Autun : Saint-Pantaléon - Abbaye de Saint Martin

Roland Niaux

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AUTUN - Saint-Pantaléon - Abbaye de Saint Martin

71.95 (467)

Situation

Arrondissement = Autun
Canton = Autun-nord
Carte IGN au 1/25000e = 2825 Est-Autun
Coordonnées Lambert = 750.00/25 - 220.05/27 ; alt.317
Cadastre 1823 = A4 n°318.321 à 336, spécialement 322 à 325
Cadastre rénové = 467 BR n° 7 à 29 et plus spécialement 27 (bâtiments restaurés) et 29, emplacement de l'abbatiale.
Diocèse = Autun
Ancien archiprêtré = Autun
Paroisse = Saint Pantaléon, mais l'abbaye est indépendante de toute paroisse. Cette abbaye se trouvait au nord-est d'Autun, à 400m de la porte romaine dite de "St. André" en bordure nord du tronc commun des voies romaines d'Autun à Langres, Beaune et Besançon, sur un plateau naturel surélevé et fortement aménagé.

 

Vestiges

 II n'en reste aucun, si ce n'est l'élévation naturelle du terrain qui demeure encore perceptible, malgré les aménagements et constructions HLM du XXe. siècle, et les bâtiments de service du XVIIIe. siècle, indiqués sur le plan d'époque comme garage, écurie, boulangerie et chambre-écurie, restaurés en 1976-77 et transformés en centre social. L'oratoire moderne matérialise l'emplacement de l'abside de l'ancienne église abbatiale.

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De fortifications il ne demeure plus aucune trace La surface entourée de murs semble faire approximativement 12 hectares. Les dimensions maximales de 1'emprise totale sont d'environ 475m du N au S et 400m d'E en 0.

Datation


 Probablement entre 589 et 592, Brunehaut, reine d'Austrasie, fonda un monastère, établi selon la légende sur les vestiges d'un temple païen, entre les murs d'Autun et l'abbaye de St. Symphorien, érigée depuis peu. Elle plaça cette nouvelle abbaye sous le vocable de St. Martin. Elle orna son sanctuaire de marbres et de mosaïques empruntés aux édifices gallo-romains voisins. Il en subsista des vestiges jusqu'au milieu du XVIIIe. siècle aux trois voûtes du fond de l'église et sur le pavé du chœur, seules parties de l'édifice ayant échappé aux destructions de 731 consécutives au passage des Sarrasins.
Brunehaut fut inhumée dans la crypte de l'église de St. Martin. Après la destruction de 731, l'abbaye fut relevée de ses ruines en 870. A nouveau détruite dix ans après (sans doute par les Normands cette fois), elle fut encore reconstruite en 885 par Charles-le-Gros.
L'abbaye de St. Martin devint immensément riche. Elle posséda jusqu'à cent mille manses de terre et avait le patronage de soixante-douze églises. Onze prieurés en dépendaient. Beaucoup de personnalités médiévales passèrent à St. Martin. Ainsi, Bernon, fondateur de Cluny, fut d'abord moine à St. Martin. L’Abbaye est fortifiée, peut-être dès l’origine mais certainement dès le IXe siècle, en 885, grâce à un privilège accordé par Charles le Chauve (Bulliot, 1849, T.II, p. 15-18). Ce furent d'abord des fossés, levées de terres et palissades puis, au XIVe et XVe s. une puissante enceinte. Des fortifications entourent systématiquement les prieurés relevant de St Martin : Le Fête, Thil sur Arroux, Commagny (et James absorbé par Commagny), Uxeau, Rouvres qui aurait quité très tôt St Martin, Marmagne, Sommant (prieuré ?), Chenoves (sous la garde ducale). Uxeau fut donné à l’abbaye St Pierre de Châlon au début du XIIe siècle.
H. Abord dans son "Histoire de la Réforme" (tome II, p.114, note 1) présente un document qu'il indique, sans autres précisions, provenir des archives de l'Evêché d'Autun, daté de l'année 1444, "année où un seigneur de la cour de Philippe-le-Bon du nom d'Amblot de Courtainville commandait la forteresse". Ce document énonce : "la place et abbaye de St. Martin est forteresse ancienne et tenable, pour résister à l'encontre des ennemis du duc et du pays, laquelle est garnie de murs, tours, eschiffes, pont-levis, fossés et aultres constructions nécessaires pour la sûreté du pays et d'icelle, en laquelle de tout temps et dernièrement encore, ont accoutumé de se retraire grand nombre des habitants de plusieurs villages de la seigneurie et des appartenances de l'abbaye; comme en icelle ont faict et font guet et garde toutefois qu'il a esté et est nécessité, quand leur a été ordonné par le capitaine d'icelle place".
Au siècle suivant, les fortifications étaient soit partiellement démolies, soit vétustes, inutilisables et en tout cas peu utilisées. Lorsque les troupes de l'amiral de Coligny se présentèrent le 31 juillet 1570 "les habitants du monastère, leurs vassaux et quelques troupes à la solde des religieux se retirèrent en hâte derrière les fortifications". Cependant, une trahison livra passage aux assaillants. "Entrés dans l'enceinte du monastère par une poterne écartée, ils se dirigèrent vers l'église, brisèrent les marbres, autels et statues... s'attaquèrent ensuite au logis abbatial... s'emparèrent du trésor et vidèrent cave et grenier" (Abord, I, p.436-437). Dès l'apparition de l'ennemi, tous les religieux valides avaient pris la fuite, ce qui dénote le peu de confiance qu'ils avaient dans leurs défenses.
En 1589, Nicolas Brulard, abbé commendataire et ligueur, voulant remettre l'abbaye en état de défense, demandait aux États de Bourgogne une participation aux frais. Ceux-ci refusèrent. Peu après, la forteresse abandonnée et mal entretenue tomba aux mains de bandits. On les chassa et il fut décidé alors de procéder au démantèlement des défenses, qui fut sans doute réalisé peu après (Abord, II, p.114 à 122).
Les bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur reprirent la maison en 1635 et l'abbaye fut restaurée. A peu près tous les bâtiments furent reconstruits entre 1740 et 1752, sauf ceux à usage défensif.
Saisie par la Nation, la ci-devant abbaye fut adjugée le 23.09.1793 au citoyen Philibert Poillot au prix de 142 900 livres. Après avoir été utilisée quelques années comme fabrique d'affûts de canons, elle fut démolie et les matériaux provenant de la démolition, vendus. En 1837, il ne restait que des terrains dans un enclos et quelques bâtiments de desserte. Ce sont ces bâtiments qui ont été restaurés par la municipalité autunoise en 1976-77. Les nombreux auteurs qui se sont intéressés à l'abbaye de Saint Martin n'avaient généralement en vue que sa magnifique église abbatiale et la richesse de son rayonnement religieux. Ce n'est qu'incidemment qu'il a été fait état de sa fonction défensive.

 

Bibliographie

 

H. Abord, Histoire de la Réforme, 3 vol, 1881
J.-G. Bulliot, Essai historique sur l'abbaye de St.Martin d'Autun, 2 vol., Autun, Dejussieu, 1849
J.-G. Bulliot, Mission et culte de St.Martin, MSE, XVIII,1890, p.272 à 276
H. de Fontenay, Epigraphie autunoise, MSE, t.XI.,1882, p.317 à 393
A. de Charmasse, La cathédrale d'Autun (et autres monuments) en 1705, MSE, XXXIV, 1906, p.195
Dictionnaire d'Histoire et de Géographie ecclésiastique,1930, col. 912 à 914
Vincent Marchaisseau, Le réseau des prieurés de l’abbaye Saint-Martin d’Autun, thèse, Paris IV, en cours (D.E.A. d'histoire et archéologie médiévale, Paris IV, 2003).
R. Oursel, Reconstruction au XVIIIe. siècle, ABSS, 40e congrès, Autun, 1969, p.65
Autun-Augustodunum (cat.expo 1985) p. 379, le plan dressé en 1658 reproduit un enclos comportant une tour d'angle, à l'Est.
Ch. Sapin, La Bourgogne pré-romane, 1986, p.143
Bibl. Société Eduenne, album Sites et Monuments, dessins et plans, n° 180.181.182.251.
Vestiges archéologiques recueillis à St.Martin, MSE, LI, fasc.2,1967, p.143.144

 

Cadastre

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© Roland Niaux, 2008