Ursa Major
Musée historique
de Berne
Groupe de figurines en bronze (vers 200 ap. J.-C.) provenant d'un sanctuaire campagnard. Bien avant que l'ours ne vienne parer le drapeau bernois, la population locale connaissait et vénérait une déesse des ours du nom d'Artio. La déesse est représentée à la fois en ourse et sous des traits humains, ce qui permettait de faire coïncider les religions celtiques et romaines. On relèvera la grande qualité de l'artisanat du bronze à l'époque : durant l'empire romain, on le maîtrise en Suisse avec autant de sûreté qu'en Italie.
Les jeunes filles attiques entre cinq et dix ans étaient dites arkta, ourses, et célébraient, vêtues en ourses, le culte d'Artémis de Brauron, déesse ursine.
LA GRANDE OURSE (Ursa Major)
Artio déesse des forêts - conte celtique
Artio (Wikipedia)
Callisto : la Grande Ourse, Arcas : la Petite Ourse
La demeure des sept Rishi
Dans la tradition hindoue, la Grande Ourse (nommée sapta-riksha) est la demeure des sept Rishi, symboles de la sagesse et de la tradition primordiale. La constellation est donc à la fois un séjour des Immortels et le centre, l'arche, où se conserve la connaissance traditionnelle.
Nous avons noté qu'en Chine, la Grande Ourse avait été la Balance, puis le Boisseau (teou). Tournant autour du centre du ciel, le Boisseau indique successivement par son manche les quatre divisions du jour et les quatre saisons de l'année. Selon Sseu-ma Ts'ien, le Boisseau est le char du Souverain; il se meut au centre; il gouverne les quatre orients; il sépare le yin et le yang; il détermine les quatre saisons; il équilibre les cinq éléments; il fait évoluer les divisions du temps et les degrés de l'espace; il fixe les divers comptes. Or on observe que tel est le rôle de l'empereur dans le Ming-t'ang, au centre du monde… Le Ming-t'ang (comme le teou des sociétés secretes) est, à l'aplomb de la Grande Ourse, sa représentation microcosmique. Le timon du Grand Chariot, dit encore le Traité de la Fleur d'Or, fait tourner la manifestation tout entière autour de son centre. L'étoile polaire — qui fut originellement une étoile de la Grande Ourse (teou-mou) — est T'ien-ki, Ie faîte du Ciel. C'est la demeure de T'ai-yi, le Suprême Un. C'est pourquoi la Grande Ourse est utilisée comme support dans les méthodes de concentration spirituelle pour garder l'Un. La constellation est alors à l'aplomb de l’homme qui atteint l'état central : elle descend sur le sommet de sa tête. En diverses cérémonies, l'appel à T'ai-yi se fait par la représentation des sept étoiles de la Grande Ourse sur un étendard.
Ces Sept étoiles correspondent, selon Sseu-ma Ts'ien, aux sept Recteurs, qui évoquent certes, les sept Rishi, mais aussi aux sept ouvertures du corps et aux sept ouvertures du cœur. Ainsi le cœur, centre du microcosme humain, en est-il considéré comme la Grande Ourse. Le Seigneur T'aiyi, est-il dit, tient dans sa main gauche le manche des sept étoiles du Boisseau, dans sa main droite le premier filet de la constellation boréale (étoile polaire). Ce qu'on rapprochera de Apocalypse, 1, 16 : le Christ du Nouvel Avènement tient dans sa main droite les sept étoiles [1]. La notion d'immortalité n’est absente d'aucun de ces symboles, non plus, sans doute, que de la coutume chinoise de figurer les sept étoiles sur les cercueils. L'extension populaire de ces diverses interprétations fait de la Grande Ourse la résidence du Régent de la Destinée, appelé Pei-teou, comme la constellation elle-même.
On remarquera enfin que, chez les Montagnards du Sud-Viêt-nam, la Grande Ourse est l'archétype céleste, selon lequel sont construits les bateaux, ce qui nous ramène par un détour à la notion de navigation* et d'arche* primordiale (CHAT, DAMS, GRAP, GRlF, GUET, GUES, LECC. MAST, SOOL).
Selon Lehmann-Nitsche, cette constellation reproduite sur les murs du grand Temple de Coricancha à Cuaco, représentait pour les Incas du Pérou le Dieu du Tonnerre et des Pluies.
Dans les légendés celtiques, la Grande Ourse, on l'a noté, se 'nommait : Le Chariot d'Arthur.
Dictionaire des Symboles - Jean Chevalier & Alain Gheerbrant - Robert Laffont
[1] …celui qui tient les sept étoiles dans sa main droite, celui qui marche au milieu des sept chandeliers d’or…