Pour la réalisation de cette fiche de lecture, je me suis appuyé sur mes notes personnelles (à l’ancienne), sur le logiciel de traduction DeepL et sur l’AI Claude 3. L’article original n’est pas publié en français.
Cette fiche de lecture est réalisée à partir de l’article NARRATIVE THERAPY AS AN ETHICAL PRACTICE CHRISTOFFER HAUGAARD Journal of Systemic Therapies, Vol. 35, No. 1, 2016, pp. 1–19
J’ai essayé d’en extraire ce qui me paraît pertinent à retenir et de compléter ces extraits de ce que je crois être important à retenir ou à commenter.
L”article présente la thérapie narrative comme une pratique éthique visant à gérer les relations de pouvoir de façon à promouvoir la diversité, la responsabilité et la mobilité des positions narratives, par un travail du thérapeute sur lui-même et sa position privilégiée. ## Les élements clefs à retenir de l’article :
La thérapie narrative implique un système de valeurs implicite qui se révèle dans sa résistance à certains aspects de la culture contemporaine, en particulier la psychologie, la psychiatrie et la psychothérapie.
Les idées et pratiques de la thérapie narrative ne sont pas seulement destinées à la personne qui consulte, mais aussi au thérapeute lui-même. Elles ont un effet de façonnage sur le thérapeute en l’appelant à travailler sur sa propre position dans les relations de pouvoir.
La substance éthique sur laquelle le thérapeute narratif devrait travailler est le pouvoir, c’est-à-dire les effets de la thérapie et la manière dont elle façonne l’identité et les modes de vie des gens, surtout quand ce pouvoir fonctionne pour réduire la diversité.
Les pratiques éthiques recommandées pour le thérapeute sont la décentralisation (ne pas dominer avec son savoir expert) et les pratiques de “retour sur soi” (reconnaître les contributions des patients à sa propre vie).
L’objectif est de promouvoir la visibilité, la responsabilité et la mobilité en décentralisant le thérapeute, en promouvant la diversité et les relations de pouvoir dynamiques.
Le contexte est une distribution inégale du pouvoir en thérapie. Le modèle idéal d’interaction est celui d’un échange réciproque plutôt qu’une lutte.
Être thérapeute narratif n’est pas juste utiliser des techniques mais adopter une position éthique et politique sur la culture dominante et l’approche des problèmes des patients.
Cette compréhension éthique amène à pratiquer la thérapie narrative davantage comme un activisme social que comme un ensemble de techniques à appliquer.
L’article “La thérapie narrative comme pratique éthique”, écrit par Christoffer Haugaard et publié en 2016 dans le Journal des Thérapies Systémiques, propose une relecture de la thérapie narrative en l’analysant sous l’angle d’une pratique éthique. L’auteur part du constat que la thérapie narrative implique une forme de résistance à certains aspects dominants de la culture contemporaine, en particulier dans les domaines de la psychologie, de la psychiatrie et de la psychothérapie. Il fait l’hypothèse que cette résistance révèle un système de valeurs implicite qui ne concerne pas seulement les personnes qui consultent, mais aussi les thérapeutes eux-mêmes.
Comme l’écrit Haugaard (2016), “les contre-pratiques de la thérapie narrative impliquent un éthos implicite” et il tente donc de “retourner la thérapie narrative sur elle-même pour révéler et développer un tel éthos, et de réinterpréter certaines pratiques narratives comme des pratiques éthiques visant le thérapeute” (p. 1). Pour ce faire, il s’appuie sur la structure de l’éthique esquissée par Michel Foucault et reprise par Michael White.
L’article rappelle que dès ses débuts, la thérapie narrative a accordé une attention particulière aux questions de pouvoir et aux dynamiques politiques dans les relations. Haugaard cite les textes fondateurs d’Epston et White qui s’appuient sur Marcel Mauss et Michel Foucault pour penser l’échange thérapeutique en termes de don/contre-don et pour activer les savoirs assujettis des personnes.
La thérapie narrative est ainsi décrite comme une “contre-thérapie” ou une “thérapie de résistance” qui vise, à travers ses stratégies conversationnelles (externalisation, re-narration, cérémonies définitionnelles…), à “ne pas reproduire complètement et involontairement les vérités culturelles dominantes” (Haugaard, 2016, p. 2). Il s’agit : -d’objectiver les problèmes plutôt que les personnes, - d’inverser le regard de l’intérieur vers l’extérieur, - de favoriser un sens relationnel de soi et, - de soutenir la résistance.
Pour penser la dimension éthique de ces contre-pratiques, l’auteur s’appuie sur les derniers travaux de Michel Foucault concernant la formation éthique de soi et l’esthétique de l’existence. Il reprend notamment l’idée, déjà utilisée par Michael White, que la résistance à reproduire certaines normes dominantes peut être le site d’élaboration d’un système de valeurs alternatif.
Haugaard propose alors d’appliquer à la thérapie narrative elle-même le cadre d’analyse en quatre aspects que Foucault utilise pour décrire une éthique :
la substance éthique (ce sur quoi on doit travailler pour être moral)
le mode de subjectivation (ce qui appelle à faire ce travail)
l’ascétisme (les pratiques à mettre en œuvre)
le télos (le type de personne ou de vie visé).
Concernant la substance éthique, l’hypothèse centrale de l’article est que pour le thérapeute narratif, “la substance éthique sur laquelle [il] devrait travailler [est] le pouvoir, cette force qui accompagne le sens et les vérités culturelles, et façonne nos identités, nos façons de penser et de vivre” (Haugaard, 2016, p. 5). Plus précisément, il s’agit des effets de la thérapie elle-même sur les modes de subjectivation, surtout quand ce pouvoir “fonctionne pour faire taire d’autres voix, réduire la diversité et établir l’inégalité” (p. 5).
Cette centralité de la question du pouvoir découle selon l’auteur des fondements mêmes de la thérapie narrative, en particulier l’idée d’un échange réciproque et l’attention aux savoirs assujettis. Elle est renforcée par la conception de la personne comme “soi relationnel”, qui rend visible les opérations de pouvoir que la thérapie narrative cherche à exposer et contrer, car “le processus de construction du sens et de production de connaissances sur la vie d’une personne exerce un pouvoir, par lequel le discours thérapeutique ne fait pas que décrire les thérapeutes et les gens qui les consultent, mais a des effets constitutifs” (Haugaard, 2016, p. 6).
Après avoir identifié le pouvoir comme substance éthique du thérapeute narratif, l’article s’interroge sur ce qui justifie et appelle ce dernier à considérer cette question comme une priorité éthique. Plusieurs raisons sont avancées.
Tout d’abord, Michael White a souligné le rôle possible des opérations de pouvoir dans la constitution de nombreux problèmes amenant les gens à consulter. C’est souvent par rapport à des idéaux et des normes dominantes que les personnes en viennent à s’attribuer un défaut ou un échec personnel source de détresse. Haugaard (2016) en déduit que “les pratiques thérapeutiques devraient être examinées pour révéler dans quelle mesure elles pourraient reproduire ces mêmes relations de pouvoir et idéaux qui ont causé le problème à l’origine” (p. 6).
Les notions de savoir assujetti, d’exceptions et d’absent mais implicite chères à la thérapie narrative impliquent que nous sommes toujours au croisement de plusieurs discours. Cela “permet à une personne de se glisser hors des récits et des identités saturés de problèmes, et de se déplacer dans d’autres récits et positions de sujet” (Haugaard, 2016, p. 7). La possibilité d’une telle mobilité subjective est un bien à la fois pour les individus et pour la société dans son ensemble, qui a besoin d’une multiplicité de discours pour ne pas se figer.
Enfin, le contexte même de la thérapie est structuré comme une relation de pouvoir inégale, où le thérapeute occupe d’emblée une position privilégiée rendant crucial un travail de sa part sur les effets de cette asymétrie. Haugaard (2016) précise que “la question n’est pas de savoir si la thérapie devrait être politisée ou non ; en entrant en thérapie […], la personne entre dans une scène politique. […] Un arrangement inégal de pouvoir est en place dès le début de toute thérapie, y compris de la thérapie narrative, et c’est dans ce contexte que les pratiques éthiques doivent être mises en œuvre” (p. 7).
Comment, concrètement, le thérapeute narratif est-il appelé à travailler sur les effets de pouvoir inhérents à sa position ? L’article passe en revue plusieurs pratiques élaborées en thérapie narrative qui peuvent être interprétées comme autant de techniques de soi visant à façonner une posture éthique.
La première est la pratique de décentralisation. Elle consiste pour le thérapeute à ne pas mettre l’accent sur sa propre voix, ses normes et ses savoirs experts, mais au contraire à “avoir une sorte d’intérêt ethnographique pour l’expérience vécue de la personne, et s’efforcer de placer au centre de la conversation la connaissance de la personne et les discours et récits auxquels la personne est déjà sujette” (Haugaard, 2016, p. 8). Cela implique une grande réticence à introduire des interprétations ou des conseils qui risqueraient de soumettre la personne au discours du thérapeute.
La seconde catégorie de pratiques éthiques mentionnée sont les “pratiques de retour sur soi” décrites par Michael White. Elles visent à reconnaître la thérapie comme un processus bilatéral et les contributions des patients à la vie du thérapeute. Cela implique pour ce dernier de “s’efforcer d’accroître sa conscience des effets des conversations thérapeutiques sur sa propre vie”, mais aussi “de faire certaines choses, comme demander des retours d’information d’une manière consciente de la relation de pouvoir, et dire explicitement aux gens comment les conversations les affectent” (Haugaard, 2016, p. 9).
Enfin, l’auteur mentionne les listes de questions proposées par Michael White dans Narrative Practice: Continuing the conversations” pour guider un travail du thérapeute sur ses propres privilèges, perspectives et savoirs implicites. Ces listes visent explicitement à développer une éthique réflexive “du risque et de la responsabilité” (Haugaard, 2016, p. 9).
Quel est l’objectif visé par ces pratiques éthiques? Quel type de thérapeute et de forme de vie cherchent-elles à produire? L’article suggère trois finalités principales : promouvoir la visibilité, la responsabilité et la mobilité.
Tout d’abord, ce travail éthique sur soi vise à rendre visible “la position [du thérapeute] dans les hiérarchies du savoir et dans le monde social, et […] l’impact de cette position sur sa façon de penser et d’agir” (Haugaard, 2016, p. 9). En se décentralisant, le thérapeute s’efforce de mettre en lumière ce qu’il tend à privilégier ou à occulter, et s’ouvre aux questions et à la résistance de son interlocuteur.
Cette pratique favorise aussi sa responsabilité, en faisant émerger les savoirs du patient et en rendant plus clairement visibles les véritables effets de la thérapie, permettant à la personne qui consulte de “tenir le thérapeute responsable de ces effets” (Haugaard, 2016, p. 10).
Enfin, ces techniques de soi visent à créer les conditions d’une plus grande mobilité entre les positions subjectives, “tant au niveau micro que macro” (p. 10). Au niveau de la relation thérapeutique, il s’agit de favoriser un arrangement de pouvoir plus dynamique et réciproque. Plus largement, cela peut contribuer à maintenir dans la société cette diversité et multiplicité des discours garantes d’une certaine souplesse.
Après avoir décrit les différents aspects de cette éthique du thérapeute narratif, l’article s’interroge sur la conception de la vie et de l’autre qu’elle présuppose et promeut. Haugaard note que les pratiques éthiques décrites par Foucault dans l’Antiquité grecque s’appuyaient sur des métaphores de lutte et de domination, très éloignées de l’esprit de la thérapie narrative.
Au contraire, cette dernière récuse les relations de pouvoir figées pour leur préférer un idéal d’“échange de dons”. Comme l’écrit l’auteur : “La thérapie narrative vise à être un échange de dons, plutôt qu’une lutte. Il ne s’agit pas pour le thérapeute de vaincre la personne qui le consulte, ni l’inverse. Un état de règne ne semble pas non plus très bien décrire ce que la thérapie narrative vise à produire. Plutôt que de chercher à maintenir un état de domination, la thérapie narrative peut être considérée comme déstabilisant un tel état, pour permettre aux gens de se glisser à travers les trous d’un certain état de règne” (Haugaard, 2016, p. 11).
Dans cette perspective, l’altérité à laquelle se confronte le thérapeute narratif est le patient en tant que “objet de connaissance marginalisé”, mais aussi “l’arrangement de pouvoir par lequel cette position est constituée, un arrangement de pouvoir qui menace de réduire les relations dynamiques de pouvoir, compromettant la relation comme un échange mutuel, et rendant invisibles ces ressources discursives et narratives qui peuvent permettre la transformation, la flexibilité et la mobilité” (Haugaard, 2016, p. 11).
En conclusion, l’article espère avoir montré que la thérapie narrative repose sur un système de valeurs implicite qui façonne la posture du thérapeute à travers un certain nombre de techniques de soi. Ce système de valeurs “est celui qui inverse les pôles, la direction et l’objet du regard professionnel de la psychothérapie dominante et favorise la conscience culturelle et politique ainsi qu’une compréhension relationnelle de soi” (Haugaard, 2016, p. 11).
Être thérapeute narratif ne se réduit donc pas à utiliser certaines méthodes, mais implique “très largement une question d’adopter une position éthique et politique particulière sur certains aspects de la culture dominante et sur la façon de s’engager avec les problèmes dans la vie des personnes qui consultent les thérapeutes” (p. 11).
Dans le contexte actuel mettant l’accent sur la dimension purement technique de la thérapie, il peut être important de “faire ressortir plus clairement les engagements éthiques et politiques associés à la thérapie narrative afin d’accroître la conscience du praticien sur la manière dont il est positionné au sein de jeux de pouvoir et de connaissance plus larges, et sur la façon dont il peut former un état d’esprit éthique particulier et une manière particulière de se relier aux personnes qui le consultent” (Haugaard, 2016, p. 12).
Cette compréhension éthique “peut amener le thérapeute à la pratiquer davantage comme un activisme social orienté vers le contexte social de la souffrance, y compris l’institution de la psychothérapie elle-même. Cela contraste avec la conception de la thérapie narrative comme un ensemble de techniques à utiliser sur les gens” (Haugaard, 2016, p. 12).