Section Pastorale
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Textes 16 septembre
Aujourd’hui, Jésus-Christ ouvre avec solennité une nouvelle étape de sa prédication. Au milieu de sa vie publique, il annonce sa montée à Jérusalem pour y vivre sa passion.
Arrêtons-nous un instant sur cette dénomination de « Jésus Christ » qui est devenue banale. Pourtant, elle ne se retrouve que trois fois dans les Évangiles : au début de l’évangile de Matthieu : « Livre de la genèse de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham », dans le prologue de Jean : « La grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ » et dans la prière sacerdotale de Jean : « La vie éternelle c'est qu'ils te connaissent toi le seul vrai Dieu et ton envoyé Jésus Christ. »
Pour la première fois, Jésus annonce sa passion et sa mort. Rappelons-nous que Pierre venait de confesser Jésus comme Christ, c’est-à-dire comme Messie qui a reçu l'onction royale. Or cette annonce ne correspondait en rien à la figure d’un roi tel que l'imaginait Pierre.
La protestation de Pierre est donc bien naturelle, en tout cas fort compréhensible : « Mais qu'est-ce que tu dis ? Ça n’est pas sérieux ». Et lui qui venait d'être déclaré heureux par Jésus, lui, Pierre, désigné comme pierre de fondation de l'Église, voilà qu’il se fait traiter de diable, de Satan.
Dans la mentalité de l’époque, Lucifer, tel que saint Jérôme le traduit dans la Bible en latin par exemple, est le « porteur de lumière ». Mais la lumière qu'il jette est partielle, elle ne fait voir qu'un côté des choses, celui qui me convient, m’avantage, à partir de mon point de vue, comme si j'étais le centre du monde. Ce même porteur des lumières obscures était présent au désert au début de la vie publique de Jésus, il s'était retiré ensuite, vaincu par la Parole de Dieu, jusqu'à « son moment ».
Jésus commande aussi à Pierre de se retirer, de passer derrière. Car Jésus est pour toujours celui qui marche devant, qui nous précède en Galilée, le « Carrefour des nations ». Il est là, à tous les carrefours du monde. Et c'est ce qui l’amène à insister sur les conditions à remplir pour marcher avec lui à sa suite : il rappelle que les pensées de Dieu ne sont pas celles des hommes. Il résume la mise en pratique d’une vie bonne, la conduite à partir de laquelle le Fils de l'Homme, venant dans la gloire avec ses anges, donnera à chacun selon sa fidélité.
Six jours après, Jésus sera transfiguré sur la haute montagne : Jésus se révèle devant Pierre et deux autres disciples dans une lumière telle qu'il n'en existe aucune autre sur terre. « Celui qui perd sa vie à cause de moi la sauvera » : de même que Jésus a vaincu Lucifer, le porteur des lumières obscures, lors des tentations au désert, de même qu’il est enveloppé d’une lumière fulgurante au mont de la Transfiguration, de même Pierre, passant à travers toutes sortes d’épreuves, va donner sa vie pour entrer à jamais transfiguré dans la lumière de son Maître.
Frère Jean-Pierre Mérimée, d’après Matthieu 16, 21-27
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On imagine la scène : elles sont venues pour la noce. Mais l’époux se fait attendre. Alors, elles papotent, parlent de choses et d’autres, en oublient presque pourquoi elles sont là : les noces d’un ami. Elles sont tellement distraites de l’essentiel que certaines oublient de remplir leur lampe et se trouvent à court d’huile lorsque l’époux arrive. La noce commence sans elles car elles ont dû aller acheter de l’huile. A leur retour, la porte de la salle des noces est fermée et on refuse de leur ouvrir.
On peut penser bien sûr que celui qui les a invitées est bien sévère. On a aussi le droit de se dire que les autres jeunes filles auraient peut-être pu partager de leur huile. Mais au fond, le vrai reproche qui est fait à ces jeunes filles sottes est de ne pas avoir été vraiment dans l’attente. « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure », conclut ce texte qui nous parle du retour du Seigneur.
Nos vies sont encombrées de beaucoup de choses futiles. Pourtant, la seule chose qui compte, c’est le retour du Seigneur car il vient nous sauver. Apprenons à attendre, faisons grandir notre désir. Car, il l’a promis : Il vient nous sauver de notre quotidien souvent banal. Une vraie fête nous attend !
Frère Jean-Jacques Pérennès, d’après Matthieu 25, 1-13
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Le perfectionnisme est un poison. La seule perfection que Jésus connaît, c’est celle de son Père. « Soyez parfaits comme votre Père est parfait ! », enseignait-il à ses disciples. Mais qui pourrait imaginer que la perfection du Père ressemble en quoi que ce soit à un perfectionnisme ? Ou, pire encore, à un conformisme ?
Les chrétiens auraient tort de se croire à l’abri des reproches que Jésus adresse aux pharisiens. Ils feraient mieux de se méfier. Non qu’ils soient directement visés par Jésus : ils ne le sont évidemment pas. Cependant, la tentation à laquelle les pharisiens et les scribes ont succombé est banale : le souci scrupuleux d’une perfection dans l’ordre moral, juridique ou rituel a vite fait d’étouffer ce que la recherche de Dieu a d’aventureux, d’imprévu, d’inouï, d’extraordinaire.
Celui qui cherche à singer la sainteté ou à mimer la religion fait fausse route ! C’est le cœur de l’homme que la Parole de Dieu purifie dans l’intimité d’une relation secrète. Et c’est d’un cœur purifié que jaillissent les bonnes actions et le culte qui plaît à Dieu.
Frère Lionel Gentric, d’après Matthieu 23, 27-32
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Avaler un chameau ! Mais ce n’est pas possible ! De même, penser que je peux honorer Dieu en oubliant la justice, la miséricorde et la fidélité, c’est impossible.
Au début de l’évangile Jésus expliquait les béatitudes. Puis il passe aux malédictions. Ce ne sont pas des malédictions à proprement parler, mais plutôt un cri de désespérance que Jésus fait entendre : vous êtes complètement dans l’erreur ! Vous ne comprenez pas où est la Vie ! Vous passez à côté de la Vie !
En payant, en purifiant, vous oubliez cette trilogie : miséricorde, justice et fidélité. Vous oubliez que Dieu vous fait miséricorde. Que c’est lui qui aujourd’hui vous donne la vie sans que vous ne le méritiez d’aucune manière. Vous oubliez que Dieu ne ment pas. Il appelle mal ce qui est mal et bien ce qui est bien. Vous oubliez que c’est la fidélité qui est le lien qui nous rattache à Dieu. Dieu reste fidèle à la promesse faite à nos pères et par notre fidélité, nous nous disposons à recevoir cette Vie que Dieu veut pour nous.
Mais il ne procède pas comme nous voudrions : « Apprenons comment, avec l’existence, Dieu nous comble de tous les trésors, et du plus précieux de tous les joyaux : pouvoir l’aimer, pouvoir lui offrir des présents en retour de ses dons et comment du même coup (non pas ensuite, non pas dans un second temps) il nous retire tout ce qu’il nous a donné, afin que ce ne soit pas les dons, mais le donateur que nous aimons. Ainsi, lorsque nous donnons, nous aurons conscience de n’être qu’une légère ride de son fleuve. »
Frère Antoine de la Fayolle, d’après Matthieu 23, 23-26
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« Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». On connaît cette béatitude de Jésus prononcée devant Thomas qui voulait voir pour croire. Difficile après de telles paroles de se dire que la vue a aussi son importance dans le domaine de la foi. Pourtant, n’est-ce pas en voyant le tombeau vide que saint Jean a cru à la parole des femmes ?
Bien sûr, le premier sens sollicité dans la foi est l’ouïe. Dans l’Ancien Testament, lorsque Dieu s’adresse à son peuple, il lui demande d’écouter et de prêter l’oreille. Plus tard, saint Paul dira que la foi naît de ce que l’on entend (Rm 10, 17). C’est bien l’écoute de la Parole de Dieu qui permet d’accueillir en nous le Verbe et de s’attacher à lui.
Cependant, la vue a aussi son importance. Jésus ne dit-il pas à Jean et André qui lui demandent où il demeure : « Venez et voyez » ? C’est le même appel que Philippe lance à Nathanaël aujourd’hui : « Viens et vois ». C’est comme s’il lui disait : tu ne veux pas croire à ma parole ? Alors viens et vois par toi-même ! Mais qu’est-ce que Nathanaël espère voir ? Sans doute, son désir est-il aussi profond que celui de Philippe qui dira plus tard : « Montre-nous le père, cela nous suffit ».
Oui, de la même manière que les oreilles sont faites pour entendre la Parole de Dieu, nos yeux sont faits pour voir Dieu. Sur cette terre, nous ne pouvons que l’entendre mais au ciel, nous le verrons tel qu’il est. Il ne faut pas voir pour croire mais il faut croire que nous sommes faits pour voir et qu’au ciel nous verrons !
Soeur Marie-Lys Nuville, d’après Jean 1, 45-51
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C’était à Capharnaüm. Chez lui, à Nazareth, l’enseignement de Jésus n’a pas été bien reçu et il a fait peu de miracles : nul n’est prophète en son pays. Son message n’a pas satisfait les foules qui ont fini par le chasser et il est venu ici, à Capharnaüm, où vit son ami Simon-Pierre. Et là, c’est tout l’inverse : Jésus enchaîne miracle sur miracle, guérison sur guérison, au point qu’on ne veut plus le laisser partir.
Pour pouvoir continuer sa mission dans d’autres villes, Jésus est donc obligé de se faire discret, en passant par un endroit désert. Mais les foules le trouvent et voudraient le retenir. Comme les troupes armées du Jeudi saint, comme Marie Madeleine après la résurrection, elles voudraient saisir Jésus, s’emparer de lui, l’empêcher d’aller plus loin. On voit bien pourquoi Capharnaüm ne veut pas perdre Jésus : la ville a trouvé un guérisseur hors pair.… On peut se demander si Capharnaüm voit le guérisseur, mais pas au-delà. Est-elle insensible à sa mission de salut, qui va bien au-delà de guérir des fièvres ? Peut-être que Nazareth, en rejetant son enseignement, avait mieux compris la portée révolutionnaire du message du Christ !
Nous aussi, nous avons du mal à saisir tout l’impact de sa mission et à quel point il souhaite transformer nos vies. Les petits miracles de notre quotidien sont des signes, mais ils ne sont que le début, que la surface. Si, comme Capharnaüm, nous sommes prêts à accueillir sa vie en nous – même sans tout comprendre – alors, ce sont nos cœurs que Jésus va guérir.
Frère Vincent Loning, d’après Luc 4, 38-44
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Pierre, prenant la parole, dit à Jésus : ’Seigneur, il est bon que nous soyons ici; si tu le veux, je dresserai ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie.’ (Matthieu 17:4) Au mois d'août, nous avons l'occasion de célébrer la fête de la Transfiguration du Seigneur (le 6 août). Dans ce récit évangélique, Jésus se révèle directement à Pierre, Jacques et Jean comme le Fils de Dieu, « mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection: écoutez-le ! » (Matthieu 17: 5).
Cette révélation suscite chez Pierre une réaction renversante, voire bouleversante — et qui pourrait le lui reprocher ? — : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici; si tu le veux, je dresserai ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. » (Matthieu 17:4). Nous pouvons nous identifier à cette réaction. Pierre, face à la gloire dont il est témoin, souhaite s’attarder dans cet instant. Il propose de construire des abris pour rester en ce lieu. Cependant, ce n’est pas le plan que Dieu a prévu pour eux. Ce n’est pas ce que Jésus souhaite. Après la révélation faite à ses disciples, ses apôtres les plus proches, Jésus conduit les hommes en bas de la montagne, les ramenant dans le monde et à leur mission. Nous sommes tentés de nous en tenir à ce qui est sûr et familier dans le cadre de notre action et de la manière dont nous répondons à notre vocation de service. Nous sommes tentés de nous ancrer dans nos routines et nos modes d’action, mais est-ce là ce à quoi nous sommes appelés dans la plénitude de notre service? Avons-nous récemment demandé : « Seigneur, où veux-tu que j’aille ? Qu’attends-tu de moi ? Qui veux-tu que j’aide ? » Ou bien, avons-nous décidé par nous-mêmes de nous établir ici ? Sortir de notre zone de confort va de pair avec le fait de se mettre au service de Jésus à travers les pauvres.
Nos habitudes et notre confort peuvent limiter notre potentiel. Le piège consistant à dire « Eh bien! C’est comme ça qu’on fait les choses dans notre conférence. » pourrait bien être cette mentalité même qui limite le nombre de nos membres ou l’émergence d’idées novatrices qui pourraient nous mener bien au-delà de tout ce que nous avons envisagé. Sommes-nous ouverts à l’inspiration du Saint-Esprit, qui insuffle une vie nouvelle à tout ce que nous faisons ? Le désir de Pierre à ce moment-là est un désir naturel. Ancrons-nous dans ce qui nous procure un sentiment de bien-être, de sécurité et de sacré. Mais Jésus nous appelle à aller au-delà de ces désirs et à nous lancer dans l’œuvre… cette œuvre d’amour inconfortable et compliquée. Juste après ce récit, Jésus est confronté à un homme qui le supplie de guérir son fils d’un démon qui l’avait possédé (Matthieu 17, 14-17) et que les disciples eux-mêmes n’avaient pas pu chasser. Immédiatement, les disciples sont confrontés au chaos de la possession démoniaque et à l’échec ! Pourtant, Jésus est avec eux et l’œuvre est accomplie. Puisons de l’espoir dans cet exemple. Même lorsque les choses nous semblent trop difficiles, nous pouvons tout accomplir par le Christ qui nous fortifie! (Philippiens 4, 13)
Paul Rossetti, membre du comité de spiritualité national
Conseil particulier de l’île de Vancouver, Victoria, C.-B.
Organisation de Saint-Vincent de Paul
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Après une nuit de pêche décevante, Jésus s’approche et réquisitionne Simon Pierre et ses associés, Jacques et Jean, pour retourner en mer. Ainsi, il pourra mieux s’adresser à la foule qui se presse autour de lui. Mais cela ne lui suffit pas. Comme pour joindre l’acte à la parole, il leur demande de jeter à nouveau leurs filets, et la pêche est si abondante qu’ils craignent de perdre leur prise miraculeuse ! Simon prend alors conscience de son péché. Mais en réponse, Jésus lui annonce qu’il aura bientôt à faire entendre, à son tour, la Parole de vie qui, au nom de Jésus, rassemblera l’Église. Alors, laissant tout, Pierre, Jacques et Jean le suivent.
Plus tard, sur une montagne, les trois compagnons verront à nouveau Jésus joindre l’acte et la parole. Au lieu de s’installer avec eux dans la lumière rassurante de la Transfiguration, Jésus les entraînera avec lui à Jérusalem, où il aura à affronter le rejet, la violence et l’injustice, où il devra mourir crucifié. Les disciples comprendront alors jusqu’où Jésus est prêt à joindre l’acte à la parole : jusqu’à abandonner sa propre vie pour la donner à l’humanité entière, cette humanité que le Père l’a envoyé rassembler dans l’unité. À suivre Jésus, les disciples comprendront progressivement, chacun à son rythme propre, que le chemin de l’annonce de la Bonne Nouvelle du règne de Dieu aura à croiser le mensonge, la violence, l’idolâtrie. Alors, il faudra affronter ces figures du mal pour les renverser. Pour renverser la mort, et donner en abondance la vie, par la force du Christ ressuscité.
Au bord du lac, n’est-ce pas ce que Jésus cherche à faire découvrir ? Écouter la Parole, c’est le suivre et, avec Lui, apprendre comment joindre l’acte et la Parole pour donner la vie. Et, ainsi, devenir ses témoins.
Frère Bruno Cadoré, d’après Luc 5, 1-11
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Jésus aurait très bien pu guérir cet homme à la main sèche un autre jour. Il n’y avait pas danger de mort. Pourquoi l’a-t-il fait le jour du sabbat ? Est-ce par provocation ? Pour choquer des foules un peu trop légalistes ? Pour montrer qu’il est Dieu, qu’il fait ce qu’il veut et qu’il est au-dessus des lois ? Cette interprétation, à mon avis, est un contresens complet. Jésus ne transgresse pas le shabbat et ne cherche pas à le relativiser. Au contraire. La fête du shabbat, comme vous le savez, revient chaque semaine. Elle commémore le septième jour où Dieu a achevé sa Création. Il s’agit d’un événement liturgique qui renouvelle l’œuvre créatrice, en restaurant les forces que Dieu a mises en branle, pour penser, élaborer et terminer son œuvre. Chaque shabbat restaure les puissances créatrices dans leur état initial.
Voilà pourquoi Jésus fait des miracles ce jour-là ! En guérissant la main de cet homme le septième jour, il n’agit nullement par provocation. Il ne transgresse nullement le repos de Dieu mais il l’actualise. Il se manifeste comme le Dieu juste et bon qui, au septième jour, restaure sa création blessée, la renouvelle et lui donne son repos. Et si l’on voit dans cette main desséchée le symbole de la main du premier Adam qui a mangé le fruit défendu, la main de l’humanité pécheresse, on comprend que cette guérison annonce la guérison de l’humanité tout entière, son retour à la vie, son entrée prochaine dans le septième jour qui ne connaîtra pas de soir.
Frère David Perrin, d’après Luc 6, 6-11
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Saint-Père,
je vous présente la réflexion suivante (suite et fin)
L’alternative oubliée : aspirer à la sainteté
Les grandes réformes catholiques n’ont presque jamais commencé par des structures. Elles ont commencé par des saints. À des époques de corruption ont succédé des réformateurs : Benoît, Bernard, François, Dominique, Catherine de Sienne, Ignace de Loyola, Thérèse d’Avila, Charles Borromée, François de Sales, Jean Bosco, Thérèse de Lisieux, Maximilien Kolbe et Jean-Paul II.
Leur programme était étonnamment simple : devenir saints
Car un saint possède une force missionnaire avec laquelle aucun document stratégique ne peut rivaliser. Une paroisse avec un curé saint a un avenir meilleur qu’un diocèse avec vingt groupes de travail sur la synodalité et des dirigeants très bien payés.
Un monastère avec dix religieux fervents évangélise plus que cent pages de jargon ecclésial. Un prêtre qui à l’autel montre visiblement qu’il croit être devant Dieu peut conduire plus de personnes à la foi qu’une conférence sur la liturgie participative. Ici se trouve peut-être l’alternative que le Synode a trop peu soulignée : non pas moins d’écoute, mais plus de sainteté. Non pas moins de participation, mais plus de conversion. Non pas moins de dialogue, mais plus d'annonces.
Lex orandi, lex credendi : la manière dont on prie exprime la foi
Quand les catholiques ne comprennent plus guère que la Messe est le sacrifice sacramentel et présent du Christ ; quand diminue le sens du sacré, disparaît le silence, les confessionnaux restent vides et l’adoration eucharistique est reléguée aux marges, alors l’Église n’a pas un problème de structures de gouvernement.
Elle a un problème de foi. Une nouvelle structure de participation ne peut pas le résoudre. Non plus une nouvelle assemblée. Peut-être qu'une redécouverte de Dieu le peut.
Le paradoxe de la participation
Le projet synodal met l’accent sur la participation. Mais ici apparaît un étrange paradoxe. Les personnes qui participent intensément aux processus consultatifs ecclésiaux ne sont pas nécessairement représentatives de toute l’Église. Le catholique silencieux qui assiste chaque matin à la Messe, récite le rosaire et enseigne le catéchisme à ses petits-enfants ne rédige normalement pas un rapport synodal. Le jeune catholique qui conduit trois heures pour assister à une liturgie traditionnelle ne fait normalement pas partie du groupe de travail diocésain. Une mère de six enfants qui essaie d’éduquer sa famille de façon catholique n’a peut-être guère le temps pour des « sessions d’écoute ». Une religieuse contemplative ne remplit pas de questionnaires. Cependant, leur foi peut être plus profondément enracinée que celle des participants professionnels aux assemblées ecclésiales.
Synodalité ou collégialité ?
Peut-être qu’une partie de la confusion disparaîtrait si nous revenions à parler avec plus de précision. La tradition catholique connaît un concept clair : la collégialité. Les évêques forment, avec Pierre et sous Pierre, le collège épiscopal. Il existe en outre des conseils presbytéraux, des conseils pastoraux, des synodes, des chapitres, des communautés religieuses et d’innombrables formes de consultation.
Pourquoi était-il nécessaire pour tout cela d’une nouvelle catégorie omnicompréhensive : la synodalité ? Pour l’un, cela signifie écoute. Pour un autre, décentralisation. Pour un troisième, démocratisation. Pour un quatrième, renouveau pastoral. Pour un cinquième, réforme du ministère ecclésial. Pour un sixième, une morale sexuelle différente.
Un concept qui peut tout signifier finit par ne rien signifier
Que se passerait-il si la même quantité de temps, d’argent, d’énergie spirituelle et d’attention épiscopale était investie dans la catéchèse, les séminaires, l’éducation catholique, la liturgie, la confession, l’adoration eucharistique, la pastorale matrimoniale et l’évangélisation directe ?
Le problème le plus profond : l’ecclésiologie
Au fond, la discussion ne porte pas vraiment sur le fait de se réunir. Elle porte sur la question : qu’est-ce que l’Église ? Est-elle avant tout une communauté qui cherche conjointement ce qu’elle doit devenir ? Ou est-elle primordialement une réalité divine qui a déjà reçu ce qu’elle doit être ? La réponse catholique ne peut être que la seconde.
L’Église doit constamment se convertir, mais elle est édifiée sur les Apôtres. Elle garde une foi qu’elle n’a pas inventée. Par conséquent, toute synodalité doit finalement être limitée par quelque chose qui ne peut pas être objet de discussion synodale : la vérité révélée par le Christ.
Le monde n’attend pas une Église synodale
Et ici se trouve peut-être la plus grande tragédie. Le monde moderne traverse une crise spirituelle extraordinaire. Les personnes cherchent du sens. Les jeunes cherchent une identité. La solitude augmente. Les familles se brisent. La technologie pénètre de plus en plus profondément dans l’existence humaine. La pornographie déforme la sexualité. Le matérialisme ne rend pas heureux. Le changement climatique devient pour beaucoup une religion de substitution. Les personnes craignent la mort, mais savent à peine pourquoi elles vivent.
Et au milieu de ce monde, l’Église possède quelque chose d’extraordinaire. Elle possède l’Évangile. Les sacrements. L’Eucharistie. La confession. Deux mille ans de sagesse. L’Écriture sainte. Les Pères de l’Église. Thomas d’Aquin. Augustin. Les mystiques. Les saints. Une tradition incomparable d’art, de musique, de philosophie, de morale et de spiritualité. Et, surtout, Jésus-Christ.
Le monde n’attend pas une autre organisation qui l’écoute. Il en existe déjà suffisamment. Le monde attend quelqu’un qui lui dise pourquoi il a été créé.
D’Emmaüs à Jérusalem
Peut-être que l’Évangile des disciples d’Emmaüs offre, en dernier ressort, le meilleur modèle pour une synodalité catholique authentique. Le Christ marche avec les disciples d’Emmaüs. Il les écoute vraiment. Il leur demande ce qui les préoccupe. Il leur permet de parler. Il y a de la place pour leur déception. Jusqu’ici, n’importe quel manuel de synodalité pourrait être d’accord avec enthousiasme.
Mais ensuite arrive le moment décisif. Le Christ ne confirme pas leur interprétation. Il les corrige. Il leur explique les Écritures. Il leur apprend à comprendre les événements. Et finalement ils le reconnaissent à la fraction du pain. C’est la synodalité catholique dans sa forme la plus pure.
Et ensuite les disciples ne restent pas indéfiniment réunis à Emmaüs pour évaluer leur expérience du chemin. Ils se lèvent. Ils retournent à Jérusalem. Ils sortent pour annoncer. Le processus synodal est resté bloqué à Emmaüs, et la question est de savoir s’il sait encore comment en sortir. Nous sommes si occupés à discuter de la façon dont l’Église doit marcher ensemble que nous oublions parfois vers où elle marche.
En dernier ressort, l’Église catholique n’a pas besoin d’un synode permanent sur elle-même. Elle a besoin de saints. D’évêques qui enseignent. De prêtres qui prient. De religieux qui vivent radicalement pour Dieu. De parents qui transmettent la foi. De jeunes qui découvrent que la vérité est quelque chose de plus qu’une simple opinion. D’une liturgie dans laquelle Dieu est véritablement au centre. De confessionnaux où les pécheurs trouvent le pardon. De séminaires où se forment des hommes disposés à donner leur vie au Christ.
De catholiques qui ne demandent pas constamment comment l’Église doit s’adapter au monde, mais qui ont le courage d’inviter le monde à se laisser transformer par le Christ. Car, en dernier ressort, le Christ n’a pas envoyé son Église dans le monde avec les paroles : « Allez et organisez des processus synodaux partout. » Il a dit : « Allez dans le monde entier et proclamez l’Évangile à toute la création. »
Saint-Père,
Permettez-moi de conclure cette lettre par la même pensée par laquelle je l’ai commencée : le salut des âmes.
J’espère et je prie pour que sous votre pontificat apparaisse clairement à nouveau que l’Église n’est pas appelée à discuter indéfiniment d’elle-même, mais à annoncer le Christ ; non pas à refléter l’esprit du temps, mais à conduire le monde vers la vie éternelle.
Précisément du successeur de Pierre, les fidèles peuvent attendre qu’il confirme ses frères dans la foi au milieu de la confusion de notre temps. Qu’il nous rappelle que la vérité annoncée par l’Église n’est pas une possession dont nous pouvons disposer à notre guise, mais un trésor précieux que nous avons reçu et que nous devons transmettre intégralement.
Ma demande à vous est donc simple : donnez-nous de la clarté. Quand le monde parlera plein d’incertitude, que Pierre parle avec clarté. Quand l’Église se lassera des discussions internes, montrez-nous le chemin du retour vers le Christ. Quand nous nous perdrons dans les processus et les structures, rappelez-nous notre mission.
La moisson est abondante. Les ouvriers sont peu nombreux. Les églises d’Occident se vident tandis que, simultanément, de nouvelles générations semblent chercher la vérité et la transcendance. Précisément maintenant, nous n’avons pas besoin d’une Église hésitante, mais d’une Église missionnaire qui connaît le trésor qu’elle possède et n’a pas peur de le montrer au monde.
C’est pourquoi je prie pour que votre pontificat soit marqué par une concentration renouvelée sur ce qui constitue, en dernier ressort, le cœur de toute authentique réforme ecclésiale : le Christ, la conversion, la sainteté, l’Eucharistie, l’évangélisation et le salut des âmes.
Avons-nous rapproché les personnes qui nous ont été confiées de Jésus-Christ ? Que saint Pierre intercède pour vous. Que Notre-Dame, Mater Ecclesiae, vous garde sous sa protection. Et que le Seigneur vous accorde sagesse, courage et fermeté paternelle pour conduire son Église dans la vérité et dans l’amour.
Avec une sincère révérence et uni dans la prière,
In Christo,
+ Rob Mutsaerts
Évêque auxiliaire du diocèse de Bois-le-Duc
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L’épisode aurait pu passer inaperçu : Jésus se balade avec ses disciples à travers champs ; et, comme des enfants qui pourraient cueillir des épis pour en faire un beau bouquet, les disciples les cueillent pour en croquer les grains. Geste d’insouciance et joie de communier à la nature en sa générosité. C’est sans compter le regard de jugement des pharisiens. Glaner n’est pas permis le jour de sabbat, lisent-ils dans leur grand catéchisme. Mais Jésus les engage à lire plutôt les Écritures : « N’avez-vous pas lu ? » Et voilà que l’épisode prend une tournure périlleuse : la règle contre la Parole de Dieu, la doctrine obtuse contre les Écritures, la lettre de la Loi contre l’Esprit. La douceur d’une après-midi champêtre se drape soudain d’une tension digne d’un jour d’orage : mais dans ma vie, je fais comment, alors ? Quand l’Église par exemple me propose et les Écritures et le catéchisme comme boussoles pour mon chemin, comment avancer sans être entravé dans ma marche ? Comment tenir l’un sans rejeter l’autre ? Suivre la règle n’est-il pas le plus simple pour plaire à Dieu ? Mais on entend aussitôt la voix de Jésus qui nous dit que les païens en font autant ! Alors, que faire ?
Dans la foi chrétienne, il n’est de règle qui ne soit chemin de libération. Quand Jésus dit que « le Fils de l’homme est maître du sabbat. », n’est-ce pas une façon de dire qu’aucune règle ne vaut à moins qu’elle n’engendre la liberté ? Alors apprends à être libre de la liberté propre aux Enfants de Dieu !
Frère Jean-Luc-Marie Foerster, d’après Luc 6, 1-5
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Jésus venait de dire : « Heureux serez-vous lorsque les hommes vous insulteront à cause du Fils de l’homme ». Donc à cause de lui. Et il affirme que cela contribuera à notre bonheur ? Eh bien, chrétien, cache ta joie ! Après avoir annoncé à ses disciples la souffrance que leur infligeront leurs ennemis, il enseigne la conduite à tenir à l’égard de ces derniers. « Je vous le dis, à vous qui m’écoutez… » : alors, si nous avons le cran d’assumer la Parole de Dieu, écoutons. Prenons le contre-pied de nos instincts humains de défense, qui sont souvent aigreur, conflit et vengeance.
« Comme vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites pour eux », dit Jésus. Cette conjonction « comme » va nous saisir. Premier temps : elle nous réfère à nos attitudes humaines, ce que nous pouvons encore imaginer : comme vous voulez pour vous. Second temps : le « comme » explose quand est faite la comparaison avec Dieu : « compatissants comme votre Père est compatissant ».
Ici, il ne parle pas du concept de miséricorde, un devoir aussi essentiel que possiblement planant et extérieur. Le mot grec est très concret et traduit une motion intérieure : tendre, sympathique, empathique. Or c’est le Père qui est donné comme modèle de cette attitude affective, dépassant ainsi la volonté ! D’ailleurs, saint Luc ne dit pas « soyez », mais « devenez ». Nous ne sommes pas par essence comme le Père, car c’est notre appel : « devenir ».
Au fond de notre cœur, Jésus vient tirer un élan vital et divin !
Frère Philippe Jaillot, d’après Luc 6, 27-38
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Saint Joseph, toi qui as gardé le lien avec Marie et Jésus,
aide-nous à prendre soin des relations dans nos vies.
Que personne ne ressente ce sentiment d’abandon
qui vient de la solitude.
Que chacun se réconcilie avec sa propre histoire,
avec ceux qui l’ont précédé,
et reconnaisse, même dans les erreurs commises,
une manière par laquelle la Providence s’est frayé un chemin,
et le mal n’a pas eu le dernier mot.
Révèle-toi ami avec ceux qui luttent le plus
et, comme tu as soutenu Marie et Jésus dans les moments difficiles,
ainsi soutiens-nous aussi dans notre chemin. Amen.
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