Photos du personnel
En 1885, la société Hartmann-Reichard a mandaté le studio de photographes "Veuve G.Albino" de Mulhouse (68) afin de réaliser cette exceptionnelle série de photos de son personnel.
Les 21 prises de vues serties dans des cadres de carton bleu sont numérotées de 24031 à 24054, mais aucune autre indication n'y figure, ni la section, ni les noms des personnes.
La date de facturation a été retrouvée dans le Grand Livre N° 10 de l'entreprise (voir la pièce jointe du Fonds Pierre Drach).
Au cours des années 1970, une personne restée anonyme les aurait apportées aux Archives de la Ville d'Erstein, en déclarant les avoir sauvées des collectes de vieux papiers ?
Les archivistes bénévoles de la Ville m'ont permis en 1999 de les photographier et d'en faire des reproductions.
On découvre, en premier lieu la direction, puis les cadres commerciaux et techniques, et le personnel de production avec les artisans.
Il doit y avoir, dans l'ordre du processus de fabrication : le triage, lavage, peignage, teinture, préparation, filature, bobinage encaissage et enfin l'expédition.
Au centre le contremaitre et le mécanicien de salle, entourés du personnel ouvrier, tous bien alignés et apprêtés de tabliers, blouses, foulards,
chemises et vestes, très uniformes.
24032-Les gérants et les cadres commerciaux, assis sur des chaises de style autour d'un guéridon ovale avec nappe.
Auguste Hartmann à gauche et Charles Reichard à droite, avec les outils de travail : laine écrue et teinte, balance Roberval et romaine, encres, plumiers, etc...
Au fond la villa Reichard. (Archives de la Ville d'Erstein)
24034-Les cadres techniques de production sur des chaises classiques autour d'une table usée avec de gauche à droite, des bobines de laine peignée teinte, des engrenages et des poulies, une romaine, des Grands Livres, des accessoires de laboratoire, des louches, des pots en grès de teinturier, et une bobine de laine peignée écrue. (Archives de la Ville d'Erstein)
24037-Personnel ouvrier, sur des estrades de caisses et de planches. Au premier rang, au milieu, le contremaitre entouré de ses mécaniciens et de très jeunes filles et garçons. Certains hommes portent des maillots rayés de la société de gymnastique d'Erstein fondée cette année là, sinon l'uniformité vestimentaire est de mise, sur toutes les autres photos. Au fond le bâtiment du triage de laine. (Archives de la Ville d'Erstein)
24041-Les enfants sont bien jeunes. Certains venaient à l'usine après l'école pour nettoyer en dessous des machines et aider ainsi leurs parents à atteindre les rendements. Le gamin à droite au premier rang est pieds nus. (Archives de la Ville d'Erstein)
24043- Le contremaître et le mécanicien en casquette, quelques mines renfrognées et des souliers cloutés. (Archives de la Ville d'Erstein)
24053- Le travail des enfants non-scolarisés était autorisé à partir de 12 ans à raison de 10 h par jour. En 1891 l'âge minimum passe à 13 ans et 6 heures par jour.
Le travail de nuit, des dimanches et jours fériés leur était interdit. (Archives de la Ville d'Erstein)
24054- Certains se donnent les mains ou se tiennent aux épaules. Le contremaître en impose ! (Archives de la Ville d'Erstein)
La condition ouvrière de l'époque
Le budget d'une famille ouvrière était un simple budget de survie. 70 % du revenu devait être affecté à l'alimentation et souvent une naissance contraignait la mère à s'embaucher à l'usine !
Les salaires du textile représentaient à peine la moitié de ceux de la métallurgie.
Les conditions de logement étaient précaires et sans aucun confort.
L'essor de la Filature attirait les petits paysans d'Erstein et des villages alentour qui n'arrivaient plus à vivre de leurs maigres terres.
Certains ouvriers-paysans venaient de Sand ou de Plobsheim ,à pied, faisant 7 à 8 km le matin et autant le soir après 12 heures de travail.
Par la suite des transports d'ouvriers ont été organisés par voitures attelées, des communes du Ried, de la Scheer et même des villages d'outre-Rhin.
En 1886, la Compagnie des Tramways Strasbourgeois (CTS) a fait relier la ville d'Erstein à la ligne Strasbourg - Marckolsheim.
A partir de ce moment et jusqu'à la guerre de 14/18, environ 200 personnes ont été transportées au frais de la Filature jusqu'aux portes de l'usine.
Ce même tramway permettait aussi d'effectuer des transports de matières premières et de produits finis avec entrée directe dans la cour de l'établissement par l'embranchement particulier. Voir le dessin en 1893 : 14-1892 Albert-Reichard
Le travail des enfants
Je n'ai pas de photos d'enfants au travail a la filature d'Erstein, j'ai déniché celle-ci ici
(cliché n° 3 sur 39)
Salaires et pouvoir d'achat
Les salaires en 1885-1890 en Marks (2.5 Marks = 3 Francs)
Le pouvoir d'achat en 1880 en Marks à comparer au salaire horaire
Tous ces prix sont issus des livres du "Fawericker Konsum", la société coopérative de la Filature d'Erstein, aimablement prêtés par Karrer Antoine.
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