Philosophie pratique du 21e siècle pour les jeunes de 7 à 97 ans !
Si on veut sauver la planète et l’humanité, ne devrions-nous pas d'abord définir clairement le mode de production capitaliste comme la cause première du problème?
Réponse donnée par Hubert Reeves
Vous avez raison et c'est une réalité: le système présent n'est pas le meilleur, car il ravage notre planète. Il y a des efforts sérieux à faire pour changer…
Quel est votre avis sur la place que s’attribue l’Homme sur la Terre au détriment d’autres espèces et de la santé de la planète.
Peut-on vraiment parler de progrès au sujet de l’évolution humaine?
Réponse donnée par Hubert Reeves
Je pense que nous évoluons mais que cette évolution n'est pas toujours favorable à la vie sur Terre.
Nous sommes devenus très puissants et notre activité menace réellement notre avenir.
Comment donner envie à un enfant de s’intéresser à notre biodiversité et à sa sauvegarde?
Réponse donnée par Hubert Reeves
Pour donner à un enfant l'envie de s'intéresser à notre biodiversité, il faut l’emmener, même très petit, dans la nature, pour qu'il la voit, la sente, la vive.
Cette expérience sera pour lui un enrichissement
durant toute sa vie.
Quels sont les leviers les plus efficaces sur lesquels agir, en tant que société, pour devenir plus durable?
Réponse donnée par Hubert Reeves
Un aspect important est de relever qu'aujourd'hui dans les médias, on raconte souvent ce qui va mal et assez peu ce qui va bien.
C'est mauvais pour le moral des troupes. C'est très important de se concentrer à la fois sur ce qui va mal, mais aussi sur ce qui va bien, pour que les gens continuent de rester mobilisés.
Le but de tout cela est de garder la Terre habitable et agréable pour nos enfants et petits-enfants. Ce but-là n'est pas foutu.
Il est menacé, oui, mais personne ne connaît l'avenir.
Avec votre savoir scientifique et votre expérience de la vie,
quelle est aujourd'hui votre opinion sur une intelligence créatrice, un Dieu?
Réponse donnée par Hubert Reeves
Sur le plan scientifique, la nature est extrêmement intelligente.
Je pense qu'elle est infiniment plus intelligente que nous. Maintenant, si la question est de savoir si un grand architecte est présent, je ne crois pas au hasard, mais c'est une opinion personnelle. Je pense qu'il y a une présence intelligente.
Mais quelle est-elle? Je n'en sais rien, même
si cela m'intéresse énormément.
« On observe que l'univers au niveau de la physique est tellement parfait... qu'on pense qu'il y a un grand architecte » Thomas Hertog fut l’ami et le collaborateur du génie Stephen Hawking
https://www.facebook.com/watch?v=247390744515992
De toutes les terres agricoles du monde, 80% servent aux animaux ou à leur fourrage, alors que cela apporte seulement 20% de nos protéines : Faut-il devenir végétarien?
Réponse donnée par Hubert Reeves
C'est une question intéressante et importante. Il faut certainement diminuer la quantité de viande que l'on mange. C'est nécessaire. Avec de la viande de bœuf, on peut nourrir 3 milliards de personnes.
Et avec des céréales? Ce serait 10 fois plus.
Quel est le sens de la vie ?
Réponse donnée par Hubert Reeves
Voilà une question intéressante! Je pense qu'aujourd'hui, sachant que la vie est menacée sur la Terre, à cause des problèmes écologiques, un vrai but dans la vie serait de la garder habitable.
Voilà une question prioritaire qui pourrait donner un sens à la vie.
https://www.youtube.com/watch?v=FDN5sCEi0K8
Après quelques centaines de millions d'années d'évolution,
nous voici presque parfait, dans une nature aussi quasi parfaite, avec des puces, des tiques, etc, mais cela marche ; donc, on doit continuer de procréer, évoluer et faire progresser ce monde…
Ne pas le détruire ; reconstruire, replanter ! Vivre!
Danser, goûter, admirer, apprécier, composer, créer, partager, apprendre, s'élever, s'assagir, aimer, etc.
Voici un autre exemple, encore plus fascinant. L’histoire de la vallisneria, une plante qui vit dans une sorte de demi-sommeil au fond de l’eau.
En réalité, son existence entière n’a qu’un seul et unique objectif : préparer l’accouplement :
« Lorsqu’arrive l’instant tant attendu, la fleur (femelle) déroule lentement la longue spirale de son pédoncule, et vient s’épanouir à la surface de l’étang. »
« D’une souche voisine, les fleurs mâles la repèrent, et à leur tour s’élèvent vers celle qu’ils convoitent. »
« Mais voilà que cette cour est maintenant…stoppée nette ! »
Arrivées à mi-chemin, les fleurs mâles se rendent compte de la terrible situation : leur tige est trop courte ! Oui, trop courte !! Jamais l’union des étamines et du pistil3 ne pourra se concrétiser…
Imaginez une seconde le supplice : l’objet du désir est là, juste sous vos « yeux », il vous attend, il vous obsède, mais pour une histoire de quelques centimètres…c’est impossible !
Alors, la plante va-t-elle accepter cette cruauté implacable du destin ? Non.
C’est à ce moment précis qu’intervient le génie sans limite de la Nature.
Les mâles ont renfermé en eux une bulle d'air et soudain, dans un effort totalement incroyable, ils s'arrachent à leur pédoncule pour que leurs pétales viennent crever la surface des eaux.
Ensuite, ce qui se passe est totalement sidérant :
« Blessés à mort mais libres, ils flottent un moment aux côtés de leurs insoucieuses fiancées ; l’union s’accomplit, après quoi les sacrifiés s’en vont périr à la dérive, tandis que l’épouse clôt sa corolle où vit leur dernier souffle, enroule sa spirale et redescend dans les profondeurs pour y mûrir le fruit du baiser héroïque ».4
Ainsi comprend-on que des principes qu’on croyait purement humains, la solidarité, la coopération, l’entraide, le sacrifice même, la Nature les connaît déjà et les pratique depuis toujours.
Elle ne renonce jamais à la vie.
Je crois que ces exemples sont une réponse ferme aux « déclinologues », à tous ceux qui nous annoncent l’Apocalypse, la catastrophe, à qui on peut dire avec certitude qu’ils se trompent.
La chose qui est à peu près certaine est que l’avenir ne se passera pas comme ils le disent.
Et que rien, dans les brillantes analyses qu’ils nous livrent, n’a la moindre chance de contribuer, ne serait-ce qu’un tout petit peu, ni à nous rendre ni meilleur, ni plus heureux.
Alors que retenir de tout cela ?
Que le défaitisme ne conduit à rien, que « l’éco-anxiété », comme on l’appelle dans les journaux, ne construira pas ce nouvel homme que Gandhi appelle de ses vœux.
Un constructeur et non un profiteur, un utilisateur éclairé, non pas un consommateur avide.
Comme ces plantes qui refusent la fatalité, notre destin d’hommes est de préserver notre planète, pour que d’autres à notre suite, découvrent à leur tour le trésor de la vie.
Santé, Estelle Vanier
Editions VivaSanté