Mai 2025
Dans mon travail de recherche et d'approfondissement de mes pratiques professionnelles,je suis tombé sur les travaux de Brigitte Lavoie La thÉrapie brève orientée vers Les soLutions meilleures pratiques auprès des personnes dépressives, dans la revue Les cahiers du savoir, numéro 1, Décembre 2020: Les troubles dépressifs.
En voici une note de lecture.
Mai 2025.
La thérapie brève orientée vers les solutions (TBOS) est particulièrement pertinente pour les personnes souffrant de dépression.
La TBOS se distingue des approches thérapeutiques traditionnelles par son orientation résolument tournée vers l'avenir et les solutions plutôt que vers les problèmes. Le manuel de traitement de Bavelas et al. (2013) précise que la démarche thérapeutique met davantage l'accent sur l'avenir souhaité par le client plutôt que sur les problèmes passés ou les conflits actuels.
Cette approche repose également sur la conviction que les clients possèdent déjà les ressources nécessaires pour surmonter leurs difficultés.
À la différence des interventions visant le développement des compétences, la TBOS suppose que les comportements de solutions existent déjà dans le répertoire des clients et qu'ils ne sont pas toujours associés au problème discuté.
En d'autres termes, le rôle du thérapeute n'est pas d'enseigner de nouvelles compétences, mais d'aider le client à identifier et mobiliser celles qu'il possède déjà.
La TBOS s'appuie fortement sur la théorie constructiviste qui souligne l'influence du langage sur notre perception et notre expérience de la réalité.
La TBOS s'appuie sur la théorie constructiviste (de Jong et Berg, 2009), qui décrit à quel point la façon de parler de la réalité influence l'expérience subjective de celle-ci.
Cette attention au langage est particulièrement cruciale dans le traitement de la dépression, car Comme les personnes dépressives ont tendance à s'attribuer leurs échecs et à confondre les symptômes de dépression avec des caractéristiques personnelles, il peut être utile de parler de la dépression comme d'un état que l'on peut quitter. L'auteure suggère d'utiliser des expressions comme « épisode dépressif » qui impliquent un début et une fin, ou de présenter la dépression comme une voix extérieure au client.
Le choix des adverbes de temps joue également un rôle important : Vous noterez aussi l'utilisation de certains adverbes de temps, par lesquels on évite de confirmer la permanence de l'état du client, comme le suggèrent Dweck (2007) et O'Hanlon (2003).
Vous n’avez pas encore trouvé, remarqué ___.
Jusqu’ici, ça n’a pas été facile.
Dans ces moments-là, vous avez eu plus de di!iculté.
En ce moment/dernièrement/pour l’instant/ depuis cet événement, vous ressentez
Ces formulations reconnaissent la souffrance du client sans renforcer l'idée que son état est permanent.
L'une des pratiques fondamentales de la TBOS consiste à orienter l'attention du client vers les changements positifs dès le début de chaque rencontre. À chaque début de rencontre, poser des questions spécifiques sur ce qui est en train de changer en mieux (de Jong et Berg, 2009)
Cette pratique peut commencer dès le premier contact avec le client : Dès le premier appel pour prendre un rendez-vous, vous pouvez dire au client :
“Quand les gens décident de consulter, il y a souvent des choses qui commencent à changer. J'aimerais que vous portiez attention à ce qui est différent (même un peu) pour que vous puissiez me le raconter.”
Chaque rencontre peut commencer avec une variante de cette question.
Au début de chaque séance, le thérapeute peut utiliser des questions telles que :
Qu'est-ce qui est mieux depuis votre appel/depuis la dernière rencontre ?
Qu'est-ce qui avance dans la bonne direction?
De quoi êtes-vous le plus fier dans les circonstances?
L'auteure souligne l'importance de la formulation : Pour que ces interventions fonctionnent, la formulation est importante.
Il ne faut pas demander « est-ce que vous avez vu des changements? » ou « qu'est-ce que vous avez changé ? ».
L'objectif n'est pas de mettre de la pression sur le client, mais d'orienter doucement son regard vers les indices de mouvement.
Ces questions remplacent avantageusement les questions traditionnelles comme « comment ça va ? » ou « comment a été votre semaine ? » car Par définition, le client dépressif a un biais pour ce qui va mal. Ce phénomène le maintient dans cet état. Si vous ne l'invitez pas à remarquer ce qui est en train de s'améliorer, il ne le verra pas. Si le client sait que vous commencerez chaque rencontre avec ce genre de questions, il sera plus susceptible de diriger son attention sur ces moments.
Lorsqu'un client a l'impression de stagner, il est important de valoriser ses efforts pour maintenir sa stabilité : Quand les clients ont l'impression qu'ils stagnent, les aider à reconnaître les efforts qu'ils font pour rester stables (Fiske, 2008)
L'auteure propose de recadrer la stabilité comme un accomplissement plutôt que comme une absence de progrès : Si votre client perd espoir, il pourrait laisser tomber le suivi. Pour cette raison, votre façon d'accueillir son découragement déterminera la suite. Est-ce que l'état de votre client stagne ou est-ce qu'il a réussi à rester stable? En attendant des changements observables, il peut être essentiel de reconnaître les efforts déployés par le client simplement pour rester pareil.
Des questions spécifiques permettent d'explorer ces efforts :
Ce n'est pas facile de rester pareil jour après jour. Comment avez-vous fait pour éviter que la situation se détériore ?
J'aimerais que vous me parliez d'un moment où ça aurait pu être pire. Qu'est-ce que vous avez fait pour l'éviter?
La TBOS propose une posture thérapeutique caractérisée par le non-jugement et la compassion : Quand les clients se sentent découragés, les aider à garder espoir en manifestant du non-jugement et de la compassion (Fiske, 2008; Hendon, 2008; O'Hanlon, 2014)
Cette posture implique de ne jamais remettre en question l'engagement ou la motivation du client : Si vous choisissez d'adopter la posture de la TBOS (et non seulement les techniques), vous ne demanderez jamais au client pourquoi il n'a pas fait ce qu'il souhaitait accomplir entre les rencontres et vous ne contesterez jamais son engagement ou sa motivation.
Le discours intérieur du thérapeute devrait être : Dans ce contexte, le discours intérieur du psychologue sera le suivant : Le client fait de son mieux. S'il n'a pas fait ce qu'il voulait, c'est que c'était trop difficile.
Dans le cas spécifique de la dépression, il est utile de rejeter la faute sur la maladie plutôt que sur le client : Dans le cas particulier du traitement de la dépression, l'hypothèse la plus simple pour son inaction serait de rejeter la faute sur la dépression, pas sur le client. Vous pourriez dire :
“Bien sûr que c'est difficile de se mettre en action : la dépression passe son temps à vous dire que vous n'y arriverez pas.”
“ Si c’était facile, vous l’auriez déjà fait. C’est parce que c’est di!icile que vous n’y êtes pas encore arrivé. J’ai sous-estimé le niveau de di!iculté. C’est ma responsabilité de porter attention à cela. Nous devons rapetisser la prochaine étape”
“Continuer à reconnaître les efforts”
“Comment avez-vous fait pour vous lever, manger, malgré ce manque d’énergie ?”
“Comment avez-vous réussi à traverser votre semaine malgré la dépression qui vous répète que vous n’y arriverez pas? “
“Ce n’est pas facile de commencer sa journée quand la dépression est déjà là, prête à vous critiquer. Parlez-moi d’un moment où vous avez réussi à lui donner moins d’attention.”
“Qu’est-ce qui vous aide à garder espoir malgré le fait que les résultats ne sont pas encore visibles?”
Les recherches montrent l'importance de commencer les rencontres par des questions spécifiques sur l'espoir : À chaque début d'entrevue, poser des questions précises sur l'espoir – ce qui doit se passer pour qu'ils en retrouvent (Ratner et al., 2012) Les travaux de Ratner et al. (2012) ont fait ressortir des différences significatives entre le fait de commencer les rencontres par des questions spécifiques sur l'espoir et celui de les amorcer par un autre type de question.
Des exemples de ces questions incluent :
Qu'est-ce que vous espérez aujourd'hui? Dans quel contexte espérez-vous voir des changements en premier/dans les prochains jours?
Il est également important d'aider les clients à préciser ce qu'ils souhaitent plutôt que ce qu'ils ne veulent plus : Lorsque les clients expriment ce qu'ils ne veulent plus, il s'agit d'un non-objectif. Il y a une valeur ajoutée à préciser ce qu'ils souhaitent.
Une question utile pour cette clarification est :
“ J'entends que vous ne voulez plus vous sentir (triste, incompétent, perdu, dépassé). Vous espérez vous sentir comment à la place ?”
Ces questions remplacent : “Quels sont vos besoins, vos attentes, vos objectifs ?”
Cela évite au client de confondre ce dont il voudrait parler et les changement qu’il souhaite observer.
Pour maintenir l'espoir, il est crucial d'identifier des indices concrets qui permettront au client de reconnaître ses progrès : Pour maintenir l'espoir, trouver des indices observables (et idiosyncrasiques) qui permettront aux clients de reconnaître qu'ils avancent (Bannink, 2015; Duncan, 2005) Si vous avez déjà fait de la randonnée en montagne, vous savez qu'il y a habituellement des rubans, des signes laissés sur les arbres ou de petits monticules de roches pour s'assurer que vous êtes toujours sur le bon sentier. Lorsqu'une personne vit un épisode dépressif, c'est un peu comme si elle avançait en forêt. Si nous ne prenons pas le temps de trouver des signes concrets qui indiquent qu'elle avance, elle ne verra que des arbres qui se ressemblent tous, comme ses journées.
Même si le client n’est pas encore arrivé au sommet de la montagne qui souhaite gravir, il peut constater qu’il avance même s’il est encore entouré de symptômes. Lui proposer de trouver des indices de ce changement entre deux rencontres.
L'auteure suggère de déterminer ces signes de progrès tôt dans le suivi et propose plusieurs exemples :
10 signes que vous avancez dans la bonne direction
10 indices que le pire sera derrière vous
10 signes que vous vous êtes retrouvé (si la personne a exprimé qu'elle ne se reconnaît plus depuis qu'elle vit avec des symptômes de dépression)
10 signes qui pourraient vous aider à reconnaître quand c’est la dépression qui parle
10 indices qui vous confirment que vous faites ce qu’il faut même si vous n’en ressentez pas encore les bienfaits
L'avantage de recenser autant de signes est d'augmenter les probabilités que l'un d'entre eux se produise. Une cliente avait nommé qu’elle se lèverait le matin pour faire le déjeuner de sa fille. C’était son premier indice et le plus important. Mais, elle avait aussi mentionné que son réfrigérateur serait rempli (comme neuvième indice). À la rencontre suivante, elle était fière de raconter qu’il y avait des fruits coupés dans son réfrigérateur (signe évident qu’elle commençait à sortir de la dépression).
La question miracle (QM) est un outil puissant de la TBOS qui permet au client de se projeter dans un avenir où son problème serait résolu : Assez tôt dans le suivi, aider les clients à imaginer le futur sans dépression, avec le plus de détails possible (de Shazer et al., 2007) Il est possible que les questions sur l'espoir (1.4) et les indices (1.5) soient suffisantes pour préciser le futur souhaité par le client. Mais pour certains, un exercice plus élaboré sera nécessaire. À cette fin, un outil puissant de la TBOS demeure la question miracle (QM) [de Shazer et al., 2007].
L'auteure souligne l'importance de poser cette question assez tôt dans le suivi : Malheureusement, plusieurs cliniciens attendent trop longtemps pour la poser, alors qu'il y a des bénéfices à le faire en début de suivi (de Shazer et al., 2007).
La QM est formulée ainsi : Me permettez-vous de vous poser une question un peu différente? (Si le client accepte, vous poursuivez, sinon, vous arrêtez. Cette permission vous assure qu'il n'est pas trop tôt pour essayer.) Cette question exige un peu d'imagination. Après avoir quitté le bureau, vous retournez à la maison, vous faites le souper, les devoirs et vous allez au lit. (Il est possible d'adapter cette question au contexte pour la personnaliser...) Pendant que vous dormez, un miracle se produit! (Claquement de doigts.) Le miracle élimine le problème qui vous a amené ici. Vous vous réveillez sans savoir qu'il y a eu un miracle puisque vous dormiez. Lorsque vous vous réveillez le matin, quel est le premier indice qu'un miracle s'est produit?
Il est important d'adapter la QM en fonction de ce que le client a déjà exprimé, en remplaçant l'expression "élimine le problème" par les mots qu'il utilise, comme : vous êtes complètement sorti de cet épisode dépressif; vous avez retrouvé le goût de vivre; votre vie a retrouvé du sens; vous avez tourné la page sur ces événements; votre deuil est complété; vous vous sentez de nouveau enligné (si c'est une expression qu'il utilise); vous vous sentez d'attaque pour retourner au travail.
Après avoir posé la QM, le travail thérapeutique consiste à obtenir une description détaillée en posant des questions comme :
Qu'est-ce que vous remarquez de différent?
En vous réveillant? Le matin?
Quoi d'autre est différent?
Qui remarque les changements?
Décrivez-moi ce que cette personne remarque.
Quelle différence ça fait pour elle ?
Qu'est-ce que vous faites ensuite ?
Quand vous faites ___ , qu'est-ce que vous vous dites?
Qu'est-ce qui est différent quand vous allez au travail?
Quand vous commencez la journée comme ça, qu'est-ce qui est différent après?
L'auteure explique que Plus la journée avance, plus les changements sont attribuables à ce que la personne fait différemment plutôt qu'au miracle. C'est de cette façon qu'un jeune homme dépressif peut décrire qu'il se réveille avec le cadran. Qu'il prend sa douche. Qu'au lieu de s'habiller en mou, il met un jeans. Cet exercice permet au client de réaliser que certaines actions sont accessibles sans miracle.
Pour aider les clients qui pensent qu'ils seront plus heureux lorsqu'une autre personne aura changé, l'auteure propose d'utiliser des questions leviers : Aider les clients à se projeter dans un futur qu'ils contrôlent, en utilisant des questions leviers comme :
Supposons que ____; Quelle différence ça fait ?
Qu'est-ce que ça permet ? (Ratner et al., 2012)
Il arrive que les clients considèrent qu'ils seront plus heureux lorsqu'une autre personne aura changé. Cette attente peut augmenter leur sentiment d'impuissance.
L'auteure illustre cette technique avec l'exemple d'une cliente qui espérait que sa patronne disparaisse : Une dame a déjà répondu spontanément qu'elle espérait que sa patronne disparaisse. Il n'y avait aucune inquiétude face à un homicide. Sa patronne était toxique, et son souhait était tout à fait légitime dans le contexte. Elle avait l'impression qu'elle ne pourrait pas aller mieux tant que celle-ci demeurerait à son poste ou qu'elle-même ne change d'emploi. Elle se sentait dans une impasse, comme beaucoup de personnes qui combattent la dépression.
Au lieu de la laisser parler de sa patronne et d'augmenter son sentiment d'impuissance, il est possible d'explorer ce qui serait différent :
Supposons que ta patronne disparaît, qu'est-ce que ça te permet de faire le matin en te réveillant?
Cette approche a permis à la cliente de prendre conscience de son pouvoir d'action : C'était extrêmement touchant de la voir prendre conscience qu'elle avait plus de pouvoir sur sa vie. C'est en lui permettant d'imaginer ce qu'elle ferait différemment si sa patronne disparaissait qu'elle a pu voir où était la sortie.
Une autre pratique importante consiste à aider les clients à définir ce qu'ils souhaiteraient ressentir à la place de leurs symptômes : Aider les clients à préciser ce qu'ils voudraient ressentir à la place de leurs symptômes, tout au long du suivi (Ratner et al., 2012)
Des questions comme:
- Vous voudriez réagir comment à la place ?
- Vous souhaiteriez vous dire quoi/agir comment à la place ? permettent au client de clarifier ce qu'il souhaite plutôt que ce qu'il veut éviter.
L'auteure utilise l'analogie du casse-tête : Quand vous faites un casse-tête, vous commencez par tourner tous les morceaux sur le côté de l'image. C'est un peu la même chose ici. Le client sait souvent ce qu'il ne veut plus. Lorsque vous lui demandez ce qu'il veut à la place, il doit réfléchir et le préciser.
Elle illustre cette technique avec l'exemple d'une cliente qui souhaitait ne plus avoir une boule au niveau du plexus. En l'aidant à imaginer ce qu'elle voudrait à la place, la cliente a pu préciser qu'elle souhaitait "une colonne d'air" et a immédiatement commencé à respirer mieux en la décrivant : Mais en recevant de l'aide pour nommer ce qu'elle voulait, en le décrivant, elle a pu ressentir des effets immédiats. Quand on précise le futur, il se rapproche, il devient parfois le présent.
La TBOS reconnaît l'importance des émotions positives dans le processus de guérison de la dépression : Le concept des émotions positives a été étudié rigoureusement par Fredrickson (2009). Sa théorie de l'élargissement et de la construction des émotions positives met en évidence leur importance pour favoriser la résilience.
L'auteure souligne qu'il n'est pas nécessaire d'attendre la fin de l'épisode dépressif pour commencer à ressentir certaines émotions positives : Il va sans dire qu'il est plus difficile de ressentir de la joie pendant un épisode de dépression que lorsque tout va pour le mieux. Mais il n'est pas nécessaire d'attendre la fin de cet épisode pour ressentir l'amour, la fierté, la gratitude, l'espoir, l'intérêt, l'inspiration, l'amusement, l'émerveillement et la sérénité, qui sont d'autres émotions qui peuvent produire des effets similaires chez vos clients.
Le thérapeute peut aider le client à identifier et à cultiver ces émotions positives de plusieurs façons :
Vous pouvez inviter vos clients à remarquer les moments où ces émotions sont déjà présentes, sans effort.
Vous pouvez refléter des émotions positives, souligner leur habileté à ressentir de la gratitude ou à s'émerveiller, par exemple.
Vous pouvez vous intéresser à ce qu'ils ont fait pour développer cette capacité d'aimer. Essentiellement, vous pouvez faire l'inventaire de toutes les activités, de tous les moments qui leur ont permis de ressentir chacune de ces émotions dans le passé.
Des questions spécifiques facilitent cette exploration :
Laquelle de ces émotions est plus facile d'accès pour vous? (faire la liste)
Qu'est-ce qui vous a déjà aidé à ressentir ___? (en nommer une)
Quelles activités vous ont permis de vivre plus de ___?
Dans quel contexte arrivez-vous à être plus ___? À quel moment arriviez-vous à ressentir plus de ___?
L'auteure note également que Certains clients croient qu'ils doivent avoir terminé leur travail thérapeutique avant de s'accorder de bons moments. La TBOS favorise une posture humble, mais pour certains clients, une permission est nécessaire pour qu'ils se donnent le droit de faire des activités susceptibles de leur faire vivre des émotions agréables. C'est comme si seulement un psychologue pouvait leur donner la permission de prendre congé de leur dépression.
Une pratique essentielle de la TBOS consiste à explorer les réussites passées du client : Augmenter le sentiment de compétence en faisant l'inventaire de ce qui les a déjà aidés dans le passé (Bannink, 2015; Pichot et Dolan, 2003)
L'auteure souligne l'importance de la curiosité du thérapeute dans ce processus : La pratique a démontré que pour que la personne réussisse à retrouver ses compétences, il faut que le thérapeute s'y intéresse, soit curieux. Plus ce dernier posera de questions, plus les souvenirs lointains des succès de la personne pourront se rapprocher.
Explorer le territoire des compétences du client permet de découvrir de nombreuses ressources : Si vous vous déplacez avec la personne sur le territoire de ses compétences, vous y trouverez des ressources, des forces, des croyances utiles, des convictions, des valeurs, des actions et des pensées qui l'aident, tout autant de morceaux de solutions qu'elle pourra recycler.
Cette exploration a non seulement une valeur pratique, mais aussi un impact émotionnel immédiat : Mais même si vous ne trouvez rien qui puisse être réutilisé dans les prochains jours, ne sous-estimez pas l'effet immédiat sur l'état émotif. Se déplacer dans ce souvenir peut aider le client à se sentir mieux maintenant. De la même façon que le client peut être retraumatisé quand il reparle d'un trauma, il peut être galvanisé ou apaisé par le rappel d'un moment de succès.
Des exemples de questions pour explorer ces réussites incluent :
Dans quel contexte avez-vous eu plus de confiance/d'énergie/d'affirmation de soi?
Je vois que vous avez réussi deux fois à laisser derrière vous les symptômes de dépression. Comment avez-vous réussi ça?
Il y a eu 10 ans entre vos deux épisodes de dépression. J'aimerais que nous relevions ensemble les meilleurs moments, les meilleurs exemples de ces 10 ans. La dernière fois que vous êtes sorti d'un épisode de dépression, comment avez-vous su que c'était terminé ?
Racontez-moi un exemple d'un moment où vous êtes arrivé un peu plus à reconnaître que c'était la dépression qui parlait.
Pour obtenir des détails sur ces réussites, l'auteure propose des questions plus spécifiques comme :
Comment avez-vous réussi à ___?
Comment avez-vous fait pour vous parler autrement?
Qu’est-ce que vous vous êtes dit précisément à ce moment-là?
Comment avez-vous fait pour éviter de (vous taper sur la tête, etc.)?
Quelles convictions, croyances, citations prennent l’avant-plan quand vous êtes bien?
Quelles convictions, croyances, citations prennent l’avant-plan quand vous réussissez à traverser un moment plus di!icile ?
Qui a remarqué que vous étiez bien?
Qu’est-ce qu’il a remarqué précisément?
Comment avez-vous su que c’était une bonne idée à ce moment-là?
Quelle valeur prenait l’avant-plan?
Qu’est-ce qui a eu le plus d’impact?
Bien sûr que la médication (ou le fait d’être en relation de couple ou d’avoir un emploi) a pu aider. Vous diriez que la médication/la relation/l’emploi est responsable de quel pourcentage ? Si le client dit 80 %, il peut êt
L'auteure recommande de terminer chaque entrevue avec une action que le client se sent capable de réaliser : Terminer l'entrevue avec un pas hors de tout doute (O'Hanlon, 1999, 2012)
Si le client ne semble pas prêt pour une action, il serait probablement préférable de proposer une tâche d'observation qui lui permettra de remarquer des changements ou des moments moins difficiles.
L'auteure met en garde contre les actions qui commencent par "il faudrait" ou "je devrais", car C'est souvent un signe que la tâche est trop grande, et c'est peut-être la dépression qui parle avec la voix du client.
Elle propose plutôt de se concentrer sur ce que le client se sent capable de faire : Vous voulez entendre qu'il se sent capable de répéter ce qu'il a déjà fait dans le passé, ou une partie de ce qu'il a déjà fait. S'il y a des questions sur le futur auxquelles il n'a pas pu répondre, vous pourriez l'inviter à rêver aux premières choses qu'il souhaite réaliser quand il commencera à se sentir mieux, au projet qui a de la valeur à ses yeux et pour lequel il vaut la peine de continuer de faire des efforts.
L'auteure suggère également plusieurs actions possibles :
Faites la liste de ce que vous ne voudriez pas changer dans votre vie.
Prévoyez un temps (15 minutes) pour tester une action qui pourrait changer votre humeur.
Trouvez une chose toxique facile à enlever (nouvelles, téléphone au lit, se demander pourquoi je suis comme ça, etc.).
Choisissez un moment (le planifier) pour ne pas écouter la dépression et remarquez ce qui se passe.
Pendant 1 heure, donnez-vous la permission d'imaginer que vous avez de la valeur (tel quel) et remarquez ce que ça change.
Une pratique importante consiste à terminer l'entrevue en validant les forces et qualités du client : Terminer l'entrevue avec une rétroaction sur leurs réussites, leurs valeurs, leurs qualités, leurs efforts (Thomas, 2016)
L'auteure souligne que Tout au long de l'entrevue, il est important de valider la personne (Bavelas et al., 2013). En lui reflétant ses compétences à différents moments de l'entrevue, vous ferez en sorte qu'elle pourra doucement commencer à croire ce que vous voyez.
Il ne s'agit pas de féliciter ou d'encourager le client, mais de refléter (de façon authentique) ce qui est grand, touchant chez elle. Ce que l'écran de la dépression ne vous a pas empêché de remarquer.
Des exemples de ces rétroactions incluent :
Je ne peux pas terminer la rencontre sans vous dire que je suis touchée par votre engagement envers vos proches.
À différents moments pendant l'entrevue, je me suis demandé : est-ce qu'il sait qu'il est un bon père ? Je ne voulais pas terminer la rencontre sans vous le dire.
L'objectif ultime de la TBOS est de favoriser l'autogestion chez le client : Il serait utile de terminer le suivi en soulignant ce que la personne sait maintenant des conditions qui la rendent plus heureuse – ses actions, ses pensées, les croyances utiles, ce qui lui permet de vivre des émotions positives (Houle et al., 2015 ; Pulvirenti et al., 2011).
L'auteure suggère de préparer un inventaire pour la dernière rencontre et de lui offrir une copie ou de lui proposer de le prendre en photo avec son téléphone. Certains clients pourraient choisir un aide-mémoire qui les aidera à se souvenir de ce qui est le plus important.
Cet inventaire pourra également être utile si le client revient pour un autre suivi, car nous pourrons les aider à retrouver leur chemin plus rapidement puisque nous aurons clairement consigné leurs idées originales et uniques.
L'auteure conclut en soulignant l'importance d'aider les clients à diriger leur attention vers leurs réussites plutôt que vers leurs échecs : Il est possible d'imaginer que les changements seront plus durables si des clients autrefois dépressifs dirigent leur attention sur ce qu'ils réussissent plutôt que sur leurs échecs. S'ils se demandent plus souvent comment ils font pour être bien et qu'ils se parlent avec compassion dans les moments particulièrement difficiles.
Au-delà des techniques, l'auteure espère que les clients se souviendront d'un regard bienveillant, des reflets de leurs forces et de l'insistance avec laquelle j'ai cherché dans leur répertoire parce que je croyais qu'ils avaient de bonnes idées.
Elle conclut avec une métaphore puissante partagée par une cliente : Une cliente m'a déjà dit que les psychologues connaissaient des mots qui avaient le pouvoir de les enfermer dans une boîte, ou de les libérer. J'espère avoir offert des mots qui vous aideront à les dégager de cette boîte, construite par la dépression.
Bannink, F. (2015). Mentionné aux pages 31 et 61.
Bavelas, J. et al. (2013). Mentionné aux pages 1, 15 et 46.
de Jong, P. et Berg, I.K. (2009). Mentionné aux pages 2, 39 et 52.
Duncan, B. (2005, 2014). Mentionné aux pages 39 et 61.
Dweck, C. (2007). Mentionné à la page 15.
Fiske, H. (2008). Mentionné aux pages 57, 61 et 70.
Franklin, C. et al. (2012). Mentionné à la page 1.
Fredrickson, B. (2009). Mentionné à la page 51.
Hendon, S. (2008). Mentionné à la page 70.
Houle, J. et al. (2015). Mentionné à la page 38.
Korman, H. et al. (2013). Mentionné à la page 1.
O'Hanlon, B. (1999, 2003, 2012, 2014). Mentionné aux pages 15, 61 et 70.
Pichot, T. et Dolan, Y. (2003). Mentionné à la page 13.
Pulvirenti, M. et al. (2011). Mentionné à la page 38.
Ratner, H. et al. (2012). Mentionné aux pages 38, 43, 50 et 61.
de Shazer, S. et al. (2007). Mentionné aux pages 17, 22 et 40.
Smock Jordan, S. et al. (2013). Mentionné à la page 1.
Thomas, F. (2016). Mentionné à la page 11.