ou en sirop, en suppositoire ou en injection, quand on le souhaite et comme on veut à la seule condition que chaque dose soit différente de la précédente et de la suivante. Seul le changement continu s’avère efficace sur le long terme.
Tankipass peut être pris à vie, sans accoutumance connue à ce jour. Des contenants de 10000 doses sont proposés, à prix dégressif.
(Et tant pis pour le gouvernement qui voudrait parcelliser la vente en doses uniques !)
Effets primaires les plus fréquents :
Un esprit rasséréné
Les épaules relâchées
Les orteils décongestionnés
Des neurones gazouillant
Des libellules dans le ventre
Un sentiment de légèreté, inhabituel au travail
Effets secondaires connus, toutefois intermittents:
Les yeux en point d’interrogation (sur l’air de « qu’est-ce qui m’arrive aujourd’hui ? »)
Des mains anxieuses (au moment de trouver la boîte)
L‘estomac avide (probablement parce que à vide…)
Une incapacité significative, se traduisant par un irrépressible besoin de repos.
Non recommandé: un contrôle régulier.
Les laboratoires AKOIBON déclinent toute responsabilité quant à la non-guérison s’il s’avère que les recommandations d’irrégularité n’ont pas été suivies sporadiquement. Une réaction nocive ne peut résulter que d’un mésusage du Tankipass.
Inventer un médicament à partir d’un mot tiré au hasard – 30 minutes
Jo L
C’est trop injuste à la fin.
C’est là mon début de texte. Et presque de vie consciente.
J’ai 9 ans, 10 ans peut-être.
« C’est trop injuste à la fin » semble avoir été une rengaine de ma jeunesse parfois contrariée, martelée à tout va, au point, sinon d’énerver, de marquer les esprits.
C’est trop injuste à la fin. Mon institutrice m’a dit l’avoir ouï dans ma bouche plus d’une fois.
C’est trop injuste à la fin. Je ne l’ai pas inventé. Juste entendu tristement grimacé par Calimero, petit poussin noir, héros des années 70, dont je ne manquais aucun dessin animé. Juste avant le dodo.
Quand j’ai quitté l’école primaire, j’ai emporté un exemplaire du petit journal des élèves de 6è. S’y trouvait un texte signé « Calimero ». Ma première plume sans doute. De cela je me souviens. Mais du thème du texte, point. C’est vraiment trop injuste à la fin !
Début de phrase imposé - 10 minutes
Jo L
Ma grand-mère travaillait de ses mains. Était-elle ouvrière ? Était-elle artisane ? Je ne le sais pas.
Elle travaillait de ses mains, et pour nombre de gens, cette pratique est antinomique avec le fait d’utiliser sa tête. Comme si l’un empêchait l’autre. Comme s’il n’y avait pas suffisamment de place pour les deux.
Je ne sais pas grand-chose de son métier d’alors mais j’admirais ma grand-mère.
Ma mère, elle, a utilisé sa tête, et quand même beaucoup ses mains, sur le clavier d’une IBM à boule – très moderne à l’époque – dans le département ‘produits’ d’un fleuron de la chimie belge. Elle était plutôt choyée et bien rémunérée mais, quand j’y songe, qu’est-ce que ça devait être pelant. J’ai toujours eu envie de ne surtout jamais faire comme elle.
Et moi ? Moi j’ai papillonné. Je ne suis pas devenue entomologiste pour autant.
J’ai étudié, un peu, pas assez, pas ce que je voulais (mais le savais-je seulement ce que je voulais ?) Je me suis cherchée longtemps. En Belgique. En Italie. Allers. Retours.
A la faveur d’un recrutement à Bruxelles – dont j’aurais pu largement faire état du déroulé à la consigne « j’ai été victime du sexisme au travail » - je suis devenue consultante. Et, plus que mes mains, j’ai vite senti la nécessité d’utiliser mes pieds. La tête aussi. Beaucoup, beaucoup trop. Jusqu’à la chute.
Ce burn-out dont on saura après coup, longtemps après, qu’il aura été salutaire. Salvateur même. Parce qu’il m’a sortie de là où je ne devais plus être. Ce « là » que je ne m’autorisais pas à fuir alors que tout me le recommandait.
Depuis, je me délecte au bricolage. J’adore peindre, poncer, coller, clouer, ra-fis-to-ler (quel joli mot !). J’offre aux objets érodés une vie nouvelle, comme celle que je m’octroie à moi-même après tant d’années d’usure.
C’est bien plus enrichissant que de rendre hargneux les citoyens égarés dans leurs 4x4 ucclois lorsque vous endossez le titre pompeux de Conseillère en Mobilité.
Maman était secrétaire. De direction, elle insistait beaucoup sur ce point. Elle visait la satisfaction de son patron. Je crois qu’elle aimait son job. Et son statut privilégié qui lui assurait à elle seule un bureau à trois fenêtres ! C’était avant les open spaces partagés.
Et ma grand-mère alors ? Elle était modiste. De ses mains créatives, elle rendait les femmes jolies. Une activité profondément humaine. Elle qui parlait un anglais impeccable, appris en exil pendant la guerre, aurait-elle pu connaître le burn-out ? J’en doute un peu.
Les temps ont bien changé.
Sujet imposé "Parler du travail de ma grand mère, de ma mère et du mien" - 30 minutes
Jo L
Noyade.
Je me perds dans les mots.
Je cherche une idée, une issue, une porte.
Ma tête est prisonnière de vagues de phrases et de phrases vagues.
Je vois de la lumière. Elle m’appelle et me questionne tout à la fois.
La lumière clignote ; elle m’appelle et me questionne. Elle vacille, tangue sur un fil. J’ai peur.
Je cherche une main pour me guider, contourner l’écueil, me sortir de cet océan de mots. Mots-clefs, mots-valises (qui m’emmènent loin…), mots d’esprit, mots de passe, mots fléchés... Qui pour me sauver d’une bouée lancée dans ces bavardages mentaux ?
Comment avancer ? Tracer un chemin ? Chercher un horizon ?
Ecrire est une libération et une lutte. Soif de progresser. Angoisse de m’y perdre.
La route est belle mais énigmatique. Elle est belle parce qu’énigmatique. Je ne sais où elle me mènera. Vers où ce texte m’envolera.
Je ne sais si, d’un coup de dés, je peux sortir la tête de l’eau, trouver la clé du labyrinthe de mes pensées. Dans le temps alloué, dérouler le fil d’une histoire en 5 images. Et laisser sur cette feuille de papier une marque singulière, témoin de ma noyade désormais avortée.
Pour un instant seulement.
Texte à partir de 5 images tirées au sort - 40 minutes
Jo L
Brrr Brrr… Wrroub…
Fluuuutchhhh… Poc.
Sans sucre et avec un nuage de lait, m’a-t-il dit. Bon, j’y vais.
Toc, toc, toc !
Entrez ! Posez ça là !
Plouf, cling, la petite cuiller quitte la tasse fumante.
Une main entreprenante.
Mmmm Mmmm MMMM Argh… Smac ! Encore, encore, oui, OUI ? OOOUUUIIII !!!
Fshhh Pfouuuu………………
(Beurk)
En quelques sons j’ai illustré une phrase prononcée par Eric Zemmour :
« Les stagiaires c’est fait pour faire des pipes et le café » (sic).
Onomatopées - 10 minutes
Jo L
Quand je rentre du boulot…
C’est effarant comme cette phrase me semble convenue. Et inadaptée au monde d’aujourd’hui
et à mon histoire.
« Rentrer du boulot » c’est quoi au juste ?
Aller dans la cuisine en passant par le salon, sans s’y arrêter, après avoir étendu le linge sur la terrasse ?
S’"empoulailler" dans un tram trop long et trop petit à la fois pour me rendre à La Fonderie après avoir passé deux heures à faire du repassage ?
Quitter l’hôpital où j’ai fait travailler mon bras et mes jambes, sous l’œil averti des kinés et m’en retourner à la maison pour… commencer à bosser ?
Reclaper l’écran du lap-top après 4h de télétravail pour aller faire fristouiller quelques légumes bio dans la sauteuse ?
Me demander, encore et encore, c’est quoi "rentrer du boulot" ; et être certaine de ne pas trouver la réponse ce soir.
Début de phrase imposé - 10 minutes
Jo L