Cette section est très riche et montre les lieux importants pour l'Arménie et les Arméniens dans le monde. Il y a le Mont Ararat bien sûr, symbole de l'Arménie, mais aussi plus généralement le Haut Plateau arménien, Ani la ville aux mille et une églises, l'île Saint-Lazare de Venise, Jérusalem et son quartier historique arménien, le quartier Bourj Hammoud de Beyrouth...
Quelques exemples d'Eglises arméniennes à travers le monde également à Moscou, New York, Toronto, Montréal, Los Angeles, Buenos Aires, Paris, Londres, la plus ancienne de Singapour, mais aussi Beyrouth, Alep, Jérusalem, Chennai, Addis-Abeba, Dacca, Bagdad, Ispahan, Héraklion, Athènes, Thessalonique, Nicosie, Bruxelles, Khartoum, Le Caire, Alexandrie, Tbilissi ainsi que les ensembles monastiques arméniens St Thadée et St Stepanos d'Iran.
Mont Ararat, symbole national pour le peuple arménien
Il y a quelques symboles nationaux, immédiatement reconnaissables, autour desquels s’unissent tous les Arméniens. Le mont Ararat est au sommet de cette liste. Du moins tel est le cas depuis environ 200 ans, depuis que les progrès russes dans le Caucase ont intégré dans l’imagerie officielle cette montagne, la plus haute dans la région. Le plus grand des deux sommets dominant les environs s’élève à 5,137 mètres soit 16,854 pieds.
La première montée du mont Ararat a eu lieu en 1829. Elle a été entreprise par un groupe d’expédition dirigé par Friedrich Parrot, chercheur allemand, accompagné de Khachatour Abovian, originaire de la région d’Erevan. Ce dernier a reçu une éducation occidentale, il est connu pour ses accomplissements littéraires et pour son travail de pionnier dans le développement d’une éducation moderne et séculaire dans la langue vernaculaire (langue régionale) des Arméniens de l’Empire russe.
En plus de la participation d’Abovian (mystérieusement disparu par la suite) et les montées qui ont suivies, la place du mont Ararat dans l’imaginaire populaire de la société arménienne a été renforcée au cours du 20ème siècle par sa représentation sur les armoiries de deux Républiques d’Arménie indépendantes et de la République Socialiste Soviétique d’Arménie. il est également représenté dans les noms et sur les logos d’incalculables institutions publiques et entreprises privées dans le pays, des clubs de foot jusqu’aux brandy et usines de vin. Le mont Ararat se retrouve aussi dans de nombreuses expressions de la diaspora arménienne, que ce soit un restaurant à Buenos Aires ou bien une rue dans la vielle ville de Jérusalem. (Même le projet 100 Ans, 100 faits, n’a pas pu résister à l’idée d’inclure le Mont Ararat dans son propre logo!)
Cependant la place du Mont Ararat dans la culture arménienne remonte à bien plus longtemps. Les montagnes d’Ararat sont, après tout, l’endroit où d’après le Livre de la Genèse s’est posé l’Arche de Noé. Ainsi on attribue un statut sacré au mont Massis, qui est le nom arménien utilisé en parallèle au nom Ararat. On peut voir un morceau de l’Arche de Noé dans le musée d’Etchmiadzin dans la plaine d’Ararat. Le siège de l’Église Arménienne conserve cette relique conformément à la tradition de Saint Jacques de Nisibe qui est monté pour la récupérer. La plaine d’Ararat a été véritablement le cœur de l’Histoire arménienne, le lieu de plusieurs capitales arméniennes et de bon nombre de batailles décisives.
Ce qui fait aujourd’hui du Mont Ararat un symbole si fort pour les Arméniens, c’est le fait qu’il soit sur le territoire turc, juste de l’autre côté de la frontière fixée par le traité de Kars de 1921, mais qu’il domine presque toujours l’horizon de la capitale Erevan. En même temps, ces dernières années, un nombre croissant de groupes incluant des Arméniens ont participé à des montées du Mont Ararat. En attendant, le plus haut sommet de la République d’Arménie est aujourd’hui le mont Aragats, qui occupe également une grande partie de l’horizon visible de la capitale. Cette montagne est en fait composée d’un cône volcanique entouré de 4 sommets, le plus haut mesurant 4,090 mètres soit 13,418 pieds.
http://100ans100faits.fr/facts/le-mont-ararat-est-un-symbole-national-pour-le-peuple-armenien/
Haut Plateau arménien (Armenian Highlands)
Le haut-plateau arménien (en arménien : Հայկական լեռնաշխարհ - Haykakan lernachkharh, en turc Doğu Anadolu yaylaları, anciennement Ermeni Yaylaları) est une plaine d'altitude située en Arménie, dans la partie occidentale de l'Azerbaïdjan (enclave du Nakhitchevan), le sud de la Géorgie, le nord-ouest de l'Iran et la partie nord-est de la Turquie. Ce territoire se situe entre 1 000 et 2 000 mètres d'altitude, au milieu des massifs montagneux de Transcaucasie qui relient le Petit Caucase aux monts Taurus.
Le haut-plateau arménien couvre une superficie de 400 000 km2 dont 90 % du territoire de l'Arménie.
Le sommet le plus élevé est le mont Ararat, un massif volcanique qui culmine à 5 165 mètres d'altitude.
Cette plaine est drainée par les eaux du fleuve Araxe et elle est bordée de dénivellations en terrasse se dirigeant vers la mer Caspienne. Outre l'Araxe, le seul à ne pas la quitter rapidement, six autres fleuves prennent leur source sur la haute-plaine : le Tigre, l'Euphrate, la Koura, le Tchorokhi ou Çoruh, le Halıs ou Kızılırmak et la Kelkit.
Le relief de cette région est marqué de nombreuses dépressions souvent associées à des failles, dans lesquelles se forment des lacs tels que le lac Sevan (1 400 km2), le lac de Van (3 755 km2), et le lac d'Ourmia (5 200 km2).
Le haut-plateau arménien est situé au contact de plaques tectoniques qui ont déjà provoqué par le passé des éruptions volcaniques ainsi que des séismes parfois très importants et destructifs.
Le haut-plateau arménien connaît un climat continental : froid en hiver, chaud et sec en été.
La température moyenne en été, dans la région d'Erevan, est de 30 °C avec des maxima à plus de 45 °C. En hiver la température moyenne fluctue en dessous de 0 °C avec des minima de −30 °C.
À l'âge du fer, le haut-plateau arménien est peuplé d'agriculteurs et éleveurs indo-européens, et, selon des auteurs comme Friedrich Max Müller, Tamaz Gamkrelidze ou Viatcheslav Ivanov, il en serait même le foyer d'origine, avant de s'organiser au ixe siècle av. J.-C. en un royaume, celui d'Ourartou.
Durant l'Antiquité, le haut-plateau est disputé principalement entre les royaumes arméniens, les Séleucides, le royaume du Pont, l'Empire romain et les empires perses ou parthes successifs ; les religions aussi s'y croisent (paganisme arménien et romain, cultes à mystères, mazdéisme, zoroastrisme, judaïsme…), mais c'est le christianisme qui se généralise au ive siècle.
Au haut Moyen Âge, les royaumes arméniens du haut-plateau doivent composer avec l'Empire romain d'Orient (dit « byzantin ») et les Perses Sassanides avant d'être confrontés, à partir du viiie siècle à l'expansion des puissances islamiques dont la dernière en date est, au xvie siècle, l'Empire ottoman ; pendant cette période, aux populations caucasiennes et arméniennes chrétiennes, s'ajoutent des populations kurdes et turques musulmanes et de plus, une partie des caucasiens et des arméniens passent à l'islam (adjars, hémichis, lazes…).
Au début du xxe siècle, l'Empire ottoman affaibli perd la Première Guerre mondiale. Au traité de Sèvres, l'Empire doit céder à la république démocratique d'Arménie l'ouest et le sud du haut-plateau, mais entre-temps, le génocide arménien ordonné par Talaat Pacha a vidé cette région de la plupart de ses habitants arméniens, et les terres ainsi dépeuplées ont été distribuées aux musulmans turcs et kurdes : le projet a du mal à se concrétiser. Au traité de Lausanne (1923), le haut-plateau est définitivement accordé à la Turquie.
La Haute-Arménie, Arménie supérieure, Bardzr Hayk ou Barjr Hayk’ (en arménien Բարձր Հայք) est une des quinze provinces de l'Arménie historique selon Anania de Shirak. Occupant l'extrémité nord-ouest du haut-plateau arménien et adossée aux Alpes pontiques, elle correspond approximativement aux régions d'Erzenka et de Karin, aujourd'hui en Turquie orientale.
Les quinze provinces de l'Arménie historique, avec la Haute-Arménie à l'ouest.
La province se compose de neuf districts ou cantons (gavar, գավառ) :
Daranałi (Դարանաղի) ;
Ałiwn (Աղիվն) / Aṙiwc ;
Muzur (Մուզուր) / Mĕnjur ;
Ekełeac’ (Եկեղյաց) ;
Mananałi (Մանանաղի) ;
Derǰan (Դերջան) ;
Sper (Սպեր) ;
Šałagom (Շաղագոմ) ;
Karin (Կարին).
Les quinze provinces de l'Arménie historique, avec la Haute-Arménie à l'ouest.
Ani, la ville aux mille et une églises
La ville aux mille et une églises survit à travers ses ruines - Article de National Geographic ci-dessous
Pour en savoir plus: https://www.clio.fr/bibliotheque/ani_vie_et_mort_d_une_metropole.asp
Durant toute son histoire, l’Arménie a eu 12 capitales. L’existence d’ autant de sièges du gouvernement témoigne de l’instabilité de l’État arménien, et d’un nombre important d’invasions et de conquérants. Mais c’est aussi un signe à chaque fois d’un effort renouvelé pour établir les royaumes, les principautés, et, enfin, les républiques.
De toutes les capitales de l’Arménie, Ani se distingue comme l’une des plus célèbres de son temps. Le tout dernier royaume arménien indépendant sur le territoire traditionnel, gouverné par la dynastie Bagratouni (Bagratid), y a déplacé la cour en l’an 971 après JC. Les travaux de construction ont permis l’afflux d’une plus grande population, et la ville s’est transformée en un hub commercial de la région, sur des routes allant dans les quatre directions. Dans les décennies suivantes, la population aurait été comprise entre 100 000 et 200 000 personnes, rivalisant avec Bagdad et Constantinople, surpassant certainement Londres et Paris de l’époque.
Avec sa croissance, Ani a finalement gagné le surnom » la ville aux mille et une églises ». Une de ces nombreuses églises, située à l’extérieur des murs de la ville, a été connue comme l’église du Pasteur. On l’appelle comme ça, car selon la légende, la femme d’un pasteur ne pouvait pas trouver la paix et la tranquillité pour prier au milieu de la foule dans toutes les autres églises de la ville. L’architecture d’Ani et de sa célèbre cathédrale en particulier, est reconnue aujourd’hui pour son impact sur le développement de la tradition architecturale gothique, qui s’est répandue dans toute l’Europe au cours des prochains siècles.
La pression et les machinations byzantines ont finalement réussi à faire fléchir Ani en 1045, mettant fin à la période Bagratouni de l’histoire arménienne. Peu de temps après, les Turcs seldjoukides ont pris la ville en 106, et ont ensuite remporté la victoire décisive sur les Byzantins à la bataille de Manzikert en 1071. Même si pendant les siècles suivants la ville a maintenu une certaine importance sous les dominations kurde, géorgienne et mongole, elle est devenue de moins en moins prospère à partir de la fin du XIVème siècle. Ani a gardé son statut de ville pendant encore quelques siècles. A partir des années 1750 elle s’est complètement vidée de sa population.
Ani se trouve aujourd’hui en Turquie à l’autre rive de la rivière Akhourian qui forme la frontière avec l’Arménie. On peut apercevoir ses ruines directement du territoire arménien. Il s’agit d’un site ouvert aux touristes, sur lequel on y mène des travaux archéologiques et où quelques efforts de sauvegarde ont été faits. En effet, des fonds ont été alloués au cours des dernières années grâce aux gouvernements et des organismes étrangers à but non-lucratif, mais aussi à la coopération avec les organismes gouvernementaux et les ONG turques pour faire avancer l’étude et la sauvegarde d’Ani. Cependant, comme avec la plupart des lieux et objets culturels arméniens en Turquie, on traite ce site souvent avec peu de soins adéquats et parfois on le néglige ouvertement. Dans la plupart des cas on sous-estime dans les cercles officiels et non officiels l’importance qu’occupent de tels sites non seulement dans l’héritage arménien mais aussi dans l’histoire même de la Turquie.
Saint-Lazare: « L’ile des moines arméniens de Venise »
Depuis 300 ans, au cœur de la lagune, l’île Saint Lazare abrite un monastère arménien qui est une véritable terre arménienne en Italie.
Ces moines Mekhitaristes suivent la règle bénédictine : Ora et Labora. Outre la prière, le charisme de leur travail est une véritable mission pour le peuple arménien : faire connaitre la spiritualité, la langue et la culture arménienne.
L’ile est un lieu de Paix à quelques minutes de la foule de la place Saint Marc. Elle est un « petit paradis » où les moines veillent sur les manuscrits et les livres anciens pour les transmettre au monde.
Les mekhitaristes sont un trait d’union entre l’Orient et l’Occident.
Un trésor spirituel, historique et artistique à découvrir !
Emission du dimanche 18 juin 2017 - 9h30 - France 2 - présentée par Thomas Wallut. Réalisation : Guillaume Juherian.
Avec le soutien de la Fondation Alliance Arménie.
https://www.chretiensorientaux.eu/toutes-les-emissions/2017/35-les-moines-armeniens-de-venise
Depuis les années 1920, le pays du Cèdre abrite une importante communauté arménienne, issue à une très large majorité des survivants du génocide de 1915. Cette population, estimée à 140 000 personnes, dont une grande partie vit à Bourj Hammoud, dans la banlieue de Beyrouth, s’est fondue dans la société libanaise en participant activement à la vie économique et culturelle du pays.
Haut-lieu du commerce et de l’artisanat au Liban situé à quelques kilomètres du port de Beyrouth, Bourj Hammoud, surnommée la "petite Arménie", traverse une période trouble. Déjà fragilisés par la crise économique et sanitaire qui sévit dans le pays du Cèdre, ses habitants et ses commerçants ont le moral en berne, et ont même vu leurs dernières illusions être soufflées par la double explosion du 4 août.
Dans cette commune très dense, construite sur un ancien marais et s’étendant sur près de trois kilomètres carrés, les rues, d’ordinaire très animées, ont été désertées par les acheteurs en quête de bonnes affaires. Bijoux, maroquinerie, chaussures, sacs, prêt-à-porter, artisanat… Le savoir-faire des Arméniens, transmis de génération en génération, qui a fait la réputation des centaines de boutiques de Bourj Hammoud ne fait plus recette.
"En tant qu'Arméniens, nous sommes habitués aux malheurs et à trouver des solutions"
Arpi Mangassarian, qui a fondé en 2012 Badguèr, un centre culturel dédié à l'artisanat et à la culture arménienne dans le quartier de Marash, promène un regard fier et nostalgique en arpentant les ruelles de cette ville-labyrinthe, dont elle connaît chaque recoin. "Ce sont les Arméniens qui ont construit cette ville, développé son économie et lui ont donné une âme, explique cette polyglotte énergique à France 24. Mais l’âge d’or est derrière eux, ils font face aujourd’hui aux problèmes économiques et sociaux qui s’accumulent dans le pays, et pensent souvent à quitter le Liban à la recherche d'une vie meilleure".
"Nombreux sont ceux qui veulent partir en Arménie, mais même là-bas il y a des problèmes. Regardez ce que la Turquie et l’Azerbaïdjan sont en train de faire en ce moment dans le Haut-Karabakh", soupire-t-elle.
Issue d’une famille de rescapés du génocide de 1915, Arpi Mangassarian ne compte pas abandonner son centre culturel, l’œuvre de toute une vie passée à sauvegarder et à transmettre la culture et les traditions ancestrales et artisanales arméniennes. "Je ne peux pas dire que je suis optimiste, tout ce que l’on peut faire, c’est de compter sur nous-mêmes et notre travail pour rebondir".
La bâtisse rose du centre Badguèr a été endommagée par les explosions du port de Beyrouth, et presque toutes ses fenêtres ont été pulvérisées. Les dégâts sont estimés à 9 000 dollars (soit 7 700 euros) par Arpi Mangassarian, soit l’équivalent d’une fortune dans un pays qui subit une hyperinflation doublée d’une dépréciation galopante de la monnaie nationale.
"Nous avons dû fermer le centre et le restaurant pendant trois semaines, déplore-t-elle. Après la catastrophe, j’ai ressenti une profonde tristesse, j’étais démoralisée, et j’ai même pensé à tout fermer pour de bon. Mais ce sont mes parents centenaires et mes racines qui m’ont donné la force de redémarrer malgré les difficultés, et puis nous avons reçu quelques petites donations qui nous ont permis de restaurer le centre", confie-t-elle.
Les explosions ont sensiblement affecté les rentrées financières de Badguèr, déjà plombées par la crise économique et la crise sanitaire liée au Covid-19. "Nous avons été obligé de réduire nos activités et notre personnel en attendant des jours meilleurs. En tant qu'Arméniens, nous sommes habitués aux malheurs et à trouver des solutions".
"Je mourrai ici même s’ils nous étranglent petit à petit"
Dans la même rue, en face du centre culturel, Hampig Sherbetjian, 65 ans, inspecte sa nouvelle porte d’entrée et sa vitrine translucide, installées quelques jours après les explosions du 4 août qui ont endommagé son magasin et son atelier de maroquinerie artisanale. "Nous avons rapidement entrepris les réparations afin d’éviter les vols de marchandises. Trois jours après, nous avions rouvert le magasin et réexposé sacs et ceintures en vitrine, indique-t-il. En vain, ça ne suffit pas pour faire revenir les clients dans le secteur".
Hampig Sherbetjian a ouvert son magasin en 1973 et confie n’avoir jamais connu de période aussi noire pour Bourj Hammoud. "La crise économique qui frappe nos commerces remonte à au moins deux ans, mais la situation s'est encore aggravée avec le Covid-19 et après les explosions du port, précise-t-il. Il faut être lucide, promenez-vous dans les rues, vous verrez que les trois quarts des magasins sont vides ou fermés, faute de clients".
Et d’ajouter : "Dire qu’avant, tout le Liban venait chez nous à Bourj Hammoud. Musulmans, chrétiens, druzes… Ils venaient tous ici. Aujourd’hui il n’y a presque plus personne".
Malgré la situation difficile, le maroquinier n’entend pas fermer boutique. "Il faut tenir. Avant, j’avais six employés au total. Crise oblige, je suis seul avec mon épouse à travailler aujourd’hui, souligne-t-il. Je resterai au Liban pour toujours, je suis né ici, l'histoire de ma vie a commencé à Bourj Hammoud, et je mourrai ici, même s’ils nous étranglent petit à petit".
L’épouse et la fille de Hampig Sherbetjian ont obtenu leur passeport arménien après en avoir fait la demande. "Je n’ai pas demandé de passeport à l'ambassade, mais ma fille et son mari envisagent sérieusement d'aller vivre en Arménie, je peux les comprendre, mais ça sera sans moi".
"Je pense que c’est fini pour le Liban cette fois"
À moins d’une centaine de mètres, dans une rue parallèle à l'étroit canal de ciment du fleuve tari Nahr Beyrouth, Raffi Pamboukian, 39 ans, n’a plus aucun espoir en l’avenir du Liban, et se donne jusqu’à la fin de l’année avant de décider de quitter le pays ou non.
Propriétaire d'un petit atelier de fabrication de chaussures, il était dans son atelier, avec ses employés, le 4 août, au moment de la double explosion. "Nous avons entendu le verre des portes et des fenêtres se briser et les murs trembler. Nous nous sommes jetés à terre, c'était terrifiant. Heureusement, nous n'avons pas été gravement blessés et les dégâts sont légers par rapport à ceux qui ont tout perdu", estime-t-il.
"Les conséquences des explosions se font toujours ressentir, explique Raffi Pamboukian. Même si nous souffrions tous déjà de l'absence de clients, plus personne n’a d’argent pour consommer en raison de la dépréciation de la livre libanaise par rapport au dollar, sans compter l'épidémie de Covid-19. Nous avons perdu près de 60 % de notre chiffre d’affaires depuis que la crise économique a frappé le pays".
Cet artisan "pense que c’est fini pour le Liban cette fois". Et il poursuit : "Je continuerai à travailler jusqu'à la fin de l'année et ensuite je verrai ce que je ferai, peut-être que je quitterai le pays, j'y pense sans cesse… C'est un choix difficile, mais il est inévitable, chuchote-t-il, en recoiffant sa chevelure argentée. Je veux aller dans des pays où l’on prend soin de la population, où ma famille serait protégée, ainsi que mon business. Ici au Liban, ça n'existe pas : les gouvernants ne nous voient pas."
Raffi Pamboukian ne pense pas que la situation puisse s’améliorer. "Quand j'ai commencé à travailler il y a vingt ans, la situation politique et économique n’était déjà pas enviable, mais les gens disaient qu’il fallait attendre un peu et garder espoir le temps que la situation s'améliore. Même mon défunt père, dont j’ai hérité cet atelier, me disait qu'il y a de l'espoir pour ce pays, se souvient-il. Mais au final, c’est toujours le contraire qui se produit : la situation s’est aggravée, et chaque génération a vu ses efforts réduits à néant. Combien faut-il encore attendre pour que la situation s’arrange ? Cent ans de plus ?"
"Bourj Hammoud, c’est ma vie. Je suis né ici et j'ai grandi ici. C'est ma maison. Si j'avais vraiment le choix, j'y resterais jusqu'à mon dernier souffle, confie-t-il. Mais que puis-je faire et combien de temps dois-je souffrir avec ma famille ? Tout le monde veut partir".
"J’ai envie de pleurer quand je vois ce qu’est devenu Bourj Hammoud"
Quelques ruelles plus loin, Vatché Hajakian, un confectionneur qui a subi des pertes de plusieurs milliers de dollars après les explosions du 4 août, rumine sa colère. Lui aussi veut quitter le Liban pour aller vivre en Arménie, car "il ne reste plus rien à Bourj Hammoud".
"Nous étions dans l’atelier de confection lorsque le port a explosé, nous avons été secoués ; c’était tellement puissant que j’ai cru que notre immeuble avait été touché par un missile israélien, heureusement que personne n’a été blessé", confie-t-il avec sa voix de ténor.
"Nous confectionnons des vêtements pour femmes depuis 1989, mais depuis plus de deux ans, les bénéfices ont tellement baissé qu'on ne peut plus continuer à travailler dans de telles conditions", plaide-t-il.
Vatché Hajakian dit désormais lutter pour survire, en travaillant au jour le jour. "Entre le coronavirus et la crise économique qui nous laminent, nous ne pourrons pas tenir comme ça plus d’un an. Tout devient de plus en plus cher et toutes mes matières premières, du fil à la fermeture éclair, sont indisponibles au Liban ; il faut les acheter en dollars à Taïwan, en Malaisie ou en Chine, mais c’est impossible ! Nous n’avons aucune visibilité, peste-t-il. En fait si : la seule chose que nous pouvons prédire c’est que ce sera de pire en pire et nous regretterons l’année 2020, c’est dire…"
Très pessimiste, il semble, à 55 ans, avoir déjà tiré un trait sur sa vie au Liban. "Cette classe politique nous a ruiné, je n’ai confiance en personne, les politiciens se transmettent les postes de père en fils, pour quel résultat ? Pourquoi cherchent-ils à détruire ce pays qui pourrait être paradisiaque ? Ils ont tout détruit, nos vies et nos maisons, j’ai envie de pleurer quand je vois ce qu’est devenue Bourj Hammoud, ils nous ont détruits moralement et économiquement".
Et d’ajouter sans décolérer : "Nous, les Arméniens, sommes un peuple travailleur qui ne ménage pas ses efforts. Depuis que je suis né je me bats pour gagner ma vie, je ne veux pas être obligé de mendier à la fin de mes jours. Même lorsqu’il est arrivé sans rien au Liban, après le génocide perpétré par les Turcs, l’Arménien n’a jamais fait la manche. Nous avons toujours travaillé et tout construit à la sueur de notre front".
Vatché Hajakian avait prévu de quitter le Liban pour émigrer en Arménie à la fin de cette année. Mais l'épidémie de Covid-19 l'a bloqué et contraint à reporter son projet à une date ultérieure. "Je devrais être aujourd’hui en Arménie, j’avais décidé de tout vendre ici et de prendre un aller simple sans revenir ici. Mais la crise bancaire et économique m’a empêché de vendre et d’avoir accès à mon argent".
Le confectionneur, natif de Bourj Hammoud et père de deux filles, ne partira pas sans regret. "Sachez que j’aime ce pays dans lequel j’ai grandi, plus que l’Arménie que je considère aussi comme mon pays, c’est dur de quitter ses racines et de partir, mais nous n’avons plus le choix".
"Je pensais pouvoir construire mon avenir ici, j’ai eu tout faux"
De l’autre côté de la ville, face à l'église Saint-Vartan de Bourj Hammoud, Hagop Badalian, un dessinateur de bijoux âgé de 25 ans, époussette les présentoirs vides de la joaillerie qui l’emploie. Le 4 août dernier, la boutique avait été soufflée par les explosions au port de Beyrouth. Près de deux mois après, le propriétaire a fait réinstaller les vitrines, mais les bijoux et les parures ne sont toujours pas exposés et la boutique reste fermée.
"Mon patron s’active pour quitter le Liban, il a entamé des démarches pour aller s’installer à Lyon. La situation est très instable dans ce pays, en raison des multiples crises qui plombent tout, sans compter la double explosion et ses conséquences qui sont venues s’ajouter", analyse le jeune ressortissant syrien d’origine arménienne.
"Je suis né à Alep, où vit une importante communauté arménienne, poursuit-il. J’ai fui la Syrie en guerre, en 2016, en pensant construire mon avenir ici, mais j’ai eu tout faux. Pourtant, lorsque je suis arrivé, la situation était tout autre, il y avait de la vie à Bourj Hammoud, il y avait du travail. Aujourd’hui, tout est à l’arrêt"
Hagop Badalian dit s’en sortir et joindre les deux bouts en faisant quelques sacrifices. "Les conditions de vie se sont détériorées. Tout est cher désormais, il faut faire attention à tout. Je me demande comment va-t-on pouvoir continuer à vivre ici. Je ne veux pas rentrer en Syrie et je ne vois pas mon avenir au Liban".
Le jeune homme à la fine barbe et au visage poupin compte quitter le pays pour l’Australie où il a " un peu de famille". "Je ne veux pas rentrer en Syrie et je ne peux pas construire mon avenir ici. Je n’ai pas d’autre choix que de quitter le Liban, poursuit-il. J’ai déposé une demande de visa quelques jours après les explosions du 4 août, j’espère qu’ils me l’accorderont. Mes amis, qui sont dans la même tranche d’âge que moi, espèrent tous aussi partir un jour".
De nombreuses villes en Californie ont une grande communauté arménienne: Los Angeles, Glendale, Fresno, à tel point que le quartier Little Armenia existe à Hollywood.
Little Armenia (en français, « Petite Arménie ») est un secteur de Hollywood, quartier de la ville de Los Angeles, en Californie.
Située dans la partie Est de Hollywood, Little Armenia est le quartier de la communauté arménienne de Los Angeles, d'où son nom.
Son nom vient du grand nombre d’Arméniens qui y vivent et aussi du grand nombre de commerces et magasins arméniens ouverts au début des années 1970.
L'église arménienne apostolique Saint-Garabed est une des églises arméniennes du quartier située sur l'avenue Alexandria. Construite en 1978, elle est située en face de l'école arménienne Rose et Alex Pilibos.
Bien qu′Hollywood était autrefois le foyer de la plus grande communauté arménienne de la région, la ville de Glendale la surpasse en nombre et proportion d'arméniens.
En 2011, le Grand Los Angeles compte plus de 214 000 descendants d'Arméniens
St Vartan Armenian Cathedral, New York (USA)
Complexe cathédral de l'église arménienne à Moscou (Russie)
Eglise arménienne Sainte Catherine, Saint-Pétersbourg (Russie)
Eglise arménienne St Grégoire l'IIluminateur à Singapour, la plus ancienne du pays.
St Sarkis Armenian church, à Londres
Cathédrale Saint Sauveur d'Ispahan (Iran)
Monastère St Stepanos de Djolfa (Iran)
Monastère St Thadée (Iran)
Cathédrale des Quarante Martyrs, Alep (Syrie)
Cathédrale Saint Nichan à Beyrouth (Liban)
Eglise Saint Vartan à Bourj Hammoud (Liban)
Eglise arménienne de la Vierge Marie à Chennai (Inde)
Eglise Saint Garabed à Hollywood, Los Angeles (USA)
St Mary Armenian Church, Toronto (Canada)
Cathédrale Apostolique Arménienne St Hagop à Montréal (Canada)
Cathédrale Saint Grégoire l'Illuminateur à Buenos Aires (Argentine)
Cathédrale Saint-Jacques de Jérusalem
Armenian Church à Dacca (Bangladesh)
Eglise arménienne Sainte-Croix d'Aghtamar sur le lac de Van (aujourd'hui en Turquie)
Site de l'Eglise arménienne Sourp Azdvadzadin de Bagdad (Irak)
Eglise arménienne Saint-Georges d'Addis-Abeba (Ethiopie)
Page des Eglises arméniennes de Sydney (Australie): https://armenianchurchsydney.org.au/
Eglise arménienne d'Héraklion, Crète (Grèce)
Eglise arménienne Notre Dame à Thessalonique (Grèce)
Eglise arménienne à Athènes (Grèce)
Eglise Sainte Marie Madeleine à Ixelles, région de Bruxelles (Belgique)
Sur le Nil, les Arméniens se sont installés à Khartoum, au Soudan, à la suite des massacres hamidiens de 1894-1896. Ils gèrent l'Église apostolique de Saint Grégoire (1957). Autrefois la maison de 2000 Arméniens, il n'en reste aujourd'hui que 50. La plupart sont partis après la prise de contrôle nationaliste de 1969.
La cathédrale apostolique arménienne de l'Assomption au Caire a été construite en 1924.
La cathédrale apostolique arménienne de l'Assomption au Caire a été construite en 1924.
L'Église apostolique arménienne des Saints Pierre et Paul à Alexandrie.