Section Pastorale
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Textes 4 février
Tout commence par un appel au bonheur : « Bienheureux ! » Dans l’évangile selon saint Matthieu, Jésus inaugure sa vie publique par les Béatitudes au début du fameux « Sermon sur la Montagne ». Mais une question se pose : à qui Jésus adresse-t-il ces paroles à la fois stimulantes et exigeantes ? À tous ses disciples ? À quelques privilégiés ? Ou aux foules qui l’entourent ? Ne pensez pas que cette question soit sans intérêt : elle nous invite à bien saisir l’intention de Jésus, au moment où il se lance dans son apostolat. Pour y répondre, il faut lire attentivement la Parole de Dieu.
Revenons au début de l’évangile de ce jour : En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Les foules sont présentes, mais au loin ; Jésus est assis sur une petite hauteur, entouré par ses disciples. On pourrait avoir l’impression qu’il s’est éloigné de la foule, pour ne s’adresser qu’à ses intimes : Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait.
Jésus se serait assis pour former ses disciples ? Pourquoi pas ? Mais, si vous regardez les épisodes qui précèdent cette page, vous verrez que, pour le moment, Jésus n’a que quatre disciples ! Quatre pêcheurs de Galilée : Simon et son frère André, et Jacques et Jean, les deux fils d’un petit patron de pêche appelé Zébédée (Mt 4, 18-22) ! Est-ce vraiment pour quatre personnes seulement que Jésus a prononcé ce long sermon ? Non, bien sûr. D’ailleurs, s’il a gravi une petite hauteur, ce n’est pas pour fuir les foules, restées en bas : c’est plutôt pour que sa voix porte loin ; et donc, pour que les foules puissent l’entendre.
À qui Jésus adresse-t-il les Béatitudes ? L’énigme de l’auditoire de Jésus est résolue à la fin du Sermon sur la Montagne. Car saint Matthieu écrit : Les foules restèrent frappées de son enseignement, car il les enseignait en homme qui a autorité et non pas comme leurs scribes (Mt 7, 28-29). Les foules n’ont pas perdu une miette de la prédication de Jésus : c’est bien pour elles qu’il a parlé.
Autrement dit, les Béatitudes s’adressent à tout le monde. Elles ne sont pas réservées à un petit club d’heureux élus. À des chrétiens de « première classe », comme on l’a souvent cru dans le passé ! Heureusement, à la suite du concile Vatican II, l’Église nous a rappelé que la Bonne Nouvelle de Jésus s’adresse à toute l’humanité.
Et notre monde, qui va si mal, a bien besoin de cette Bonne Nouvelle pour continuer sa route sans tomber dans le désespoir. Malgré toute sa violence, nous apercevons en lui quelques signes d’espérance. Ainsi, depuis quelques années, un nombre grandissant d’adultes sont attirés par le Christ et demandent le baptême. À leur tour, ils ont reconnu leur Sauveur dans l’Enfant de Bethléem et dans le Crucifié du Golgotha.
Les Béatitudes proclamées par Jésus se présentent comme un programme, une feuille de route, offerte à tout être humain. Elles nous indiquent la voie par laquelle nous trouverons le vrai bonheur : la communion avec Dieu.
Ainsi, quand Jésus proclame que les doux sont bienheureux, il s’inspire d’un psaume qui dit : Les doux posséderont la terre et jouiront d’une abondante paix (Ps 36, 11). Or, dans ce même psaume se trouve un autre verset, que je vous livre en conclusion car il peut illuminer votre route quotidienne : Mets ta joie dans le Seigneur : il comblera les désirs de ton cœur (Ps 36, 4).
Frère Luc Devillers, d’après Matthieu 5, 1-12a
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À l'OCCASION DE LA 34e JOURNÉE MONDIALE DU MALADE 2026
La compassion du Samaritain : aimer en portant la douleur de l’autre
Chers frères et sœurs,
la 34e Journée Mondiale du Malade sera célébrée solennellement à Chiclayo, au Pérou, le 11 février 2026. C’est pourquoi j’ai voulu reproposer l’image du bon Samaritain, toujours actuelle et nécessaire pour redécouvrir la beauté de la charité et la dimension sociale de la compassion, afin d’attirer l’attention sur les nécessiteux et les personnes qui souffrent, comme sont les malades.
Nous avons tous entendu et lu ce texte émouvant de saint Luc (cf. Lc 10, 25-37). Un docteur de la Loi demande à Jésus qui est le prochain à aimer. Celui-ci répond en racontant une histoire : un homme qui voyageait de Jérusalem à Jéricho fut attaqué par des voleurs et laissé pour mort. Un prêtre et un lévite passèrent leur chemin, mais un Samaritain eut pitié de lui, banda ses blessures, l’emmena dans une auberge et paya pour qu’on s’occupe de lui. J’ai souhaité proposer une réflexion sur ce passage biblique, avec la clé herméneutique de l’Encyclique Fratelli tutti de mon cher prédécesseur le Pape François, où la compassion et la miséricorde envers les nécessiteux ne se réduisent pas à un simple effort individuel mais se mettent en œuvre dans la relation avec le frère nécessiteux, avec ceux dont on ne s’occupe pas et, à la base, avec Dieu qui nous donne son amour.
1 - Le don de la rencontre : la joie d’offrir la proximité et la présence.
Nous vivons immergés dans une culture de l’instantanéité, de l’immédiateté, de la précipitation, mais aussi du rejet et de l’indifférence qui nous empêche de nous approcher et de nous arrêter en chemin pour regarder les besoins et les souffrances autour de nous. La parabole raconte que le Samaritain, en voyant le blessé, ne “passa pas outre”, mais porta sur lui un regard ouvert et attentif, le regard de Jésus qui le conduisit à une proximité humaine et solidaire. Le Samaritain « s’est arrêté, lui a fait le don de la proximité, a personnellement pris soin de lui, a également payé de sa poche et s’est occupé de lui. Surtout, […] il lui a donné son temps ». [1] Jésus n’enseigne pas qui est le prochain, mais comment devenir le prochain, c’est-à-dire comment nous rendre proches. [2] À cet égard, nous pouvons affirmer avec saint Augustin que le Seigneur n'a pas voulu enseigner qui était le prochain de cet homme, mais de qui il devait se faire le prochain. En effet, personne n'est le prochain d'un autre tant qu'il ne s'en approche pas volontairement. C'est pourquoi celui qui a fait preuve de miséricorde est devenu son prochain. [3]
L’amour n’est pas passif, il va à la rencontre de l’autre ; être prochain ne dépend pas de la proximité physique ou sociale, mais de la décision d’aimer. C’est pourquoi le chrétien devient le prochain de celui qui souffre, suivant l’exemple du Christ, le véritable Samaritain divin qui s’est approché de l’humanité blessée. Il ne s’agit pas de simples gestes de philanthropie, mais de signes qui permettent de percevoir que la participation personnelle aux souffrances de l’autre implique de se donner soi-même. Cela suppose d’aller au-delà de la satisfaction des besoins pour que notre personne fasse partie du don. [4] Cette charité se nourrit nécessairement de la rencontre avec le Christ qui s’est donné pour nous par amour. Saint François l’expliquait très bien lorsqu’il disait, en parlant de sa rencontre avec les lépreux : « Le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux », [5] parce qu’il avait découvert à travers eux la douce joie d’aimer.
Le don de la rencontre naît du lien avec Jésus-Christ que nous identifions comme le bon Samaritain qui nous a apporté le salut éternel et que nous rendons présent lorsque nous nous penchons sur notre frère blessé. Saint Ambroise disait : « Puis donc que nul n’est plus notre prochain que Celui qui a guéri nos blessures, aimons-Le comme Seigneur, aimons-Le aussi comme proche : car rien n’est si proche que la tête pour les membres. Aimons aussi celui qui imite le Christ ; aimons celui qui compatit à l’indigence d’autrui de par l’unité du corps ». [6] Être un dans l’Un, dans la proximité, dans la présence, dans l’amour reçu et partagé, et jouir ainsi, comme saint François, de la douceur de l’avoir trouvé.
Du Vatican, le 13 janvier 2026
LÉON PP. XIV
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« Les pharisiens demandèrent à Jésus quand viendrait le royaume de Dieu. Il leur répondit : Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. On ne dira point : ‘Il est ici’, ou : ‘Il est là’. Car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous. » (Luc 17:20-21) Le Royaume de Dieu se manifeste lorsque nous plongeons chaque aspect de notre vie dans la véritable justice de notre Seigneur, que nous élevons ceux que nous rencontrons dans la charité et la justice, et que nous faisons grandir notre foi au milieu des bouleversements et de la déshumanisation continus. Son Royaume est nourri et soutenu par notre fidélité à Ses vérités et notre généreux don de soi aux autres. Avec une plus grande vigilance pour le bien commun dans nos pensées et nos actions, et l'audace de rechercher de nouvelles façons d'aider ceux qui sont dans le besoin, nous continuons à bâtir le Royaume de Dieu. Que nos cœurs soient libérés de l'égocentrisme et de l'apathie et qu'ils soient remplis d'espoir et d'engagement envers les autres.
Alors que la nouvelle année commence et que nous réfléchissons à notre vie, à ses bénédictions quotidiennes et à notre vocation, le proverbe 16.3 nous rappelle de « recommander nos œuvres à l'Éternel, et nos projets réussiront ».
Jose I. Torres, président, comité de spiritualité national
Président du Conseil particulier de Peel North
Société Saint-Vincent de Paul
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François d’Assise est né en 1181 et il est mort en 1226. Cette année, nous célébrerons 800 ans de référence à sa vie et à son attachement à l‘Église italienne d’abord, puis universelle par son apport aux pauvres de son temps. À l’époque ou la raison devait tout classer, ériger en système, il insiste sur la valeur du cœur et de la tendresse en lien avec la nature.
Dans une société qui se voulait moderne, voyant la division entre les riches et les pauvres, il quitte son père, riche commerçant, pour devenir solidaire des pauvres en insistant sur l’importance de la fraternité entre les personnes, invitant au partage. Devant la recherche de liberté intégrale de son temps, François fait l’expérience que lui apporte la liberté de l’Évangile que nul péché ni oppression ne réussit à détruire.
Sa conversion l’amène à découvrir que l’Église n’est pas seulement une institution millénaire, mais un événement de foi où naît en nous un désir d’écouter la Parole de Dieu, non seulement dans les monastères mais dans la rue, devenant à la portée de chaque enfant de Dieu.
Le peuple était très négatif et vivait les événements dans un climat social dramatique. François a suivi le chemin du cœur. C’est pourquoi il chantera l’amour sans oublier les souffrances et la mort dans ses prières. À travers ces découvertes, François s’est fait pauvre parmi les pauvres et c’est à partir d’eux qu’il a appris à lire et à comprendre l’Évangile.
Benoit Caron, prêtre collaborateur.
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Jean le Baptiste a déclaré en voyant Jésus venir vers lui : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ». Cette déclaration est prononcée chaque jour dans le monde entier par le prêtre quand il présente aux fidèles l’hostie consacrée pendant la messe. Parvenus ici au cœur du mystère chrétien, nous devrions nous taire et adorer, mais puisqu’il faut parler, faisons-le avec l’humilité et la dévotion qui conviennent au cœur du mystère chrétien.
- « L’Agneau de Dieu » renvoie d’abord à l’agneau qui était immolé pendant la Pâque juive. Rappelons que dans l’évangile de Jean, Jésus meurt à Pâques le jour de l’immolation des agneaux. Pendant cette fête, le peuple juif rendait grâce à Dieu qui a sorti son peuple réduit en esclavage de l’Égypte pour le faire entrer dans le pays béni de la Terre promise.
De même, par son sang versé sur la croix, Jésus libère l’humanité captive de l’esclavage du péché et de la mort et, en ressuscitant et en montant au Ciel, il ouvre le chemin vers le Royaume de Dieu à son Église.
« L’Agneau de Dieu » renvoie aussi à la figure du serviteur souffrant du prophète Isaïe. Isaïe le compare à un agneau qui ne dit rien alors qu’on le tond, à une brebis qui ne bronche pas alors qu’on la mène à l’abattoir. Dans la prophétie, les hommes méprisent et brutalisent le serviteur, et c’est seulement après l’avoir tué qu’ils comprennent sa véritable identité : il est le serviteur envoyé par Dieu pour sauver les multitudes de leur injustice et de leur méchanceté.
Cette figure, unique dans l’Ancien Testament, trouve son accomplissement en Jésus. Jésus garde le silence lors de son procès : les paroles sont inutiles face à ses détracteurs, et c’est au Père d’établir la justice de son Fils en le ressuscitant. « Voici l’homme », dira Ponce Pilate en exhibant un homme ligoté, bafoué, battu, fouetté. Jésus avait-il encore visage humain ?
« Seigneur, ils ne savent pas ce qu’ils font », dira Jésus à son Père à propos de ses bourreaux. Lui savait ce qu’il faisait, et quand il a prononcé les paroles sur le pain et le vin : « Ceci est mon corps, livré pour vous », « Ceci est mon sang, le sang versé pour vous », il savait ce qu’il allait endurer dans sa chair le lendemain et qui vaudrait le salut de beaucoup.
Nous voici de retour à la messe. Le prêtre élève l’hostie en disant : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde ». Jésus vient vers nous. Il peut nous relever de nos péchés, de notre mort. Il a ce pouvoir, il est l’Agneau de Dieu.
Frère Franck Guyen, d’après Jean 1, 29-34
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Jésus se lance dans l'évangélisation de la Galilée. Bien que ce soit un petit pays, il ne se voit pas faire le travail tout seul. Alors il constitue son équipe. En longeant le lac, il sait qu'il trouvera des hommes jeunes, prêts à tenter l'aventure.
Les quatre premiers appelés sont deux paires de frères. Il s'agit peut-être d'un hasard. Mais il se peut que ce soit délibéré de la part de Jésus. Après tout, si les chrétiens se donneront par la suite, les titres de frère et de sœur, ce n'est peut-être pas étranger à cet appel des premiers disciples.
Les frères et sœurs ont la même origine. Ils sont nés d'une même volonté. Il y a entre eux une sorte d'unité. Dans une fratrie, chacun voit l'autre comme une variation de soi, comme un prolongement de son être propre. Les liens sont forts, au moins dans les premières années de la vie… Nous avons tous la même origine, le même Créateur.
Voilà donc le projet de Jésus : s’entourer de frères pour l'aider dans sa mission. Annoncer l'évangile et prêcher l'amour du prochain en s'appuyant sur des hommes qui savent de quoi ils parlent. Les communautés religieuses, à l'image des premiers disciples, sont des lieux d'apprentissage et de perfectionnement de la vie fraternelle. Un dominicain isolé n'existe pas. Dominique, comme saint Augustin, comme le Christ, envoie ses premiers frères deux par deux. C'est en buvant à la source de la fraternité qu'il devient possible de prêcher l'amour du prochain.
Frère Benoît Delhaye, d’après Marc 1, 14-20
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Les homélies les plus courtes sont souvent les meilleures. Difficile de faire plus court que Jésus dans la synagogue de Nazareth : « Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles, ce passage de l’écriture ». Ses auditeurs ne s’y sont pas trompés, son homélie est fracassante, elle réalise ce qu’elle dit. Le problème c’est que ses anciens voisins, ceux qui l’ont vu grandir, ne peuvent pas imaginer que puisse se réaliser aujourd’hui, dans leur quotidien de Nazareth, la prophétie d’Isaïe.
Aujourd’hui ! Toute notre vie se joue aujourd’hui. Pas hier, c’est trop tard ! Pas demain, c’est trop tôt ! Aujourd’hui ! Aujourd’hui, il nous faut, par toute notre vie, porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs la libération, aux aveugles le retour à la vie, renvoyer en liberté les opprimés et proclamer la grâce du Seigneur. Aujourd’hui il nous faut entendre la question que le Seigneur posera à chacune et à chacun de nous au soir de notre vie : Qu’as-tu fait de ton aujourd’hui ?
Frère Jean-Paul Vesco, d’après Luc 4, 14-22a
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Les scribes ont compris une chose : Jésus est capable d’expulser les démons. À Capharnaüm, il a beaucoup impressionné en commandant à un esprit impur : « Tais-toi ! Sors de cet homme ! » (Mc 1, 25). Et l’esprit impur est sorti, « poussant un grand cri ».
De deux choses l’une : ou bien Jésus est habité par un esprit de sainteté qui purifie et relève, ou bien il est possédé par un esprit mauvais, plus puissant encore que l’esprit impur de Capharnaüm. Le meilleur ou le pire. Les scribes, pour ne pas reconnaître le meilleur, en viennent à supposer le pire : Jésus serait possédé par Béelzéboul. La manœuvre de décrédibilisation devrait marcher, imaginent-ils.
Jésus nous alerte : c’est un jeu dangereux. Le blasphème contre l’Esprit Saint, c’est de confondre la vie avec la mort, le bien avec le mal, Dieu avec le diable. L’Esprit porte la vie. Il n’est pas ambivalent.
« Dieu est lumière ; en lui, il n’y a pas de ténèbres. » (1 Jn 1, 5)
Parfois, nous avons pu nous tromper. Parfois nous avons cru pouvoir reconnaître la lumière là où les ténèbres régnaient. Ou bien nous avons soupçonné le mal où il n’y en avait pas. Nos erreurs ne doivent pas nous décourager : cherchons toujours à reconnaître les marques authentiques de l’Esprit Saint.
Frère Lionel Gentric, d’après Marc 3, 22-30
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L’évangile de ce jour grouille de détails étonnants. En particulier, les disciples souhaitent emmener Jésus, « comme il était ». Ce « comme il était » semble être la cause de la tempête. Ainsi, lorsque les disciples souhaitent « embarquer » Jésus dans leur propre projet, cette réalisation n’est pas assurée du succès ! Au contraire, il nous semble parfois même que notre Église, notre famille, notre propre existence soient proches de sombrer, que nous soyons laissés à nous-mêmes dans une vraie « galère », tandis que Jésus paraît endormi…
Mais par-delà ces vues humaines, notre attitude de foi peut nous ramener à plus de réalisme, d’humilité et finalement nous sauver. En effet, ce n’est pas nous qui pouvons emmener Jésus « comme il est » (ou plutôt d’ailleurs, comme nous pensons le connaître), là où nous le voudrions, comme si nous pouvions avoir la maîtrise de Dieu, de l’embarcation et de l’aventure. Mais c’est plutôt lui qui est présent avec nous, dans toutes les circonstances de notre vie, « tels que nous sommes », dans nos grands projets d’aller au loin, comme dans les ouragans de notre existence. Lorsque nous acceptons humblement notre faiblesse, nous reconnaissons notre besoin vital du Christ et nous nous présentons devant lui en vérité. Alors il peut se révéler à nous tel qu’il est véritablement : le Maître dont la parole dirige le monde et guide notre vie.
Frère Jean-Dominique Bruneel, d’après Marc 4, 35-41
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« À quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ? Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ? »
Le Royaume de Dieu est une réalité si grande et si riche que Jésus ne veut pas en donner une définition. Il utilise plutôt des images qui nous rapprochent des différentes caractéristiques du Royaume. Mais pour saisir l'ensemble, nous avons encore besoin d'une clé. Cette clé est peut-être la phrase : « Le règne de Dieu est au milieu de vous » (Luc 17, 21). Le Royaume, c'est donc le Christ agissant dans le monde et le monde transformé par lui, imprégné de son amour.
Jésus agit peu à peu, lentement, mais efficacement. Comme la graine qui contient déjà tout ce que la plante sera. Aujourd'hui, grâce aux sciences, nous comprenons mieux le mystère subtil qui guide la graine sur le chemin de sa transformation en plante. La graine renferme toute l'information génétique de la plante à venir et contient aussi l'énergie pour mettre en œuvre cette métamorphose. La graine germe et absorbe ce qui l'entoure dans le sol. Elle transforme la matière inanimée en éléments constitutifs d'un être vivant. Elle fait en sorte que les éléments morts participent à la vie.
Il en est de même pour nous. Le Christ est à l'œuvre en chacun de nous. Si nous l'acceptons, si nous ne lui résistons pas, il agit dans notre âme. Il nous donne sa vie. Mais il est rare que nous en voyions les fruits immédiatement. C'est ainsi que le Royaume de Dieu se construit lentement en nous et autour de nous.
Frère Albert Bazyk, d’après Marc 4, 26-34
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L'amitié rend plus forts, rend joyeux, nous donne confiance en nous. On aime nos amis pour ce qu'ils sont, et pas pour obtenir quelque chose d'utile de leur part, et ils nous aident à vivre et à être heureux. Nous vivons aussi, nous avons vécu ou nous vivrons, des histoires d'amour. Quand on est amoureux, et que cet amour est réciproque, c'est pareil, mais encore plus fort : l'amour donne des ailes, du courage, du bonheur.
Jésus nous dit que l'amour qu'il nous porte peut lui aussi nous rendre la vie plus belle, nous aider à surmonter les difficultés et les épreuves. Notre foi et notre relation avec Dieu ne doivent pas rester dans le secret de notre cœur, comme un trésor que l'on enfouit dans la terre au fond du jardin.
Jésus nous fait un cadeau : sa grâce pour nous rendre la vie plus belle, plus lumineuse. La grâce est faite pour éclairer notre vie, dans toutes ses dimensions, à chaque instant. Comme une lampe dans une pièce éclaire tout ce qui s'y trouve.
Éclairer notre vie, c'est décider d'aimer un peu plus, en commençant par s'aimer soi-même, pour la simple raison que Dieu nous aime. C'est aussi rechercher la bonne décision, nous laisser habiter et conduire par la sagesse de Dieu. C'est prendre des initiatives pour faire grandir le royaume de Dieu là où il n'est pas, et le défendre là où il est attaqué.
Frère Benoît Delhaye, d’après Marc 4, 21-25
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Alors qu’il était encore étudiant, saint Thomas d’Aquin était souvent l’objet de plaisanteries de la part de ses camarades. Un jour, l’un d’entre eux avait pointé du doigt la fenêtre en s’écriant : « Regardez dans le ciel, il y a un bœuf qui vole ! ». Immédiatement, le jeune Thomas d’Aquin avait tourné la tête pour observer le phénomène. Une telle naïveté avait suscité l’hilarité de ses camarades. Thomas leur avait répondu : « Je préfère croire qu’un bœuf puisse voler qu’imaginer qu’un de mes frères puisse mentir. »
On ne sait pas si l’anecdote est vraie. Mais elle dit quelque chose de profond sur la manière d’être « maître » et d’être « frère ».
Thomas d’Aquin est un des plus grands théologiens de l’histoire de l’Église. Il est un « maître » auquel des générations de croyants se sont référés et se réfèrent encore. Mais pour être ce « maître » éminent, il lui a fallu être un « frère » éminent. Un frère qui fait confiance à ses frères.
Faire confiance ne signifie pas être naïf et tout bénir. On sait que les pires horreurs peuvent être cachées sous prétexte de confiance. Mais soupçonner chez l’autre le mensonge et la manipulation est un poison pernicieux qui nous empêche de nous laisser enseigner. Or refuser de s’ouvrir au savoir d’un autre c’est renforcer le blindage de notre cœur à la Parole de Dieu.
Jésus le dit bien : pour être un vrai maître, pour être un vrai sage, il faut retrouver l’humilité de faire confiance à ses frères… malgré tout.
Frère Jacques-Benoît Rauscher, d’après Matthieu 23, 8-12
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Aujourd'hui, Seigneur, j'ai 80 ans et j'ai encore tant à accomplir.
J'espère, Seigneur, que vous me laisserez vivre jusqu'à 81 ans.
Mais si alors je n'ai pas encore fait tout ce que je désire faire,
voudriez-vous me laisser rester jusqu'à 82.
Tant d'endroits où je voudrais aller, tant de choses à voir...
Pourriez vous faire en sorte que j'atteigne 83.
Le monde change si rapidement et nous réserve tellement de surprises
que j'aimerais vivre jusqu'à 84.
Et alors si je suis encore en vie pourquoi ne pas me rendre à 85 ?
Plus d'avions voleront dans les airs, j'aimerais rester
pour voir ce qui va se passer quand j'aurai 86.
Je sais, cher Seigneur, que je demande beaucoup et que c'est sûrement agréable de vivre au ciel mais j'aimerais retarder mon départ jusqu'à 87.
Je comprends qu'alors je ne marcherai pas vite et que
je serai parfois en retard, mais ce serait si plaisant d'être encore là à 88 ans.
J'aurai vu tellement de choses et me serai si bien amusé
que j'en suis sûr je serais prêt à partir à l'âge de 89 ans...
peut-être !
Auteur inconnu