« Je suis pas un buveur. Je ne suis pas un alcoolique »
Quelques remarques sur « la négation (de l’être) alcoolique » : Entre « dénégation et déni » ?
le dimanche 6 janvier 2008.
le dimanche 6 janvier 2008.
I. Constat. 2
II. Développement du mardi 2 octobre 2007. 6
1. La version « je ne bois pas. Je ne suis pas un buveur. Je ne suis pas un alcoolique ». Est-ce une dénégation ? 10
Vignette clinique 1 : 20
Vignette clinique 2 : 22
2. La version « je ne bois pas. Je ne suis pas un buveur. Je suis pas un alcoolique. ». Est-ce un déni ? 25
Vignette clinique 3 : 30
Vignette clinique 4 : 32
III. Conclusion . 38
Bibliographie 40
Occurrences « déni » chez Sigmund FREUD 42
Occurrences « négation » chez Sigmund FREUD 47
Occurrences Verleugnung chez Jacques LACAN 49
Le point de départ de cette intervention est une remarque que je me suis faite concernant la clinique en alcoologie : Tout le monde parle avec certitude absolue, avec une évidence absolue (qui ne semble plus être remise en cause dans le champ de la clinique alcoolique traditionnelle) habituellement de « déni » voire de dénégation chez l’alcoolique, sans grande distinction entre ces deux mécanismes.
On parle communément de déni ou de dénégation pour décrire ce fameux « instant de voir », cette fameuse évidence phénoménologique où, à la fois prisonnier de ce que l’on observe et de ce qui nous affecte, devant un « alcoolique alcoolisé » ou « abstinent »/« ivre » (au passage il faudrait décrire les divers types d’ivresses), on ne peut s’empêcher de penser, de se précipiter à conclure lorsqu’il nous affirme « Je ne bois pas monsieur…je n’ai pas bu d’alcool » : qu’il dénie ou, au mieux (ou au pire) c’est une dénégation ! »
On entend encore parler de déni, en institution médicalisée, lorsqu’arrivé à un état de dégradation et de décompensation somatique, un « alcoolique » n’arrive pas à faire le lien entre son état de santé et l’alcool.
Par exemple, ce patient qui souffre d’une neuropathie musculaire des jambes. Il ne peut presque plus marcher. Il disait notamment : « Je sais que l’alcool, je dois arrêter, mais les jambes, ça ne peut pas venir de là. Je n’ai pas assez marché. Je marcherais plus. Je vais me re muscler à la kiné et je vais de nouveau pouvoir marcher » ou encore cette femme souffrant d’une cirrhose décompensée qui affirmait que son problème de santé était viral et que ce n’était pas lié à sa consommation abusive d’alcool. Elle avait besoin de se détendre le soir.
Pour ceux qui ont connu cet « instant de voir » dans la rencontre avec un sujet alcoolisé, nous pourrions nous poser plusieurs questions :
Qu’est-ce qui pousse à cette conclusion logique, peut-être, précipitée, chez celui qui écoute que, ce « qui est dit », - ce « je ne bois pas » - n’est pas la vérité, en confondant au passage « la vérité et la réalité ». ?
Qu’est-ce qui pousse à cette logique, à croire que la parole de celui qui parle n’est pas sa vraie parole ou une parole vraie c'est-à-dire « une parole pleine », (si vous m’accordez cette « joke ») pour reprendre ce que disait Jacques LACAN notamment dans le Séminaire I Les Écrits techniques de Freud de la parole pleine en tant « qu'elle réalise la vérité du sujet ».
Cette problématique de la Vérité et de la réalité est donc centrale dans l’acte de boire, au passage il faudrait répondre à la question de savoir si c’est un acte ! Il conviendrait de répondre à cette question de savoir, quels en sont les effets et les conséquences de cet « instant de voir », sur le sujet, les sujets devrais-je dire, entre celui qui parle et celui qui écoute ? Quels en sont les effets et les conséquences dans cette « la relation intersubjective » (pour reprendre une ancienne formulation de la théorisation lacanienne des années 50) de cette logique de l’Un et de l’Autre. ?
C’est donc guidé par ces questionnements que j’ai voulu essayer de lire, de revisiter, de questionner (et de me questionner sur) la problématique de la « négation » dans le discours des alcooliques à travers l’œuvre de Sigmund FREUD puis de Jacques LACAN.
Malheureusement, je ne pense pas y être arrivé par manque de travail et de temps…….Mon travail n’est pas assez précis et rigoureux à mes yeux. Il m’a tout au plus permis de me remettre au travail.
Je ne traiterai pas aujourd’hui de l’ensemble de la problématique de la « négation » dans le discours des alcooliques : je me suis dit, après avoir terminé ce travail qu’il faudrait certainement la traiter à travers l’importance des quatre « ver » (sic) de Sigmund FREUD, des mots « ver » qui « prolifèrent dans l’œuvre de Sigmund FREUD » (disait Jacques LACAN dans le Séminaire IIII, : la « Verleugnung ») : le déni ou dementi, « la Verwerfung », la forclusion , la c’est la Verneinung ,la dénégation et enfin la Verdrängung, le refoulé originaire.
Ces quatre « ver » de Sigmund FREUD ne seraient peut-être pas de trop pour cerner « cette inquiétante étrangeté » de la conversation habituelle avec un alcoolique lorsque subvertissant les rapports traditionnels du sujet au langage, nous l’entendons s’écrier « je ne bois pas, je n’ai pas bu…je ne suis pas alcoolique moi », « je n’y pense même pas » « je ne suis pas un buveur » caractéristique d’une position subjective (parmi d’autres) chez le sujet alcoolique en cure de sevrage ou alcoolisé
Est-ce un déni ? une Dénégation ? Une pseudo-dénégation comme l’affirme J.C DESCOMBEY. Curieuse argumentation d’ailleurs que de parler de pseudo dénégation, comme l’affirme J.C DESCOMBEY malgré son admirable érudition, son fascinant travail de recherche psychanalytique sur la problématique de l’alcoolisme , il laisse ouverte cette question…C’est sans doute, là, tout son mérite de poser cette vraie question et de sortir du travers des fausses évidences, du plaquage rapide d’une théorie sur la clinique. Il est, cet égard, extrêmement critique dans ces deux ouvrages Descombey, Jean-Paul. Précis d'alcoologie clinique. Paris: Dunod, 1994. Et L’alcoolique, mon frère, toi.Paris. Privat.1985 par rapport à J.CLAVREUL et ce qu’il appelle son plaquage théorique de la « dénégation ».
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Laissons-nous guider par ces quatre « vers », je n’ai pas eu le temps de traiter ces quatre « ver » dans la clinique en alcoologie ; je me suis arrêté à deux « ver », quatre « ver » bonjour les dégâts ! : la « Verleugnung ») : le déni ou dementi et la la Verneinung ,la dénégation.
La « négation » est une figure courante du discours des alcooliques. Si cette figure du discours courant des alcooliques est omniprésente, peut-être, faut-il, ne pas se laisser tenter d’en faire une interprétation universelle univoque !. Toutes « les négations » présentes dans le discours des alcooliques ne se valent pas ! Elles ne sont ,peut-être, pas généralisables. C’est au « cas par cas » et dans la construction d’un cas qu’il convient d’en situer la valeur et le sens.
Exemple :
« Je ne bois pas monsieur. Juste le soir, mon verre de vin à table le soir, pas de bière, pas d’alcool fort, pas de whisky ou pas d’alcool fort comme cela…je n’y pense même pas vous voyez depuis que je suis à l’hôpital…ça ne me manque pas, ça ne me manque même pas, pas de problème…je ne suis pas buveur moi, vous savez…Je ne suis pas alcoolique ! C’est vrai que j’ai compris depuis que je suis hospitalisé. C’est fini maintenant. »
À la question :quels sont vos projets après l’hôpital ? On obtient, généralement, la réponse générique suivante :
« Pas de problème, je vais reprendre le boulot maintenant que cela va mieux..l’alcool,…non j’ai compris et puis moi, vous savez je ne vais pas au bistrot, je ne vais pas au bistrot, je travaille, on ne peut pas boire au travail..De toute façon..Je veux reprendre le travail comme avant »
De nombreux auteurs interprètent ces « négations » comme des dénégations. J. Clavreuil y voit dans ces négations « la seule chose importante dans la consultation, celle qui lui donne son sens : contre seing qui entérine ses dires (plaintes) de l’épouse et constitue un démenti ; ébauche d’une relation dialectisée, d’interprétation, de symbolisation ; rature du dit, plutôt que tentative de gommage ; distance que l’alcoolique prend par rapport à ce qu’il est »
« Je ne suis pas alcoolique…je ne suis pas buveur…je n’y pense même pas ! « (durant l’hospitalisation)
La tentation est grande de lire précipitamment cela comme une dénégation :
« Vous allez penser que je suis alcoolique, que je suis un buveur, que j’y pense…non ! je ne suis pas alcoolique. Je ne suis pas un buveur. Je n’y pense pas! ».
Le placage théorique est une issue facile pour rassurer celui qui écoute ce discours. Généralement, dans cette lecture du « je ne suis pas buveur et je ne suis pas alcoolique » et dans ce positionnement du thérapeute, devant la certitude de son savoir sur l’Autre, le sujet alcoolique effectue un acting out, une ré alcoolisation peu de temps après : le thérapeute, lui, sera conforté narcissiquement :
« Je le savais bien qu’il y pensait, qu’il était alcoolique…un alcoolique reste toujours un alcoolique…
On pourrait schématiser les choses ainsi
« (je pense que), je ne suis pas » « un buveur, »
« un alcoolique »
(je pense que) « je ne bois pas »
Je ne sais pas si on pourrait s’amuser à écrire les choses ainsi :
« Bonjour, je ne suis pas alcoolique, je ne suis pas un toxicomane, mais je
Je suis, là où je/il ne pense pas boire
Là où je/il ne pense pas être alcoolique »
Là où je/il ne pense pas être un buveur/un toxicomane
Ça pourrait être intéressant à discuter cela cliniquement.
En reprenant les termes Freudiens, on pourrait dire qu’il y a « quelque chose » qui résiste dans cette négation, s’il y a une résistance : de quelle résistance s’agit-il ? Suffit-elle pour laisser dévoiler la Vérité ? Suffit-il qu’il nous « donne raison » pour parler de « dénégation » ?
Sigmund FREUD notait : il n’y a pas de preuve plus forte qu’on a réussi à découvrir l’inconscient que de voir réagir l’analysé par ces mots « je n’ai pas (ou jamais) pensé à cela ». Mais, lui-même était prudent. Il notait lui-même que c’était dans la dynamique et la dialectique ou l’évolution d’une cure qu’il convenait de chercher la confirmation d’une lecture de la dénégation.
Si on suit la logique (de l’aliénation et de la séparation) du sujet, celle de l’inconscient , je ne sais pas si on pourrait « lire » ce « je ne suis pas alcoolique. Je ne suis pas buveur. » que l’on assimile rapidement à une dénégation (« Vous allez pensez que je suis alcoolique, non, je ne suis pas alcoolique ») comme une réponse du sujet à une pseudo ou une néo injonction ?
Si l’Autre sait ce que « je suis », si je suis plus qu’aliéné au discours de l’Autre..(je ne sais pas si on peut aller jusqu’à dire que « être buveur », « être alcoolique » est une insulte au sens psychiatrique du terme et psychanalytique. Le sujet prend alors statut de l’insulte qu’il reçoit. C’est le nom propre de sa jouissance et il ne peut s’en sortir de cette haine qui fixe son être que là où l’Autre ne pense pas.
« Si « l’Autre sait ce que je suis », si « je suis sous l’injonction de l’Autre », si je suis insulté par l’Autre., peut-être alors pour exister, je vais « être », me « loger », « habiter » là où « je/il ne pense pas ».
D’ailleurs, il me semble avoir remarqué que les ré-alcoolisations sont souvent un moyen d’aller retrouver ou chercher, dans l’alcoolisation, une fonction signifiante commune, une opération métaphorique commune, la signification commune des « sens et des significations de l’alcool », là où l’alcoolisation était in-sensé, hors sens : (Si je pense que « boire comme tout le monde » à un sens et une signification, si cela « assure » (en me rassurant) une fonction signifiante alors je vais boire. (« Je vais d’autant plus rechercher un « sens à boire » et à « boire dans « le sens » que mon « boire pour boire », à moi, m’est in sensé ») (Si je suis aliéné au discours de l’Autre qui a la certitude que je suis alcoolique alors je vais chercher ce que je suis là où l’Autre ne pense pas là où je devrais être, dans une ré-alcoolisation qui aurait « pour Moi » un sens et une signification. ).
Alors que, par définition (enfin, c’est ce que j’avançais lors de mon intervention l’année dernière, l’alcoolo dépendance est un boire pour boire qui n’a plus le sens et la signification communs du boire (boire pour….faire la fête, boire le plaisir, etc..) : Boire pour boire est indé cens ; c’est un trou dans la lalangue alcoolique qui ne peut plus être métaphorisable dans le discours courant sur l’alcoolisation (boire pour….qui a un sens et une signification). Ce qui oblige le sujet alcoolique, peut-être, (je dis bien peut-être) à faire le distinction dans ses investissements pulsionnels entre un « boire aliment » métaphorisable dans le champ du signifiant et un « boire toxique » laissé en plan au Réel.
En ce sens, on pourrait imaginer que l’alcoolo dépendance décapitonne ou modifie l’ordination signifiante de l’univers d’un sujet, tant au niveau langagier que ces conditions d’existence.
Revenons à notre « dénégation » alcoolique : si nous revenons à ce « (Je ne pense pas que) je suis un buveur »… « Vous allez penser que je suis un buveur, mais non je ne suis pas un buveur, je n’y pense pas même pas »
Rien ne confirme s’il s’agissait d’une dénégation rien, absolument rien ne permet d’y déceler dans ces négations du discours alcoolique, le dévoilement partiel du refoulé (peut-on sérieusement penser que le « je ne suis pas buveur » est un dévoilement partiel du refoulé ? « je suis buveur » ?) .
Suffit-il de supposer c'est-à-dire (si l’on prend le Littré) alléguer ou produire pour vrai ce qui est faux que le « Je ne bois pas monsieur » est un « Vous allez pensez que je ne bois monsieur» pour se précipiter à conclure que c’est de la dénégation ? Je ne pense pas ! (si j’ose dire)
Rappelons-nous ce que disait Jacques LACAN dans le séminaire I
« En d'autres termes, la relation à l'autre, pour autant que tende à s'y manifester le désir primitif du sujet, contient toujours en elle-même, dans la mesure où c'est dans la relation à l'autre qu'elle a à manifester, cet élément fondamental originel de dénégation, qui prend ici la forme de l'inversion »
N’est pas plutôt le thérapeute qui déni pour dire vrai ? N’est ce pas plutôt le « thérapeute » qui prend appui sur l’autre ?
À la base, je voulais déployer le texte de Sigmund FREUD La dénégation (1925) et je voulais travailler la constitution du « dedans »/ » « dehors » du psychisme et faire le lien avec l’alcoolique. Ce texte de Sigmund FREUD est trop dense, trop complexe. Il mériterait un examen rigoureux de sa structure .Il n’y a pas moins dans ce texte de 5/6 pages qu’une modélisation de la genèse du psychisme.
Très très sommairement :
La Verneinung implique la survenue à la conscience, durant la cure, d’une représentation refoulée. Cela entraîne un refus par projection, l’attribution sur l’autre (« vous allez pensez que ») et une négation (« mais il n’en est rien ») . C’est un aveu déguisé avec dissociation de l’affectif (« je n’ai nul envie de laisser prévaloir cette idée ») et du représentatif (l’aveu négativé). Il y a dissociation (comme dans le refoulement) (représentation refoulé, affect déplacé) et retour du refoulé (symptôme, phobique par exemple).
Le « ne pas » est à la fois marque du refoulement et affranchissement par rapport à lui. La fonction du jugement apparaît comme un « équivalent intellectuel » du jugement. Le jugement d’attribution exprimé archaïquement dans la langue des pulsions orales serait « Je veux le manger/le cracher » transposé en « Je veux l’introduire en moi/l’exclure de moi ». Le principe primaire du moi-plaisir originel vise par introjection à viser pour lui Tout le bon et à rejeter Tout le mauvais avec assimilation du mauvais à l’étranger. Le jugement d’existence (du moi réalité) distinguera subjectif et objectif, distinction qui n’est pas donné à l’origine, la représentation apparaissant alors comme la garantie de la réalité du représenté. Ce n’est que secondairement lorsqu’une représentation se présente dans le Moi qu’elle sera perçue comme subjective (si elle n’est pas perçue « du dehors », mais uniquement « du dedans » ou objective (du « dedans » et du « dehors »). L’épreuve de réalité, c’est de retrouver l’objet (de satisfaction) origine de la représentation quand il est absenté et perdu.
On pourrait alors se demander pour revenir aux alcooliques :
-Qu’est-ce qui est perdu comme objet de satisfaction dans l’alcoolisme ?L’alcool-aliment, l’alcool-toxique, la signification commune de l’alcoolisation ?
-Qu’est-ce qu’il est introduit/exclut dans ce processus par rapport à l’alcool ? Est-ce Tout « l’alcool » ? ou « Pas tout » de l’alcool si on suppose que l’alcool est à la fois un aliment et un toxique ? Est-ce l’alcool aliment qui est introduit/exclus ? L’alcool-toxique ?.
Peut-être que pour certains alcooliques, on pourrait lire (je dis bien on pourrait lire) une composante de cette vérité colorée de dénégation « fait retour » dans un effet « d’après-coup », dans les symptômes phobiques qu’ils développent parfois au début de l’expérience d’une vie « sans alcool », dans l’abstinence.
Je pense à cet homme, exerçant la profession de commercial, par exemple, qui 15 jours après sont hospitalisation, avait volontairement re consommé et ce, pour produire un savoir sur l’alcoolisme, son savoir sur l’alcoolisme. Durant la cure de sevrage, il avait d’abord les deux premiers jours, le discours suivant :
- « Je ne bois pas moi. Je ne prends pas d’alcool chez moi. Je bois uniquement comme les autres, parce que je suis commercial, vous savez, je ne peux pas dire non avec les clients, qu’est-ce qu’ils diraient ? Et puis, un bon vin à table, ça ne fait pas de mal, ça aide même à détendre le client, on est plus à l’aise, on plaisante un peu plus et du coup, le contrat est signé plus facilement ».
Il avait soudainement, peu de temps après l’hospitalisation, adopté le discours courant - dominant des anciens buveurs- , celui qui pourrait se résumer à l’image du film des inconnus, Le Pari : « L’alcool est tabou, il ne passera pas par nous. L’alcool, ce n’est pas bien ! Nous sommes tous des malades alcooliques, mes frères et moi, l’alcool est plus fort que nous, luttons contre l’alcool ».
À sa sortie de l’hôpital, il avait construit, durant 15 jours suivant son hospitalisation, un circuit symbolique digne du petit Hans pour éviter les lieux où il avait l’habitude de consommer (lieux, itinéraires routiers, etc.). développant ainsi de véritables conduites phobiques.
Puis, il avait décidé de ré investir son « ancien circuit symbolique » pour savoir s’il était toujours « alcoolique ». Il a reconsommé immédiatement. Il est venu ensuite « fièrement » au groupe de parole l’annoncer. Il pouvait boire comme « tout le monde », boire avec les autres en partageant, avec eux, la même fonction signifiante de l’alcool. Il avait repris, mais sa consommation n’était pas redevenue celle qu’elle était auparavant. Il était venu s’écrier :
« Je sais ce que l’on va me dire, je suis venu au groupe auparavant. ..j’ai entendu les anciens dire que ce n’était pas possible, les médecins aussi, mais moi, je ne bois pas comme avant. Je ne pense pas être alcoolique. La preuve, Ça tient. J’arrive à limiter ma consommation. Je ne bois pas autre chose que ce que je prends à table à midi. J’ai eu peur que cela reprenne comme avant, mais ça va. Je tiens bon. »
Malheureusement ( et logiquement) cela n’a pas tenu pour lui
(une autre modalité du « je ne suis pas alcoolique » avec manifestations phobiques.)
.Prenons encore le cas de Mr C.: Rencontré au cours d’une hospitalisation et revenant régulièrement au groupe de parole. Durant l’hospitalisation, il avait tout compris « pas de problème, j’ai vu ce que ça me faisait »…chez les autres . Il n’était pas, comme eux, alcoolique. Il ne traînait pas dans les bars et ne buvait pas d’alcool fort. Ce n’était pas un buveur. Ce n’est pas les quelques bières qu’il buvait qui faisaient de lui, un alcoolique.
« La bière, il n’y avait pas d’alcool dedans ou très peu. Ce n’est pas vraiment de vraies bières. J’ai bu de vraies bières quand j’étais en Belgique. Et puis, sur son travail, tout le monde buvait. Tous les ouvriers ont leur bière avec eux. …Quant vous avez passé la matinée et la journée à faire du béton, à soulever les parpaings..il faut bien se reposer un peu hein hein..vous savez pas ce que c’est vous, il faut le faire ça..quand on a fini le travail, on se retrouve à la pause et on boit un coup ».
Son problème pour marcher ?
« c’était le manque d’exercice. En faisant de la kinésithérapie, du vélo à l’hôpital, tout va revenir en ordre. Et puis, ils ne savent pas ce qu’ils disent ces médecins, un coup, ils disent que cela fait du bien pour la santé, un autre coup ils veulent que l’on arrête. On sait plus, à force, ce qu’ils veulent ».
À la sortie de la première cure de sevrage, il s’est ré alcoolisé immédiatement. Il est revenu, quelques mois après, dans un état de dégradation plus avancée. Cette fois-ci, son discours se module et il est assez interpellé par le décès d’un ami, également alcoolique. Cette fois-ci, il commence à s’interroger sur le : « qu’est-ce que c’est qu’être alcoolique ? ». Il parle longuement avec les autres malades hospitalisés et prend de l’intérêt à poser des questions des questions concrètes et à parler au groupe de parole.
« Et comment vous faites dans un repas ? »
Il faut le dire ou pas le dire qu’on est alcoolique ? À qui ?
Comment je vais faire avec les amis qui viennent à la maison ? Et si je suis invité au restau, comment je fais, il y a de l’alcool partout.
Et pour manger de la viande ? Et le fromage ? »
Au fur et à mesure de l’avancée vers la fin de l’hospitalisation, les manifestations anxieuses et angoissées devenaient de plus en plus fréquentes et prévalentes. Il retarda même sa sortie de 3 jours, ne se sentant menacé par une ré-alcoolisation immédiate.
Une semaine après sa sortie : le « je ne suis pas un buveur. J’ai envie/pas envie de boire » lui « faisait retour » (si je peux formuler les choses ainsi) dans les conduites phobiques qu’il développait. Les cognitivistes appelleraient cela, sans doute, le conditionnement opérant de la dépendance psychologique.
Impossible pour lui de pouvoir manger du fromage ! Les repas deviennent un enfer à partir du moment où approche l’arrivée fatidique du fromage, la viande rouge passe encore ! Il décrivait de véritables bouffées d’attaque panique à l’arrivée du fromage. Même en s’interdisant d’en prendre (du fromage), il ne pouvait qu’éprouver un embarras grandissant qui l’obligeait, ensuite, pris de panique de quitter la table, quitter le repas et « se décharger » de son angoisse en marchant seul.
Les cordonnées symboliques des « heures de consommations » (qui lui donnaient l’illusion de boire de manière socialisée jusque là) , d’être dans le lien social avec les autres (heures d’apéro, repas, soirée, repas familiaux exceptionnels, pause sur le lieu de travail, etc.) lui procuraient les mêmes effets. Embarrassé, anxieux, angoissé : il devait « casser ses habitudes » et « sortir du cadre de ses habitudes » sinon, disait-il, « il se mettait en danger ».
Un autre sujet par exemple décrivait les mêmes circuits symboliques et les mêmes conduites phobiques avec la couleur d’une boisson sans alcool ou la présence ou non de glaçons dans un verre.
Je pense que l’on ne prête pas assez attention à ces conduites qui sont, à mon avis, bien autre chose, qu’un simple conditionnement opérant : je crois qu’il s’y joue véritablement, une re nouage du sens et de la signification d’un circuit symbolique qui flirte avec le Réel et une Autre jouissance, une jouissance Autre, présente dans l’alcoolisation de l’alcoolo-dépendant.
Commençons par le déni, traduit par démenti par Jacques LACAN quand il ne garde pas le terme Freudien Verleugnung . Le déni est parfois traduit pas le désaveu par d’autres auteurs.
Si on suit, à la trace, l’évolution du concept chez Sigmund FREUD le terme de déni est employé dans un sens spécifique à partir de 1924 pour en donner l’exposé le plus abouti en 1938 dans « Le clivage du moi dans le processus de défense ».
Il y a une évolution du concept de Verleugnung dans l’œuvre de Sigmund FREUD : (le déni est présent dès les Études sur l'hystérie de 1895). Sigmund FREUD suit toujours le même fil rouge : il n’en démord pas !le déni est avant tout déni de la réalité certes, mais déni de la réalité sexuelle.
C’est en relation avec la castration qu’il situe d’emblée le déni : devant l’absence de pénis chez la fille, « les enfants dénient ce manque, croient malgré tout voir un membre ». Ce n’est qu’ensuite qu’ils tiendront le résultat de l’absence de pénis comme résultat de la castration.
Dans "Quelques conséquences psychiques de la différence des sexes au niveau anatomique" (1925), trad. coll. in Oeuvres complètes, XVII, Paris, Presses Universitaires de France, 1992) . Le mécanisme est autant présent chez la fille et le garçon : c’est mécanisme normal chez l’enfant, mais Sigmund FREUD rapproche cela des mécanismes psychotiques chez l’adulte. « Il serait (chez l’adulte) le point de départ de la psychose ». À cette époque, Sigmund FREUD, par rapport au refoulement, y voit le premier temps de la psychose : le névrosé commencerait à refouler les exigences du ça et le psychotique lui dénierait la réalité extérieure.
En 1927, il prend « le fétichisme » comme illustration du déni. Il donnera une élaboration plus complète en 1938 dans « Le clivage du moi dans le processus de défense ».
Le fétiche perpétue une position infantile : celle de la coexistence de deux positions inconciliables, sans s’influencer réciproquement :
le déni
la reconnaissance de la castration féminine.
Cela illustre le clivage du Moi : ce n’est pas un conflit ou une formation de compromis entre le moi et le ça, mais la coexistence de deux Moi. Une défense de ce Moi divisé porte sur la réalité extérieure : déni d’une perception extérieure.
Laplanche et Pontalis (1967, Déni) dans Le vocabulaire de la psychanalyse notent que le déni ne porte pas tant sur une perception externe, mais en s’appuyant sur une théorie sexuelle, il s’applique à la fois au constat de la différence des sexes, à une menace traumatisante (la castration) et à une revendication pulsionnelle. Selon eux, le déni porterait plus sur « un élément fondateur de la réalité humaine ».
De MiJolla et Shentoub (1973,chap15), en s’appuyant sur le déni, proposent deux secteurs du moi chez les alcooliques : un secteur non alcoolique qui rappellerait le fonctionnement névrotique ;un secteur alcoolique où s’opère, facilité par l’alcoolisation, la confusion du dedans/du dehors, du présent/du passé.
Ce qui serait dénié ce ne serait pas comme dans la névrose, les représentants du ça ou comme dans la psychose la réalité extérieure ou comme dans la perversion la différence des sexes, mais la réalité intérieure psychique et l’investissement libidinal du corps. Cette conception rejoindrait ce que FOUQUET décrivait sous la forme des « a » privatifs caractéristiques de la phénoménologie alcoolique : apsychognosie (perte de se juger, de s’apprécier, rationalisations passe-partout), etc.
Quel serait alors cet élément fondateur de la « réalité humaine » qui serait dénié chez les alcooliques ? Quel serait l’élément intime et extime de la réalité humaine qui serait dénié chez les alcooliques ?
Si on revient à la lecture de Sigmund FREUD, si le déni est avant tour déni de la réalité sexuelle de l’inconscient ?
Qu’est-ce est cette réalité sexuelle de l’inconscient, cet événement fondateur qui serait dénié chez les alcooliques au point de faire de « alcool aliment » et des pratiques de l’alcoolisation, un fétiche et du fétichisme ?
Parler de l’alcoolisation et de l’alcool comme un fétichisme et un fétiche s’est peut-être pousser « le bouchon un peu loin »(sic), mais pourquoi pas !
Autre lecture du « Je ne bois pas. Je ne suis pas un buveur. Je ne suis pas alcoolique » avec la mise en œuvre de conduites « fétichistes » : « pas sans la bouteille »
Le cas est quasiment similaire aux deux autres cas présentés en termes de contenu du discours
Mr R s’est présenté comme n’étant pas un alcoolique. Il n’est pas un buveur. Il n’est pas un alcoolique. Tel est sa formulation « mot de passe » dans le groupe de parole bien qu’il y vienne alcoolisé depuis de nombreux mois. Son faciès et son discours ne dupent personne dans le groupe. Il passera de nombreux mois dans le groupe à détailler ses pratiques d’alcoolisation. Il en décrivait les détails et les rituels pour essayer de nous convaincre du bien-fondé de ses alcoolisations (socialisés…comme « tout le monde ») . Il donnait à voir ce qu’il se donnait à boire, il se donnait à voir (et à entendre) ce qu’il pouvait « gérer » socialement.
À titre d’exemple :
« Le matin, je ne bois pas tout seul, je vais au bistrot, rejoindre les copains. Lorsqu’arrive 10h30, on commence l’apéro, tout le monde le fait. Un petit verre de rouge, ça ne fait pas de mal. À midi, on ne peut pas manger de la viande rouge sans vin, c’est un crime. La viande, ça va avec le vin…vous vous imaginez vous manger bonne viande rouge sans vin, moi pas…le fromage pareil.. Pas de fromage sans vin, ça pas de goût le fromage sinon. Et pourquoi il y a du vin alors si ce n’est pas pour le boire ! Tout le monde prend du vin avec le fromage et la viande, vous avez déjà vu quelqu’un prendre un fromage sans vin vous ? »
« j’ai toujours une bouteille avec moi, pour me rafraîchir..si j’ai soif, j’en ai toujours une sous la main..je me promène toujours avec mon pack dans la voiture au cas où »
arrivé dans son état d’alcoolo dépendance avancé, il décrivait « les planques », la nécessité vitale des cachettes
Au-delà des aménagements construits par ce sujet avec la douleur physique et morale de la dépendance, peut-être, pourrait-on considérer la revendication des us et des coutumes d’avec l’alcool et l’alcoolisation comme une utilisation « fétichiste » des conduites d’alcoolisation, un moyen de dénier une réalité (sexuelle) ?
Dans un autre cadre et chez une autre personne, déjà engagée dans une démarche d’abstinence. Cette personne ne se reconnaît pas, dans un premier temps, alcoolique, du moins elle affirmait ne pas se reconnaître dans les autres, les vrais alcooliques, ceux qui avaient déjà des séquelles physiques liées à l’alcool. Elle choisira néanmoins d’essayer l’abstinence.
Elle revient dans le groupe témoigner de ses découvertes.
À ses anciennes heures de consommation, elle éprouve un embarras important. Si elle lutte trop longtemps contre cet embarras, il vire en angoisse. Elle éprouve alors un « flash », un besoin impérieux de boire. Elle a réussi deux ou trois fois à résister contre cette envie, mais elle relèvera que résister « à la gestuelle de boire » la rendait « plus mal, encore plus angoissé que de boire » : Cet épisode douloureux cédait si elle se mettait simplement à boire de l’eau. Elle se devait alors de se promener en permanence avec une bouteille d’eau. La bouteille d’eau était l’objet dont elle avait besoin pour s’assurer (et se rassurer) dans ses déplacements parmi les autres. Sans la bouteille d’eau, point de mouvement.
Il lui faudra une année d’abstinence pour qu’elle n’ait plus ces « flashs » et la nécessité de réaliser la gestuelle de boire de l’eau. Il lui faudra une année supplémentaire pour qu’elle arrête de « faire semblant de boire » à des repas extraordinaires (Elle avait pour habitude, pour ne pas se sentir exclue de la psychologie des foules dans un repas de cérémonie, de famille ou communal de faire semblant de prendre un verre d’alcool…pour faire « semblant…comme les autres »)
Si l’alcoolique dénie « son alcoolisme », si le déni est avant tout déni de la réalité sexuelle, Si l’alcool est utilisé parfois comme « un fétiche », c’est un fétiche précisément de quoi ?
Si on suit Jacques LACAN : Qu’est-ce que c’est que la réalité sexuelle ? C’est la « vérité insoutenable » dit Jacques LACAN dans le Séminaire XI Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse :
« Allons au fait! La réalité de l’inconscient, c’est à la fois ce que tout le monde sait, ce qui est vrai et ce qui en est la vérité insoutenable, c’est la réalité sexuelle. Freud l’a articulé, réarticulé, articulé si je puis dire, mordicus, en chaque occasion.
Pourquoi, dirais-je, est-ce une réalité insoutenable? Eh bien, justement en ceci que la réalité sexuelle, la sexualité, eh bien le moins qu’on puisse dire! c’est que nous n’en savons pas tout ».
On peut alors se demander ou émettre ces hypothèses :
Le déni de l’alcoolique, la vérité insoutenable pour les sujets en présence dans la relation intersubjective d’avec un alcoolique serait alors le déni de cette réalité sexuelle, à la fois :
de ce que tout le monde sait de l’univers de l’alcoolisation et de l’alcool et
de ce qui en est de cette vérité insoutenable de la réalité sexuelle : c’est que nous n’en savons pas tout.
Le déni alcoolique serait-il alors le déni de cette réalité de cet « élément fondateur de la réalité humaine » pour reprendre l’expression de Pontalis, J., & Laplanche, J., le déni du fait que nous en savons « pas tout » de la signification (phallique) de l’alcoolisation d’un alcoolo dépendant ?
A contrario, dans le discours courant, le « (je ne pense pas que) je suis buveur et alcoolique » est une parole pleine de sens et de signification si nous croyons que l’alcoolisation pourrait être un symptôme, tout entier, structuré comme un langage.
On pourrait peut-être penser alors si :
Perdre la liberté de s’abstenir de consommer de l’alcool définit l’alcoolisme selon FOUQUET. La perte de la liberté de liberté de consommer ce qui jusque là ordonnait la signification phallique de « la réalité humaine alcoolique » (si vous m’accordez cette formulation). Cela correspondrait à la révélation d’une jouissance et d’un savoir dont le sujet alcoolique n’en saurait « pas tout » : La démarche vers l’abstinence, le cheminement vers « une abstinence heureuse » comme parlent les A.A obligerait, (pour rester dans le champ humain, dans le lien social) aux alcooliques de se mettre au défi, se sevrer de cette signification « phallus-cieuse » (fallacieuse) pour dénouer et renouer autrement les éléments de leur réalité psychique. Ce n’est peut-être pas par hasard que la fonction de dieu ou force supérieure occupe une place centrale dans les associations d’anciens buveurs, manière, comme une autre, de faire avec ce « pas tout » et la jouissance qui lui est associé.
En conclusion, je ne sais pas si on peut faire avancer les choses dans la clinique de l’alcoolisme en faisant un « bon usage », en réalisant des « bonnes recommandations » des pratiques…peut-être en délimitant peut-être plus rigoureusement l’introduction de concepts psychanalytiques dans la clinique en alcoologie.
Je n’ai pas parlé d’une figure « de la négation » présente dans l’alcoolisme et la psychose. J’avais un cas d’une femme « possédée par l’alcool » : alcoolique depuis plus de 20 ans, qui après une dizaine de sevrages sans succès, à l’arrêt définitif de l’alcool, « réalise » qu’elle a été « possédée par l’alcool » toute sa vie.
Peut-être faudrait-il mieux situer les concepts psychanalytiques les uns par rapport aux autres et éviter toute analogies trompeuses ou approximations pour saisir au plus près la vérité qui s’y dépose. Vérité qui ne peut se lire que dans la singularité du cas.
Lacan, Jacques. Le Séminaire, tome 11 : Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse, 1964. Paris: Seuil.
Jacques LACAN dans l’ Intervention sur l’exposé de P. Fouquet « Réflexions cliniques et thérapeutiques sur l’alcoolisme » paru dans l’évolution psychiatrique, 1951 fascicule II, pages 260-261http://aejcpp.free.fr/lacan/1951-00-00c.html.
Abraham, K. (1989). Oeuvres complètes, tome 1. Payot. Abraham, K. (1989). Oeuvres complètes, tome 2 : 1915-1925. Payot
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Fouquet, Pierre, et Martine de Borde. Le roman de l'alcool. Paris: Robert Laffont, 1986.
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Le fétichisme" (1927), in La vie sexuelle, Paris, PUF, 1969, pp. 133-138; Oeuvres complètes, XVIII ?, Paris, PUF, 1971.
L'organisation génitale infantile" (1923), trad. coll. in Oeuvres complètes, XVI, Paris, Presses Universitaires de France, 1991.
Lacan, J. (1998). Le Séminaire. Les Écrits techniques de Freud (1953-1954), tome 1. Paris: Seuil. Leçon du 13 février.
(1945) Jacques LACAN, « Le temps logique et l'assertion de certitude anticipée. Un nouveau sophisme », in Cahiers d'Art, 1940-44 et Écrits, Paris: Seuil, 1966. English: Newsletter of the Freudian Field, 2, 1988
Lacan, Jacques, et Jacques-Alain Miller. Les psychoses, 1955-1956. Paris: Editions du Seuil, 1981
Jacques Lacan, "Excursus", in Lacan en Italie, La Salamandra, pp. 79-97, p.91. Textes non établis à ce jour.
Pontalis, J., & Laplanche, J. (2004). Vocabulaire de la psychanalyse. Paris: Presses Universitaires de France – PUF
CLAVREUL. J. (1959) « La parole de l’alcoolique », La psychanalyse, 5
O. MANONI « Pour une logique du fantasme » dans Scilicet N°3
« Essai pour une clinique psychanalytique : L'alcoolique » in Scilicet n°1.
(sans prétendre à l’exhaustivité) réalisé avec le programme du site : http://www.spp.asso.fr/Main/IndexThematique/index.html.
"Sigmund FREUD","1908","Les théories sexuelles infantiles ","","La vie sexuelle","Paris","P.U.F.","","26-27","Jean Laplanche","Bibliothèque de psychanalyse","1977","Denise Berger, Jean Laplanche et collaborateurs",755,17,"1908c","","PUBERTE REFOULEMENT DENI-205 THEORIES-SEXUELLES PULSION-D-INVESTIGATION ","",,,,"","","",2,1,26,27,"Le thème de cette recherche sexuelle tardive .....",".....ce que les parents font ensemble pour que viennent les enfants. . "
"Sigmund FREUD","1909","Analyse d'une phobie chez un petit garçon de 5 ans (Le petit Hans) ","","Cinq psychanalyses","Paris","P.U.F.","","98","Jean Laplanche","Bibliothèque de psychanalyse","1990","Marie Bonaparte, Rudolph M. Loewenstein",800,6,"1909b","","COMPLEXE-CASTR-HOM DENI-205 PETIT-HANS ","",,,,"","","",6,6,98,98,"NOTE 3 P 98 : Le même jugement, exprimé.....",".....qu'il soit devenu aussi grand que celui d'un cheval."
"Sigmund FREUD","1914","De la fausse reconnaissance (déjà raconté) au cours du traitement psychanalytique","","La technique psychanalytique","Paris","P.U.F.","","77-79","Jean Laplanche","Bibliothèque de psychanalyse","1977","Anne Berman",1375,5,"1914a","","HALLUCINATION COMPLEXE-CASTR-HOM MERE-PHALLIQUE DENI-205 ","",,,,"","","",3,1,77,79,"En 1911, un homme fort cultivé,.....",".....se trouve résolu le problème de l'analyse. "
"Sigmund FREUD","1923","L’organisation génitale infantile ","","","Paris","P.U.F.","16","306-308","Jean Laplanche","Oeuvres complètes Psychanalyse","1991","sous la direction de Jean Laplanche",2228,2,"1923e","","PULSION-D-INVESTIGATION COMPLEXE-CASTR-HOM CASTRATION DENI-205 ORGANISAT-PHALLIQUE ","",,,,"","","",3,1,306,308,"Malheureusement nous ne pouvons décrire .....",".....son apparition à la phase du primat du phallus 1."
"Sigmund FREUD","1924","La perte de la réalité dans la névrose et la psychose","","","Paris","P.U.F.","17","39","Jean Laplanche","OEuvres complètes Psychanalyse","1992","sous la direction de Jean Laplanche",2260,3,"1924e",""," NEVROSE-568 PSYCHOSE-715 REALITE-737 DENI-205 ","",,,,"","","",2,2,39,39,"La différence initiale s'exprime alors .....",".....plus autoplastique, mais alloplastique b"
"Sigmund FREUD","1925","Quelques conséquences psychiques de la différence des sexes.. ","","","Paris","P.U.F.","17","196","Jean Laplanche","OEuvres complètes Psychanalyse","1992","sous la direction de Jean Laplanche",2316,8,"1925j","","COMPLEXE-CASTR-FEM ENVIE-DU-PENIS DENI-205 COMPL-DE-MASCULIN ","",,,,"","","",2,3,196,196,"Il en va autrement pour la petite fille. .....","..... par la suite comme si elle était un homme."
"Sigmund FREUD","1927","Le fétichisme","","La vie sexuelle","Paris","P.U.F.","","133-134","Jean Laplanche","Bibliothèque de psychanalyse","1977","Denise Berger, Jean Laplanche et collaborateurs",2505,2,"1927e","","FETICHISME MERE-PHALLIQUE NARCISS-DU-PENIS COMPLEXE-CASTR-HOM PANIQUE DENI-205 LAFORGUE ","",,,,"","","",3,2,133,134,"Les renseignements fournis par l'analyse .....",".....sa croyance que la femme a un phallus."
"Sigmund FREUD","1927","Le fétichisme","","La vie sexuelle","Paris","P.U.F.","","136-137","Jean Laplanche","Bibliothèque de psychanalyse","1977","Denise Berger, Jean Laplanche et collaborateurs",2509,6,"1927e","","DENI-205 DENI-MORT-PERE PSYCHOSE-715 NEVROSE-OBSESSIONN CLIVAGE-DU-MOI ","",,,,"","","",1,1,136,137,"L'éclaircissement du fétiche .....",".....fondé sur la réalité, a vraiment disparu."
"Sigmund FREUD","1932","Le Président Wilson","","Le président T.W. Wilson","Paris","Payot","","399-400","","Petite bibliothèque Payot","1990","Marie Tadié",2703,101,"1966x","","PRESIDENT-WILSON DENI-205 PAIX LUTTE-VIRILE POS-PASS-FILS-PERE ","",,,,"","","",11,1,399,400,"Un homme peut refouler, dans son inconscient, .....",".....pour lui, une question de principe."
"Sigmund FREUD","1932","Le Président Wilson","","Le président T.W. Wilson","Paris","Payot","","405-407","","Petite bibliothèque Payot","1990","Marie Tadié",2705,103,"1966x","","PRESIDENT-WILSON PAIX DENI-205 LUTTE-VIRILE SOUMISSION-828 ","",,,,"","","",2,3,405,407,"Il nous semble inutile de rappeler le détail.....",".....toutes les critiques adressées à ce dernier. "
"Sigmund FREUD","1932","Le Président Wilson","","Le président T.W. Wilson","Paris","Payot","","433-434","","Petite bibliothèque Payot","1990","Marie Tadié",2707,105,"1966x","","PRESIDENT-WILSON DENI-205 ","",,,,"","","",3,1,433,434," Et il conclut son discours par la description .....",".....le traité de Versailles était à peu près parfait. "
"Sigmund FREUD","1932","Le Président Wilson","","Le président T.W. Wilson","Paris","Payot","","435-436","","Petite bibliothèque Payot","1990","Marie Tadié",2708,106,"1966x","","PRESIDENT-WILSON DENI-205 IDENTIF-AU-CHRIST PAIX ","",,,,"","","",3,3,435,436,"Le 17 septembre, à San Francisco, le pauvre Wilson .....",".....par l'intermédiaire de son fils Woodrow."
"Sigmund FREUD","1932","Le Président Wilson","","Le président T.W. Wilson","Paris","Payot","","438-439","","Petite bibliothèque Payot","1990","Marie Tadié",2709,107,"1966x","","PRESIDENT-WILSON PAIX DENI-205 PSYCHOSE-715 ","",,,,"","","",3,1,438,439,"La perfection du traité grandit.....",".....Il était au bord de la psychose."
"Sigmund FREUD","1932","Le Président Wilson","","Le président T.W. Wilson","Paris","Payot","","440-442","","Petite bibliothèque Payot","1990","Marie Tadié",2710,108,"1966x","","PRESIDENT-WILSON DENI-205 PSYCHOSOMATIQUE IDENTIF-AU-CHRIST COMPLEXE-PATERNEL COMPULSION-DE-REPETITION ","",,,,"","","",3,1,440,442,"Wilson pleurait. Il croyait sincèrement.....",".....l'incomparable père' qui l'avait créé."
"Sigmund FREUD","1937","Constructions dans l’analyse","","Résultats, idées, problèmes","Paris","P.U.F.","2","280","Jean Laplanche","Bibliothèque de psychanalyse","1985","",2870,40,"1937c","","CONSTRUCTION DELIRE-202 DENI-205 NOYAU-DE-VERITE VERITE-HISTORIQUE ","",,,,"","","",2,2,280,280,"Je sais qu'il n'y a guère de profit à traiter.....",".....exclure l'action de tant d'autres facteurs."
"Sigmund FREUD","1938","Abrégé de psychanalyse ","","Abrégé de psychanalyse","Paris","P.U.F.","","80-82","Jean Laplanche","Bibliothèque de psychanalyse","1967","Anne Berman",2906,35,"1940a","","CLIVAGE-DU-MOI FETICHISME NEVROSE-568 COMPLEXE-CASTR-HOM DENI-205 ","",,,,"","","",2,2,80,82,"Nous disons donc que dans toute psychose.....",".....une excellente occasion d'étudier ce phénomène. "
"Sigmund FREUD","1938","Le clivage du moi dans le processus de défense","","Résultats, idées, problèmes","Paris","P.U.F.","2","283-284","Jean Laplanche","Bibliothèque de psychanalyse","1985","",2994,1,"1940e","","CLIVAGE-DU-MOI MOI-536 DENI-205 TRAUMA-895 ","",,,,"","","",1,1,283,284,"Pour un moment je me trouve dans cette position .....",".....se trouve soumise à toute une série de perturbations."
"Sigmund FREUD","1938","Le clivage du moi dans le processus de défense","","Résultats, idées, problèmes","Paris","P.U.F.","2","284-286","Jean Laplanche","Bibliothèque de psychanalyse","1985","",2995,2,"1940e","","COMPLEXE-CASTR-HOM MENACE-DE-CASTRATION FETICHISME DENI-205 MASTURBATION-510 ANGOIS-DEVORAT-PERE ","",,,,"","","",2,2,284,286,"Cela ne pourra que nous aider si,.....","..... trouvé une expression plus distincte..."
(sans prétendre à l’exhaustivité)
"Sigmund FREUD","1899","L'interprétation des rêves Ch. 6 Le travail du rêve","","L'interprétation des rêves","Paris","P.U.F.","","290","","","1967","I. Meyerson Denise Berger",321,41,"1900a","","NEGATION TRAVAIL-DU-REVE ","",,,,"","","",1,1,290,290," Ne pas arriver à faire quelque chose.....",".....selon laquelle le rêve ne peut exprimer le non.(1)."
"Sigmund FREUD","1910","Sur le sens opposé des mots originaires ","","L'inquiétante étrangeté","Paris","Gallimard","","51-52","J.-B. Pontalis","Connaissance de l'Inconscient, OEuvres de Freud, traductions nouvelles","1985","Bertrand Féron",1064,1,"1910e","","TRAVAIL-DU-REVE NEGATION LANGAGE ","",,,,"","","",2,2,51,52," ' Le comportement du rêve à l'égard .....","les plus anciennes qui nous sont connues."
"Sigmund FREUD","1910","Sur le sens opposé des mots originaires ","","L'inquiétante étrangeté","Paris","Gallimard","","60","J.-B. Pontalis","Connaissance de l'Inconscient, OEuvres de Freud, traductions nouvelles","1985","Bertrand Féron",1065,2,"1910e","","TRAVAIL-DU-REVE NEGATION LANGAGE REGRESSION-747 ","",,,,"","","",2,2,60,60,"Dans la concordance, que nous avons soulignée.....","..... sur l'évolution de la langue . "
"Sigmund FREUD","1915","Actuelles sur la guerre et la mort ","","","Paris","P.U.F.","13","150-152","Jean Laplanche","OEuvres complètes Psychanalyse","1988","sous la direction de Jean Laplanche",1600,23,"1915b","","MEURTRE-531 INTERDIT-MEURTRE MORALE-542 MORT-544 ICS-399 NEGATION SENT-DE-CULPABILITE ANGOISSE-DE-MORT ","",,,,"","","",4,1,450,152,"C'est .....",".....le plus souvent d'une conscience de culpabilité. "
"Sigmund FREUD","1915","L'inconscient ","","","Paris","P.U.F.","13","225-227","Jean Laplanche","OEuvres complètes Psychanalyse","1988","sous la direction de Jean Laplanche",1648,15,"1915e","","ICS-399 REPRESENTANT-PULS NEGATION PROCESSUS-PRIMAIRE COMIQUE PCS TEMPORALITE ","",,,,"","","",3,1,225,227,"Le noyau de l'Ics se compose de représentances.....",".....celles qui sont déjà organisées en réflexes. "
"Sigmund FREUD","1925","La négation ","","","Paris","P.U.F.","17","167-168","Jean Laplanche","OEuvres complètes Psychanalyse","1992","sous la direction de Jean Laplanche",2302,1,"1925h","","NEGATION FONCTION-INTELLECT CONVICTION JUGEMENT-INTELLECT REFOULEMENT ","",,,,"","","",3,1,167,168,"Un contenu de représentation ou de pensée.....","..... n'est pas encore supprimé pour autant. "
"Sigmund FREUD","1925","La négation ","","","Paris","P.U.F.","17","168-169","Jean Laplanche","OEuvres complètes Psychanalyse","1992","sous la direction de Jean Laplanche",2303,2,"1925h","","JUGEMENT-INTELLECT NEGATION REFOULEMENT DEHORS-DEDANS INTROJECTION ","",,,,"","","",2,1,168,169,"La tâche de la fonction de jugement intellectuelle .....","..... à l'extérieur est pour lui tout d'abord identique 1."
"Sigmund FREUD","1925","La négation ","","","Paris","P.U.F.","17","170-171","Jean Laplanche","OEuvres complètes Psychanalyse","1992","sous la direction de Jean Laplanche",2305,4,"1925h","","JUGEMENT-INTELLECT FONCTION-INTELLECT PERCEPTION-631 MOI-536 DEHORS-DEDANS INTROJECTION AFFIRMATION NEGATION NEGATIVISME PULSION-DE-VIE PULSION-DE-DESTRUCT INTRICATION-DESINTR ICS-399 AJOURNEMENT PENSEE-628 ","",,,,"","","",2,2,170,171,"Le juger est l'action intellectuelle qui.....","..... ou: À cela je n'ai (jamais) pensé."
"Sigmund FREUD","1938","Abrégé de psychanalyse ","","Abrégé de psychanalyse","Paris","P.U.F.","","82-83","Jean Laplanche","Bibliothèque de psychanalyse","1967","Anne Berman",2907,36,"1940a",""," MOI-536 NEGATION CLIVAGE-DU-MOI NEVROSE-568 QUANTITE ","",,,,"","","",2,1,82,83,"Revenons au fait que le moi infantile,.....",".....bien faible partie de tous ces processus."
(sans prétendre à l’exhaustivité)
Le séminaire, Livre III: Les psychoses, 1955-1956, (texte établi par Jacques-Alain Miller), Paris: Seuil, 1981.:
« chose qui implique cette connotation symbolique en elle-même, c'est déjà quelque chose qui suppose cette alternance fondamentale du vocal en tant qu'il est connotation de pré-sence et d'absence sur laquelle Freud fait pivoter toute sa notion de l'au-delà du principe du plaisir qui est exactement la même zone, le même champ d'articulation symbolique qui est celui que je vise à présent dans mon discours.C'est ici dans cette zone que se produit ce terme dont je me sers, à tort ou à raison, qui s'appelle Verwerfung. Je me réjouis qu'un certain nombre d'entre vous pour l'instant, se tourmentent au sujet de savoir si cette Verwerfung dont après tout Freud ne parle pas trop souvent, que j'ai été attra-per dans deux au trois coins où elle montre le. bout de l'oreille, même quelquefois où elle ne le montre pas, mais où je crois que, pour la compréhension du texte, il faut la sup-poser là, parce que sinon on ne comprend rien à ce que dit Freud à ce moment-là. À propos de la Verwerfung, Freud dit que le sujet ne voulait rien savoir de la castration même au sens du refoulement. je donne à cette phrase saisissante son sens, c'est-à-dire que, au sens du refoulement, on sait encore quelque chose de ce quelque chose même dans on ne veut d'une certaine façon rien savoir, mais que justement c'est toute l'analyse de nous avoir montré qu'on le sait fort bien, mais que puisqu'il y a des choses dont le patient peut ne vouloir comme il dit, rien savoir, même au sens du refou-lement, ceci suppose peut-être un autre mécanisme encore qui peut entrer en jeu, et comme le mot Verwerfung appa-raît deux fois, la première fois quelques pages auparavant, et l'autre fois en connexion directe avec cette phrase, je m'empare de cette Verwerfung à laquelle je ne tiens pas spé-cialement, je tiens surtout à ce qu'elle veut dire, je crois que Freud a voulu dire cela pour la simple raison que ceux qui m'objectent de la façon la plus pertinente que dans la cri-tique de texte, en y regardant de façon très serrée, et plus vous vous rapprochez du texte moins vous arrivez à le com-prendre, bien entendu il faut faire vivre un texte par ce qui suit et par ce qui précède, et c'est là justement la question, .. et c'est là que se produit la « Verwerfung ».. 170, l. 13... exige qu'on la suppose. p. 170,l. 15En effet, au sens du refoule-ment, ...c'est que c'est toujours par ce qui suit qu'il faut comprendre un texte. Et ceux qui me font le plus d'objections me pro-posent par ailleurs d'aller trouver dans tel autre point d'un autre texte de Freud, quelque chose qui ne serait pas la Verwerfung, mais qui serait par exemple la Verleugnung, car il est curieux de voir le nom de « ver » qui prolifère dans Freud, je ne vous ai jamais fait de leçon purement séman-tique sur ce qui est dans Freud, mais je vous assure que je vous en servirais tout de suite une bonne douzaine, et pour-tant dans une première étape Freud n'y a rien vu de moins que la clé de la différence qu'il y a entre l'hystérie, la névrose obsessionnelle et la paranoïa. »(pp.274-275)
Le séminaire, Livre IV: La relation d'objet, 1956-1957, (texte établi par Jacques-Alain Miller), Paris: Seuil, 1994.
séance du 30/01/1957
Car le fameux splitting de l'ego quand il s'agit du fétiche, ce qu'on nous explique en nous disant que par le fétiche, par exemple la castration de la femme est à la fois affirmée, mais aussi qu'elle est niée, puisque le fétiche étant là c'est qu'elle n'a justement pas perdu ce phallus, mais qu'aussi du même coup on peut le - lui faire perdre, c'est-à-dire la châtrer, et l'ambiguïté de cette relation au fétiche est constante, et dans les symptômes sans cesse manifestée à tout instant - cette ambiguïté qui s'avère comme vécue, illusion à la fois soutenue, chérie comme telle et en même temps vécue dans ce fragile équilibre qui s'appelle l'illusion, qui est à chaque instant à la merci de l'écroulement ou du lever du rideau. C'est de ce rapport très strictement qu'il s'agit dans la relation du fétichiste à son objet.
En fait Freud, quand nous suivons son texte, le souligne, il parle de Verleugnung à propos de la position fondamentale de dénouement de cette relation au fétiche. Mais il dit aussi bien que c'est de la tenir debout, cette relation complexe, comme il parlerait d'un décor, qu'il s'agit - ce sont les termes de cette langue si imagée et si précise à la fois de Freud, qui ici prennent leur valeur. Il dit aussi : « l'horreur de la castration s'est posée à elle-même dans cette création d'un substitut, d'un monument ». Et il dit encore que ce fétiche c'est un trophée. Le mot trophée ne vient pas, mais à la vérité il est là, doublant le signe d'un triomphe, et maintes fois les auteurs à l'approche du phénomène typique du fétiche, parleront de ce par quoi le sujet héraldise son rapport avec le sexe. Ici Freud nous fait faire un pas de plus.”p.121
Le séminaire, Livre XIII: L'Objet de la psychanalyse, 1965-1966
Le séminaire, Livre XIII: L'Objet de la psychanalyse, 1965-1966
(lors d’un échange entre A.Green et C. Stein qui traite du SsS et de l’acte analytique A.green souligne « Qu'est-ce qu'il sait le psychanalyste? Je pense que tout le malentendu de la cure, tout la Verleugnung, c'est qu'il est censé savoir tout sauf la vérité. Et c'est dans la mesure où ce malentendu existe au départ, que la cure peut se pour-suivre pour arriver finalement à une situation où évidemment il est bien enten-du que le sujet supposé savoir n'est plus du côté de l'analyste et que ce dont il est question, c'est bien une vérité qui ne peut être que celle du sujet. Je crois que nous trouvons une problématique tout à fait identique à celle que j'ai essayé d'analyser en ce qui concerne l'oracle chez les Grecs. » Leçon du 26 janvier 1966
Le séminaire, Livre XIV: La logique du fantasme, 1966-1967
leçon du 15 F E V R I E R 1967
thème : l’acte et le démenti
« Or, il est un terme que depuis quelque temps j'ai laissé aux tentatives et gustations de ceux qui m'entou-rent, sans jamais franchement répondre à l'objection qui m'est faite - et qui m'est faite depuis longtemps - que la Verleugnung - puisque c'est le terme dont il s'agit - est le terme auquel il faudrait référer les effets que j'ai réservés à la Verwerfung. J'ai assez parlé de cette dernière, depuis le discours d'aujourd'hui, pour n'avoir pas y reve-nir. Je pointe simplement ici que ce qui est de l'ordre de la Verleugnung est Toujours ce qui a affaire à l'ambiguïté qui résulte des effets de l'acte comme tel.
Je franchis le Rubicon. Ca peut se faire ... tout seul il suffit de prendre le train à Cesene dans la bonne di-rection, une fois que vous êtes dans le train, vous n'y pouvez plus rien : vous franchissez le Rubicon. Mais ce144. n'est pas un acte. Ce n'est pas un acte non plus quand vous franchissez le Rubicon en pensant à César, c'est l'imi-tation de l'acte de César. Mais vous voyez déjà que l'imita-tion prend, dans la dimension de l'acte, une toute autre structure que celle qu'on lui suppose d'ordinaire. Ce n'est pas un acte, mais ça peut quand même en être un ! Et il n'y a même aucune autre définition possible à des suggestions, autrement aussi exorbitantes, que celles qui s'intitulent l'Imitation de Jésus-Christ, par exemple.
Autour de cet acte - qu'il soit imitation ou pas - qu'il soit l'acte même original, celui dont les historiens de César nous disent bien le sens indiqué par le rêve, qui précède le franchissement du Rubicon - qui n'est autre que le sens de l'inceste - il s'agit de savoir, à chacun de ces niveaux, quel est l'effet de l'acte.
C'est le labyrinthe propre à la reconnaissance de ces effets par un sujet qui ne peut le reconnaître, puis-qu'il est tout entier - comme sujet - transformé par l'ac-te, ce sont ces effets-là que désigne, partout où le terme est justement employé, la rubrique de la Verleugnung.
L'acte donc est le seul lieu où le signifiant a l'apparence - la fonction en tout cas - de se signifier lui-même. C'est à dire de fonctionner hors de ses possibi-lités.
Le sujet est, dans l'acte, représenté comme division pure : la division, dirons-nous, est son Repräsentanz. Le vrai sens du terme Repräsentanz est à prendre à ce niveau, car c'est à partir de cette représentance du sujet comme es-sentiellement divisé, qu'on peut sentir comment cette fonc-tion de Repräsentanz peut affecter ce qui s'appelle représen-tation ; ce qui fait dépendre la Vorstellung d'un effet de Repräsentanz.
L'heure nous arrête... Il va être pour nous ques-tion, la prochaine fois, de savoir comment il est possible que soit présentifié l'élément impossible à choisir de l'aliénation. La chose vaut bien la peine d'être rejetée à un discours qui lui soit réservé, puisqu'il ne s'agit-là de rien d'autre que du statut de l'Autre, là où il est évoqué pour nous de la façon la plus urgente, à ne pas prê-ter à précipitation et erreur, à savoir : la situation ana-lytique. Mais ce modèle que nous donne l'acte comme divi-sion et dernier support du sujet ; point de vérité qui - disons-le avant de nous quitter, entre parenthèses - est celui qui motive la montée au sommet de la philosophie, de la fonction de l'existence, qui n'est assurément rien d'au-tre que la forme voilée sous laquelle, pour la pensée, se présente le caractère originel de l'acte dans la fonction du sujet.
Pourquoi cet acte, dans son instance, est-il resté voilé, et ceci dans ceux qui en ont su le mieux marquer l'autonomie - contre Aristote, qui n'avait pas de ceci, et pour cause ! la moindre idée-- je veux dire : Saint Thomas ».
Le séminaire, Livre XV: L'acte psychanalytique, 1967-1968
LEÇON XI 28 FÉVRIER 1968
« Or, nous venons de le voir, la répétition en tant qu'elle engendre le sujet comme effet de la coupure ou comme effet du signifiant est liée à la chute inéluctable de l'objet a, si bien que la métaphore du chemin est radicalement inadéquate. De plus, le modèle de la satisfaction que Freud nous propose n'est pas assurément un modèle organique celui, par exemple, de la réplétion d'un besoin comme le boire ou le dormir où la satisfaction se définit justement comme non transformée par l'instance subjective - nous n'avons pas affaire à cette solidarité d'un effet actif et rétroactif - mais précisément le point où la satisfaction s'avère la plus déchirante pour le sujet, celle de l'acte sexuel, et c'est par rapport à cette satisfaction que toutes les autres sont à mettre en dépendance au sein de la structure. C'est en ce point que la boucle se ferme; dans la lecture que je vous propose, la conjonction de la satisfaction sexuelle et de la répéti-tion n'en fonctionne pas moins comme un axiome inexorable, puisque rien de moins qu'un fleuve de boue menacerait quiconque s'en écarte.
C'est que nous n'avons affaire, encore une fois, qu'à une nouvelle tra-duction du S (AI) dont nous avons déjà donné divers équivalents, et qui vient ici reprendre la disjonction entre le corps et la jouissance sous la forme d'une disjonction temporelle entre satisfaction obtenue et répéti-tion poursuivie.
On comprend mieux maintenant que, si cette satisfaction passe par ce qui se donne comme un acte, celui-ci ne peut être pensé comme acte qu'en fonction de l'ambiguïté inéluctable de ses effets. Si un acte se présente comme coupure, c'est dans la mesure où l'incidence de cette coupure sur la surface topologique du sujet en modifie la structure ou au contraire la laisse identique. Dès lors, nous retrouvons ici la liaison structurale entre l'acte et le registre de la Verleugnung. Il s'agit en effet, sous ce concept de penser le labyrinthe de la reconnaissance par un sujet, d'effets qu'il ne peut reconnaître puisqu'il est tout entier comme sujet transformé par son acte. Le passage à l'acte n'est donc, par rapport à la répétition, qu'une sorte de Verleugnung avouée, et l'acting out une sorte de Verleugnung déniée.
C'est un redoublement - Verleugnung déniée - que je présentecomme corrélatif au niveau du sujet du redoublement de la méconnaissance par laquelle j'ai défini la dénégation freudienne. Et cette alternative de l'aliénation est encore une fois à mettre précisément en rapport avec le a que le sujet de l'acte sexuel est nécessairement, puisqu'il y entre comme produit, et qu'il ne peut qu'y répéter la scène oedipienne, c'est-à-dire la répétition d'un acte impossible.
Si vous m'avez suivi, et sans qu'il soit nécessaire de reprendre tout ce qui a été dit ici même sur l'impossibilité de donner au signifiant homme et femme une connotation assignable, il est maintenant devenu évident que la formule l'inconscient ne connaît pas la contradiction est rigoureusement identique à celle tout aussi captieuse, mais plus adéquate suivant laquelle il n'y a pas d'acte sexuel.
Conférence du 19 juin 68 Le séminaire, Livre XV: L'acte psychanalytique, 1967-1968 : Jacques LACAN fait savoir que les dernières leçons de celui-ci devaient être consacrées à la Verleugnung.
3Donc, cette année, à propos de l'acte psychanalytique, j'en étais au moment où j'allais vous montrer ce que comporte d'avoir à prendre place dans le registre du sujet supposé savoir, et ceci justement quand on est psy-chanalyste, non pas qu'on soit le seul, mais qu'on soit particulièrement bien placé pour en connaître la radicale division. En d'autres termes cette position inaugurale à l'acte psychanalytique qui consiste à jouer sur quelque chose que votre acte va démentir. C'est pour cela que j'avais réservé pendant des années, mis à l'abri, mis à l'écart le terme de Verleugnung qu'assurément Freud a fait surgir à propos de tel moment exemplaire de la Spaltung du sujet; je voulais le réserver, le faire vivre là où assurément il est poussé à son point le plus haut de pathétique, au niveau de l'analyste lui-même. A cause de ça, il a fallu que je subisse, pendant des années, le harcèle-ment de ces êtres qui suivent la trace de ce que j'apporte pour tâcher de voir où est ce qu'on pourrait bricoler un petit morceau, où j'achopperais. Alors quand je parlais de Verwerfung qui est un terme extrêmement pré-cis et qui situe parfaitement ce dont il s'agit quant à la psychose, on rap-pelait que ce serait beaucoup plus malin de se servir de Verleugnung; enfin on trouve de tout cela des traces dans de pauvres conférences et médiocres articles. Le terme de Verleugnung eût pu prendre, si j'avais pu cette année vous parler comme il était prévu, sa place authentique et son poids plein.