Commentaire par Jean-Pierre Colivet
Version pdf : clicLes fêtes de fin d’années et la trêve des confiseurs sont maintenant loin derrière nous. L’aventure continue !
Après Grâces et Perros-Guirec, la troupe se reforme à Plestin-les-Grèves avec enthousiasme. Comme à l’accoutumée, le car attend les guingampais sur la place du Vally. Dans la matinée du samedi 18 l’équipe technique aux ordres des concepteurs des décors, bravant les averses de pluie froide, a chargé le matériel avant de partir l’installer sur la scène de la salle An-Dour-Meur.
Pour tous, c’est la découverte d’un nouvel environnement, avec une grande scène, de grandes coulisses, des salles de maquillage, un vaste espace d’accueil… sans oublier les 350 places confortables pour le public. La grande classe ! Le piano est déjà installé, les solistes arrivent petit à petit, les cameramen ont installé leur matériel, la troupe se fait maquiller et les grandes robes à cerceau envahissent l’espace et se déplacent avec légèreté sur la scène…
Premières mesures, première répétition de la bagarre des femmes puis filage de l’opéra. La reprise est difficile, il faut se remotiver et l’on sait que dimanche l’on jouera devant une salle pleine ! Commentaires apaisants de Denis pour souder la troupe… On rentre sur Guingamp, fatigués et un peu inquiets pour le lendemain…
Dimanche matin de bonne heure, le car est prêt pour nous amener sur la côte. Voyage silencieux comme recueilli à moins que ce ne soit endormi ? A Plestin, sur le totem annonçant le spectacle, le mot magique barre, bien visible, l’annonce de Carmen : COMPLET. N’est-ce pas formidable de jouer à guichet fermé ? Une certaine fierté peut se lire sur les visages qui commencent à s’éclairer. Chacun reprend le chemin des loges et des coulisses, se change, se fait maquiller. Merci à ces mains qui tressent les nattes, posent des chignons, des postiches, qui « blushent », soulignent les yeux, qui nous transforment en véritables acteurs de cette tragédie qui va se dérouler devant 350 personnes…
Répétition de la bagarre des femmes, de quelques scènes et des saluts. Claudette notre pianiste talentueuse n’est toujours pas là. Inquiétant… Elle arrivera plus tard, les traits tirés, fatiguée. Un bruit court : gastro ! Ce n’est vraiment pas le moment…
Repas pour tous, collation et à deux heures, le régisseur annonce qu’il va ouvrir les portes. Petit à petit les spectateurs arrivent, s’installent, parfois ouvrent la porte de la salle annexe cherchant telle ou telle personne pour annoncer leur arrivée...
Trois heures moins dix. En place, vite, dépêchons, en place… Le régisseur présente le spectacle et les premières notes se font entendre. C’est parti. Chacun est motivé, concentré. Le rideau s’ouvre, les premiers applaudissements nous accueillent. La salle est enthousiaste et durant les trois heures qui suivront ce ne seront que des applaudissements à la fin de chaque scène. Vraiment, que c’est agréable de jouer dans de telles conditions… Relève de la garde et sa parodie par les enfants, sortie des cigarières et fumée légère qui monte vers les cieux tranchent avec la bagarre animée entre les deux groupes de femmes. La taverne adoucira l’ambiance, Carmen dansant sur une table et les danseuses de flamenco illuminant de leurs robes rouges les visages des consommateurs en évoluant entre les tables…
Entracte puis reprise. Le décor de la montagne, artistiquement peint et réaménagé pendant les vacances, succède à celui de la place de village andalous ou de la taverne. Le feu de bois réchauffe un contrebandier qui ne dort que d’un œil… Duo des cartes puis bagarre à couteaux tirés entre Don José et Escamillo.
Changement d’atmosphère, c’est la fête… On guette l’arrivée de la quadrille puis du toréador. Tout le cortège passe comme un mirage, un rêve et tout-à coup, majestueusement, descendant les marches de la salle apparaissent Carmen et Escamillo. Le cortège coloré et animé entrera dans les arènes tandis qu’à l’extérieur se déroulera le terrible drame passionnel. Après tant d’enthousiasme à acclamer le torero de Grenade, chacun sera atterré en découvrant la triste fin de Carmen.
Les spectateurs applaudiront longuement toute la troupe avant de repartir, de bien belles images dans les yeux et fredonnant des airs bien connus. Les familles présentes se manifestent, félicitent, commentent… tandis que derrière le piano un groupe se forme et l’on découvre que Claudette, notre magnifique pianiste vient de faire un malaise. Elle sera évacuée par les pompiers à l’hôpital et des nouvelles rassurantes arriveront le lendemain. On ne peut que la féliciter d’avoir tenu bon malgré la douleur durant ces trois heures de spectacle, sans le montrer, en conservant coûte que coûte la cadence toujours rapide voire endiablée de la musique de Bizet. Merci Claudette et bon repos. On pense bien à toi.
Les démontages, les rangements, le balayage de la scène interviennent rapidement et la troupe se réunira dans la vaste salle annexe pour fêter dignement la réussite de ce spectacle. Un dernier coup d’œil permettra de découvrir quelques affaires oubliées et un appel nominatif dans le car permettra ne n’oublier personne.
Il restera encore le rangement des décors et accessoires à assurer malgré la nuit et le froid qui sont tombés sur Guingamp. Poussette d’une voiture qui refusait de démarrer, bref la routine du retour…
Enthousiastes nous avons été et enthousiastes étaient les spectateurs. Pari gagné…
Merci Denis, Evelyne et Claudette de nous entrainer vers de si belles aventures. Arpège remercie également Christophe Veslin — directeur de l’espace An dour meur — et son personnel, pour l'accueil exceptionnel dans cette magnifique salle.
Et maintenant, tous à Pleubian !
Jean-Pierre Colivet