Section Pastorale
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Textes 18 mars
Au début de ma vie religieuse, j’ai accompagné un groupe de pèlerins au Mont-Saint-Michel. Nous n’en menions pas large pendant la traversée de la baie. La statue de l’archange, tel un paratonnerre, nous faisait signe dans la brume, tantôt à droite, tantôt à gauche, quand réapparaissait la silhouette rassurante du Mont. Nos chants de pèlerins gagnaient en vigueur à la mesure de notre peur. Plutôt qu’avancer chacun pour soi, nous aidions les plus petits à traverser les cours d’eau et à résister aux vents cinglants. J’étais sortie de ma zone de confort.
Rien à voir avec la mère des fils de Zébédée. Dans l’Évangile de ce jour, elle demande pour eux les meilleures places dans le Royaume de Jésus. Jacques et Jean, ses fils, les fils du tonnerre, voulaient jouer aux héros. Jadis, ils auraient même voulu venger le maître en brûlant des villes peu accueillantes. À l’inverse, être disciple consiste à ne pas faire sentir son pouvoir aux hommes comme ces « grands » dont parle Jésus dans l’Évangile, mais plutôt à parler à Dieu en leur faveur et les servir comme Jésus.
Alors, chanter des hymnes de louange en bravant la peur et aider les plus petits sur le chemin, c’est déjà revenir au Seigneur. Et bien mieux qu’un paratonnerre, Jésus perce les cieux pour moi, pour chacun de nous, pour la multitude.
Soeur Christine Gautier, d’après Matthieu 20, 28
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Alors que Jésus va bientôt prendre la route de Jérusalem pour y être mis à mort, Dieu quitte son ciel pour remplir de courage ses disciples, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui. Et que dit-t-il ? « Écoutez mon Fils ! ».
Se mettre à l’écoute de quelqu’un, c’est étymologiquement lui “obéir” ; non pas de façon bête et disciplinée. Écouter Jésus, c’est le suivre, lui le bon berger qui nous conduit à la vie. Quand nous avons commencé le carême, le mercredi des cendres, rappelons-nous, plusieurs chemins nous ont été proposés par le Christ.
Comment écouter Jésus ? D’abord en empruntant le chemin de la prière : Contempler Jésus « qui m'a aimé et s'est livré pour moi » dans un face à face, un dialogue cœur à cœur, comme un ami parle à un ami. La prière est particulièrement importante pendant le carême : elle permet de répondre à l'amour de Dieu qui nous attend et nous soutient. Dieu nous précède. Il fait toujours le premier pas ; c’est lui qui frappe à notre porte. Ne laissons donc pas passer ce temps de grâce du carême, et laissons-nous conduire.
Comment écouter Jésus ? Un dicton latino-américain dit « une oreille sur la Parole de Dieu et une sur le monde ». La Bonne Nouvelle se lit dans le monde et en nous à la lumière de l’évangile, à la lumière du visage brillant comme le soleil de Jésus. En effet, si nous écoutons la voix envoûtante du “père du mensonge”, nous sombrons dans l'abîme du non-sens, comme en témoignent l’actualité et parfois nos propres vies.
Comment écouter Jésus ? Surtout en ne s’installant pas confortablement à l’écart du monde, comme l’envisage Pierre qui veut dresser trois tentes en haut du Thabor pour arrêter le temps avec Jésus, Moïse et Élie. Le temps presse ! Pierre, Jacques et Jean, ces trois...témoins, doivent se hâter de rejoindre les autres. Car le projet de Dieu ne se limite pas à quelques privilégiés : au dernier jour, c’est l’humanité tout entière qui est destinée à être transfigurée. Et dès aujourd'hui, c'est par nous que s'opère cette transfiguration ! Nous sommes associés à la transformation du monde. C’est sans doute la dimension du partage à laquelle le carême nous invite.
Alors, aujourd’hui, une bonne nouvelle veut prendre racine en nous : la lumière du Christ est victorieuse du mal et des ténèbres. Si nous l’accueillons, si nous écoutons le Christ, dans cette lumière, c'est tout notre être et la création tout entière qui seront purifiés et transfigurés.
Frère Jean-Laurent Valois, d’après Matthieu 17, 1-9
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Dans ce quartier populaire de Lille, un frère dominicain reçoit des personnes du voisinage, cabossées, blessées, fatiguées, usées : elles ont eu des vies difficiles. Je vois ce prêtre au regard doux, toujours prêt à aider le plus démuni, le plus désorienté, l’accueillant comme s’il était son meilleur ami, avec une patience infinie. Quand je le vois, je me dis : Dieu est là en transparence. Il le transfigure.
Je vois aussi que ces personnes — quand elles reçoivent enfin de la considération et de l’amitié — se redressent. Elles aussi sont transfigurées. La lumière les éclabousse. À chacun son lieu de transfiguration, à chacun son petit Thabor !
Dieu ne nous dit pas d’être parfaits pour revenir à lui. On peut revenir dans un triste état : il n’est pas là pour nous juger, mais pour nous consoler, nous guérir. Dieu ne veut pas nous corriger, nous punir, mais compte sur nous pour transformer le monde à l’aune de son amour, de sa lumière. Cette lumière a recouvert Jésus sur le mont Thabor. Je les vois dans ma vie, tous ces transfigurés. Ils enchantent le monde, le rendent meilleur. Comme ils sont précieux ! Dans chaque petit geste de la vie, la lumière du Thabor peut resurgir.
Dans la prière, je peux me présenter en vérité devant Dieu et son regard éclaire ce que je suis vraiment : un être aimé. Je peux alors passer de la dureté à la douceur, de la crainte à la confiance, du jugement à la miséricorde, de la tristesse à la paix, des ténèbres à la lumière.
Moi aussi, mon regard change. D’un regard qui juge à un regard qui relève, qui soutient, qui valorise. Chacun de nous est chargé de transfigurer le monde. Chacun de nous peut devenir un reflet de la lumière que Jésus nous a transmise. Dieu compte sur nous !
Catherine Motte, d’après Luc 9, 32
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Cette fois, ça y est. Après quelques jours d’échauffement, nous entrons vraiment dans le carême : et on arrive, comme on dit, dans le « dur » : il faut se réconcilier avec son frère qu’on n’aime pas… Il faut accepter que le méchant qui essaie de s’améliorer passe devant le bon qui somnole tranquillement… Bref, on aimerait bien « zapper » ces passages inconfortables…
Ézéchiel nous invite donc à sortir de notre somnolence, il nous révèle que les catégories « méchant » ou « juste » ne sont pas pertinentes. Ces catégories peuvent être confortables, rassurantes, mais certainement pas utiles dans la recherche de ce que Dieu attend. La seule question est de savoir où est la volonté du Seigneur, et donc où sont la justice, le droit, la charité. C’est au fruit qu’on juge l’arbre !
Dans le monde où je vis, un monde déchristianisé, un monde où les catholiques « pratiquants » sont très minoritaires, la question n’est pas tant de « compter nos troupes »… que de chercher et rejoindre les hommes et les femmes qui contribuent à faire grandir les personnes qu’ils rencontrent, à travailler pour le bien commun, à construire un avenir crédible pour les jeunes générations, à œuvrer pour la paix…
Ce texte d’Ézéchiel annonce ce que l’Évangile de Matthieu nous révélera de la parole de Jésus au chapitre 22, verset 39 : « Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » En effet, Jésus nous annonce là que le frère est un chemin vers Dieu aussi sûr que le Temple et la Loi. Que, pour certains, la route de l’homme, le combat pour sa dignité, pour le respect de son intégrité, peut mener vers Dieu.
Alors, revenir à Dieu de tout son cœur, n’en doutons pas, passe par le chemin des hommes, par le travail quotidien au service du bien commun, par le dialogue avec celles et ceux qui, ne partageant peut-être pas notre foi, suivent, comme nous, la route vers le Royaume. Méchant ? Juste ? Dis-moi d’abord comment tu regardes et traites ton frère.
Jean René Barthélémy, d’après Matthieu 22, 39
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Avant de devenir moniale cloîtrée, j’ai vécu longtemps à Rome comme sœur dominicaine apostolique. Dans la ville éternelle, les groupes de touristes côtoient les pèlerins. Dans l’Évangile de ce jour, Jésus critique les scribes et les pharisiens aux larges phylactères, assis bien en vue. Ils me font penser à certains guides touristiques. On leur demande de montrer un maximum d’œuvres en un minimum de temps. Ils brandissent une mascotte en haut d’un manche de parapluie et débitent leur savoir en flux continu dans un micro relié aux oreillettes de leurs ouailles.
Ces enseignants qualifiés instruisent, mais ne sont pas des guides au sens spirituel. L’Évangile nous propose un autre modèle : « Vous n’avez qu’un seul maître, le Christ », celui qui conduit, comme un berger, comme Moïse dans le désert. Il n’est pas là pour dominer, mais pour accompagner vers l’unique Père des cieux. Pas pour accabler de recommandations, mais pour mener sur un chemin de vie.
« Moïse était très humble, l’homme le plus humble que la terre ait porté. » Reconnu pour sa fidélité et sa douceur, il reçut de Dieu la loi de vie. Jésus, nouveau Moïse, doux et humble de cœur, propose un fardeau léger. Il nous invite à venir, en disciples, prendre son joug facile à porter.
Oui, il est doux de m’abaisser pour me placer aux côtés de Jésus, sous son joug, et avec lui servir mes frères et sœurs. Il me promet un chemin de vie, qui m’élève puisqu’il va vers le Père des cieux. Alors, suivons le guide, le vrai !
Soeur Christine Gautier, d’après Matthieu 23, 10
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Marseille. Il y a quelques années. Dans un confessionnal. « Bénissez-moi mon père parce que j’ai péché… Je dois vous confesser, mon père, que j’ai peur d'avoir été infidèle. C’était la semaine passée. Je prenais mon café, tranquille, à mon poste habituel en terrasse au-dessus de la plage des Catalans. Et là, il y a une petite — que le bon Dieu avait drôlement bien proportionnée — qui a eu la mauvaise idée d'aller piquer une tête, là, sous mes yeux… Eh bien, je vous cache pas que ce spectacle m'a un peu émotionné... et c’est ça que je voudrais confesser. »
Vous me pardonnerez cet exemple pagnolesque, mais il me semble éclairer une confusion courante. Pour beaucoup de gens, la tentation c’est déjà un péché. Être tenté, c’est déjà commettre une faute. Mais ce n’est pas ce que proclame l’Évangile ! Jésus lui-même, qui de toute sa vie n’a pas commis le plus petit péché, a été soumis à la tentation. Après 40 jours et 40 nuits de jeûne, Jésus eut faim, nous dit l’Évangile. Et alors qu’il avait faim, le diable lui présenta des pains. Si bien que Jésus a dû ressentir l’envie de manger. Jésus a été tenté, mais il n’est pas entré dans la tentation. Il lui a résisté… et n’a commis aucun péché.
Comme le dit saint François de Sales, « sentir ce n’est pas consentir ». La différence est étroite, mais elle est capitale. Pour commettre un péché, il faut le vouloir. On devient fautif lorsqu’on entre dans la tentation, lorsqu’on la laisse envahir nos pensées et diriger nos actions. Tant que nous y résistons, nous ne commettons aucune faute. Ne nous inquiétons donc pas trop de nos émotions. Ressentir de la colère, de l’attraction, de l’envie ou du désespoir… rien de tout cela n’est péché tant qu’on y résiste.
Un cœur qui revient vers Dieu, ce n’est donc pas un cœur sans émotion ni tentation. Un cœur qui revient vers Dieu c’est un cœur gouverné par la Parole de Dieu et vainqueur, avec elle, de toutes les tentations. C’est ainsi que Jésus a vaincu le diable au désert. C’est ainsi qu’à sa suite, nos cœurs reviendront à Dieu.
Frère Clément Binachon, d’après Matthieu 1, 2
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Je m’étais éloignée, je m’étais détournée de Dieu et voilà que ce cœur vulnérable me permet de revenir vers lui, je suis enfin accessible et sensible à son amour débordant. Ce n’est pas un effort que je dois faire, ce n’est pas un combat, mais un abandon. Il vient me cueillir dans ma fragilité. Il me faut oser la faiblesse ! Je ne comptais que sur ma force ? Que sur moi-même ? Quelle erreur ! La vraie force, c’est lui et il me la donne. Revenir, ce n’est pas remonter le temps, mais ouvrir le présent à sa présence.
Cette présence, on la voit ou on la sent dans les gestes concrets de nos proches ou moins proches. Quand le cœur est ouvert, le souffle de Dieu le traverse. Mère Teresa se penchant avec tendresse sur les mourants de Calcutta, sœur Emmanuelle joyeuse au milieu des petits chiffonniers du Caire.
Plus près de nous, à Lourdes, on voit tant de gestes de compassion de la part de jeunes et de moins jeunes envers les malades : un fauteuil que l’on pousse, une main qui s’accroche à une autre, une caresse sur un visage pour effacer une larme, une écoute attentive et bienveillante. Dans tous ces actes, nous pouvons voir le reflet de Dieu. Dieu est amour.
Accueillir Dieu, c’est donc accueillir cet amour, en être le reflet dans notre vie. Aimer nos proches ne suffit pas. Jésus nous invite à une révolution : s’abandonner à l’amour de Dieu jusqu’à aimer nos ennemis !
Catherine Motte, d’après Jean 4, 8
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Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi… Eh bien, oui, aurait dit ma grand-mère, c’est bien naturel de se comporter ainsi. Il n’y a même pas besoin d’être chrétien pour agir de cette façon… Effectivement, dans l’Évangile, on trouve des rappels de ce que sont des comportements humains normaux, nécessaires pour le vivre ensemble, des conseils de bon sens plus que des leçons de théologie.
Jésus nous rappelle que le suivre consiste d’abord à bien faire notre métier d’hommes et de femmes. Il ne nous demande pas de renoncer à notre humanité, mais, au contraire, de la respecter profondément et totalement. En cela, Jésus nous invite à reconnaître que l’Homme est inscrit dans une nature, et pas seulement, et pas d’abord, dans une culture. Notre nature humaine nous indique quelle est notre finalité, ce pour quoi nous sommes créés, ce qui nous distingue des autres créatures.
C’est dans le respect de cette finalité qu’au jour du jugement, certains diront : « Quand t’avons-nous habillé ? Quand t’avons-nous visité ? Quand t’avons-nous donné à manger ? » Ces comportements spontanés, naturels d’humains, leur ouvriront les portes du Royaume. Celui ou celle qu’on appelle un héros du quotidien, et qui sauve des vies dans un élan spontané, dit toujours : c’est bien naturel, tout le monde aurait fait la même chose.
C’est dans notre humanité — corps, esprit, âme —, dans nos élans spontanés, généreux, que Dieu nous rejoint et nous engendre à une vie nouvelle. C’est avec cette simple et belle humanité qu’il fait alliance. C’est dans cette humanité que son Fils s’incarne pour nous permettre de dire « Notre Père ». Oui, c’est la nature de l’homme qui lui permet de lever les yeux et de regarder vers le ciel. Le Christ, dans son incarnation, ne vient ni modifier ni remplacer notre humanité. Il nous permet de l’accomplir. Habiter simplement notre humanité, c’est le début de la sainteté.
Jean René Barthélémy, d’après Matthieu 7, 8
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Jeune étudiante tout juste rentrée d’un pèlerinage en Pologne, à Częstochowa, j’étais sûre que ma vie, toute vie, venait de Dieu et retournait à lui. Avec les années et les épreuves de la vie, les doutes m’ont assaillie et m’ont laissée démunie.
Aujourd’hui, le prophète Daniel me montre une issue, il me remet en route. Il me parle d’un point de départ : reconnaître mes détournements, la honte au visage … Ce n’est ni une apologie du misérabilisme ni une excuse pour me complaire dans mes faiblesses, mais un puissant levier pour faire l’expérience de la miséricorde de Dieu et confesser son amour.
En marchant vers Częstochowa, n’est-ce pas dans le sacrement de la réconciliation que j’ai le plus expérimenté la tendresse de Dieu ? J’ai compris que notre histoire ne nous enferme pas, que le Seigneur nous ramène de nos mauvais pas si nous lui reconnaissons son pouvoir de vie. Alors je peux entendre l’invitation de l’Évangile d’aujourd’hui : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux ». Je peux ouvrir les mains, délier, laisser aller les misères des autres, pas pires que les miennes ! En retour, le Seigneur nous promet une surabondance, en compassion, en générosité, en gestes et paroles qui guérissent et relèvent.
Notre cœur, telle la besace du semeur, se remplira pour que nous puissions distribuer à profusion. Vraiment, les provisions pour la route ne feront jamais défaut à qui prend un tel départ pour revenir au Seigneur.
Soeur Christine Gautier, d’après Luc 6, 38
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Il fait chaud, ce jour-là, dans le désert d’Israël. Au cœur des ruines d’une église byzantine, un prêtre célèbre la messe. Lors de son homélie, j’entends : « Dieu ne s’attrape pas par la tête mais par le cœur… Il faut lâcher prise. »
Notre fils nous a quittés un mois auparavant, il allait avoir 17 ans. Soudain, je peux entendre ces mots du prêtre qui pénètrent en moi. Je décide de me concentrer sur ce cœur, je l’entends presque se craqueler. L’armure se fissure et les larmes se mettent à couler, celles que j’avais tant retenues. Je me souviens de Moïse frappant le rocher dont jaillit l’eau vive. Dans ce flot coule la semence de Dieu. Mon cœur n’est plus barrière, il devient réceptacle, il devient autel, il devient tabernacle. Sous la dureté, la tendresse. Être la pierre vivante dont parle l’Écriture, le temple où l’Esprit prend demeure. Dans la lave retenue si longtemps, Dieu peut enfin, tel un geyser d’amour, se déployer.
Comme Michel-Ange extrait d’un bloc de marbre la Pietà, nous pouvons extraire de nos cœurs des trésors d’amour, des envies de prières parmi lesquelles, ma préférée, celle qui nous a été offerte par Jésus lui-même : le Notre Père.
Murmurer cette prière dans le battement d’un cœur de chair. Y déposer le nom de Dieu dans un souffle. S’y fondre, y laisser son règne s’instaurer par une lente germination de la paix. Alors, que sa volonté s’accomplisse dans mon regard qui compatit et qui aime, dans mon oreille qui écoute, dans ma main qui offre, dans mon pardon qui apaise.
Catherine Motte, d’après Luc 24, 32
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« Se reconnaître pécheur », voilà sans doute un des défis les plus considérables pour nous, chrétiens du XXIe siècle. Notre réflexe est plutôt de nous envisager comme d’innocentes et malheureuses victimes. Cette posture d’innocente victime est un véritable handicap spirituel qui nous empêche d’entrer dans la joie de l’Évangile.
Prenons un exemple. Je retombe dans une faute que j’ai pourtant confessée un certain nombre de fois et dont j’ai déjà demandé au Seigneur de me délivrer. Plutôt que d’adopter l’humble réflexe du publicain qui implore la miséricorde divine, j’aurais tendance à en vouloir à Dieu, à le trouver injuste de m’avoir fait si faible. Plutôt que d’assumer mon péché pour accueillir son pardon, j’ai tendance à rejeter mon péché et remettre en cause ma condition. Cette attitude me laisse aussi triste que seul.
Pour en sortir, il faut entendre l’Évangile, mais l’entendre « pour de vrai ». À ce moment-là, nous devons entendre Jésus nous dire, personnellement : « Je ne suis pas venu appeler des justes mais des pécheurs ». Et alors, en étant certain de l’amour infini de Dieu pour moi, en étant certain de son regard bienveillant et du secours constant de sa grâce, je deviens capable d’assumer mes fautes, je deviens capable de me reconnaître pécheur, car je sais que son pardon me précède.
Se reconnaître pécheur n’est pas nécessaire pour rencontrer l’amour de Dieu. C’est l’amour de Dieu qui nous permet de nous reconnaître pécheurs.
Frère Clément Binachon, d’après Luc 5, 32a
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Le cloître est le cœur battant du monastère. Nous y passons pour nous rendre du travail à la prière, du réfectoire à l’étude. Il est aussi, et avant tout, un lieu de silence et de contemplation. J’aime y croiser nos sœurs aînées qui y pèlerinent, le chapelet à la main. Au centre, la vieille pompe n’est plus en usage et les jarres imposantes ont été transformées en jardinières fleuries. Elles nous rappellent toutefois que la vie ne jaillit jamais loin de l’eau.
J’imagine volontiers Jésus assis sur le muret, « fatigué par la route » comme dans l’Évangile d’aujourd’hui. La Samaritaine aussi est fatiguée de sa vie cabossée. Le regard de la société l’oblige à sortir en catimini pour une tâche banale mais si pénible au soleil de midi. Sa rencontre autour du puits va changer la donne. L’homme qui lui adresse la parole est bien plus qu’un voyageur fatigué, plus qu’un prophète et même que Jacob. Jacob, grâce au puits qui leur donne l’accès à la source, a permis à ses descendants de vivre, de bâtir une ville, Sykar, et de s’y fixer. Mais la Samaritaine, elle, ne trouve pas de repos dans sa quête éperdue de bonheur.
L’eau vivante que lui offre Jésus, n’en a-t-elle pas toujours rêvé pour apaiser à jamais sa soif ? Pour l’atteindre, il faut descendre, au-delà des convenances sociales et des barrières de l’institution religieuse. Non dans un puits extérieur, mais dans le sanctuaire intime, spirituel, où rien ne parasite la relation au Dieu véritable, où l’on peut adorer « le Père en esprit et en vérité ». Voilà le chemin qu’elle a trouvé grâce au regard vrai et bienveillant posé sur elle. Son histoire faisait sa honte. Dévoilée par Jésus, elle devient révélation de Jésus. Et la dernière course de la Samaritaine est celle d’un joyeux témoignage offert aux habitants.
Soeur Christine Gautier, d’après Jean 4, 14
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Nous voici devant Toi, Seigneur, à bout de souffle, à bout de courage,
à bout d'espoir. Perpétuellement écartelés entre l'infini de nos désirs
et les limites de nos moyens, bousculés, tiraillés, énervés, épuisés.
Nous voici devant Toi, Seigneur, enfin immobiles, enfin disponibles.
Voici la souffrance de notre insatisfaction. Voici la crainte de nous tromper
dans le choix de nos engagements. Voici la peur de n'en pas faire assez.
Voici la croix de nos limites.
Donne-nous de faire ce que nous devons faire, sans vouloir trop faire,
sans vouloir tout faire, calmement, simplement,
humbles dans nos recherches et notre volonté de servir.
Aide-nous surtout à te retrouver au coeur de nos engagements,
car l'unité de notre action, c'est Toi, Seigneur, un seul amour
à travers tous nos amours, à travers tous nos efforts.
Toi qui es la source. Toi vers qui tout converge.
Nous voici devant Toi, Seigneur, pour nous recueillir.
Michel Quoist tirée de "Jésus-Christ m'a donné rendez-vous"