Entre le 1er et le 13 octobre 1950, la route coloniale n°4, artère stratégique reliant Cao Bang à Lang Son, devient le théâtre d'une tragédie.
Dans les forêts étouffantes et les vallées abruptes du Tonkin, les forces françaises tombent dans l'étau d'une offensive implacable du Viêt Minh, renforcé par l'appui chinois. En quelques jours, cette voie de communication essentielle devient la route sanglante, où l'héroïsme individuel ne peut compenser les failles d'un commandement dépassé.
Dans ce désastre, 9 médecins militaires accomplissent l'impossible. Trop peu nombreux face à l'avalanche de blessés, ils doivent soutenir jusqu'à 700 hommes chacun. Sous un déluge de feu, ils improvisent des postes de secours, pansent, transfusent, consolent et accompagnent jusqu'au bout ceux qu'ils ne peuvent sauver. Leur dévouement dépasse l'exercice de leur métier, il devient un véritable acte de foi de ne jamais abandonner leurs camarades, fut-ce au prix de leur vie.
Deux d'entre eux tombent au combat, 6 autres connaissent la captivité dont un ne reviendra jamais. Leur nom, désormais gravé dans la mémoire du servie de santé, résonnent encore aujourd'hui. 4 d'entre eux sont parrains de promotion, et la mémoire de tous est honoré par la promotion 2002 : "Médecins des Bataillons de la RC4".
De la douleur de l'Indochine jaillirent pourtant des leçons qui ont transformé la médecine militaire. L'évacuation par hélicoptère, d'abord expérimentale, s'impose grâce à des pionniers comme le MGI Valérie André, offrant aux blessés une nouvelle chance de survie. Parallèlement, le service de santé adapte son organisation : formations plus mobiles, équipes capables de se déployer au plus près des combats, capacités de réanimation et de chirurgie avancées, mises en œuvre dans des situations extrêmes. Ces innovations, archées à la tragédie, ont façonnés les fondement de la médecine de guerre moderne.
75 ans après, nous gardons en mémoire ces hommes, qui dans l'enfer de la RC4, ont incarnés l'honneur de Service de Santé. Leur courage, leur sacrifice et leur héritage demeurent vivant dans nos traditions, dans nos promotions et dans notre métier.
Promotion Roger Asquasciati (1954, Ecole du Pharo)
Promotion Jean Loup (1957, Ecole du Service de Santé Militaire)
Promotion Paul Rouvière (1994, Santé Navale)
Promotion Médecins des Bataillons de la RC4 (2002, Ecole du Service de Santé des Armées de Lyon)
Promotion MLC Georges Armstrong (2022, Ecole de santé des Armées)