Section Pastorale
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Textes 2 septembre
Jésus serait-il… une sage-femme ? Je ne plaisante pas. Mais, avant de répondre à cette question, rappelons-nous ce qu’est une sage-femme. C’est une personne qui aide une femme enceinte à se préparer à accoucher, à vivre au mieux l’épreuve de l’accouchement, et à « récupérer » en toute sécurité une fois l’enfant né. Une personne, mais pas nécessairement une femme. Car, depuis quelques décennies, dans plusieurs pays comme le nôtre, des hommes aussi exercent ce métier. Et on les appelle toujours des sages-femmes, pour la bonne raison que « sage » veut dire « sachant faire ».
Or, les évangiles présentent souvent Jésus en train de poser des questions. Parfois, elles nous étonnent, et peuvent même nous déranger, nous paraître décalées ou osées. Ainsi, lorsqu’il demande à un homme infirme depuis trente-huit ans, près de la piscine de Bethesda (Jn 5, 6) : « Veux-tu retrouver la santé ? » Qui ne voudrait pas être guéri lorsqu’il subit un handicap depuis si longtemps ? Et pourtant, Jésus pose une bonne question. Car, pour vivre en vérité, il faut non seulement en avoir les moyens, mais aussi et d’abord le vouloir ! Notre histoire humaine regorge d’anecdotes montrant un homme ou une femme dans la pire situation imaginable, mais qui s’en sort à force de courage, de confiance en Dieu, en soi, dans les autres, et surtout par un grand désir de vivre. Le pape Léon a récemment pris l’exemple de la jeune juive Etty Hillesum, morte dans un camp de concentration après avoir laissé un sublime journal intime, et des prières qui disaient sa confiance en Dieu, malgré l’horreur qui l’entourait.
Dans l’évangile de ce jour, Jésus pose une question à ses disciples : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » Et même une deuxième : « Et vous, que dites-vous ? », et encore une troisième : « Pour vous, qui suis-je ? » Avec eux, il pratique la maïeutique : il se fait sage-femme, les aide à accoucher de leurs réflexions. Mais remarquez avec quel art et quelle délicatesse il se comporte. Il pose d’abord une question d’ordre général, comme s’il disait : quand vous vous déplacez avec moi, vous rencontrez des gens, vous avez dû parfois les entendre parler du Fils de l’homme ; alors, qu’en disent-ils ? Et les disciples lui rapportent les diverses opinions qu’ils ont entendues.
Puis il les interpelle : « Et vous, que dites-vous ? » Sous-entendu : à propos du Fils de l’homme… Et il reformule aussitôt sa question en posant une troisième, plus directe : « Pour vous, qui suis-je ? » Car le Fils de l’homme, c’est lui ; et ses disciples le savent, puisqu’il a déjà employé plusieurs fois cette formule devant eux. En se donnant ce titre, Jésus se reconnaît à la fois comme l’être humain par excellence et comme le personnage céleste appelé à régner sur les nations, d’après le livre de Daniel (Dn 7, 13). Aussi la réponse de Simon-Pierre coule-t-elle de source : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »
Mais Jésus précise que cette belle confession ne provient pas de l’intelligence de Simon : elle lui a été soufflée par Dieu, son Père. Pierre aura très vite l’occasion de vérifier sa fragilité, lorsque Jésus annoncera sa passion et que lui voudra l’en détourner. Et, le moment venu, il ira jusqu’à renier son Maître. Sa solidité de roc lui vient du Père, mais Pierre reste l’un de nous : fragile, faillible. Seul le Christ rend forte son Église, lui seul nous donne la force de vivre, d’avancer sans craindre les faux pas, et de nous relever lorsque nous tombons. Comme les premiers disciples, mettons toute notre foi en lui, le Fils de l’homme mort et ressuscité pour nous.
Frère Luc Devillers, d’après Matthieu 16, 13-20
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Depuis que Marie a dit « oui », elle grimpe les sommets. Elle part faire de la montagne, probablement au sens littéral, vu la qualité des routes de l’époque. Mais c’est moins une course sportive qu’un itinéraire spirituel. Dans le texte d’aujourd’hui, Marie vit une véritable montée vers Dieu, une ascension spirituelle. Après son « oui », sa cousine reconnaît que Marie est bénie et qu’elle répand l’allégresse et la joie, qu’elle est heureuse. C’est la première béatitude proclamée dans l’évangile de Luc. C’est peut-être la première béatification aussi. Et Marie le chante. Son âme déborde de joie pour Dieu. Elle magnifie Dieu, et Dieu le lui rend bien. Elle sera bienheureuse pour l’éternité. Humble, la voilà élevée. Affamée, elle est comblée de biens. Fille d’Abraham, elle est relevée avec toute son histoire et l’histoire de son peuple. Mais si Marie grimpe vers Dieu, elle ne peut l’atteindre. C’est Dieu lui-même qui finira par l’élever. C’est l’Assomption.
Marie a accepté de porter au monde le Fils de Dieu. Et le Fils de Dieu la portera au Ciel. Marie lui a donné la vie humaine ; à sa mort, il lui donnera la vie éternelle. En Marie, le Fils a assumé notre corps humain si fragile, et le moment venu, le Fils assumera sa mère au ciel, corps et âme. La fête de l’Assomption, c’est aussi la nôtre, car Marie nous ouvre un chemin à tous. Elle est la seule à être assumée totalement à sa mort, mais tous, nous ressusciterons corps et âme, le moment venu. Elle est la seule qui ait abrité Jésus en son sein, mais nous sommes tous appelés à accueillir le Christ dans nos vies.
Alors, nous aussi, portons le Christ au monde, c’est lui qui nous portera au Ciel.
Frère Emmanuel Dumont, d'après Luc 1, 39-56
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Les Pharisiens posent à Jésus un problème sensible à l’époque et qui le reste aujourd’hui : est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? Après avoir évoqué la loi donnée par Moïse et qui permet à l’homme de répudier sa femme, Jésus se réfère aux deux récits de la Genèse. Si la loi, donnée bien plus tard au Sinaï, a permis le divorce, c’est à cause de l’endurcissement du cœur humain, explique Jésus. Mais au commencement, Dieu avait un autre projet : créer l’homme et la femme pour être inséparablement à son « image et ressemblance » ! Et Jésus de conclure : « Que l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni. » Aux disciples, qui sont autant surpris que les Pharisiens devant cette réponse, Jésus précise que l’homme qui renvoie sa femme pour en épouser une autre est « coupable d’adultère », et de même une femme qui a renvoyé son mari et en épouse un autre !
C’est un enseignement difficile à recevoir aujourd’hui pour beaucoup de chrétiens divorcés. C’est pourtant celui qui fonde la doctrine de l’indissolubilité du mariage dans notre Église catholique, où l’union entre l’homme et la femme est un engagement sacramentel irréversible. Pour Jésus, cette union étant voulue dès la création, le divorce n’est pas conforme au plan de Dieu ! Se référant à cet enseignement de Jésus, notre Église n’accepte donc pas le divorce et le remariage des personnes divorcées. Situation dramatique : combien de vies conjugales, conflictuelles sont insolubles pour les époux et surtout douloureuses pour les enfants ! La communauté chrétienne a le devoir pressant d’aider les uns et les autres dans ce drame : c’est une urgence fraternelle.
Frère François-Dominique Charles, d’après Matthieu 19, 3-12
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« Comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés… » La parabole de Jésus est assurément un commentaire de cette phrase du Notre Père.
En l’écoutant rapidement, on reste sur sa faim. Certes, on ne peut pas parler d’injustice. Le débiteur pardonné, qui a bénéficié de la pitié de son maître, n’éprouve en retour aucune pitié. Il est difficile de ne pas le lui reprocher. Il obtient ce qu’il mérite : il est traité de la manière dont il traite son prochain.
C’est du côté du roi de la parabole que je suis déçu. Sa réaction est trop humaine. Sa remise de dette n’est finalement pas complète, puisqu’il finit par l’annuler. Depuis le début, elle était en fait conditionnée à un certain comportement du débiteur. Comme si la grâce divine était contractuelle, comme une épée de Damoclès, toujours en sursis.
Il faut alors relire la parabole. Une fois pardonné, le débiteur ne doit plus rien à son maître. Donc, s’il requiert de l’argent de ses propres débiteurs, il se fait désormais de l’argent sur le dos de son maître ! Autrement dit, il monétise la pitié du roi. Ce n’est donc pas le roi qui conditionne son pardon, c’est le débiteur qui brade ce cadeau inestimable à prix cassé. La compassion de Dieu vaut-elle bien 100 pièces d’argent ? Judas s’en satisfera de 30.
À quel prix estimons-nous le sacrifice du Christ sur la Croix ?
Frère Matthieu Palayret, d’après Matthieu 18, 21 - 19, 1
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Quoi de plus compliqué que la correction fraternelle ? Pourtant, elle fait partie intégrante de l’art de vivre en chrétien. C’est une manière de répondre à la question de Caïn : suis-je le gardien de mon frère ? Eh bien oui, justement. Le salut est affaire ecclésiale. Le salut de mon frère, de ma sœur, est entre mes mains. Vous allez me dire : oui, mais il y a l’histoire de la paille et de la poutre ! Donc, d’un côté, le Seigneur nous demande de reprendre notre frère, de le corriger et de l’autre, il semble dire que ce n’est pas bien de juger ! Alors comment faire ? Il est vrai que corriger son frère demande une vraie humilité. Jésus dit bien « s’il a commis un péché ». Pas simplement s’il t’a agacé ou s’il n’a pas fait comme tu aurais voulu. Ça, ce sont des pailles ! Un péché c’est différent. Un péché est un acte qui va contre l’amour de Dieu et du prochain. Il est injuste et donc demande réparation pour le bien non seulement de celui qui l’a subi mais aussi de celui qui l’a commis.
Aujourd’hui nous confondons souvent faiblesse et péché. La première peut conduire au deuxième, mais ils ne se confondent pas. S’il faut être miséricordieux avec les faiblesses, il faut dénoncer le péché. Le combattre et d’abord en nous. Nous ne pouvons pas laisser ceux qui nous sont proches dans leur péché, dans ce cas, ce serait non-assistance à personne en danger ! Mais il y a une manière toute délicate de s’y prendre, en se souvenant que nous sommes aussi des pécheurs-sauvés.
Frère Olivier-Marie Corre, d’après Matthieu 18, 15-20
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Lorsque nous étions élèves, il nous est peut-être arrivé de lire cette appréciation au bas de notre bulletin scolaire et de ressentir alors une certaine déception.
Voyez ce jeune homme qui s’approche de Jésus. Il a coché toutes les cases de l’observance des commandements de la Loi. Mais il est insatisfait : « Que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle ? Que me manque-t-il encore ? » Jésus accueille la demande, mais il l’oriente vers l’impératif de la sainteté évangélique : « Tu peux mieux faire et aller de l’avant ! Va, vends, donne et suis-moi ! »
Seule cette radicalité nous délivre de la soif de posséder, de la dictature de l’avoir et du faire au détriment de l’être. Être parfait, c’est être dans un manque radical qui fait de nous des mendiants pour accueillir le don de la vie éternelle. On ne fait pas son salut : « Pour les hommes, c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible. » (Mt 19, 26)
Frère Jean-Didier Boudet, d’après Matthieu 19, 16-22
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Est-il si difficile d’être sauvé ? D’après ce que nous dit Jésus, pour les hommes, c’est impossible ! À vrai dire, la question du salut ne semble pas être la première préoccupation de nos contemporains. Pour désirer le salut, il faut d’abord être conscients que nous en avons besoin et faire l’expérience que nous ne pouvons pas être sauvés par nos propres forces. Le vieux cantique : « Je n'ai qu'une âme qu'il faut sauver ; de l'éternelle flamme, je veux la préserver. » a des relents de volontarisme. Comme si le salut de l’homme était son œuvre, comme si le salut dépendait de ses efforts. Il ne s’agit pas de tomber dans l’excès inverse, de croire que la grâce fait tout, sans que nous n’ayons besoin de mettre en œuvre notre volonté et de fournir des efforts. L’homme ne peut être sauvé sans la grâce de Dieu, encore faut-il qu’il s’ouvre à cette grâce et qu’il la laisse opérer. C’est là tout notre travail, nous ouvrir à la grâce : cela demande l’acquiescement de notre volonté et la mise en œuvre de notre liberté. La question est : « Veux-tu être sauvé ? »
Pour reprendre une image de sainte Thérèse de Lisieux : l’homme ne peut gravir le rude escalier qui mène à la sainteté, c’est au-delà de ses forces. La grâce, c’est l’ascenseur qui lui permet d’entrer dans le Royaume de Dieu. Néanmoins, pour atteindre l’ascenseur, il y a une marche à monter et il nous faut lever, ou au moins vouloir lever, notre pied pour accueillir la grâce, l’ascenseur qui rendra possible notre sanctification.
Frère Patrick-Dominique Linck, d’après Matthieu 19, 23-30
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Quand Jésus raconte une parabole, on peut s’identifier aux personnages mis en scène. Cela donne « corps » à l’histoire racontée. Mais on peut aussi voir les personnages d’une parabole comme autant d’attitudes que nous portons, chacun, en nous.
J’aime lire ainsi la parabole des ouvriers de la dernière heure. Il s’agit moins de savoir à quel ouvrier nous ressemblons que de se dire que chaque catégorie d’ouvriers dit quelque chose de nous.
De fait, il y a en nous une facilité à se mettre au service de Dieu dès qu’on entend son appel ; pour certains, ce sera une capacité à rendre service sans attendre, ou encore à se précipiter à l’église dès que la cloche sonne. Mais nous portons aussi en nous des ouvriers de la dernière heure. Ce sont ces attitudes que nous n’arrivons pas à convertir. Ces manières d’être qui restent inertes sur la place de notre vie, alors que nous aimerions qu’elles aussi se mettent au service du Seigneur.
Comprise ainsi, la parabole des ouvriers de la dernière heure est une bonne nouvelle : à la fin, le Seigneur parviendra à appeler tout ce qu’il y a en nous ! Ne désespérons pas des ouvriers de la dernière heure qui sommeillent en nous !
Frère Jacques-Benoît Rauscher, d’après Matthieu 20, 1-16
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Le banquet dont il est question est celui des noces du Christ dans le Royaume. Dieu, par ses serviteurs les prophètes, avait d’abord invité les notables du peuple mais ils ont méprisé l’invitation et tué les envoyés. Le Père universalise alors son appel – les bons comme les mauvais, précise le texte. C’est un franc succès : la salle de banquet est comble. Et on perçoit ici les fruits de la mission du Christ.
Puis, sur un pauvre homme qui n’avait pas revêtu l'habit de noces, la colère de Dieu se déchaîne. C’est alors pour lui la douche froide. Et peut-être pour nous aussi ! Le salut ne serait-il qu’une question d’apparence ? Oui et non ! L’homme sans vêtement nuptial représente ceux qui acceptent l’invitation au salut, qui entrent dans l’Église, mais refusent les exigences de la foi. Son vêtement symbolise ici sa conversion à l’amour du Christ et son expulsion souligne que l’entrée dans le Royaume nécessite une transformation intérieure. Les apparences ne sont pas ici valorisées pour elles-mêmes, mais pour la disposition de cœur dont elles témoignent.
Dieu ne limite pas arbitrairement l’accès au Royaume. Il requiert simplement notre pleine conversion à son amour.
Frère Laurent Mathelot, d’après Matthieu 22, 1-14
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Saint-Père,
je vous présente la réflexion suivante.
Le Synode sur la synodalité
Celui qui juge le Synode sur la synodalité uniquement par ses objectifs peut facilement écrire un récit positif. On a écouté. On a parlé. Des milliers de personnes ont été consultées. Des évêques, des prêtres, des religieux et des laïcs se sont réunis. On a parlé de communion, de participation et de mission. Il est même apparu un nouveau vocabulaire ecclésial : synodalité, écoute, discernement, participation, conversation dans l’Esprit, mettre en marche des processus.
Mais la même histoire peut être envisagée sous une perspective complètement différente. Permettez-moi de poser la question gênante : qu’a réellement apporté tout cela ?
Mais la foi s’est-elle renforcée ? Le Christ a-t-il été annoncé avec plus de clarté ? L’identité catholique s’est-elle approfondie ? Y a-t-il eu plus de conversions ? La messe dominicale est-elle plus fréquentée ? Y a-t-il plus de vocations sacerdotales ? La catéchèse est-elle devenue plus efficace ? La révérence envers l’Eucharistie a-t-elle augmenté ? L’enseignement moral de l’Église est-il devenu plus clair ? Le dynamisme missionnaire a-t-il augmenté ?
Quand on pose ces questions, il est impossible de considérer le Synode comme un succès. En même temps, il y a quelque chose d’autre qui doit être pris en compte : le processus synodal n’est pas vraiment terminé. La phase officielle d’application se poursuit et, passant par des rencontres diocésaines, nationales et continentales, elle doit finalement culminer dans une Assemblée ecclésiale à Rome en octobre 2028. En mai 2026, le Vatican a publié à nouveau une vaste feuille de route à cet effet.
Un Synode sur un Synode
Le premier aspect frappant se trouve déjà dans le nom : Synode sur la synodalité. Traditionnellement, un synode était convoqué parce que l’Église avait besoin de parler d’un sujet concret : par exemple, l’évangélisation, le mariage et la famille, le sacerdoce, l’Eucharistie, l’Écriture sainte, une hérésie, une crise pastorale ou un problème déterminé.
Dans le Synode sur la synodalité, le processus lui-même devient l’objet. On pourrait le comparer à une réunion qui se prolonge indéfiniment pour débattre de la façon dont les réunions devraient se dérouler à l’avenir. L’Église n’est pas une conversation, mais une réalité reçue. Car l’Église ne commence pas par notre dialogue. Elle commence par le Christ.
Cela semble évident, mais cela a des conséquences de grande portée. Le Christ n’a pas fondé un groupe de discussion. Il a appelé les Apôtres. Il leur a conféré l’autorité. Il les a envoyés annoncer, baptiser et enseigner : « Allez donc, faites des disciples de toutes les nations ».
La direction est fondamentale. La foi ne naît pas parce que l’Église fait d’abord un inventaire de ce que croient les personnes et distille ensuite de toutes ces expériences une conviction commune. La foi est reçue. Paul utilise constamment des termes comme recevoir, transmettre et conserver. L’Église ne possède pas la Révélation parce qu’elle l’aurait inventée, mais parce qu’elle l’a reçue.
Si demain 90% des catholiques cessaient de croire en la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, le Christ n’en serait pas moins véritablement présent. Si 80% rejetaient un enseignement moral déterminé, cet enseignement ne deviendrait pas automatiquement faux.
Écouter : qui ?
Mais immédiatement se pose la question : qui l’Église doit-elle écouter en premier lieu ? La réponse traditionnelle est : le Christ, l’Écriture sainte, la Tradition apostolique, les saints, le témoignage de vingt siècles de christianisme et le Magistère. Et, bien sûr, aussi les fidèles.
Cependant, dans certains textes synodaux, cet ordre semble légèrement inversé. On commence par les expériences, les désirs, les frustrations et les attentes des personnes d’aujourd’hui et on demande ensuite comment l’Église doit répondre. Cela peut sembler pastoralement attractif, mais cela comporte un danger. Car que se passe-t-il quand les désirs de l’homme moderne entrent en collision avec l’Évangile ? Alors ce n’est pas l’Évangile qui doit changer ; c’est l’homme qui doit changer. Dans le christianisme, cela s’appelle la conversion. Et c’est précisément ce mot qu’on entend étonnamment peu dans de nombreux débats ecclésiaux modernes.
Le grand absent : la conversion
Ici se trouve la faiblesse la plus profonde de tout le projet. L’Église n’existe pas principalement pour confirmer les personnes dans ce qu’elles sont déjà. Elle existe pour les conduire au Christ. L’Église des martyrs n’a pas transformé le monde romain en organisant des groupes de conversation sur la façon dont les Romains pouvaient percevoir la communauté chrétienne comme plus inclusive. Elle a annoncé le Christ.
Pierre a annoncé le Christ. Paul a annoncé le Christ. François a annoncé le Christ. Dominique a annoncé le Christ. François Xavier a annoncé le Christ. Jean-Marie Vianney a annoncé le Christ. Mère Teresa a annoncé le Christ. Jean-Paul II a annoncé le Christ. Sans doute ont-ils écouté les personnes. Mais l’écoute n’a jamais été l’objectif final. L’objectif final était la conversion au Christ.
L’éléphant dans la salle synodale
Les églises se vident. Les paroisses fusionnent. Les monastères disparaissent. Les communautés religieuses vieillissent. La connaissance de la foi catholique diminue. La confession a pratiquement disparu pour de nombreux catholiques. Le nombre de vocations sacerdotales reste faible dans de nombreux endroits. Beaucoup de baptisés croient à peine encore aux vérités essentielles de la foi. Dans de larges secteurs de la communauté catholique, la vie sacramentelle s’est considérablement affaiblie.
Face à cette évolution, on pourrait s’attendre à ce qu’une initiative ecclésiale mondiale s’occupe avant tout d’une question : comment pouvons-nous reconquérir le monde pour le Christ ? L’attention se porte principalement sur les structures, la participation, les processus de prise de décision, la responsabilité des femmes, l’inclusion, les relations de pouvoir et le fonctionnement des organismes ecclésiaux.
Une loi de Parkinson pour l’Église
Les institutions qui perdent de vue leur finalité originelle commencent généralement à parler de plus en plus intensément de leur propre organisation. Les entreprises parlent alors interminablement de processus. Les universités, de gouvernance. Les gouvernements, de modèles de participation. Et les organisations ecclésiales, de structures. Moins il y a d’évangélisation, plus il y a de comités sur l’évangélisation. Moins il y a de vocations, plus il y a de documents sur les vocations. Moins il y a de gens qui vont à l’Église, plus les réunions sur la nature de l’Église sont longues.
Les attentes qui ne peuvent être satisfaites
Le processus synodal a généré des attentes. Cela s’est produit principalement parce que pendant les différentes phases de consultation ont été abordées des questions qui touchent à des domaines sur lesquels l’Église possède déjà un enseignement clair : le diaconat féminin, le sacerdoce, la morale sexuelle, les relations homosexuelles, la relation entre laïcs et clergé, l’autorité ecclésiale, la décentralisation et la position de la femme.
Quand ces thèmes sont « discutés » pendant des années, naît naturellement l’impression qu’ils pourraient finalement changer. Autrement, pourquoi en parler interminablement ? Cela conduit à un paradoxe pastoral. On demande aux personnes d’exprimer leurs attentes. Ensuite, certaines de ces attentes s’avèrent impossibles à satisfaire sans mettre en danger la continuité avec la doctrine catholique.
La protestantisation de la conception catholique de l’Église
Dans une perspective traditionnelle apparaît en outre une ironie historique. Certains éléments de la culture synodale moderne montrent des similitudes avec des processus observés pendant des décennies dans les Églises protestantes : plus d’accent sur la participation, plus d’influence administrative, plus de structures consultatives, plus de poids aux communautés locales, plus d’attention aux expériences individuelles, plus de débats sur les changements dans les opinions sociales et moins d’évidence de l’autorité hiérarchique.
À suivre…
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Ah, les faiseurs d’oppositions ! Hier, pharisiens contre sadducéens, et tous contre Jésus. Aujourd’hui, Église institution contre Église peuple de Dieu, justice contre miséricorde, homme contre Dieu. Mais Jésus casse les oppositions. Demandez-lui ce qui est central dans la loi que Dieu a donnée à Moïse, et il dit le mot « Amour ». Croyez-vous qu’il oppose amour et loi ?
Il déclare que le premier commandement c’est d’aimer Dieu ? Cela ne surprend pas ses auditeurs. Il précise « de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa pensée » ? Cela bouscule un peu plus : comprenons qu’aimer Dieu ne se fait pas à mi-temps. Nous disons facilement que la foi exprime notre amour pour Dieu. Et nous disons que croire, ça sert. Comme si la foi et l’amour, c’était des « choses » utilisables à côté d’autres réalités humaines. Mais pour Jésus, aimer Dieu, c’est tout l’être et toute la vie du chrétien. Oui, aime-le « de tout ton cœur… ». Et il continue sa réflexion : « avec ce commandement voici le second qui lui est semblable : tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Donc aimer le prochain se révèle important comme aimer Dieu. Nous pouvons comprendre qu’aimer Dieu provoque en nous l’amour du prochain, ou alors qu’aimer le prochain nous permet de mettre en pratique l’amour de Dieu dans ce monde où nous vivons. Ainsi, Jésus déclare que c’est suivre la loi que de fonder sa vie sur cela. Quel commandement dynamique et unifiant ! Loué soit Jésus qui vient défaire les oppositions.
Frère Philippe Jaillot, d’après Matthieu 22, 34-40
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Jésus est contesté dans le village de son enfance. Son ouverture d’esprit dérange ! Les habitants de Nazareth espéraient le voir faire des guérisons. Or, dans la synagogue, il ose dire qu’un prophète est toujours mal accueilli dans sa patrie. Les regards d’admiration après sa lecture du rouleau d’Isaïe deviennent soudain hostiles. Il s’était pourtant référé aux grands prophètes du pays : Élie et Élisée. La montagne du Carmel où Élie s’est affronté aux nombreux faux prophètes de Baal est toute proche de Nazareth.
Alors, en quoi Jésus dérange-t-il ? C’est la première fois qu’il prend la parole en public dans le troisième évangile, même si Luc fait comprendre qu’il arrive de Capharnaüm où il s’est déjà fait remarquer. C’est ici sa première prédication ; il y expose le but de sa mission. La scène annonce la suite : son rejet et sa mise à mort ! Jésus choisit de s’inscrire dans la ligne des prophètes Élie et Élisée qui ont agi au nom de Dieu envers des étrangers : la veuve libanaise de Sarepta et le chef de l’armée syrienne, Naaman. Jésus laisse entendre que son évangile sera mieux accueilli par les étrangers que par les gens de chez lui. C’est intolérable pour les gens de Nazareth, à tel point qu’ils sont prêts à le mettre à mort « hors de la ville » !
Luc a une phrase étonnante à la fin du passage : « Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin. » Personne ne pourra l’arrêter dans sa mission ; il est conduit par « la puissance de l’Esprit ». Il est bien difficile pour les gens de Nazareth de percevoir que le gamin de leur village a mission d’être le « Sauveur du monde ».
Frère François-Dominique Charles, d’après Luc 4, 16-30
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Père de qui provient toute paternité dans le ciel et dans la terre,
Père qui es Amour et Vie, fais que chaque famille devienne,
par la grâce de Ton Fils Jésus-Christ et par la grâce de l'Esprit Saint,
source de la divine charité, un vrai sanctuaire de la vie
et de l'amour pour les générations qui sans cesse se succèdent.
Fais que ta grâce inspire les époux dans leurs pensées
et leurs actions pour le bien de leurs familles et de toutes
les familles du monde.
Fais que les jeunes générations trouvent dans la famille
une aide efficace qui leur enseigne ce qu'est
la condition humaine et les aide à grandir dans la vérité et l'amour.
Fais que l'amour se manifeste plus fort que toute faiblesse
et que toute crise qui marquent, parfois l'existence de nos familles,
par Jésus, notre Seigneur, qui est la Voie, la Vérité et la Vie.
Prière écrite par le Pape Jean-Paul II
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