Eleveur, une vie, une passion.
Cette présentation des médailles agricoles est le résumé de la passion et de la vie de travail de M. Vincent Berge. Il travaille à la ferme dès 1955 à l’âge de 15 ans, puis s’installe éleveur dans sa ferme du hameau du Coin de Molines et reçoit ses premières médailles aux concours agricoles de la foire de la Saint-Mathieu de 1963. Il prend sa retraite au début des années 2000 mais continue à présenter ses dernières bêtes aux concours. Il recevra des médailles jusqu’en 2012, année où progressivement il cesse définitivement ses activités d’élevage.
Cet article du courrier du Queyras N°48 relate le concours bovins de la foire de la saint-Mathieu à Chateau-Queyras. M. Berge y est primé.
L'agriculture et surtout l'élevage sont très présents dans le Queyras : jusqu'au début des années 1960, ce sont les principales activités professionnelles des habitants. Ils s'enorgueillissent d'avoir de belles bêtes en bonne santé et très productives. Sur le modèle du concours agricole « animaux » créé en 1870 au Salon de l'agriculture de Paris, des concours sont organisés lors des foires à Château-Queyras ou à Guillestre. Ces journées de foire sont aussi une fête où l'on se retrouve entre éleveurs et où on partage des expériences et des amitiés. Ces concours sont destinés à mettre en valeur les qualités d'une race bovine : longévité, productivité, capacité de reproduction. Ils permettent à l'éleveur primé d'avoir des arguments pour mieux vendre certains de ses animaux. Pour l'éleveur, c'est parfois aussi une passion que de collectionner ces plaques de métal, récompense du travail acharné qu'ils fournissent chaque jour de l'année.
La foire de la Saint-Mathieu
C’est la foire emblématique de Château-Queyras et de tout le Queyras.
Présentation des bovins en septembre 2023
Présentation d'animaux septembre 2023
Résultats du concours septembre 2023
Quelles sont ses origines ?
Elle avait lieu le 21 septembre. On retrouve des traces écrites de l’existence de cette foire agricole déjà en 1767 mais l’étymologie du mot « foire » (qui viendrait du latin feria signifiant fête, solennité, férié et remonte au 12ème siècle) nous laisse supposer une origine plus ancienne. Ce n’était pas la seule dans le Queyras en 1767: en plus de Château-Queyras, chaque vallée en organisait une ou deux par an.
Pourquoi avaient-elles lieu aux mêmes saisons ?
Au printemps : C'est le moment où les cultivateurs font monter les bêtes sur le lieu d'estive.
1) Les uns, disposant de beaucoup plus de pâturages que ne peut en consommer le bétail qu'ils ont hiverné, veulent accroître leur troupeau.
2) Les autres, trop pauvres en alpages, veulent vendre tout ou partie de ce troupeau.
Cette foire est aussi la foire des « plants » et un gros marché de pommes de terre de semence. Les gelées tardives de printemps, fréquentes dans les hautes vallées, freinent le développement des jeunes pousses (choux, betteraves, choux-raves, oignons, etc.). La plupart des cultivateurs préfèrent repiquer des plants plus vigoureux qui proviennent de la Moyenne Durance.
A l’automne : La venue toute proche de l'hiver explique ces échanges de bétail :
1) Pour beaucoup de cultivateurs, c'est une obligation absolue de vendre les bêtes car ils n’auront pas assez de foin pour les nourrir toutes à l’étable pendant 7 mois. Souvent aussi, c'est une nécessité de se procurer par ces ventes de l'argent liquide.
2) D’autres bénéficiant de meilleures conditions financières ou climatiques achètent maintenant à l'automne soit des agneaux de printemps qui ont passé l'été avec leurs mères dans les alpages, soit des brebis qui vont mettre bas. Les agneaux, les brebis sont engraissés pour la boucherie.
3) La foire permet aussi à tous de choisir l'animal de trait, la vache de belle race qu'ils désirent se procurer.
Souvent le même cultivateur vend et achète.
Comment a-t-elle évolué au cours des siècles ?
Jusqu'au 19ème siècle, les agriculteurs queyrassins vivaient en autonomie : chaque hameau avait sa forge et son forgeron ce qui permettait de fabriquer les outils nécessaires aux cultures. Chaque foyer pouvait aussi filer la laine, tanner le cuir, tourner les poteries…en utilisant les matières premières qu’il produit.
Avec la modernisation de l’agriculture dès le début du 20ème siècle, les foires exposent maintenant des outils plus techniques, et vont permettre de renouveler les appareils de chauffage ou d'éclairage technologiquement trop compliqués pour être fabriqués dans les fermes, et même le menu outillage: haches, scies, pioches, bêches, clous, boulons, fil de fer, barbelés, treillis métalliques.
Le public, essentiellement rural, s'attarde devant les expositions faites, à l'occasion des foires, par les négociants de matériel agricole. Toutes les machines, les nouveautés (tracteurs, moteurs à essence, semoirs, écrémeuses centrifuges, etc.) sont entourées d'un cercle attentif qui observe, discute. Les achats ne sont pas toujours immédiats : des semaines, des mois parfois de réflexion les précèdent, mais les foires les préparent, et les négociants le savent bien qui organisent à leur occasion une large exhibition de machines agricoles.
Les quelques colporteurs qui, balle au dos ou en voiture à cheval puis à moteur, visitent encore périodiquement les villages et les hameaux des Alpes, viennent aussi dans les foires présenter leurs marchandises. Leurs étalages offrent au public les marchandises les plus diverses : mercerie, étoffes, confections, bonneterie, chaussures, chapeaux, vaisselle, et aussi tout le bric-à-brac des bazars. Leurs boniments bruyants ajoutent au pittoresque de la foire et attirent des groupes compacts de curieux et d'acheteurs. La foire annuelle est un grand moment de convivialité.
Comment expliquer un tel succès?
Dans tous les villages de la montagne, les artisans : cordonniers, bourreliers, forgerons, menuisiers, sont, en même temps, propriétaires de lopins de terre qu'ils exploitent. De même les cafetiers, épiciers de village — qui en réalité sont aussi merciers, marchands de chaussures, de vaisselle, etc. — sont en même temps des cultivateurs. Les uns et les autres viennent aux foires pour effectuer leurs ventes ou leurs achats agricoles et pastoraux ainsi que des marchandises dont leur métier ou leur commerce a besoin.
Et aujourd’hui ?
Seule à exister encore, grâce aux efforts du Parc National Régional du Queyras pour maintenir les concours agricoles qui favorisent la renommée et l’excellence de l’agriculture queyrassine, cette foire continue de motiver les éleveurs. Elle attire aussi les métiers liés à l’élevage.
Maréchal-ferrant à l’oeuvre en septembre 2023
De nos jours, elle a lieu le samedi précédant le 21 septembre.