Fiche de lecture réalisée à partir de mes notes personnelles, de ma prise de note et de l’utilisation d’un prompt pour la mise en forme avec AI.
Livre non publié en français. Traduction DeepL
.Août 2025
Partie 2 : Résumé Exhaustif et Analytique
Introduction : Le Conflit entre Pratique Collaborative et Structures Traditionnelles
I. Repenser le Processus d'Évaluation ("Re-thinking the Assessment Process")
III. Repenser les Documents de Clôture ("Re-thinking Termination Documents")
Phase 1 : L'Évaluation Collaborative (Repenser l'Évaluation)
Phase 2 : La Planification Collaborative (Repenser les Objectifs)
Phase 3 : La Clôture Collaborative (L'Interview de Consolidation)
Le Dilemme Fondamental : Les praticiens qui adoptent une approche de thérapie narrative et collaborative sont confrontés à un dilemme majeur : concilier l'éthique de leur pratique avec les exigences des structures traditionnelles, telles que les obligations de documentation, les structures de remboursement et les politiques qui promeuvent une recherche des déficits du client.
Transformer le Papier Administratif en Outil Thérapeutique : L'argument central est que les documents cliniques formels, exigés aux étapes de l'évaluation, de la planification du traitement et de la clôture, peuvent être transformés de documents potentiellement déshumanisants en "documents thérapeutiques produits en collaboration" qui soutiennent et enrichissent activement le processus thérapeutique.
Réformer l'Évaluation par l'Externalisation : Le processus d'évaluation traditionnel, qui risque d'objectiver le client et de le déresponsabiliser, est repensé. La contre-pratique proposée consiste à faire du client et du thérapeute des co-évaluateurs qui examinent ensemble le "problème externalisé", déplaçant ainsi l'objet de l'évaluation du client vers le problème lui-même.
Du Problème aux Projets de Vie Préférés : La méthodologie proposée opère un changement fondamental, passant d'une focalisation sur les problèmes, leur histoire et les dysfonctionnements à une exploration des directions de vie préférées des clients, de leurs compétences, de leurs valeurs et de la manière dont le problème entrave ces projets de vie.
La Co-création d'un "Plan de Travail Commun" : Les plans de traitement sont redéfinis comme des "plans pour notre travail commun". Ces plans sont organisés autour d'un "objectif convenu" qui émerge directement de la vision du client pour sa vie, plutôt que d'être basé sur la remédiation de problèmes diagnostiqués par le clinicien.
Cartographier les Éléments de Soutien et de Contrainte : La planification collaborative implique une cartographie détaillée des éléments qui contraignent le client (à des niveaux individuel, familial, socioculturel) mais aussi, et de manière cruciale, des "éléments de soutien" (croyances, compétences, relations, espoirs) qui peuvent être activement renforcés pour soutenir les changements souhaités.
La Clôture comme "Rite de Passage" : La fin de la thérapie est recadrée. Plutôt que d'être vue à travers la métaphore de la "perte", elle est conceptualisée comme un "rite de passage". Ce rituel, mené via une "interview de consolidation", vise à célébrer et à solidifier les changements, les savoirs acquis et les nouvelles identités co-construites par les clients.
Documenter l'Agentivité du Client pour le Futur : Les résumés de fin de traitement sont co-rédigés pour devenir des documents qui archivent les efforts, les contributions et les réussites des clients. Ils sont écrits principalement pour le bénéfice du client, comme un rappel tangible de son parcours et de ses compétences, plutôt que comme un simple rapport destiné à d'autres professionnels.
Honorer et Partager la Sagesse du Client : Une pratique essentielle consiste à solliciter activement les leçons et la sagesse que les clients ont tirées de leur expérience. Ce savoir est considéré comme précieux et peut être utilisé pour aider d'autres familles ou pour former les thérapeutes, positionnant ainsi le client comme un expert et un contributeur à part entière.
Mesurer ce qui a de la Valeur : L'auteur émet une mise en garde critique contre les dérives de la culture de l'évaluation, exhortant les praticiens à "prendre soin de mesurer ce qui est précieux plutôt que de simplement valoriser ce qui est mesurable". Cela implique d'impliquer activement les clients dans la définition des indicateurs qui témoignent d'un progrès significatif pour eux.
L'argumentation de l'auteur est structurée pour répondre aux questions de recherche suivantes, qu'elles soient explicites ou implicites dans le texte :
Question Principale : Comment les praticiens cliniques, engagés dans une éthique collaborative et poststructuraliste, peuvent-ils travailler de manière intègre au sein de structures institutionnelles traditionnelles (guidées par le modèle médical) qui exigent des formes de documentation objectivantes et potentiellement pathologisantes ?
Question sur l'Évaluation : Comment le processus formel d'évaluation ("assessment"), qui se concentre traditionnellement sur les déficits et le diagnostic, peut-il être réimaginé et transformé en une expérience thérapeutique collaborative, responsabilisante et constructive pour les clients ?
Question sur la Planification du Traitement : De quelle manière les plans de traitement ("treatment plans") peuvent-ils être conçus pour honorer l'agentivité du client et ses directions de vie préférées, tout en satisfaisant les exigences institutionnelles de fixation d'objectifs concrets et mesurables ?
Question sur la Clôture : Comment le processus de fin de thérapie ("termination") et les documents qui y sont associés peuvent-ils être abordés non pas comme une simple fin ou une perte, mais comme un rituel de consolidation qui célèbre les acquis du client et renforce sa nouvelle histoire identitaire ?
Question sur la Mesure des Résultats : Face à la pression croissante pour la documentation et la mesure des résultats, comment les praticiens peuvent-ils s'assurer que leurs méthodes d'évaluation capturent ce qui est réellement précieux et significatif du point de vue du client, plutôt que de se contenter de valoriser ce qui est facilement quantifiable pour les organismes payeurs ?
Introduction : Le Conflit entre Pratique Collaborative et Structures Traditionnelles
L'auteur, William Madsen, débute son analyse en posant le cadre d'un dilemme fondamental rencontré par de nombreux praticiens contemporains. Il souligne que bien que la thérapie narrative offre une approche clinique et communautaire jugée "excitante et efficace" , son implémentation complète se heurte à des défis considérables au sein des institutions de santé mentale traditionnelles. Ces institutions fonctionnent largement selon les préceptes du modèle médical, qui reflète une vision du monde moderniste ou structuraliste.
Madsen (2007) met en évidence une tension centrale : les praticiens s'efforcent de développer une pratique clinique collaborative tout en devant se conformer à des exigences institutionnelles qui vont souvent à l'encontre de cette éthique. Ces exigences incluent des impératifs de documentation, des structures de remboursement et des politiques qui encouragent intrinsèquement une focalisation sur les déficits du client ("a search for client deficits"), tendent à occulter la sagesse et les compétences du client ("obscure client wisdom"), et favorisent une approche instrumentale où le thérapeute "agit sur" le client ("encourage an instrumental 'acting on' approach to clients").
Pour illustrer l'impact de la vision moderniste sur la thérapie, Madsen (2007) s'appuie sur les travaux de Kaethe Weingarten (1998). Une approche moderniste en thérapie familiale implique l'observation des personnes afin de comparer leurs pensées, sentiments et comportements à des critères normatifs préexistants. Le thérapeute moderniste utilise ensuite des explications, des conseils ou des interventions planifiées pour aligner les réponses des personnes sur ces critères. Ce processus positionne le thérapeute en tant qu'expert extérieur qui intervient sur un système familial pour le corriger.
À l'inverse, les approches postmodernes ou poststructuralistes, que Madsen (2007) cherche à promouvoir, proposent un changement radical de posture relationnelle. Le clinicien ne se positionne plus comme un expert agissant sur une famille, mais comme un allié travaillant avec elle. Au lieu de chercher à conformer les clients à des standards normatifs, le praticien devient un "compagnon de route" ("fellow traveler", citant Weingarten, 1998), qui écoute attentivement et participe à des conversations générant de multiples possibilités pour l'avenir. Cette pratique se fonde sur une relation latérale où la pensée du thérapeute est rendue visible et transparente pour le client. Elle vise à honorer la capacité des clients à développer leurs propres solutions et à utiliser leur expérience immédiate comme critère de mesure du succès thérapeutique, plutôt que des modèles normatifs.
Le passage d'une relation hiérarchique à une relation plus latérale est au cœur de l'approche collaborative. Cependant, c'est précisément ce changement qui crée des tensions dans les contextes traditionnels, générant des "tiraillements" entre les exigences du modèle médical et l'éthique collaborative. L'un des domaines où ce conflit se manifeste le plus crûment est celui des exigences administratives et de la paperasserie ("paperwork demands"). Madsen (2007) insiste sur le fait que les questions posées sur les formulaires administratifs ne sont pas neutres ; elles façonnent profondément les conversations avec les clients, invitant à raconter certaines histoires plutôt que d'autres et influençant ainsi la perception que les clients ont d'eux-mêmes. C'est dans ce contexte que l'article propose des "contre-pratiques" pour répondre à ces exigences administratives, en se concentrant spécifiquement sur les processus traditionnellement appelés évaluation ("assessment"), planification du traitement ("treatment planning"), et processus de clôture ("termination processes").
I. Repenser le Processus d'Évaluation ("Re-thinking the Assessment Process")
Madsen (2007) aborde d'abord la tâche de l'évaluation, une exigence quasi universelle dans les agences de santé. Il expose la structure typique d'un formulaire d'évaluation traditionnel, qui suit généralement une séquence bien définie :
Problème et facteur déclenchant ("Problem and precipitant")
Histoire ("History")
Fonctionnement actuel ("Current functioning")
État de santé ("Medical condition")
Facteurs de risque ("Risk factors")
Examen de l'état mental ("Mental status")
Formulation ("Formulation")
Diagnostic
A. La Critique de l'Approche Traditionnelle d'Évaluation
Bien que cette approche soit historiquement ancrée et encouragée par les réglementations professionnelles et les organismes payeurs, Madsen (2007) soulève plusieurs préoccupations majeures quant à ses effets.
Ancrage dans une perspective de problème : Le fait de commencer par le problème, son déclencheur et son histoire nous enferme d'emblée dans une "focalisation sur le problème" ("problem focus"). Cette démarche favorise une attention sélective portée au dysfonctionnement, tout en créant une "inattention sélective à la compétence". Elle organise la pensée du clinicien autour d'une recherche de causalité et tend à localiser les problèmes principalement au sein des individus. Ce cadre de pensée va à l'encontre des fondements épistémologiques des approches narratives.
La Production de "Conclusions Minces" : Le processus qui consiste à élaborer une formulation pour justifier un diagnostic risque de simplifier et de banaliser la complexité de la vie des clients. Des descriptions potentiellement riches et épaisses ("thick descriptions") de leurs vies sont alors réduites à de simples "conclusions minces" ("thin conclusions"). L'auteur prend l'exemple de la description d'une femme comme ayant un "trouble de la personnalité borderline", ce qui occulte la richesse de sa vie, tout comme le ferait la conclusion tout aussi mince la décrivant comme "merveilleusement pleine de ressources".
Une Relation de Pouvoir Asymétrique : Le processus d'évaluation traditionnel place le thérapeute et le client dans une relation de pouvoir spécifique où l'expérience du client est souvent réorganisée en catégories professionnelles. Ce faisant, on risque d'occulter et de marginaliser l'expertise et le savoir du client, ce qui peut avoir des effets déresponsabilisants par inadvertance. Dans cette dynamique, le professionnel est en position de "savoir" et le client en position de recevoir ce savoir. Souvent, les clients qui ne reçoivent pas "correctement" ce savoir sont étiquetés comme "résistants".
Objectivation et Distance : Le fait pour une partie d'en évaluer une autre comporte des risques inhérents. Les clients, en tant qu'objet de l'évaluation, peuvent se sentir objectivés et déresponsabilisés. Le processus peut également encourager une distance et une déconnexion dans la relation entre l'évaluateur (le clinicien) et l'évalué (le client).
B. Contre-Pratique : Évaluer Collaborativement le Problème Externalisé
Pour contrer ces effets, Madsen (2007) propose un changement de posture fondamental : passer d'un rôle où le thérapeute, en tant qu'expert, évalue les clients, à un rôle où le thérapeute et les clients s'appuient sur leur expertise mutuelle pour évaluer collaborativement les problèmes qui sont entrés dans la vie des clients. Cette proposition s'appuie directement sur les postulats de l'externalisation, un concept central de la thérapie narrative.
Si l'on considère que les personnes sont en relation avec un problème plutôt que d'avoir ou d'être un problème, le processus d'évaluation peut être reconceptualisé. Il devient un processus où thérapeute et clients mènent conjointement une évaluation des problèmes externalisés. De cette manière, les préoccupations soulevées par l'évaluation traditionnelle peuvent être tournées à l'avantage mutuel. En devenant conjointement les évaluateurs des problèmes, la probabilité que ce soient les problèmes (plutôt que les clients) qui deviennent objectivés et déresponsabilisés augmente. Cette approche encourage également une distanciation dans la relation entre les familles (les évaluateurs) et les problèmes (l'évalué), plutôt qu'entre les cliniciens et les clients.
C. Cadre d'Entretien pour une Évaluation Collaborative : Analyse Détaillée des Questions
Pour rendre cette contre-pratique opérationnelle, Madsen (2007) propose un cadre d'entretien structuré. Il précise que ces questions doivent être vues comme une trame que le thérapeute garde à l'esprit et qu'elles doivent être adaptées au langage de chaque client ou famille.
Analyse Clinique et Dialogues : Questions pour Évaluer les Problèmes plutôt que les Familles
1. Description de la famille
Questions verbatim :
« Qui sont les personnes importantes dans votre vie ? » (
Who are the important people in your life?)
« Pouvez-vous me parler de votre vie ensemble, en dehors des problèmes immédiats qui vous amènent ici ? » (
Can you tell me about your life together outside of the immediate problems that bring you here?)
« Alors que j'apprendrai à mieux vous connaître, que pensez-vous que je pourrais particulièrement apprécier chez vous ? » (
As I get to know you better, what do you think I might particularly appreciate about you?)
« Dans quelle direction aimeriez-vous que vos vies aillent ? » (
Where would you like your lives to be headed?)
But : Ce premier ensemble de questions a pour but de délibérément commencer la conversation en dehors de l'influence du problème. En invitant les clients à parler de ce qui est important pour eux, de leurs relations et de leurs qualités, le thérapeute commence à construire une image tridimensionnelle de la personne, riche en compétences, valeurs et espoirs. Cela permet de "connaître les familles en dehors des difficultés de leur vie" , ce qui établit une base solide pour une relation thérapeutique collaborative et aide à engager des clients qui pourraient être initialement méfiants. La dernière question ouvre déjà la porte vers un futur préféré, orientant la conversation vers l'espoir et le projet.
2. Le motif de consultation ("Presenting concern")
Questions verbatim :
« Quelle est la plus grande préoccupation de la personne qui vous a adressé(e) ? » (
What is the referral source's biggest concern?)
« Quelle est votre réaction à cela ? » (
What is your reaction to that?)
« Quelles sont vos préoccupations ? (par ordre d'importance) » (
What concerns do you have? (in rank order))
« En quoi votre vie sera-t-elle différente lorsque ces préoccupations ne seront plus des problèmes ? » (
How will your life look different when these concerns are no longer problems?)
But : Cette section vise à clarifier la nature du problème sous différents angles. La première question reconnaît l'existence d'un contexte de référence (école, services sociaux, etc.) et permet au client de se positionner par rapport à la définition du problème par une tierce partie. La troisième question redonne le pouvoir au client de définir ses propres priorités. La dernière question est une question projectiviste classique, souvent appelée "question miracle" dans d'autres approches. Son but est de commencer à co-construire une vision détaillée d'un avenir sans le problème, ce qui non seulement clarifie les objectifs, mais renforce également la motivation en connectant le travail thérapeutique à des espoirs concrets.
3. Contexte du motif de consultation ("Context of presenting concern")
Questions verbatim :
« Dans quelles situations le problème est-il le plus/le moins susceptible de se produire ? » (
In what situations is the problem most/least likely to occur?)
« Quel est l'effet du problème sur vous et sur vos relations ? » (
What is the effect of the problem on you and your relationships?)
« Comment ce problème interfère-t-il avec la vie que vous préférez ? » (
How does this problem interfere with your preferred life?)
« Comment expliquez-vous le problème ? » (
How do you explain the problem?)
« Comment avez-vous tenté de faire face au problème ? » (
How have you attempted to cope with the problem?)
« Quel soutien culturel plus large le problème reçoit-il ? » (
What broader cultural support does the problem receive?)
But : Ce bloc de questions constitue le cœur de l'enquête externalisante. Les questions visent à cartographier le territoire du problème : son mode de fonctionnement, ses tactiques, ses effets et ses alliés. La première question recherche les "exceptions" ou les moments où le problème a moins d'influence, ce qui permet de mettre en lumière les compétences et les stratégies déjà existantes du client. La question sur les effets et l'interférence avec la vie préférée vise à renforcer la prise de conscience du "coût" du problème, ce qui motive le client à prendre position contre lui. Les questions sur les tentatives de faire face et les explications honorent le savoir et l'expérience du client. Enfin, la question sur le soutien culturel est une marque de fabrique de l'approche narrative/poststructuraliste ; elle vise à dé-individualiser le problème en le reliant à des discours sociaux, des normes ou des idées culturelles plus larges (par ex., des idées sur la masculinité, le succès, la maternité) qui peuvent le nourrir.
4. Expérience de la famille avec les aidants ("Family's experience with helpers")
Questions verbatim :
« Quels aidants sont actuellement impliqués auprès de vous ? » (
What helpers are currently involved with you?)
« Quelle a été votre expérience passée avec les aidants (bonne et mauvaise) ? » (
What has been your past experience with helpers (good and bad)?)
« Quel impact cela a-t-il sur votre vision des aidants ? » (
What impact does that have on your view of helpers?)
« Comment cela pourrait-il affecter notre travail ensemble ? » (
How might that affect our work together?)
But : Cet ensemble de questions est pragmatique et relationnel. Il a pour but de comprendre l'historique des relations d'aide du client, ce qui peut éclairer ses attentes, ses craintes et ses espoirs concernant la thérapie actuelle. En demandant ouvertement comment les expériences passées pourraient affecter la collaboration présente, le thérapeute rend la conversation méta-relationnelle, transparente et invite le client à exprimer ses appréhensions, ce qui peut prévenir des malentendus et renforcer l'alliance thérapeutique.
5. Histoire pertinente ("Relevant history")
Questions verbatim :
« Quelle est l'histoire de la relation entre le problème et vous ? » (
What is the history of the relationship between the problem and you?)
« Quand le problème a-t-il été plus fort/plus faible dans l'histoire de cette relation ? » (
When has the problem been stronger/weaker in the history of that relationship?)
« Quand avez-vous été plus fort(e)/plus faible tout au long de l'histoire de cette relation ? » (
When have you been stronger/weaker throughout the history of that relationship?)
« Qu'est-ce qui a soutenu l'influence du problème sur vous (au niveau familial, au niveau de la relation famille-aidant, au niveau socioculturel plus large) ? » (
What has supported the problem's influence on you (family level, family-helper level, broader socio-cultural level)?)
« Qu'est-ce qui a soutenu votre influence sur le problème (au niveau familial, au niveau de la relation famille-aidant, au niveau socioculturel plus large) ? » (
What has supported your influence on the problem (family level, family-helper level, broader socio-cultural level)?)
But : L'auteur précise qu'il trouve plus utile d'explorer l'histoire après avoir discuté des préoccupations actuelles, car cela permet une enquête "guidée par un thème plutôt qu'une vaste collecte de données déconnectées". L'approche est radicalement différente d'une anamnèse traditionnelle. La première question continue de personnifier le problème. Les questions suivantes ne cherchent pas seulement l'histoire du problème, mais aussi l'histoire de la résistance au problème, mettant en lumière l'agentivité du client au fil du temps. Les deux dernières questions systématisent la recherche des alliés du problème et des alliés du client à différents niveaux, enrichissant la compréhension du contexte et identifiant des leviers de changement potentiels.
6. Informations médicales et facteurs de risque ("Medical information and risk factors")
Questions verbatim :
« Quels effets le problème a-t-il eus sur votre santé physique ? » (
What effects has the problem had on your physical health?)
« A-t-il exacerbé des problèmes médicaux existants pour vous ou pour d'autres ? » (
Has it exacerbated existing medical concerns for you or others?)
« Quelles interactions, s'il y en a, le problème a-t-il eues avec des idées suicidaires, la violence, l'abus de substances, l'abus sexuel ou la négligence dans vos vies ? » (
What, if any, interactions has the problem had with suicidal ideation, violence, substance misuse, sexual abuse, or neglect in your lives?)
But : Cette section répond aux exigences institutionnelles et éthiques de l'évaluation des risques. Cependant, elle est formulée en utilisant le langage de l'externalisation. Le thérapeute ne demande pas "Êtes-vous suicidaire ?" mais s'enquiert des "interactions que le problème a eues avec des idées suicidaires". Ce changement subtil mais crucial maintient la posture collaborative, positionnant le client comme un observateur des tactiques du problème plutôt que comme une personne définie par ces risques.
7. Formulation
Questions verbatim :
« Vers où aimeriez-vous vous diriger dans votre vie ? » (
Where would you like to be headed in your life?)
« Quelles contraintes se dressent sur le chemin pour y arriver ? » (
What constraints stand in the way of you getting there?)
« Quelles capacités, compétences et sagesses pouvons-nous susciter et développer pour vous aider à développer une relation différente avec ces contraintes ? » (
What abilities, skills, and wisdom can we elicit and elaborate to help you develop a different relationship to those constraints?)
But : La section "Formulation", qui dans l'approche traditionnelle synthétise le cas en termes pathologiques, est ici transformée en un résumé prospectif et orienté vers les ressources. Elle réitère la direction préférée du client (l'objectif), identifie les obstacles (les contraintes, qui peuvent inclure le problème externalisé et ses alliés), et, de manière cruciale, pose les bases du travail thérapeutique en se concentrant sur l'élaboration des compétences et des savoirs du client pour surmonter ces contraintes. Cette formulation devient une ébauche du plan de traitement.
D. Mise en Œuvre du Processus Collaboratif
Madsen (2007) propose un script d'introduction pour présenter ce processus aux clients, soulignant l'importance de la transparence et de la co-construction : "Comme vous le savez probablement, l'une des choses que je suis tenu de faire est de rédiger une évaluation de votre situation. Cependant, parce que cette évaluation est une histoire sur votre vie, je voudrais proposer que nous la fassions ensemble. Ce que j'aimerais faire, c'est vous poser une série de questions pour obtenir des informations et noter une grande partie de ce que vous dites afin que je puisse rendre cette évaluation aussi proche que possible de vos propres mots. Quand nous aurons terminé, je la rédigerai et nous pourrons la relire ensemble pour voir ce que vous en pensez. Nous pourrons voir ce qui vous convient, ce qui ne vous convient pas, et ce que vous pensez que nous devrions ajouter ". Il rapporte que les clients trouvent cette expérience précieuse et responsabilisante.
Ce processus collaboratif prend plus de temps, mais il aboutit à des évaluations qui organisent et soutiennent réellement le travail thérapeutique, transformant la paperasserie en un acte clinique intégré plutôt qu'en une corvée effectuée à la dernière minute. Si des divergences d'opinions apparaissent lors de la relecture du projet d'évaluation, elles peuvent être discutées et incluses dans le document final, qui devient ainsi une reconnaissance de perspectives multiples plutôt que l'imposition d'une perspective unique et homogène.
Concernant les catégories non incluses comme l'examen de l'état mental et le diagnostic , Madsen (2007) suggère que les informations sur l'état mental peuvent être intégrées dans la section sur le contexte du problème. Pour le diagnostic, tout en reconnaissant que certains clients le trouvent utile, sa préférence est de ne pas l'inclure dans un document co-écrit avec les clients en raison de ses effets potentiellement pathologisants et objectivants. S'il est absolument requis, il recommande une "discussion franche avec les clients au sujet de cette exigence" afin de décider ensemble de la manière de la gérer. Il reconnaît que cela peut rendre visibles les dynamiques de pouvoir de manière inconfortable, mais soutient que rendre ces dynamiques explicites, bien qu'elles existent de toute façon implicitement, peut être une expérience productive pour toutes les parties impliquées.
II. Repenser les Objectifs et la Planification du Traitement ("Re-thinking Treatment Goals and Planning")
Madsen (2007) se penche ensuite sur la question de la planification du traitement, un élément central de l'organisation du travail clinique dans la plupart des agences. Il note que la place prépondérante des objectifs thérapeutiques a été encore intensifiée à l'ère des soins gérés ("managed care"), où le financement continu est souvent subordonné à l'atteinte d'objectifs concrets et mesurables. Dans un tel contexte, la fixation d'objectifs peut être perçue comme un "mal nécessaire" ("necessary evil"), une tâche administrative à accomplir pour obtenir des financements et conserver son emploi. Cependant, l'auteur affirme que des objectifs développés en collaboration peuvent au contraire fournir un cadre et une orientation pour le travail partagé, augmentant à la fois la motivation du client et la responsabilité du thérapeute envers lui.
A. L'Importance du Langage dans la Planification
L'auteur souligne que le langage utilisé pour parler des objectifs et de la planification est d'une importance capitale, car il "reflète et façonne" les hypothèses sur la nature des relations thérapeutiques. Des expressions courantes comme "plans de traitement" ("treatment plans"), "plans de service" ("service plans"), ou "contrats de thérapie" ("therapy contracts") ont chacune des connotations particulières et placent cliniciens et clients dans des relations de pouvoir spécifiques. Dans un effort pour utiliser un langage dont les connotations correspondent aux valeurs de la pratique collaborative tout en restant proche de l'expérience quotidienne des cliniciens, Madsen (2007) exprime sa préférence pour l'expression "plan pour notre travail commun" ("plan for our work together"), une formule qu'il attribue à Laura Chasin du Public Conversations Project.
B. Le Cadre d'Enquête Collaborative : Une Alternative au Modèle Médical
Traditionnellement, le processus de définition des objectifs est ancré dans un modèle médical où des "experts" diagnostiquent des problèmes, prescrivent un traitement recommandé et évaluent les résultats à l'aide d'indicateurs mesurables pour rendre des comptes aux bailleurs de fonds. Madsen (2007) soutient que cette structure, bien qu'efficace dans certains contextes, risque de favoriser une expérience saturée par le problème et de placer les clients dans une posture passive et déresponsabilisée.
Pour y remédier, il propose d'intégrer le développement de ces "plans de travail" dans un cadre organisationnel plus large qu'il nomme l'enquête collaborative ("collaborative inquiry"). Ce cadre structure les efforts d'aide autour de cinq étapes fondamentales :
Apprendre à connaître les clients en dehors de l'influence du problème. Le travail commence par apprendre à connaître les gens comme des "êtres humains tridimensionnels" avec de multiples facettes de leur expérience que le thérapeute peut respecter et apprécier. Cette étape est cruciale pour construire une base solide pour la relation thérapeutique.
Aider les clients à imaginer des directions de vie préférées. Ce processus découle naturellement de la première étape. Une fois qu'une vision des possibilités futures ou des manières d'être préférées dans le présent émerge, elle peut servir de "foyer convenu" pour le travail. Le thérapeute peut alors explorer
pourquoi cette direction est importante (ce qui renforce la motivation), s'enquérir des moments où des bribes de cette vision apparaissent déjà (ce qui met en évidence la capacité d'agir), et identifier qui dans leur vie pourrait soutenir ces efforts (ce qui commence à construire une communauté de soutien).
Aider les clients à identifier les éléments qui peuvent contraindre et/ou soutenir leur développement. Une fois les directions préférées clarifiées, le travail consiste à cartographier les éléments qui peuvent soit contraindre, soit soutenir la poursuite de ces vies désirées. Les éléments contraignants ou restrictifs peuvent être identifiés à différents niveaux (biologique, individuel, familial, réseau social, socioculturel). De même, les éléments de soutien peuvent inclure des croyances, des actions, des interactions, mais aussi des intentions, des valeurs, des espoirs, des rêves et des engagements.
Aider les clients à modifier leur relation avec les éléments contraignants et/ou à renforcer leur relation avec les éléments de soutien. Madsen (2007) conçoit ces éléments comme des "entités externalisées" avec lesquelles les clients entretiennent une relation continue et modifiable. Le travail thérapeutique peut alors se concentrer sur l'un ou l'autre de ces aspects, en fonction des préférences du client, ce qui permet d'adapter les efforts à ses besoins.
Aider les clients à développer des communautés pour soutenir la mise en acte de leurs vies préférées. L'auteur insiste sur le fait que le développement d'une communauté capable de "témoigner et de soutenir la performance des histoires émergentes" est un élément crucial du travail. Cette communauté peut être un public qui honore, reconnaît et solidifie les changements en cours.
Ces cinq étapes peuvent être formalisées dans un "Plan pour notre travail commun" qui se concentre sur quatre domaines clés : l'objectif convenu, l'identification des éléments de soutien et de contrainte, le plan d'action, et les manières dont l'amélioration pourrait être remarquée .
C. Analyse Clinique et Dialogues : L'Étude de Cas de Lyra
Madsen (2007) illustre ce processus avec l'exemple détaillé de Lyra, une adolescente de 15 ans, et de sa famille.
1. Contexte de l'Exemple
Description de la famille : Lyra est décrite comme une "fille blanche de quinze ans, fougueuse, avec des cheveux roux flamboyants, de multiples piercings et une approche passionnée de la vie". Elle a une longue histoire d'impulsivité et se sent harcelée par les adultes. Sa grand-mère décédée, qu'elle adorait, lui disait en plaisantant qu'elle avait tendance à "sauter avant de regarder" ("leap before she looked"). Lyra reconnaît que sa vie serait meilleure si elle pouvait suivre le conseil de sa grand-mère : "regarder avant de sauter" ("look before you leap"). Elle rêve secrètement de devenir créatrice de mode mais craint le ridicule. Sa mère, Betty, est une femme réservée qui aspire à une famille unie et s'inquiète pour sa fille. Son père, Tom, apprécie l'audace de Lyra mais devient furieux face à son comportement abusif, ce qui mène à des luttes de pouvoir explosives qui angoissent Betty et attisent encore la colère de Tom.
2. Le "Plan pour notre Travail Commun" Co-construit
Le plan élaboré avec la famille reflète directement le cadre d'enquête collaborative.
Objectif convenu ("Agreed-upon focus")
Contenu : "Lyra veut développer un style de vie 'regarder avant de sauter' caractérisé par la 'réflexion planifiée' ('planfulness') et la prudence, sans perdre de vue le plaisir et l'excitation de la vie".
But : L'objectif est formulé dans les propres termes métaphoriques du client (l'adage de sa grand-mère), ce qui le rend à la fois concret et inspirant. Il n'est pas axé sur un déficit ("réduire l'impulsivité") mais sur un projet proactif et positif ("développer un style de vie"). L'auteur précise pourquoi cet objectif est important pour Lyra : parce que le style de vie "sauter avant de regarder" lui cause des ennuis et "empêche les autres de reconnaître et de valider les espoirs et les projets qu'elle a pour sa vie". Cela relie l'objectif à son identité préférée et renforce sa motivation.
Identification des éléments de contrainte et de soutien ("Constraining and sustaining elements")
Éléments de contrainte :
Un "Style de Vie Sautillant" ("Leaping Lifestyle") qui la capture facilement.
Des amis qui prônent le "je-m'en-foutisme" ("not giving a crap in life").
Le soutien culturel que reçoit ce style de vie de l'idée d'être "cool", de "vivre à la limite et de ne pas se laisser faire par les adultes".
Les luttes de pouvoir avec ses parents, où elle se sent poussée à "sauter avant de regarder juste par dépit" pour prouver qu'elle est sa propre patronne.
Éléments de soutien :
Son "profond engagement" à maîtriser les ennuis causés par le "Style de Vie Sautillant".
Son désir que les gens reconnaissent sa "réflexion et son sérieux".
Deux amies "moins cool mais aussi moins exigeantes à fréquenter".
La présence importante de sa grand-mère décédée dans sa vie, qu'elle ne veut pas décevoir.
La nostalgie de la proximité qu'elle avait avec ses parents et son désir de pouvoir se confier davantage à sa mère.
But : Cette cartographie permet de tenir une "compréhension globale de la vie des clients". Elle ne se limite pas aux problèmes, mais met en lumière les ressources, les valeurs et les relations qui peuvent être mobilisées. Cela permet de faire émerger à la fois les aspects "tragiques et héroïques de leur voyage dans la vie".
Plan d'action ("Plan")
Actions/Interventions proposées :
« Nous travaillerons pour aider Lyra à clarifier pourquoi elle préfère un Style de Vie Réfléchi à un Style de Vie Sautillant, et à concrétiser à quoi un Style de Vie Réfléchi pourrait ressembler dans le futur. » ->
But stratégique : Épaissir l'histoire alternative et la rendre plus tangible et désirable.
« Nous examinerons les idées culturelles d'être 'cool, de ne pas se laisser faire, et de vivre à la limite', d'où elles viennent, et dans quelle mesure elles conviennent ou non à Lyra (sans essayer de l'en dissuader prématurément). » ->
But stratégique : Déconstruire les discours culturels qui soutiennent le problème, permettant à Lyra de prendre une position critique par rapport à eux.
« Nous aiderons Lyra et ses parents à parler des disputes dans lesquelles ils peuvent être piégés, des effets que ces disputes ont sur leurs relations, et des différentes manières dont ils peuvent parler du fait que Lyra grandit et prend plus de décisions pour elle-même. » ->
But stratégique : Externaliser le cycle conflictuel ("les disputes") et ouvrir un espace pour négocier de nouvelles formes de relation qui tiennent compte de son besoin d'autonomie.
« Nous aiderons Lyra et ses parents à retrouver une partie de la connexion qu'ils avaient et qui leur manque, et nous aiderons Lyra à trouver des moyens de garder l'esprit de sa grand-mère plus vivant dans sa vie. » ->
But : Renforcer activement les éléments de soutien identifiés : la relation parentale et le lien avec la grand-mère.
« Nous chercherons des moyens pour que les deux amies de Lyra puissent devenir des alliées importantes dans sa vie pour aider les autres à voir son sérieux et sa réflexion sans pour autant devenir 'ennuyeuse'. » ->
But : Mettre en œuvre l'étape 5 du cadre : construire activement une communauté de soutien pour valider et renforcer la nouvelle identité de Lyra.
Manières dont l'amélioration pourrait être remarquée en premier ("Ways in which improvement might first be noticed")
Indicateurs : Lyra pourrait mieux décrire le "Style de Vie Réfléchi" ; elle pourrait remarquer la "voix du 'cool'" et prendre le temps de réfléchir avant de réagir ; elle et ses parents pourraient remarquer des moments où ils ont évité une dispute ; ils pourraient parler plus et se disputer moins ; Lyra pourrait organiser les photos du mariage de sa grand-mère ; elle pourrait parler à ses deux amies de sa thérapie .
But : Cette section "oriente les clients et les praticiens vers le changement", encourage une focalisation sur la "direction du changement plutôt que sur l'ampleur du changement", et renforce un sentiment de mouvement positif. Le libellé ("pourrait être remarquée") prévient le découragement si les changements ne sont pas immédiatement visibles et ouvre l'espace à l'exploration d'autres signes de progrès.
Madsen (2007) conclut que ce type de plan, en étant un "document de travail constamment 'en construction'" , offre une feuille de route initiale qui soutient un travail collaboratif et responsable envers les clients. Il permet de répondre aux exigences institutionnelles tout en restant fidèle à une pratique qui valorise la voix, la sagesse et les projets de vie des personnes qui consultent.
III. Repenser les Documents de Clôture ("Re-thinking Termination Documents")
Dans la dernière section de son analyse pratique, Madsen (2007) s'attaque au processus de fin de thérapie et aux documents qui l'accompagnent, tels que les bilans trimestriels et les résumés de clôture ("termination summary"). Il reconnaît que le processus de révision associé à ces documents peut être un moment important de réflexion et de consolidation.
A. Critique de la Métaphore Traditionnelle de la "Perte"
Traditionnellement, le processus de fin de thérapie a été organisé autour d'une "métaphore de la perte". Dans ce cadre, la fin de la thérapie est vue comme un processus douloureux qui peut réactiver d'autres pertes non résolues dans la vie du client. Cette métaphore dirige l'attention du thérapeute sur la manière dont le client vit le deuil de la relation thérapeutique.
Bien que Madsen (2007) reconnaisse l'importance de la relation thérapeutique et le sentiment de perte qui peut être évoqué lors de la séparation, il soutient que "la dépendance exclusive à cette métaphore" comporte des risques. Elle peut rendre la relation thérapeutique plus importante que les autres relations dans la vie des clients et contribuer à une vision étroite des efforts d'aide. Ce faisant, on risque de "perdre de vue le potentiel de guérison présent dans les communautés naturelles des clients".
B. Contre-Pratique : La Clôture comme "Rite de Passage" et l'Interview de Consolidation
En alternative, Madsen (2007) propose de cadrer la fin de la thérapie à travers une métaphore du "rite de passage". La clôture devient alors un rituel pour "célébrer et consolider le développement de nouvelles identités". Elle est moins une fin axée sur le passé et davantage une transition tournée vers l'avenir, tout en incluant une revue du travail accompli. L'auteur s'appuie ici sur les travaux de David Epston et Michael White (1995), qui ont proposé des questions spécifiques pour documenter les changements et les savoirs acquis.
L'outil principal pour mettre en œuvre ce rite de passage est ce que Madsen (2007) appelle une "interview de consolidation" ("consolidation interview"). Il s'agit d'un entretien spécifique qui vise à passer en revue le travail accompli par le client. L'entretien est présenté comme une "invitation à réfléchir sur le voyage du client vers une direction de vie préférée" et est utilisé pour "solidifier l'intégration d'une nouvelle identité".
C. Analyse Clinique et Dialogues : Le Cadre de l'Interview de Consolidation
Madsen (2007) propose un cadre pour cette interview, organisé autour de cinq domaines d'enquête. L'entretien est généralement proposé à l'avance et les clients sont souvent très intéressés par l'idée.
1. Questions pour Passer en Revue le Parcours ("Reviewing-the-journey questions")
Questions verbatim :
« De quoi étiez-vous le plus préoccupé au début de notre travail ensemble ? »
« Contre quels problèmes luttiez-vous ? »
« Quelle était la force de ces problèmes (sur une échelle de 1 à 10) ? »
« Quelle diriez-vous être la force de ces problèmes maintenant (sur une échelle de 1 à 10) ? »
« Lorsque vous comparez l'influence des problèmes au début et maintenant, que remarquez-vous ? »
But : Cette première série de questions vise à "juxtaposer où les clients se trouvaient au début de la thérapie et où ils se trouvent actuellement". Cette juxtaposition crée un contraste saisissant qui met en évidence le changement et la distance parcourue. Elle établit une base solide pour explorer ensuite comment ce changement a été possible, posant ainsi les fondations pour une enquête sur l'agentivité du client.
2. Questions de Ré-écriture ("Re-authoring questions")
Questions verbatim :
« Quelles démarches avez-vous entreprises pour provoquer ce changement dans l'influence du problème ? »
« Comment avez-vous fait cela ? »
« Qu'est-ce que cela a signifié pour vous de faire ces pas ? »
« Qu'est-ce que cela vous apprend les uns sur les autres et sur vos relations ? »
« Qu'est-ce que cela dit de ce qui vous est cher et de ce que vous valorisez dans votre vie commune ? »
« Avec ces nouvelles réalisations comme fondation, quels changements pourraient suivre ? »
But : Citant White (1993, 2005), Madsen (2007) explique que ce groupe de questions vise à passer du "paysage de l'action" (ce que les clients ont fait) au "paysage de la signification" (ce que ces actions révèlent sur eux, leurs valeurs, leurs intentions et leur identité). Ces questions "mettent en évidence l'agentivité du client" et l'amènent à s'attribuer le mérite de ses réussites. Le processus de réflexion sur la signification de leurs actions est décrit comme "validant et favorisant l'auto-appréciation".
3. Questions de Circulation ("Circulation questions")
Questions verbatim :
« Maintenant que vous avez accompli ces changements, qui d'autre devrait le savoir ? »
« Quelle différence pensez-vous que cela ferait dans leur attitude envers vous s'ils avaient cette nouvelle ? »
« Serait-il préférable de les laisser avec leurs vieilles idées sur vous ou de les mettre au courant de ces nouveaux développements ? »
« Quel serait l'impact si ces personnes entendaient parler de ces développements ? »
« Quelle serait la meilleure façon de leur faire connaître ces accomplissements ? »
But : Ces questions visent à "identifier et recruter un public qui peut témoigner, honorer et aider à solidifier ces changements". Une nouvelle histoire ou une nouvelle identité n'existe pas dans le vide ; elle a besoin d'être reconnue et validée par la communauté du client. Cette étape aide à ancrer les changements dans le tissu social de la vie du client, assurant ainsi leur durabilité bien après la fin de la thérapie.
4. Questions sur la Résurgence du Problème ("Problem resurgence questions")
Questions verbatim :
« Si ce problème tentait de faire un retour, comment le remarqueriez-vous en premier ? »
« Qu'est-ce qui pourrait vous indiquer que ce problème revient ? »
« Quel pourrait être le premier signe de cette indication ? »
« Qu'avez-vous appris sur la gestion de ce problème dans le passé ? »
« Laquelle de ces connaissances pourriez-vous mobiliser pour faire face à sa tentative de retour ? »
But : Les problèmes étant souvent "tenaces", cette série de questions a un objectif préventif. Elle aide les clients à "anticiper les réapparitions possibles des problèmes et à développer des plans d'urgence". Le fait d'avoir un plan préétabli aide les clients à considérer une éventuelle réapparition non pas comme un échec, mais comme une difficulté qu'ils ont déjà gérée efficacement. Le simple fait d'avoir ce plan "fournit un tampon efficace contre les effets résurgents des problèmes".
5. Questions sur le Partage de la Sagesse du Client ("Sharing-client-wisdom questions")
Questions verbatim :
« Je rencontre périodiquement d'autres familles qui luttent avec le même genre de problème que vous avez décrit. D'après ce que vous savez maintenant, quels fragments de sagesse auriez-vous à leur offrir ? »
« S'ils vous demandaient ce que vous avez appris en faisant face à ce problème, que leur diriez-vous ? »
« Une grande partie de ce que j'ai appris sur l'aide aux familles vient de mon travail avec les familles. Sur la base de ce que vous avez appris de vos accomplissements, quelles suggestions auriez-vous pour nous, les professionnels de la santé mentale, lorsque nous essayons d'aider d'autres familles confrontées à des problèmes similaires ? »
But : Ces questions ont un double effet puissant. D'une part, elles permettent de "capturer les leçons importantes que les clients ont apprises" et qui peuvent être utiles à d'autres. D'autre part, et c'est ce qui intéresse principalement l'auteur, elles ont des effets responsabilisants sur les clients eux-mêmes. Le fait de les consulter "déplace leur statut de bénéficiaire de services à celui de participant plus égal dans la relation thérapeutique". Cela "légitime et honore leur savoir et leur expertise", brise les barrières entre professionnels et clients, et les invite à une participation accrue dans leur propre vie.
D. Utiliser les Résumés de Clôture pour Documenter les Histoires Alternatives
Madsen (2007) explique comment les informations recueillies lors de l'interview de consolidation peuvent être utilisées pour modifier le format requis des résumés de clôture. Il propose une structure co-écrite avec les clients qui, tout en respectant les exigences de licence, documente l'histoire alternative.
Structure alternative proposée :
Préoccupations initiales : La préoccupation initiale du client/de la famille et son niveau d'intensité ; les effets du ou des problèmes.
Objectifs et plan de la thérapie : L'objectif convenu de la thérapie ; le plan (qui a fait quoi pour atteindre cet objectif).
Déroulement de la thérapie : Le niveau de préoccupation actuel ; une comparaison entre le niveau initial et le niveau actuel ; la contribution du client/de la famille aux changements.
Statut à la clôture : La justification de la fin du traitement ; les signes avant-coureurs d'une possible résurgence du problème ; le plan du client/de la famille pour consolider les progrès et faire face à une éventuelle résurgence.
Recommandations de suivi : Les recommandations de la famille/du thérapeute pour la famille ; les recommandations de la famille pour d'autres familles et thérapeutes travaillant sur des problèmes similaires.
Madsen (2007) affirme que ce format alternatif représente un "changement significatif dans la manière et la finalité de la rédaction des rapports". Traditionnellement, ces rapports documentent les efforts du professionnel pour d'autres professionnels. Ce format alternatif, lui, "documente les efforts du client" et est rédigé "pour son propre bénéfice". Il peut être transposé dans une lettre thérapeutique plus personnelle ou envoyé tel quel, en tant que document officiel, selon les préférences.
Conclusion
En conclusion, William Madsen (2007) réaffirme que les "documents thérapeutiques" constituent un puissant complément aux efforts thérapeutiques, citant des études qui suggèrent que les lettres thérapeutiques à elles seules peuvent avoir un impact considérable. L'article se termine sur l'idée centrale que les exigences administratives qui pèsent sur les cliniciens en agence, souvent considérées comme un "fardeau inutile et une distraction du 'vrai travail'", recèlent en réalité un "énorme potentiel thérapeutique". Les contre-pratiques proposées tout au long du texte visent à aider les cliniciens communautaires à répondre à ces exigences d'une manière qui soutient leur travail clinique et les aide à "institutionnaliser une pratique collaborative poststructuraliste".
Cette approche se décompose en trois phases clés du processus thérapeutique : l'évaluation, la planification du traitement, et la clôture.
La Démarche : L'objectif est de transformer l'évaluation, traditionnellement un processus où un expert évalue un client, en une expérience collaborative et thérapeutique. Le thérapeute abandonne la posture de l'expert pour devenir un partenaire qui, avec le client, évalue le problème qui s'est invité dans sa vie. Cette approche s'appuie sur le concept d'externalisation, où le problème est séparé de l'identité de la personne. Le thérapeute propose explicitement de co-rédiger le rapport d'évaluation pour qu'il reflète fidèlement les mots et la perspective du client, transformant un document administratif en un "document thérapeutique". Le processus vise à objectiver et déresponsabiliser le problème, et non le client.
Les Questions Types pour une Évaluation Collaborative : Le thérapeute utilise un cadre de questions structuré pour guider cette conversation d'évaluation.
1. Description de la famille
« Qui sont les personnes importantes dans votre vie ? »
« Pouvez-vous me parler de votre vie ensemble, en dehors des problèmes immédiats qui vous amènent ici ? »
« Alors que j'apprendrai à mieux vous connaître, que pensez-vous que je pourrais particulièrement apprécier chez vous ? »
« Dans quelle direction aimeriez-vous que vos vies aillent ? »
2. Le motif de consultation ("Presenting concern")
« Quelle est la plus grande préoccupation de la personne qui vous a adressé(e) ? »
« Quelle est votre réaction à cela ? »
« Quelles sont vos préoccupations ? (par ordre d'importance) »
« En quoi votre vie sera-t-elle différente lorsque ces préoccupations ne seront plus des problèmes ? »
3. Contexte du motif de consultation ("Context of presenting concern")
« Dans quelles situations le problème est-il le plus/le moins susceptible de se produire ? »
« Quel est l'effet du problème sur vous et sur vos relations ? »
« Comment ce problème interfère-t-il avec la vie que vous préférez ? »
« Comment expliquez-vous le problème ? »
« Comment avez-vous tenté de faire face au problème ? »
« Quel soutien culturel plus large le problème reçoit-il ? »
4. Expérience de la famille avec les aidants ("Family's experience with helpers")
« Quels aidants sont actuellement impliqués auprès de vous ? »
« Quelle a été votre expérience passée avec les aidants (bonne et mauvaise) ? »
« Quel impact cela a-t-il sur votre vision des aidants ? »
« Comment cela pourrait-il affecter notre travail ensemble ? »
5. Histoire pertinente ("Relevant history")
« Quelle est l'histoire de la relation entre le problème et vous ? »
« Quand le problème a-t-il été plus fort/plus faible dans l'histoire de cette relation ? »
« Quand avez-vous été plus fort(e)/plus faible tout au long de l'histoire de cette relation ? »
« Qu'est-ce qui a soutenu l'influence du problème sur vous (au niveau familial, au niveau de la relation famille-aidant, au niveau socioculturel plus large) ? »
« Qu'est-ce qui a soutenu votre influence sur le problème (au niveau familial, au niveau de la relation famille-aidant, au niveau socioculturel plus large) ? »
6. Informations médicales et facteurs de risque
« Quels effets le problème a-t-il eus sur votre santé physique ? A-t-il exacerbé des problèmes médicaux existants pour vous ou pour d'autres ? »
« Quelles interactions, s'il y en a, le problème a-t-il eues avec des idées suicidaires, la violence, l'abus de substances, l'abus sexuel ou la négligence dans vos vies ? »
7. Formulation
« Vers où aimeriez-vous vous diriger dans votre vie ? »
« Quelles contraintes se dressent sur le chemin pour y arriver ? »
« Quelles capacités, compétences et sagesses pouvons-nous susciter et développer pour vous aider à développer une relation différente avec ces contraintes ? »
La Démarche : L'objectif est de remplacer le "plan de traitement" traditionnel par un "plan pour notre travail commun". Ce plan n'est pas basé sur la correction de déficits, mais sur la réalisation des directions de vie préférées du client. La démarche suit un cadre d'
enquête collaborative en cinq étapes:
Apprendre à connaître les clients en dehors de l'influence du problème.
Aider les clients à imaginer des directions de vie préférées.
Aider les clients à identifier les éléments qui contraignent et ceux qui soutiennent leur développement.
Aider les clients à modifier leur relation avec les éléments contraignants et à renforcer leur lien avec les éléments de soutien.
Aider les clients à développer des communautés pour soutenir la mise en acte de leurs vies préférées.
Les Domaines Abordés et Questions Types : Cette phase est moins une liste de questions qu'un processus de co-construction structuré, comme l'illustre le cas de Lyra . Les domaines explorés sont :
Définir un objectif commun ("Agreed-upon focus") : Le thérapeute aide le client à formuler un objectif positif et proactif, souvent en utilisant les métaphores du client (ex : passer d'un style de vie "sauter avant de regarder" à "regarder avant de sauter"). La question implicite est :
« Quelle direction de vie préférez-vous et pourquoi est-elle importante pour vous ? »
Identifier les éléments de contrainte et de soutien : Le thérapeute explore ce qui nourrit le problème (ex : les idées culturelles sur le fait d'être "cool", les amis) et ce qui soutient le client (ex : le souvenir d'un proche, le désir de connexion, des valeurs personnelles) . Les questions implicites sont :
« Qu'est-ce qui donne de la force au problème ? » et « Sur quelles forces, valeurs et relations pouvez-vous vous appuyer ? »
Élaborer un plan d'action : Les interventions sont co-créées et peuvent inclure des conversations pour :
Clarifier et concrétiser la vie préférée.
Examiner et déconstruire les idées culturelles qui soutiennent le problème.
Externaliser les conflits relationnels (ex: "parler des disputes dans lesquelles ils peuvent être piégés").
Renforcer les relations de soutien.
Recruter des alliés dans l'entourage pour valider les changements.
Définir les signes de progrès : La question posée est : « À quoi pourrait-on remarquer en premier que des améliorations se produisent ? »
. Cela oriente l'attention vers les petits changements positifs et concrets.
La Démarche : La fin de la thérapie est abordée non pas comme une "perte", mais comme un"rite de passage" qui célèbre et solidifie la nouvelle identité du client. L'outil central est l'"interview de consolidation", un entretien formel destiné à passer en revue le parcours du client, à honorer ses réalisations et à le préparer pour l'avenir.
Les Questions Types de l'Interview de Consolidation : L'interview est structurée autour de cinq catégories de questions.
1. Questions pour Passer en Revue le Parcours ("Reviewing-the-journey questions")
« De quoi étiez-vous le plus préoccupé au début de notre travail ensemble ? »
« Contre quels problèmes luttiez-vous ? »
« Quelle était la force de ces problèmes (sur une échelle de 1 à 10) ? »
« Quelle diriez-vous être la force de ces problèmes maintenant (sur une échelle de 1 à 10) ? »
« Lorsque vous comparez l'influence des problèmes au début et maintenant, que remarquez-vous ? »
2. Questions de Ré-écriture ("Re-authoring questions")
« Quelles démarches avez-vous entreprises pour provoquer ce changement dans l'influence du problème ? »
« Comment avez-vous fait cela ? »
« Qu'est-ce que cela a signifié pour vous de faire ces pas ? »
« Qu'est-ce que cela vous apprend les uns sur les autres et sur vos relations ? »
« Qu'est-ce que cela dit de ce qui vous est cher et de ce que vous valorisez dans votre vie commune ? »
« Avec ces nouvelles réalisations comme fondation, quels changements pourraient suivre ? »
3. Questions de Circulation ("Circulation questions")
« Maintenant que vous avez accompli ces changements, qui d'autre devrait le savoir ? »
« Quelle différence pensez-vous que cela ferait dans leur attitude envers vous s'ils avaient cette nouvelle ? »
« Serait-il préférable de les laisser avec leurs vieilles idées sur vous ou de les mettre au courant de ces nouveaux développements ? »
« Quel serait l'impact si ces personnes entendaient parler de ces développements ? »
« Quelle serait la meilleure façon de leur faire connaître ces accomplissements ? »
4. Questions sur la Résurgence du Problème ("Problem resurgence questions")
« Si ce problème tentait de faire un retour, comment le remarqueriez-vous en premier ? »
« Qu'est-ce qui pourrait vous indiquer que ce problème revient ? »
« Quel pourrait être le premier signe de cette indication ? »
« Qu'avez-vous appris sur la gestion de ce problème dans le passé ? »
« Laquelle de ces connaissances pourriez-vous mobiliser pour faire face à sa tentative de retour ? »
5. Questions sur le Partage de la Sagesse du Client ("Sharing-client-wisdom questions")
« Je rencontre périodiquement d'autres familles qui luttent avec le même genre de problème que vous avez décrit. D'après ce que vous savez maintenant, quels fragments de sagesse auriez-vous à leur offrir ? »
« S'ils vous demandaient ce que vous avez appris en faisant face à ce problème, que leur diriez-vous ? »
« Une grande partie de ce que j'ai appris sur l'aide aux familles vient de mon travail avec les familles. Sur la base de ce que vous avez appris de vos accomplissements, quelles suggestions auriez-vous pour nous, les professionnels de la santé mentale, lorsque nous essayons d'aider d'autres familles confrontées à des problèmes similaires ? »