La grande chaufferie
Rappelons que le bâtiment a été construit en 1882 , voir les photos du bas de la page : 12-1885 Bâtiments A
Il a été réalisé en belles pierres de taille de grès rose agrémentées de briques.
Par rapport aux autres bâtiments de l'usine et leurs classiques alignements de sheds, il est vraiment monumental, ce qui illustre bien son importance capitale : il fallait pouvoir y produire toute l’énergie nécessaire pour alimenter l'ensemble des machines de l'usine.
L'architecture de sa remarquable façade nord est à la fois élégante, soignée et très fonctionnelle : ses magnifiques baies en plein-cintre permettent en effet le passage, au montage, des corps de chauffe des chaudières.
A l’intérieur de cet écrin de pierre sont alignées les quatre chaudières initiales du constructeur Wick-Spoerlein de Mulhouse.
Timbrées à 12 Bars, elles disposent d'une surface de chauffe de 167 m2 chacune, et alimentent au début une machine à vapeur de 250 CV des établissements Berger-André de Thann (68).
En 1896, trois nouvelles chaudières neuves du même fabricant sont branchées en série aux quatre précédentes.
Une nouvelle machine à vapeur de 800 CV vient prendre la place de l'ancienne.
En 1911, par souci d'économie d’énergie, un récupérateur de chaleur de marque "Green", constitué de 448 tubes en fonte où circule l'eau des retours de vapeur est installé en applique sur le mur sud, à coté de la cheminée primitive de 40 m de hauteur de 1882.
Celle-ci est démolie en 1913 pour céder la place à quelques mètres plus à l'est à la Grande Cheminée : 19-1915 Technique
Le pôle énergétique
La chaufferie est agrandie en 1922 pour satisfaire à l'appétit d'énergie de l'entreprise (croquis sur plan de 1906) 17-1906 Albert-Kellermann
Le cours du canal ayant été déplacé de 20 mètres vers l'est, quatre baies sont ajoutées ce qui a permis d'y loger quatre chaudières supplémentaires.
Après 1925, à la mise en service de la nouvelle machine à vapeur 21-1925 Machine à vapeur, l'ancienne machine qui se trouvait du coté ouest de la chaufferie, est démontée et jetée à la ferraille, ce qui laisse la place aux cuves, filtres et systèmes d'épuration d'eau adaptés aux nouvelles installations.
A partir de là, toutes les autres chaufferies et leurs machines à vapeur, de la teinture au sud, et du lavage à l'ouest sont arrêtées.
Toute la force motrice de l’établissement est maintenant concentrée dans cet ensemble beaucoup plus rationnel de deux bâtiments voisins constituant désormais le pôle énergétique de l'usine.
La Filature dispose alors de dix chaudières Wick-Spoerlein timbrées à 12 et 15 Bars, totalisant 1650 m2 de surface de chauffe, et d'une machine à vapeur SACM de 1800 CV.
Cependant se pose le problème de la manutention du charbon, elle nécessite une main d’œuvre importante et demeure très pénible.
Pour y remédier, la Filature va entreprendre d'importantes transformations.
Elle décide de se doter d'abord d'un système de chargement par monorail aérien et ensuite de nouvelles chaudières automatisées plus performantes.
Mais le vénérable bâtiment de 1882 n'y est pas du tout adapté, trop bas, il va falloir le rehausser !
Le rehaussement de la grande chaufferie
Dès 1927, la société Preiswerk de Saint-Louis (68) est chargée de convertir la toiture traditionnelle existante en un alignement de six pans de sheds symétriques, d'une hauteur de trois mètres supplémentaires.
Le coté nord est orné de douze grandes fenêtres à carreaux, en retrait par rapport à la façade pour permettre le passage de la benne à charbon du futur monorail.
Le "balcon" de 45 m de long ainsi constitué est percé de sept trémies alimentant les différentes chaudières.
A la fin de ces travaux gigantesques, effectués sans interruption de la production de vapeur, la société Leuprecht et Ebbell de Bâle (Suisse) peut, en 1928, installer son monorail à voir au chapitre : 24-1928 Charbon
Projet Preiswerk coupe transversale (Fonds Pierre Drach)
L'ancienne charpente en bois de 1882 est colorée en jaune.
Les parties rehaussées en maçonnerie sont en rouge.
Les éléments métalliques rajoutés sont colorés en bleu.
A l'extérieur coté nord apparait la structure du monorail avec sa cabine et une trémie à charbon.
A l'intérieur de l'édifice sont esquissés les volumes des nouvelles chaudières.
Le croquis à droite représente l'abri de la cabine du grutier.
Projet Preiswerk coupe longitudinale (Fonds Pierre Drach)
On distingue de gauche à droite 8 chaudières Wick-Spoerlein et les deux chaudières automatiques SACM qui sont esquissées sur cette vue et la précédente, mais ne seront mises en place qu'en 1928 : 23-1928 Chaudières
Les pans de la nouvelle toiture du côté est sont munis de vitrages pour l'aération et l'éclairage.
Projet Preiswerk façade nord (Fonds Pierre Drach)
La nouvelle forme de la toiture apparait derrière la structure métallique du monorail. La traversée du canal du moulin, à gauche, est couverte, de même que la remise de la cabine du grutier à droite.
Le plan des nouvelles trémies d'alimentation de charbon est visible en grand format ICI
Ainsi que le plan de transformation de la salle des chaudières Preiswerk de 1927.
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