Évolutions sociales
Depuis sa reprise en 1977, la Filature d'Erstein était une société anonyme juridiquement indépendante, dont le capital était détenu exclusivement par la société Vandeputte.
En 1987, le groupe décide de la restructuration de l'ensemble des sociétés qui le compose. La Filature d'Erstein S.A. est reprise avec effet rétroactif au 01-01-1987 par Vandeputte S.A.
Au moment de la reprise, une plus-value de l'ordre de 40 000 000 Francs est réalisée, portant essentiellement sur les terrains. Sur le plan comptable, on en trouve trace dans les capitaux propres de la société anonyme Vandeputte.
Dans le même temps, la société UTT S.A. de Tourcoing est également reprise par Vandeputte S.A.
Et dans le prolongement, fin 1987, dans le cadre de cette restructuration, le département "Filature d'Erstein" apporte la branche d'activité consistant en la filature à façon de laines et fibres textiles à la société Sogetex au capital de 250 000 francs. (Source : rapport Sogex 1989)
Le groupe Vandeputte en 1990 (Fonds Pierre Drach)
6 février 1989
Un gros client allemand de fils fausse fourrure, la société "Girmes" est contrainte de déposer son bilan. Elle absorbait 30% de la production de la filature. Les commandes de ce client sont bloquées et des mesures de chômage partiel sont décidées pour 40 personnes.
19 février 1989
Un plan de licenciements de 73 personnes est présenté au comité d'entreprise. Cela représente un tiers de l'effectif total de 217 salariés.
Les délégués décident de faire procéder à une expertise comptable afin de vérifier si les motifs invoqués à savoir la faillite du client "Girmes", justifient l'ampleur de la réduction d'effectifs.
22 février 1989
Alertés par le comité d'entreprise, les élus de la Ville d'Erstein réclament un plan social lors de la dernière réunion du conseil municipal du mandat de l'équipe Riehl.
14 mars 1989
La fabrication et les livraisons pour le client "Girmes" reprennent. Celui-ci règle ses factures et reconfirme 100 tonnes de commandes. Le chômage partiel est arrêté.
21 avril 1989
Après des actions de débrayage du personnel à raison de 2 heures durant cinq jours, le nombre de licenciements est ramené à 44 licenciements "secs" plus 20 préretraites F.N.E.
28 avril 1989
Le personnel de la Filature descend dans la rue pour protester contre le nombre de licenciements et exige au moins le rattrapage de 4 personnes handicapées qui sont sur la liste.
22 mai 1989
Le conseil municipal et le nouveau maire d'Erstein Théo Schnée se déclarent solidaires à travers une motion avec les travailleurs de la Filature. (Voir en pièce jointe) (Fonds Pierre Drach)
A l'usine la production tourne sur 6 jours par semaine pour arriver à livrer le client "Girmes" !
Bilan final :
20 conventions F.N.E.
13 départs volontaires à 10 000 Francs de prime
1 retour au pays primé à 15 000 Francs,
30 licenciements "secs"
soit un total de 64 personnes au lieu des 73 prévus le 19 février.
L'effectif a chuté de 221 personnes au 1-1-1989, à 156 au 31-12-1989, et donc une diminution de 77 salariés.
Quelques remarques
Entre temps, la faillite du client "Girmes" (19 % du chiffre d'affaires et non 35 %) s'est transformée en un volume de 250 tonnes de commandes entre le mois de janvier et début mai, soit les trois quarts du tonnage facturé l'année précédente.
Au moment où les délégués avaient presque réussi à démontrer que cette défaillance momentanée d'un client ne justifiaient vraiment pas un nombre de licenciement aussi élevé (73 au départ), la direction a argumenté que les autres secteurs étaient en baisse également.
Mais les délégués ont appris que le groupe Vandeputte a procédé dans la même période à 35 licenciements à l'usine UTT à Tourcoing en fermant l'atelier de filature car il est bien plus avantageux d'acheter le fil à l'étranger et le revendre plutôt que de le fabriquer en France.
Néanmoins quelques 36 tonnes de fil bonneterie ont été envoyés à façon dans une autre usine du groupe, afin de pouvoir justifier d'une baisse d'activité, alors que cette qualité spécifique a toujours été travaillée à Erstein !
Le 15 septembre 1989, les délégués signent un accord pour le travail cyclique et la création d'une équipe de fin de semaine sur la base du volontariat ce qui permet de "repêcher" 5 personnes âgées de 50 à 55 ans qui devaient être licenciées au 15 décembre 1989. Cet accord n'a jamais été appliqué !
Salaires 1989
Note : Le directeur général percevait en plus un salaire de Vandeputte de 35 000 Francs brut par mois, ce qui fait un total de 54 000 Francs brut par mois. (Source : Redressement Urssaf)
Soit l'équivalent du salaire de 10 ouvriers ! Et bien sûr ses 2 frères n'étaient pas en reste !
Page suivante : 45-1989 Nouvelle usine
Pièces jointes