L'article de David Newman "Using Narrative Practices with Anxiety and Depression: Elevating Context, Joining with People and Collecting Insider-knowledges", "Utilisation de pratiques narratives avec l'anxiété et la dépression : Élever le contexte, rejoindre les gens et collecter des connaissances d'initiés" explore diverses pratiques narratives pour répondre aux problèmes d'anxiété et de dépression.
Il présente des exemples de cas concrets pour illustrer comment ces techniques sont appliquées.
Les pratiques clés discutées sont:
Ces techniques aident à dépathologiser les problèmes, à les resituer socialement, et à cultiver un sentiment d'expérience collective plutôt qu'individuelle.
Externalisation
L'externalisation sépare l'identité de la personne du problème. Au lieu de définir les gens par leurs difficultés, elle considère le problème comme une entité distincte. Cela évite de classer ou pathologiser les personnes. Des questions externalisantes sont suggérées, comme interroger "la Dépression" pour la concevoir comme phénomène séparé.
Contextualisation
Le contexte social, culturel et relationnel façonnant le problème est exploré. Cela l'inscrit dans le domaine moral et éthique plutôt que purement individuel. L'exemple de Walid illustre comment son anxiété d'enseignant est liée à des contextes culturels différents entre l'Indonésie et l'Australie.
Mise en relation
Faire participer les proches apporte une perspective relationnelle. L'ami Richard fournit un "espace moral" de compréhension pour l'anxiété de Walid. Sa présence permet de mettre en lumière le contexte scolaire problématique.
Connaissances internes
Les savoirs expérientiels que les gens développent face à leurs difficultés sont valorisés. Ces "connaissances d'initié" reconnaissent leur expertise. Par exemple, Ed mobilise la gratitude pour apaiser sa tristesse, et Sarah certaines techniques pour gérer son anxiété.
Documentation
Ces connaissances sont capturées dans des "documents vivants" pour créer des archives collectives. Sarah peut ainsi bénéficier des récits d'anxiété d'autres personnes. Ces documents relient les expériences individuelles et développent un savoir communautaire.
Études de cas
L'article applique ces techniques à travers trois études de cas.
Walid
Externalisation: l'anxiété est objectivée comme entité séparée de Walid
Contexte: les différences culturelles d'enseignement sont explorées
Mise en relation: l'ami Richard fournit un "espace moral" de compréhension
Résultat: l'anxiété est resituée dans le contexte problématique plutôt qu'interne
Walid, un professeur indonésien, a récemment émigré en Australie pour y enseigner. Il a fait l'expérience d'un "trou noir" et d'une incapacité à parler pendant son enseignement, qu'il a décrit comme un "traumatisme".
Le thérapeute cherche à externaliser le problème de Walid plutôt que de le définir par celui-ci. Il pose des questions pour objectiver "l'anxiété" :
"Quand l'anxiété vous parle, essaie-t-elle de vous présenter une image de votre avenir ?"
"Quelles sont les images qu'elle a tendance à vous présenter ?"
"À quel point l'image de l'anxiété est convaincante de ce qui va mal se passer dans le futur ?"
En interrogeant "l'anxiété", le thérapeute la conçoit comme une entité séparée de Walid.
Le thérapeute explore ensuite le contexte culturel de cette anxiété :
"Y a-t-il une différence entre l'Indonésie et l'Australie en termes de culture étudiante ?"
"Les étudiants de la culture occidentale sont-ils plus directs et exigeants, contrairement à l'Indonésie ?"
Ces questions mettent en lumière le contexte scolaire problématique que Walid a rencontré, qui a contribué à son anxiété.
En externalisant et contextualisant le problème, le thérapeute évite de définir Walid par celui-ci. L'anxiété est comprise comme liée au contexte culturel difficile, plutôt qu'un attribut interne de Walid.
Ed
Ed, 75 ans, consulte pour ce qu'il décrit comme de la "tristesse" et du "chagrin d'amour". Il est bouleversé par la nouvelle relation amoureuse de son ex-femme, avec qui il est resté ami après leur séparation.
Le thérapeute cherche à valoriser les connaissances développées par Ed pour faire face à cette tristesse. Il pose des questions pour explorer ces ressources:
Ed répond qu'il aime les trains à vapeur, et raconte une conversation réconfortante qu'il a eue avec une femme dans un parc.
Le thérapeute approfondit:
"Y a-t-il autre chose que vous pourriez dire sur ce qui vous touche dans cette conversation avec des inconnus?"
"Ces actes de bonté, ces bribes d’amour, vous soutiennent-ils alors qu’une telle tristesse est autour de vous?"
Ed réalise que ces conversations mobilisent sa gratitude et l'aident à apaiser sa tristesse.
En explorant les ressources développées par Ed, le thérapeute valorise ses connaissances expérientielles pour répondre à ses difficultés, plutôt que de voir Ed comme défini par celles-ci.
Sarah
Sarah consulte pour une anxiété qu'elle dit être "incroyablement élevée" en permanence. Tout l'inquiète et l'effraie.
Le thérapeute cherche à documenter les connaissances développées par Sarah pour gérer cette anxiété. Il lui montre des récits d'autres personnes sur leurs techniques face à l'anxiété.
Puis il explore les propres méthodes de Sarah :
- "Avez-vous des idées sur les mécanismes de votre anxiété et vos soucis ?"
- "Qu'est-ce que votre anxiété vous dit ?"
Sarah partage alors deux éléments de connaissance :
1) Avoir une personne de confiance pour en parler
2) Se rappeler ses capacités d'autonomie
Le thérapeute capture ces récits dans des "documents vivants" pour les archiver.
En explorant et documentant les savoirs expérientiels de Sarah, le thérapeute valorise ses ressources pour faire face à l'anxiété. Le partage de ces connaissances avec d'autres cultive un sentiment d'expérience collective.