Tous les hommes qui ont contribué à la découverte puis à la fabrication de la Pénicilline ont droit à la gratitude universelle
Des noms prestigieux jalonnent le parcours de ces recherches qui vont se heurter à deux reprises, à une trentaine d'années d'intervalle, à l'indifférence ou à l'incompréhension du monde scientifique, mais vont enfin connaître, au début de la deuxième Guerre Mondiale, un essor fantastique. Si Alexander FLEMING connut la consécration de son vivant avec l'attribution en 1945 du Prix NOBEL de Médecine, d'autres sont restés très longtemps méconnus. C'est le cas d'Ernest DUCHESNE, élève de cette École, qui à Lyon même dans le laboratoire d'hygiène de la ville, tenu par son maître Gaston ROUX, a signé en 1897, avec sa thèse, le véritable acte de naissance de la pénicilline. Que son travail soit tombé de nombreuses années dans l'oubli n'y change rien, son antériorité est tout à fait établie.
Ernest DUCHESNE est né à Paris le 30 mai 1874. Très tôt attiré vers les Sciences Naturelles, il participe au concours général. En 1894, il est admis à l'École du Service de Santé Militaire, qui occupe depuis peu ses nouvelles installations à Lyon. Il est reçu Docteur en médecine à 23 ans, avec pour sujet de thèse : « Contribution à l'étude de la concurrence vitale chez les microorganismes, antagonisme entre les moisissures et les microbes ».
Un exemplaire original de cette qualifiée de "Prophétique" est conservé dans la salle de Tradition de l'École de Santé.
En 1898. il accomplit son stage d'application au Val de Grâce. à l'issue duquel il reçoit sa première affectation, comme aide major de 2e classe, puis de lere classe, à Senlis au 2e Régiment de Hussards.
Une première et sérieuse attaque de la maladie qui l'emportera impose sa mise en congé jusqu'en juillet 1904. Il reprend du service au 105e Régiment d'Infanterie à Riom, puis au 92e à Clermont-Ferrand et enfin à l'hôpital thermal de Vichy. Il est promu médecin major de 2e classe en 1907. Mais sa santé ne fait que décliner et le 25 novembre de cette même année il est placé de nouveau en disponibilité. Il se retire d'abord en Auvergne, puis séjourne dans divers centres climatiques avec pour dernière étape Amélie-les-Bains où il décède, ignoré de tous le 30 avril 1912. Il n'a pas encore trente huit ans.
La carrière scientifique de DUCHESNE est très brève. Il n'est l'homme que d'une seule, mais combien importante expérimentation, celle qui le conduit au titre de Docteur en Médecine. Jamais plus il ne reprendra le chemin du laboratoire. De son côté Gaston ROUX ne comprendra pas l'importance du travail qu'il avait inspiré. Par manque d'intuition, sans doute, il ne donnera aucun article à la presse médicale, qui soit susceptible d'attirer l'attention du monde de la recherche. On réalise que de nombreuses années auraient pu être gagnées dans le combat contre l'infection.
A l'époque où DUCHESNE entreprend l'étude qui lui a été confiée, l'antagonisme entre moisissures et microbes est connu, mais la conviction du moment est, qu'en général, leur combat se termine par la victoire des microbes. Son mérite est grand de ne pas accepter cette conception pour définitive et de poser, avec une clarté lumineuse, l'interrogation suivante si riche de promesses
« Ny a-t-il pas des cas où les moisissures peuvent triompher et sinon tuer les bactéries, du moins paralyser certains de leurs effets nocifs ». L'expérimentation sera courte mais rigoureuse. Il inocule deux cobayes, l'un avec une culture de bacterium coli l'autre avec une culture de bacille typhique. Tous deux meurent rapidement. Dans les jours qui suivent, deux autres cobayes reçoivent les mêmes inoculations avec en plus une culture de pénicilium glaucum. Cette fois ils survivent au prix d'une simple hyperthermie.
Le premier traitement à la pénicilline, même s'il n'est qu'expérimental, vient d'être administré. Le dernier chapitre des conclusions de la thèse de DUCHESNE est prophétique. Écoutons-le :
« On peut donc espérer qu'en poursuivant l'étude des faits de concurrence biologique entre moisissures et microbes, étude seulement ébauchée par nous et à laquelle nous n'avons d'autre prétention que d'avoir apporté ici une très modeste contribution, on arrivera, peut‑être, à la découverte d'autres faits directement utiles et applicables à l'hygiène prophylactique et à la thérapeutique ».
La suite est bien connue. En 1928, ignorant tout des travaux de DUCHESNE, Sir Alexander FLEMING retrouve le chemin de la merveilleuse découverte. Ses constatations, ses déductions se heurtent de nouveau à l'indifférence ou au scepticisme de ses contemporains et il faut attendre le début du second conflit mondial pour qu'enfin le monde puisse voir s'ouvrir, avec la pénicilline, une ère thérapeutique nouvelle, d'une richesse et d'une efficacité prodigieuses : celle des antibiotiques.
La Promotion 1983 de l'Ecole de Santé porte son nom.